16/07/2009

Les Comptes fantastiques de Paulette de la Brosse (épisode 2)

La saga de Paulette de la Brosse, maire-adjointe aux finances d'une grande ville de proche banlieue parisienne, continue...

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Ce matin, Paulette de la Brosse est inquiète.
Son maire lui a confié la mission de renflouer la Société d’Aménagement dont la ville possède 13%. La trésorerie de cette Société mixte, chargée de l’aménagement de la Grande Terre, va à vau-l’eau depuis les dernières élections et sa reprise en main par le nouveau maire : quelque 30 millions d’€uros attendus n’ont pas été versés à la ville, les promoteurs ayant incompréhensiblement refusé de payer alors que tout le projet engagé est bloqué depuis les élections.

André Squali, le vrai patron de tout, avait été net avec le maire de cette ville, dans le langage fleuri qu’il adore: 
«  Je vous ai laissé 13% et la présidence de la Société, ça te fait une ligne sur ta carte de visite, tu vois que je suis bon. Mais maintenant, ou bien vous payez, ou bien vous virez ! »

Comment trouver 30 millions quand les charges foncières n’ont plus d’acheteur, et que le budget global est grevé par les dépenses?
Toutes les constructions prévues par les maires précédents ont été annulées ou remises en cause, les ventes et recettes afférentes renvoyées sine die, et l’immobilier d’entreprise est en baisse de 75%, alors que son maire venait d’en faire son axe de développement privilégié.

Paulette de la Brosse est face à son destin : 
Qu’il est long, le chemin parcouru, depuis les chiffres  des bilans et comptes des entreprises, qu’elle étudiait du temps où elle travaillait, il y a longtemps, et ses responsabilités actuelles !
Elle doit maintenant prendre des décisions et des risques financiers, et elle est seule.
Son maire ne comprend rien aux finances, et ses collègues ne font pas la différence entre investissement et amortissement.

Elle fait alors appel à son nouvel ami le banquier Bernard Dupondt, qui lui propose la solution-miracle :
« Je vais faire appel à deux confrères et constituer un pool bancaire, qui prêtera les 30 millions que vous devez à la Société d’Aménagement, plus ceux que vous devrez bientôt, soit 110 millions en tout ».

« Mais il faudra les rembourser ! « dit Paulette, effarée.
« Certes, mais cela s’aménage : on va monter un remboursement différé du capital, par exemple in fine à 5 ou 6 ans, et d’ici-là vous ne paierez que les intérêts » susurre Bernard Dupondt.

« Bien sûr pas de taux variables » assène Paulette, un peu rassurée.

«  Non ! non ! ne vous inquiétez pas ! Sourit Dupondt. Jamais nous ne vous ferions une chose pareille. On va établir un montage spécial, rien que pour vous, parce que nous tenons vraiment à vous et que nous sommes prêts à tous les sacrifices pour vous garder. Il s’agira d’un taux variable sur Euribor, mais le taux ne sera fixé que le jour de la mobilisation des fonds ; c’est vous qui choisissez ! … » (« … à quelle sauce vous voulez être mangée », acheva-t-il dans sa barbe).

Paulette, conquise, sort de la tour d’un pas altier.

Son maire est enthousiaste ;
« Un remboursement après 2014, après les prochaines élections ? Ce sera le problème de ceux qui nous survivront, on prend ! »

Paulette explique que les gentilles banques si empressées de leur rendre service n’émettent qu’une toute petite exigence : la garantie de la ville, adossée à une cession des créances qui leur donnerait le pouvoir effectif sur la gestion de la ville en cas de problème. Son maire n’écoute déjà plus : il a un besoin pressant d’argent, pour clouer le bec à ceux qui doutent de sa gestion, et pour se maintenir aux yeux d’André Squali, il l’a trouvé, le reste n’est que littérature – ou finances.

Un de ses importants collègues, Timor Lalune, connu pour une agilité financière dont il tire le meilleur profit, lui dit qu’il fera son affaire de la garantie du conseil des conseillers en conseils, avant de partir déjeuner.

Paulette de la Brosse est heureuse ; la chrysalide est devenue papillon,
et elle fait désormais partie des cadors de la finance, ce que son ami Bernard Dupondt lui a confirmé. Un brave homme, ce Dupondt : juste avant de quitter son département pour un étage plus élevé de la tour, il lui a confié, tout sourire, qu’il lui doit à elle, et à elle seule, la juste promotion de ceux qui réalisent l’impossible.

20:47 Publié dans Boulogne | Lien permanent | Commentaires (3)

25/06/2009

Kiwis is two

Pour les deux ans de notre petit réseau de blogueurs fréquentables, nous avons une nouvelle fois fait les petits fous, et nous sommes répartis les blogs des uns et des autres comme autant de terrains de jeu. A vous de deviner qui a fait mumuse ici...

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Il est mignon, il a deux ans le kiwi ! Pour marquer cette occasion, nous avons souhaité inscrire les blogs membres dans une démarche commune, comme nous avions pu le faire déjà l’an passé.

Cette année, nous avons échangé nos plumes, et c’est une nouvelle fois, à vous, lecteurs, de deviner qui est qui. Le destin l’a donc souhaité, je suis tombé sur le blog notes le plus célèbre de Boulogne Billancourt, celui de Pierre Catalan. Paradoxe, alors que nous devons, cette année, critiquer notre blog hôte, je tombe sur Pierre, seul et unique blogueur rencontré dans « la vraie vie », c’était au détour d’une république des blogs dans laquelle j’avais fait un timide passage.

Pierre, c’est d’abord un blogueur qui est à contre-courant des coutumes actuelles de ce gros machin qu’est la blogosphère. Il publie peu, voir très peu lorsqu’il s’agit de parler de la politique intérieure. Sa page est sortie du coma lors des dernières élections européennes. Quelle ne fut pas ma surprise… Il avait encore changé de cheval ! C’est, à mes yeux, une perpétuelle incompréhension. Pierre, je l’ai d’abord connu UMP, puis, en transit vers le Modem avant de terminer sa course, cette année, dans les rangs d’Europe écologie. De là à ce qu’il tracte pour Martine Aubry en 2012, il n’y a qu’un pas !

Le taulier a le droit de changer de chapelle, d’évoluer dans son raisonnement politique mais aussi de choisir, en fonction de chaque scrutin, le parti qui concentre la majorité des concepts qui lui sont chers.

