16/07/2009

Les Comptes fantastiques de Paulette de la Brosse (épisode 2)

La saga de Paulette de la Brosse, maire-adjointe aux finances d'une grande ville de proche banlieue parisienne, continue...

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Ce matin, Paulette de la Brosse est inquiète.
Son maire lui a confié la mission de renflouer la Société d’Aménagement dont la ville possède 13%. La trésorerie de cette Société mixte, chargée de l’aménagement de la Grande Terre, va à vau-l’eau depuis les dernières élections et sa reprise en main par le nouveau maire : quelque 30 millions d’€uros attendus n’ont pas été versés à la ville, les promoteurs ayant incompréhensiblement refusé de payer alors que tout le projet engagé est bloqué depuis les élections.

André Squali, le vrai patron de tout, avait été net avec le maire de cette ville, dans le langage fleuri qu’il adore: 
«  Je vous ai laissé 13% et la présidence de la Société, ça te fait une ligne sur ta carte de visite, tu vois que je suis bon. Mais maintenant, ou bien vous payez, ou bien vous virez ! »

Comment trouver 30 millions quand les charges foncières n’ont plus d’acheteur, et que le budget global est grevé par les dépenses?
Toutes les constructions prévues par les maires précédents ont été annulées ou remises en cause, les ventes et recettes afférentes renvoyées sine die, et l’immobilier d’entreprise est en baisse de 75%, alors que son maire venait d’en faire son axe de développement privilégié.

Paulette de la Brosse est face à son destin : 
Qu’il est long, le chemin parcouru, depuis les chiffres  des bilans et comptes des entreprises, qu’elle étudiait du temps où elle travaillait, il y a longtemps, et ses responsabilités actuelles !
Elle doit maintenant prendre des décisions et des risques financiers, et elle est seule.
Son maire ne comprend rien aux finances, et ses collègues ne font pas la différence entre investissement et amortissement.

Elle fait alors appel à son nouvel ami le banquier Bernard Dupondt, qui lui propose la solution-miracle :
« Je vais faire appel à deux confrères et constituer un pool bancaire, qui prêtera les 30 millions que vous devez à la Société d’Aménagement, plus ceux que vous devrez bientôt, soit 110 millions en tout ».

« Mais il faudra les rembourser ! « dit Paulette, effarée.
« Certes, mais cela s’aménage : on va monter un remboursement différé du capital, par exemple in fine à 5 ou 6 ans, et d’ici-là vous ne paierez que les intérêts » susurre Bernard Dupondt.

« Bien sûr pas de taux variables » assène Paulette, un peu rassurée.

«  Non ! non ! ne vous inquiétez pas ! Sourit Dupondt. Jamais nous ne vous ferions une chose pareille. On va établir un montage spécial, rien que pour vous, parce que nous tenons vraiment à vous et que nous sommes prêts à tous les sacrifices pour vous garder. Il s’agira d’un taux variable sur Euribor, mais le taux ne sera fixé que le jour de la mobilisation des fonds ; c’est vous qui choisissez ! … » (« … à quelle sauce vous voulez être mangée », acheva-t-il dans sa barbe).

Paulette, conquise, sort de la tour d’un pas altier.

Son maire est enthousiaste ;
« Un remboursement après 2014, après les prochaines élections ? Ce sera le problème de ceux qui nous survivront, on prend ! »

Paulette explique que les gentilles banques si empressées de leur rendre service n’émettent qu’une toute petite exigence : la garantie de la ville, adossée à une cession des créances qui leur donnerait le pouvoir effectif sur la gestion de la ville en cas de problème. Son maire n’écoute déjà plus : il a un besoin pressant d’argent, pour clouer le bec à ceux qui doutent de sa gestion, et pour se maintenir aux yeux d’André Squali, il l’a trouvé, le reste n’est que littérature – ou finances.

Un de ses importants collègues, Timor Lalune, connu pour une agilité financière dont il tire le meilleur profit, lui dit qu’il fera son affaire de la garantie du conseil des conseillers en conseils, avant de partir déjeuner.

Paulette de la Brosse est heureuse ; la chrysalide est devenue papillon,
et elle fait désormais partie des cadors de la finance, ce que son ami Bernard Dupondt lui a confirmé. Un brave homme, ce Dupondt : juste avant de quitter son département pour un étage plus élevé de la tour, il lui a confié, tout sourire, qu’il lui doit à elle, et à elle seule, la juste promotion de ceux qui réalisent l’impossible.