A ce titre les élections européennes furent importantes pour le taulier du blog à la bannière représentant la tour Eiffel, décorée aux couleurs européennes… Nous en avons parlé, il l’a répété dans quelques billets, Pierre a voté Europe écologie car c’était, à ses yeux, le seul parti capable d’offrir à l’entité Europe, un projet politique, économique et social à la hauteur de l’idée qu’il se fait de l’Europe.

Pierre est-il un doux rêveur européen ? Peut-être. En même temps, je serais tenté de dire que l’Europe, à défaut d’être un projet fini, ne cesse de se nourrir de rêves pour avancer. L’Europe a donc besoin de petits Pierre Catalan.

Pierre Catalan et l’Europe, une longue histoire. Dans son attitude envers les autres, Pierre a quelque chose de cette fameuse Europe… Sur quelques thèmes ou discussions, il fait parfois preuve d’une franchise excessive et d’une ouverture d’esprit limitée… notamment lorsqu’il faut donner la parole à des anti-européens.

Au sein du Kiwis, nous en avons un. Le parfait anti-Pierre Catalan. Lui aussi accorde 90% de ses billets à l’Europe, mais pour la critiquer. Pierre ne le supporte pas et n’est quasiment jamais entré en débat avec Edgar. Je le regrette. De toute manière, je ne crois pas que le taulier de ce blog-notes soit un fervent défenseur du débat. A celui-ci, il préfère sûrement l’exposition d’opinions, les siennes de préférence. Il ne s’en cache pas, la preuve ! Il en rit lui-même dans le sous titre de son blog…

Quoi qu’il en soit, et malgré les quelques critiques que Pierre m’inspire, il demeure un des plus brillants blogueurs actifs sur les questions européennes. Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce gros « machin » complexe, il est parfois passionnant de disposer de ses compétences au sein du Kiwis. Merci à lui, et bon anniversaire au Kiwis !

17/06/2009

Les comptes fantastiques de Paulette de la Brosse (épisode 1)

Petite satire reçue par e-mail d'un primesautier citoyen d'une "grande ville d'Île de France, située dans l'Ouest parisien". Je la retranscris ici, ne pouvant m'empêcher de questionner la compétence de l'aréopage de cette grande ville... que je pense reconnaître.

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Le conte se passe dans cette grande banque franco-belge, DEXIA, spécialisée dans le crédit aux collectivités, qui fut si sévèrement touchée par la crise dite des sub-primes, que les états furent contraints de la recapitaliser lourdement pour éviter sa faillite.

DEXIA finance de très nombreuses villes en France, et certains montages fondés sur des variables exotiques ont été durement vécus par certaines d’entre elles, qui tentent désespérément de les renégocier.

Cette grande Ville de l’Ouest parisien, métropole majeure de l’Ile de France, n’a jamais accepté ces offres exotiques et toxiques, seulement des financements aux bases traditionnelles, un peu décalées dans la folie des années précédentes .

Ce jour là, l’adjointe aux finances de cette ville a pris rendez-vous avec le directeur du département Bernard Dupont, pour « étudier tous les prêts en cours ». Auparavant, DEXIA traitait directement avec le maire, et Bernard Dupont se souvient avec quelques frissons de l’ancien ministre qui jonglait avec les taux, le Pibor, la BCE et face à qui il fut de maintes fois en péril, ou de son successeur, haut fonctionnaire des chiffres, qui devait avoir un ordinateur à la place du cerveau tant il calculait vite et sans erreur.

Avec eux pas de fantaisie ou d’exotisme, de la rigueur jusqu’à l’austérité !

Bernard Dupont n’avait jamais encore rencontré la nouvelle adjointe aux finances, Paulette de la Bosse.

Elle se présenta à l’heure, et Bernard Dupont vint l’accueillir pour prendre l’ascenseur qui menait au 37eme étage de le tour, celui des réceptions VIP. Dès entrés dans l’ascenseur, Paulette de la Bosse l’entreprit sur les prêts à taux variables qui constituaient les toxiques tueurs des banques et des collectivités. Bernard Dupont vit là une dure entrée en matière, avec le rappel des turpitudes financières de DEXIA.

Dans le salon de la réunion, Paulette de la Brosse poursuivit sa diatribe contre les prêts à taux variables, assimilés à des variables toxiques, qui portaient en eux des risques mortels ; certains prêts contractés par la Ville étaient à taux variables, il fallait les changer.

Bernard Dupont n’en revenait pas !

Les prêts variables étaient indexés sur le TBB ou le PIBOR, en €uros, à des taux avantageux pour la ville, et l’évolution annoncée de l’inflation et des taux de la BCE permettait d’envisager une baisse réelle de leurs coûts.

Paulette de la Brosse expliqua alors que la Ville était au bord de la faillite à cause de la gestion précédente, et qu’une mise sous tutelle par le Préfet n’était pas à exclure ; dans ces circonstances, la Ville devait se défaire de tous ses prêts à taux variables, toxiques, et leur substituer des prêts à taux fixes que sa compétence de comptable permettait de comprendre et de gérer.

Etouffé de rire intérieur, Bernard Dupont s’excusa quelques minutes pour conter l’histoire à ses collaborateurs.
Décidemment le métier de banquier réservait bien des surprises, pas seulement mauvaises.

C’est ainsi que DEXIA accepta la renégociation des prêts variables en taux fixes, plus chers d’un demi-point.

Après tout, le métier de Bernard Dupont était de vendre de l’argent, dans les meilleures conditions pour sa banque,
pas d’enseigner la finance à une comptable.

16/06/2009

A Boulogne-Billancourt, Europe-Ecologie attise les nuls

C'est dans le Parisien, et les Verts de Boulogne s'en frottent les mains: au vu des 19,43% d'Europe-Ecologie à Boulogne (contre 9% pour le PS), les Verts devraient avoir un siège au Conseil municipal (groupe d'opposition @lternance gauche.verts) et pour cela, un des 5 membres du groupe PS devrait démissionner. Avançons rapidement quelques arguments à ces médiocres Verts.

  1. La victoire d'Europe-Ecologie n'est pas celle des Verts. Europe-Ecologie est un mouvement qui s'étend bien plus loin que le simple parti des Verts. C'est à moitié un parti, à moitié une ONG, en quelques sortes.
  2. Europe-Ecologie a rassemblé sur l'ambition européenne d'une part, sur le développement durable d'autre part, et tout cela dans un cadre de scrutin régional, incarné chez nous par Daniel Cohn-Bendit.
  3. La victoire d'Europe-Ecologie n'est donc pas celle des Verts (qui se placent dans un contexte national), mais bien celle d'une coalition incarnée par des figures qui sont justement tout sauf issues des Verts: Dany Cohn-Bendit, Eva Joly, Sandrine Bélier, José Bové... Où sont les Verts?

Par ailleurs, je trouve fort étonnant que les Verts confondent si allègrement deux scrutins. Cela relève d'une imbécilité profonde, d'une ignorance crasse, ou bien d'une sacrée malhonnêteté intellectuelle.

  1. Les élections municipales ont eu lieu en mars 2008 dans un contexte local, et dans un contexte de rassemblement de partis politiques nationaux dans ce contexte local.
  2. Les élections européennes ont eu lieu en juin 2009, dans le contexte qu'on a vu, et qui n'a rien à voir.
  3. Entre les deux, une grosse crise économique a éclaté. Et on a fait le lien entre crise environnementale, crise alimentaire (ah oui, il y a eu ça aussi, entre 2008 et 2009), et crise économique et financière.
  4. Cela signifie que le sentiment de changement sort des partis: il n'est pas incarné par les Verts, et n'appartient pas aux Verts.
  5. Je remarque d'ailleurs que Cohn-Bendit le dit lui-même: "Europe-Ecologie n'est pas propriétaire de ses électeurs!". Et donc, a fortiori, encore moins les Verts.

 

Enfin, finissons. Ce comportement est un avertissement à mon avis sans frais. Que Europe-Ecologie retombe dans la médiocrité et la soupe politique des petits hommes en manque d'existence, et son mouvement est mort avant même d'avoir vécu.

Que les Verts imaginent une seconde pouvoir capitaliser eux-mêmes sur le résultats de ce rassemblement, dans ce contexte du 7 juin, et il donnera une image tellement vilaine qu'il perdra toute la crédibilité donnée par ces listes qui ont su mettre en avant un projet pour des enjeux qui nous dépassent tout à fait.

Sébastien Scognamiglio et Alain Mathioudakis n'ont qu'à faire comme toute personne censée: entrer dans le mouvement, faire vivre des débats, continuer à élever les citoyens: c'est la condition du succès pour les scrutins à venir (et qui n'ont rien à voir avec les élections européennes).

 

Mais ça, il faut le pouvoir.

 

PS: si je suis le raisonnement de nos amis Verts, Europe-Ecologie a fait un super résultat, donc un membre du PS doit démissionner pour laisser un Vert accéder au Conseil Municipal. Si je prolonge ce raisonnement absurde, je constate que Benoît Hamon a perdu son élection, et qu'en conséquence, c'est un "hamonien" qui doit quitter le groupe PS.  Comble de l'asburdité, la seule représentante de ce courant est Marie-Hélène Vouette (présidente du groupe d'opposition, ndlr). Si le PS accède à la demande des Verts et entre dans leur "logique", qu'il en tire les conséquences, en respectant la-dite logique jusqu'au bout.

08/06/2009

7 enseignements de la campagne européenne en France


1/ La Présidence Française de l’Union européenne n’a eu absolument aucun impact sur la mobilisation des Français aux urnes. L’abstention à frôlé les 60% malgré un deuxième semestre 2008 extrêmement prolixe en communication sur l’Europe.


2/ L’UMP a mobilisé son camp, sans prendre de position trop clivante, à l’exception de l’opposition à l’entrée de la Turquie. Comme le disait Michel Barnier lors d’une sympathique rencontre mercredi soir :  « pourquoi vouliez-vous que l’on parle de fédéralisme ? Nous cherchons à rassembler notre camp ! ».


3/ A l’inverse de l’UMP, on s’est rendu compte de l’extrême volatilité de l’électorat socialiste, qui dispose d’une base électorale très faible. Illustration dans ma ville à Boulogne-Billancourt, où le PS est habitué à des résultats entre 18 et 25%, et qui a fait hier 9% des votes.


4/ Le grand succès de cette élection reste celui de la liste qui a réussi à réunir 2 concepts auacieux : Europe et Ecologie. Et qui a réussi à aller au-delà de la compréhensions désuette et galvaudée de « l’écologie » pour faire passer le message de « l’écologie politique » (avec ses pans environnemental, social, macroéconomique). Un élément important de son très grand succès: Europe-Ecologie est deuxième dans les grandes villes de France: Bordeaux (22,34%), Lyon (23,7%), Paris (27,46%), Marseille (16,3%), Toulouse (22,05%), Nice (15,83%)... Exceptions pour Dijon (19,19% pour EE contre 19,99% pour le PS) et Strasbourg (21% contre 23,36% au PS).


5/ Le MoDem s’est absolument trompé de campagne, et François Bayrou peut le prendre personnellement : mis en avant partout, le leader MoDem a sans doute voulu rejouer la présidentielle. Las, depuis 2007 le nouveau parti démocrate n’a mis en avant absolument aucune tête nouvelle. C’était l’occasion de montrer un parti prolixe grâce à Sylvie Goulard, enivronnemental avec Corine Lepage. Mais elles furent inaudibles, écartées des télévisions au profit des vieux de la vieille : François Bayrou et Marielle de Sarnez. Par ailleurs, le dérapage de l’Arbitre des Elégances Bayrou sur le plateau de « A vous de Juger » lui a fait perdre une grande crédibilité.


6/ Les électorats socialiste et démocrate se sont donc répartis vers Europe-Ecologie, grâce à 3 positionnements principaux :

-    Europe-Ecologie a réussi à ringardiser les partis classiques. L’état d’esprit de gauche étant plus volatile que l’électorat de droite très mobilisé, l’aspect mi-ONG, mi-parti politique a rencontré un grand succès.
-    Europe-Ecologie a réussi à incarner un projet fort autour duquel se rassembler, et l’a bien matérialisé autour de l’étrange tandem Bové/Cohn-Bendit ; si deux personnalités si éloignées pouvaient s’entendre, c’était bien autour d’un contenu fort, et qui nous dépasse.
-    Europe-Ecologie a réussi une campagne positive qui a parlé de grandes ambitions vers lesquelles tendre, et notamment une ambition à l’échelle européenne, sinon mondiale : l’environnement et le changement d’un système qui ne semble plus crédible. Or, selon OpinionWay, 29% des électeurs ont voté en tenant compte de l’environnement, 25% en tenant compte des inégalités.


7/ Les extrêmes n’avancent pas. Avec 6,3% le Front de Gauche fait à peine mieux que les 5,9% du Parti Communiste en 2004. NPA et Lutte Ouvrière cumulent ensemble 5% des votes, contre 2,6% en 2004 mais n’obtient aucun élu. Le FN baisse encore à 6,5% contre 9,8% en 2004. Et Libertas recueille 4,8% des voix contre 8,4% en 2004 (MPF+CPNT).
C’est bien la preuve que l’opinion anti-européenne (et encore, peut-on classer le Front de Gauche là dedans) ne progresse pas, et que la critique systématique (et systémique) radicale envers l’UE ne fait plus recette.

07/06/2009

Blogging Live des résultats

Jules de Diner's Room a organisé une petite République des Blogs spéciale résultats des élections européennes. Me voici donc au Pachyderme, entouré de David, Ronald, Julien, Nicolas, Eolas...

Et ça commence maintenant - 20h04, premières estimations.

 

22h46 - Pendant ce temps-là, à Barcelone, Omar Bongo décédait d'un cancer.

22h41 - Estimations européennes de la BBC: PPE 37%, PSE 22%, Libéraux 10%, Verts 8%

22h34 - Selon la BBC, résultats partiels confirmés pour le Parlement européen: PPE-DE 198 sièges, PSE 123 sièges, ADLE 51 sièges, Verts 40 sièges, Communistes 25 sièges, Souverainistes 20 sièges.

22h27 - Toujours pas de résultats au Royaum-Uni...

22h20 - En République tchèque, pour 23 sièges: 10 pour ODS (droite conservatrice-libérale), 5 pour les Communistes, 3 pour CSSD (sociaux-démocrates), 2 pour les Souverainistes, 2 pour les Chrétiens-démocrates. Les Verts n'ont pour l'instant aucun élu. Les Tchèques seront-ils toujours un wagon en retard sur l'Europe?

22h06 - Cohn-Bendit annonce un groupe des Verts au Parlement européen à 60 députés (contre 42 actuellement)! 14 sièges en France selon OpinionWay.

22h04 - Sondage OpinionWay, PS et Europe-Ecologie au coude à coude à 16% (niveau national).estimations.jpg

22h02 - En Allemagne, CDU 36%, SPD 21%.

21h55 - On me dit qu'en République tchèque, Lukas Macek et son parti SNK-ED font un flop. Tristesse...

21h51 - Il n'en reste pas moins que la plus belle défaite de ce soir reste celle de Sarkozy et de la PFUE sur la motivation européenne des Français: 60% d'abstention après 6 mois d'une telle communication, c'est fort.

21h43 - Le Parti des Pirates (Suède) obtiendrait 2 sièges. Lobbying efficace.

21h40 - Officiel, Hamon n'est pas réélu. Cela fera donc un mauvais député européen de moins. Quid de Stéphane Le Foll dans l'Ouest?

21h34 - 9% des gens ont voté en tenant compte de la sécurité, 29% de l'environnement, 25% des inégalités, 31% de l'action UE face à la crise (source: OpinionWay)

21h33 - A Boulogne-Billancourt, Barnier 45%, Cohn-Bendit 17,7%, Desir 9% (!!!) et Sarnez 4%. Juste incroyable.

21h29 - Bayrou s'exprimera à 22h10. Pétage de plomb avec victimisation et théorie du complot au programme

21h20 - panne de réseau à la République des Blogs. Maintenant que l'élection est passée, Dati fait campagne: "un succès pour le Président de la République". Tssss.

20h51 - On murmure que Hamon (n°3 Ile de France) ne serait pas élu. Le PS à moins de 18%?

20h43 - En République tchèque, les élections ne sont pas à la une des médias... http://www.idnes.cz/

20h42 - Haro sur Martine Aubry de la part des responsables PS. Bartolone: "ce n'est pas une super-woman"

20h35 - le MoDem et Europe-Ecologie ne semblent toujours s'être exprimés... NB: Cohn-Bendit parle de "continuer cette aventure extraordinaire". Bon courage aux stratèges EE pour recadrer le rassemblement dans une logique nationale...

20h32 - François Bayrou aura complètement raté sa campagne. Commencée trop tard, le créneau fédéraliste mangé par Europe-Ecologie, tombé dans la démagogie de l'anti-sarkozysme, et omettant totalement de mettre en avant Sylvie Goulard (Grand-Ouest) et Corine Lepage (Nord-Ouest) sur l'aspect pro-européen et l'aspect environnement.

20h25 - Bonne remarque de Jules: Bayrou a eu bien raison de critiquer les sondages, ils se sont complètement gourrés! Il ne fallait pas le mettre à 14%, mais à 9!

20h22 - Comment évaluer l'impact positif d'un rassemblement comme Europe-Ecologie, mi-ONG / mi-parti politique, sur ces élections si particulières?

20h18 - Paradoxe relevé par Gilles Finchelstein vérifié: alors que l'idéologie sociale-démocrate gagne partout en Europe, ce sont les conservateurs et les libéraux qui arrivent premier de cette élection commune à toute l'Europe.

20h13 - Abstention en Europe: L'Italie passe de 71% de participation en 2004 à tout juste 50% en 2009! La Slovaquie passe de 16% en 2004 à 19% de participation en 2009.

20h12 - Premier enseignement de la campagne: le parti parti du plus loin (Europe-Ecologie, 7% début mai) a réussi la meilleure campagne. Grâce à un discours cohérent et maintenu pendant 3 mois, et un axe de campagne résolument pro-européen, dans l'action, et assumant le fédéralisme.

20h10 - Le MoDem à la ramasse partout. Mes impressions de ces derniers jours sur l'impact de la navrante sortie de Bayrou à "A vous de Juger" semblent se vérifier partout.

20h08 - Flash Sud-est: Françoise Grossetête (UMP) 29%, Michèle Rivasi (Europe-Ecologie) 17% et Vincent Peillon (PS) 15%

20h06 - Manifestement, énorme gamelle nationale du PS et du MoDem. A titre d'exemple, PS à 17% dans le Grand Est, Europe Ecologie 2eme en Sud-Est, MoDem largué dans la plupart des circonscriptions sauf grand Ouest.

 

04/06/2009

Bayrou "trop minable pour être Président de la République"

Je sens (et j'espère) que cette vidéo va poursuivre longtemps François Bayrou.


Tout d'abord pour le mensonge de début de propos: "vous êtes venu déjeuner 3 fois à l'Elysée". Ben oui, Daniel Cohn-Bendit est président de groupe politique au Parlement européen, Nicolas Sarkozy est chef d'Etat et a été 6 mois président en exercice de l'UE pour la France (et s'est à ce titre exprimé 3 fois au Parlement européen), et a donc entretenu des relations politiques avec les responsables du Parlement.

L'une de ces 3 fois était d'ailleurs à la suite d'un débat télévisé public que nous avions organisé pour les 40 ans de l'Université Paris-Dauphine, entre Valéry Giscard d'Estaing et Daniel Cohn-Bendit, le 9 décembre dernier. Dany en partant à 13h de l'Université pestait contre ses futures 20 minutes de retard et s'est méchamment détrempé le soulier gauche dans le caniveau en entrant dans son taxi.

 

Ensuite pour sa réaction sur "l'ignominie". Et je vous laisse l'apprécier.

 

J'ai bien des amis au MoDem. Ils disent "ah, Cohn-Bendit est bien ami avec Sarko", parce que c'est un argument de campagne. Bon... J'aimerais les entendre défendre leur grand guide spirituel et politique sur cette répartie et cette attaque honteuse sur une citation issue d'un bouquin qui a fait l'objet d'une polémique dont on a oublié les bases exactes mais qu'il est si facile de raviver quand on joue sur le lointain souvenir d'un traumatisme médiatique.

C'est petit, c'est petit homme. Du même Bayrou qui, à la fin du débat "A vous de Juger", prétendait être "un Républicain". A la fin d'un débat où d'ailleurs Daniel Cohn-Bendit a quitté ses compagnons de table, lassé par les éructations conjointes de De Villiers, Marine Le Pen et François Bayrou sur les sondages "vendus au pouvoir". Pour rejoindre celle de Mélenchon, Besancenot et Bertrand. Qui furent étonnamment mesurés, et plutôt bons.

Alors, si jamais son ego le laisse faire, François Bayrou s'excusera, lundi par exemple, de ce qu'il a sorti à Cohn-Bendit. Prétextera la fatigue de fin de campagne, peut-être les médias qui les ont monté les uns contre les autres... Mais les nerfs, la fatigue... Cela ne dévoile-t-il pas le fond de vérité d'un personnage?

Quand la confusion et la théorie du complot et de la connivence deviennent système, et qu'il n'y a comme ressource que l'insulte pour les justifier, alors on entre dans une catégorie politique qui ne m'intéresse pas.

Le populisme.

 

L'extrait complet:


03/06/2009

28 panneaux, 13 affiches, 15 erreurs

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N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.

La démocratie offre plusieurs leviers pour faire valoir son opinion: la gouvernance, le lobbying, les médias, la grève, la liberté d'association... et aussi le vote. Au niveau européen, le lobbying et son usage en gouvernance est presque institutionnalisé: la Commission européenne fait appel à l'ensemble de la société civile concernée par tel ou tel sujet, avant d'élaborer une proposition de texte législatif, ensuite transmis en codécision entre le Conseil des ministres de l'UE et le Parlement européen.

Et puis, il y a les élections européennes. Dont le scrutin est aménagé différemment selon les pays.

Les élections européennes sont en France, les élections les plus ouvertes: il n’est aucune condition particulière interdisant de se présenter. Cela en fait une opportunité pour des lobbies et des micro-phénomènes, au risque de décrédibiliser le scrutin.

En contrepartie d’une déclaration de candidature, l’État met à disposition des candidats un panneau électoral. Le reste des frais est à la charge des listes: collage, impression des bulletins de vote (via la Commission de Propagande)… certains partis vous proposent de télécharger et imprimer vos bulletins vous-même.

A ma connaissance, aucune autre élection, uninominale ou collective, ne fait en France l’objet de tant de libertés. L’application de ces règles électorales est nationale: elle varie en effet en Pologne, en Allemagne, etc.

Les élections de 2009 réunissent en Ile de France, 28 listes. Et parmi elles, on retrouve le Centre National des Indépendants et Paysans, les Royalistes, «Cannabis sans frontières», ou encore «l’Europe du Narghilé» du gros plaisantin Gaspard Delanoë...

Juste devant chez moi, pile devant, j’ai donc 28 panneaux. C’est l’un des seuls endroits de la ville où il y a un panneau par liste: la plupart du temps un gros adhésif noir sépare chaque panneau en deux pour pallier le manque matériel.

28 panneaux, et 13 listes affichées. Ce qui nous fait donc 15 listes qui ne se montrent pas, mais qui participent néanmoins au scrutin. En sont-elles dignes?

C’est une attitude exécrable et l’expression d’une erreur de la démocratie -surtout que ceux qui en font le moins, sont pourtant ceux qui récriminent le plus quant à leur visibilité, pour deux raisons principales: la première tient à l’élection elle-même et à ses implications, la seconde à cause de l’illisibilité du scrutin.

Les élections européennes vont porter au Parlement quelque 736 députés, ce qui veut dire que chacun d’eux représentera environ 700.000 citoyens européens. C’est une échelle incomparable: c’est le plus grand parlement du monde, après celui de l’Inde. Avec cependant cette différence: il est transnational, rassemblant en son sein 27 nationalités aux passés et aux cultures relativement différentes.

Dans ces conditions, peut-on accepter que n’importe qui puisse se présenter aux suffrages des citoyens? Le plus pénible des inconnus peut faire la grosse blague de se présenter pour «L’Europe du Narghilé», et encombrer la visibilité d’un scrutin qui a permis depuis cinq ans, par exemple, de contrôler les substances chimiques dans les produits consommés en Europe, de mener une enquête sur les vols de la CIA sur le territoire européen, de contrôler l’émission de CO2 des voitures, de plafonner le temps de travail dans l’UE…

Trop de démocratie tue la démocratie: ces élections consacrent le «quart d’heure de célébrité» cher à Andy Wahrol. Des partis inexistants comme le CNI (Centre National des Indépendants et Paysans, qui eut son heure de gloire avec Antoine Pinay, il y a 60 ans) osent même revenir à la mémoire oublieuse des citoyens. Pour quoi faire? Pour continuer à exister...

Si c’était pour gagner de l’argent, ça se saurait, puisque (art.8.1 du Memento à usage des candidats): "Aux termes de l’article 18 de la loi du 7 juillet 1977, sont à la charge de l’Etat, pour les listes ayant obtenu au moins 3% des suffrages exprimés, le coût du papier, l’impression des bulletins de vote, affiches et circulaires, ainsi que les frais d’affichage".

C’est donc pour exister, entre 0 et 0,2% des voix.

D’autres listes profitent de ce moment relativement médiatisé, et de cette visibilité auprès des citoyens, pour des opérations de lobbying: c’est le cas de «Cannabis sans frontières» qui milite pour la dépénalisation du cannabis, ou en Suède du «Parti des Pirates» issu du site de téléchargement, «The Pirate Bay», dont les fondateurs ont été condamnés à la prison ferme début 2009 par la justice suédoise.

C’est aussi le cas d’initiatives insupportables, comme celle de Dieudonné et de son acolyte, Alain Soral.

Moment privilégié de lobbying et scène sans équivalent pour venir entendre le chant des cygnes des partis comme le CNI ou les Royalistes, les élections européennes sont complètement noyées sous des candidatures absconses.

Or, ce sont, dans le même temps, des élections difficiles à appréhender: le fonctionnement institutionnel européen n’est que peu semblable à la répartition des pouvoirs que l’on met en œuvre au niveau national et les enjeux et la marge d’action des députés européens sont sensiblement différents de leurs homologues des 27 Etats-membres.

Et l’Europe a besoin de légitimité et de participation des citoyens, qui ont une occasion tous les cinq ans de donner de la voix. Mais, c’est compliqué, c’est à Bruxelles et à Strasbourg que ça se joue, et c’est, de surcroît, une élection qui jouit peu d’un moment démocratique complet, se tenant souvent à la suite ou en même temps qu’une élection nationale (cf. Régionales mars 2004 et Européennes juin 2004 en France), ou bien juste avant (campagne pour les législatives allemandes, après l’été 2009), voire même carrément en plein marasme politique (République tchèque actuelle).

Or, quand la campagne officielle est lancée, que les médias commencent à donner écho aux candidats et à ce qu’ils proposent, pan! Deuxième effet "kiss cool": les 28 panneaux.

28 panneaux, ou comment dissuader n’importe quel hésitant de se plonger dans une élection qu’il trouve déjà trop complexe. Ajoutez à ça les panneaux vides et le look des affiches -notamment la désinvolture affichée de l’UMP vue la piètre qualité de la leur, et ça y est, vous donnez l’impression d’une élection qui ne sert à rien.

En Pologne par exemple, les règles ne sont pas les mêmes. Il n’y a d’ailleurs que 9 listes candidates. Peut-être parce que les Polonais ont retenu la leçon de la démocratie trop ouverte, avec les candidats du «Parti de la Bière» de 1993…

Peut-être faut-il réfléchir à un nombre de parrainages de citoyens à recueillir de la part des candidats, afin de limiter les candidatures farfelues ou indésirables, pour légitimer cette élection aux 28 panneaux...

Parce que, comment veut-on avoir la prétention de représenter 700.000 citoyens européens, si on n’en a même pas une poignée pour coller des affiches?

Il est en tout cas certain que le mode d’élection (et on pourra parler du vote préférentiel développé par Eurojunkie) influe sans doute sur la participation.

30/05/2009

"Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques!"

lebeda.jpgVaclav Lebeda est vice-président du Think Tank « Evropske Hodnoty » (Valeurs Européennes). A l’aune des élections européennes, il dresse un bilan de la Présidence tchèque de l’Union européenne, de l’attitude des citoyens de son pays par rapport à l’UE, et de la campagne des Européennes (pour laquelle il se présente, non-éligible sur une liste de centre-droit pro-européenne).

Une certitude en tout cas, Tchèques et Français ne sont pas si différents.



 

1/ Les Tchèques sont-ils eurosceptiques?

A en croire les sondages d’opinion (dont je suis habituellement méfiant), combinés avec de nombreuses expériences de terrain, la réponse est „non“ pour l’écrasante majorité des Tchèques. A en croire les avis du Président de la République tchèque, repris par de nombreux médias internationaux, y compris français, ça serait un „oui“ assez fort. Cherchez l’erreur – vous la trouverez dans la déconnexion des élites politiques actuelles du pays de la plupart des citoyens. Un exemple pour tous: plus de deux tiers des électeurs d’ODS, ancien parti de Vaclav Klaus, soutenaient et soutiennent le Traité de Lisbonne (alors que la principale force de droite est majoritairement contre). Idem pour l’adoption de l’euro. Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques, peu représentatives sur ces questions.


2/ Pour remettre cette attitude en abîme, comment définirais-tu la relation des Tchèques avec le Pouvoir?

Les Tchèques sont traditionnellement méfiants vis à vis le pouvoir, tendance historique qui prend sa source en grande partie dans les siècles passés sous la tutelle des Habsbourg – l’Etat, c’était un „eux“ étranger dont il convenait de se méfier. Le régime communiste n’a fait que confirmer et renforcer cette attitude – le pouvoir n’était pas un „nous“ représentatif, mais bien un „eux“ imposé par force. D’où un renfermement sur soi, sa famille, son lopin de terre, son chalet...

Aujourd’hui, cette méfiance se transforme souvent en désintérêt pour les choses publiques, au vu des pièces tragicomiques montées par la représentation politique. C’est comme si les grands partis politiques ne s’intéressaient pas du tout à la vraie représentation des intérêts de leurs groupes d’électeurs. Le grand malheur, c’est que la démocratie tchèque, „trop tôt fatiguée“, comme le pointe justement Jacques Rupnik, arrive toujours à faire réélire ceux qui manifestement adoptent un style politique agressif, arrogant, peu soucieux des vrais intérêts des citoyens – même si l’on n’est pas d’accord avec eux, on continue à remettre en selle toujours les mêmes, au prix et avec pour résultat la déconnexion entre le pouvoir en place et les citoyens.

L’espoir ne meurt cependant pas tout à fait – une sortie du tunnel de la désillusion est marquée par l’arrivée d’une nouvelle génération d’hommes et femmes politiques, riches d’expériences européennes, véritablement testés dans la concurrence européenne, qui sont à même d’apporter un style et un contenu nouveau. Peut-être bien déjà aux européennes de cette année...


3/ Quel regard portes-tu sur la Présidence tchèque de l'UE?

En bon diplomate, je me devrais de répondre „attendons le 30 juin, notamment les résultats du sommet de juin, pour évaluer véritablement les six mois de présidence.“ Effectivement, le sommet devrait, malgré le changement aux manettes du gouvernement à Prague, être un moment fort de la Présidence tchèque, qui a su bien se débrouiller dans ses premières semaines, notamment lors de la crise de gaz, n’en déplaise-t-il aux commentataires français plutôt sceptiques sur cette question.

Il n’en reste pas moins que notre présidence, très bien préparée et géréé au niveau technique et administratif, a été mise à mort politiquement par le vote de motion de censure du gouvernement Topolanek. Il serait cependant faux de faire de ceux (sociaux-démocrates, communistes et quelques anciens députés de la majorité) qui ont été directement responsables de la chute du gouvernement les seuls coupables du suicide politique de la Présidence. Toutes les formations de la majorité ont des comptes à rendre pour avoir failli à négocier une trève digne de ce nom avec l’opposition pour les six mois de la Présidence. Responsabilité de tous, alors? Pas tout à fait – il existe bien des forces politiques dans le pays, représentatives d’un grand nombre de Tchèques, qui portent un regard plus constructif vis à vis de l’Europe. Je retourne à ta question précédente – les hommes et femmes politiques de mon pays ne sont pas toujours représentatifs des Tchèques dans leur ensemble.



4/ Justement, la Présidence a-t-elle permis, comme il est généralement le cas, de mieux intéresser les citoyens à l'Europe?

La Présidence a surtout été une occasion pour les médias de mieux se saisir des enjeux européens, très peu couverts dans le passé (ce qui n’est pas en soi une spécificité tchèque...) et pour les représentants politiques impliqués directement dans la Présidence de se mouiller davantage aux vrais problèmes et vraix enjeux, au lieu de perpétuer un discours idéologique et idéologisant. La répercussion sur les citoyens a été cependant faible, à mon avis.
Même si on partait de très loin (responsabilité partagée par la gauche et la droite), le fonctionnement de l’Union, sa nature politique, la recherche permanente de compromis, sont toujours mal saisis par les citoyens. Un Vaclav Klaus prônant que la Présidence n’a aucune vocation politique ou d’impulsion, qu’il s’agit d’une simple modération technique des débats (couplée seulement à la remise des cadeaux aux délégations), n’est pas pour rien dans cette quête difficile. Son influence devrait néanmoins aller en s’affaiblissant, j’espère.


5/ Est-il facile de faire vivre un débat européen en République tchèque?

Très difficile, dans un climat de désillusion des Tchèques vis à vis de la politique en général (très peu iront voter au mois de juin), dans un climat qui de plus est marqué par l’arrivée d’un gouvernement des techniciens et les préparatifs pour les législatives anticipées du mois d’octobre. Les grands partis jouent la carte purement nationale, de politique interne. Les affiches des sociaux-démocrates exhortent ainsi les Tchèques à voter contre Topolanek, prétendument responsable des licenciements sans raison, des problèmes du système de santé etc. Sujets qui n’ont strictement aucun lien avec l’Europe, avec le rôle du Parlement européen, la politique européenne de la République tchèque, dominent la campagne.

On se bat alors dans les rues, en allant à l’encontre des citoyens avec un mur improvisé, sur lequel on a inscrit les plus grands des mensonges ou bêtises répétés par nos eurosceptiques. Une fois ce mur de clichés construit, nous l’abattons avec l’aide du public Manière de dire que ce mur n’est que dans nos têtes et faut aller au-delà si on veut réussir en Europe. Les réactions sont très positives, et les machines politiques installées n’ont pas l’habitude d’aller directement au contact des citoyens.


6/ Comment les médias traitent-ils le sujet?


Je ne veux pas me plaindre de l’attitude des médias, mais il est vrai que, malheureusement, ils ont l’air d’avoir accepté le jeu des grands partis. Les explications du contexte politique et économique du moment, du rôle du Parlement européen, l’importance de vote pour l’avenir de l’Union, sa capacité d’action, sont les questions qu’on voit apparaître que d’une manière très discrète dans les médias, occupés par les querrelles internes de chaque parti, les actions du gouvernement de transition ou les débats sur les législatives anticipées. Tout ceci est naturellement absolument légitime, mais l’on ne voit, à quelques exceptions rares, pas d’évaluations crédibles de bilan des députés sortants, des questions visant spécifiquement les européennes. L’augmentation des salaires des députés européens tchèques (grâce au statut commun des eurodéputés) est un thème qui vend plus que les questions de programme.
Les médias ne peuvent naturellement pas imposer aux partis les sujets de campagne, comprise comme un tour de chauffe pour les législatives, mais pourraient contribuer davantage à responsabiliser les politiques dans leurs prises de position et la manière dont ils mènent la campagne.


7/ De façon plus personnelle, comment interprètes-tu le désintérêt grandissant en Europe pour ces élections, alors même qu'elles interviennent en pleine crise économique et financière?


Elles interviennent surtout au moment où le futur Parlement devrait sortit renforcé de la mise en application du Traité de Lisbonne qui renforce non seulement les pouvoirs du Parlement en matière législative et budgétaire, mais ouvre la voie à une plus grande politicisation de l’Union, qui devrait – je l’espère – conduire à rendre l’Europe plus attractive aux journalistes et donc aussi aux citoyens!
Les raisons de ce désintérêt sont très diverses et vont du désintérêt (ou plutôt, d’un manque de confiance) grandissant pour la politique en général dans un monde globalisé où les politiques ne fixent plus les taux d’inflation en concert avec les plus grands industriels du pays comme jadis, au moment d’une crise de leadership politique en Europe, manque de connaissances des pouvoirs réels du Parlement européen (et, plus généralement, du poids du cadre législatif européen sur la législation nationale), au regard des résultats parfois piétreux du travail d’un certain nombre d’européputés sortants ou des stratégies des partis politique nationaux – qui des plus grandes formations dans chaque pays joue véritablement la carte européenne, en proposant notamment des spécialistes des questions europénnes en tête de listes?

Pourtant, le Parlement européen va jouer un rôle primordial justement dans le cadre de la crise économique que ne sommes en train de vivre. De sa majorité politique future dépendront les choix pris au niveau européen (y compris la couleur politique du futur Président de la Commission). Dire que les recettes de la gauche et de la droite pour la sortie la plus rapide de la crise ne sont pas les mêmes serait un euphémisme. Les européennes de cette année sont dans ce contexte encore plus importantes que jamais, et il conviendrait de leur accorder une attention correspondante. Un travail que personne ne fera à la place des journalistes et des hommes politiques...

27/05/2009

Bienvenue en UMP.

 

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Si jamais je rencontre un jour le type qui a eu l'idée de ce clip de campagne absolument hallucinant, il faudra que je le remercie pour cette énorme tranche de rire. Au-delà de ça, et sorti de la monumentale erreur de communication de vouloir adapter le concept du lip-dub à un discours politique institutionnel et issu du parti au pouvoir, le message est absolument flippant:

Xavier Bertrand est les Français.


"Nous changerons l'Europe comme nous changeons la France". Merci bien, mais sans moi: je vois déjà assez bien comment la France change avec Sarkozy.

26/05/2009

l'Euroscepticisme? "ça n'est pas sale"

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N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.

 

Non José, cette campagne européenne n'est pas «la course à l’échalote pour la présidentielle 2012». En ce moment, et au vu des noms d’oiseaux que s'envoient Europe-Ecologie et le MoDem, c’est plutôt le diplôme de parfait pro-européen qui fait l’objet d’une course effrénée.

Et à ce jeu donc, il y a de mon point de vue, deux stratégies: une ancestrale, qui date un peu de l’avant-référendum de 2005, et une plus moderne.

Le MoDem est plutôt de la première catégorie, à l’image de sa tête de liste Grand Ouest et présidente du Mouvement européen-France, Sylvie Goulard. Le discours est simple: nous sommes de tradition européenne, «l’Europe c’est nous» et qui n’est pas en accord avec l’Europe actuelle n’est pas européen (cf. Jacques Chirac en 2005 «on ne peut pas être européen et voter contre la constitution européenne»). A titre personnel, je trouve cette position assez conservatrice, et plutôt peu démocrate.

Europe-Ecologie est plutôt de la seconde, post-référendaire de 2005. Elle a conjugué, à l’image également du PS (mais de façon plus cohérente), le Non et le Oui de 2005. Elle a rassemblé Bové le Noniste, et Cohn-Bendit le Ouiste acharné. Elle a concilié un certain euroscepticisme et une ambition européenne, non sans quelques concessions avec l’honnêteté intellectuelle (la justification du Non au TCE de 2005 made in José Bové ne me convainc toujours pas).

Parce que non, l’euroscepticisme, ce n’est pas sale (pour paraphraser Le Doc qui sévissait sur Fun Radio). Et c’est d’autant moins sale si l’on comprend aujourd’hui, que le sujet n’est pas «l’Europe, bien ou pas bien», mais plutôt «l’Europe est là, qu’est-ce qu’on en fait?»



Même si il y a à peu près autant de courants eurosceptiques que de tendances politiques, dégageons-en grossièrement deux:

1. Les pro-européens sceptiques sur des aspects définis de la construction européenne (José Bové, Benoît Hamon).

2. Les souverainistes qui acceptent désormais le principe de la confédération d’Etats, mais réclament des libres-arbitres économiques et politiques nationaux (Nicolas Dupont-Aignan, Donald Tusk en Pologne), et qui globalement représentent peanuts ou pas loin en France.

Alors là, forcément, vous vous demandez pourquoi je n’ai pas cité Libertas et son représentant français Philippe de Villiers. C’est parce que, à l’inverse de l’euroscepticisme, le mensonge et la caricature, ne fait pas avancer les choses. Lorsque je vois un clip de Libertas qui m’annonce que la Turquie dans l’Europe pourrait remplir jusqu’à 70% du Parlement européen de ses représentants, je le renvoie au texte du Traité de Lisbonne (qui reste à approuver, certes) et à cet article qui ne fut remis en cause par aucun Etat-membre (art. 14-2): «Le Parlement européen est composé de représentants des citoyens de l'Union. Leur nombre ne dépasse pas sept cent cinquante, plus le président. La représentation des citoyens est assurée de façon dégressivement proportionnelle, avec un seuil minimum de six membres par État membre. Aucun État membre ne se voit attribuer plus de quatre-vingt seize sièges.» Libertas, c’est un parti démagogique, et rien de plus.

 

Revenons à nos moutons (noirs). C’est quoi être sceptique? Et bien, c’est questionner. Cerveau binaire, j’adapte le mot «eurosceptique» au concept de «questionner l’Europe». Malheureusement, en démocratie, on a du mal à prendre un pouls très qualitatif des questionnements des citoyens, et généralement, on évalue le taux de scepticisme par référendum. Lequel référendum agrège plein de questions parfois totalement incompatibles, et qui doivent être satisfaites par une expression binaire: «OUI» ou «NON».

Bon, ben, c'est aussi notre faute: on ne parle et on n’informe jamais sur l’Europe, on demande peu l’avis des gens et on pratique mal la gouvernance. On ne doit pas s’étonner alors de prendre une grosse tarte de temps à autres!

Je constate donc plusieurs faits, moi qui fut un défenseur acharné et limite violent du Traité constitutionnel européen, et qui garde encore une certaine rancœur à l’égard de certains politiques opportunistes:

- Je constate que depuis les référendums français et néerlandais de 2005, la Commission européenne a boosté incroyablement sa communication institutionnelle, jusqu’à la chaîne EU-Tube montée sur Youtube.

- Je constate qu’à l’aune de la crise économique et sociale actuelle, il semble qu’il y ait une prise de conscience au niveau du pouvoir exécutif européen, et au sein de partis politiques jusqu’à alors assez imperméables au concept, de la nécessité d’une «Europe sociale». En d’autres termes, «l’économie sociale de marché» commence à laisser place à «l’économie sociale» tout court, revendication antédiluvienne des eurosceptiques, type Bové, Hamon, etc.

- Je constate également que la protection du consommateur, le principe selon lequel la santé est prioritaire aux règles de l’ouverture des marchés, devient un principe premier de l’Union européenne (cf. art.3 du Traité de Lisbonne -C’est ce souci qui est à l’origine du démontage –action symbolique– du McDonald’s de Millau en 1999.

- Je constate toujours, qu’il semble désormais important de «politiser» les institutions européennes: Nicolas Sarkozy ne veut-il pas envoyer un «politique» à la Commission européenne, plutôt qu’un technicien, afin d’être mieux à l’écoute des citoyens?

- Je constate une série d’évolutions dont je vous fais grâce de l’exhaustivité, qui font finalement progresser l’Europe. Et je constate, à ma grande stupeur de pro-européen ancestral, que l’euroscepticisme fait bouger les choses. Enfin, en tout cas, l’euroscepticisme qui reprochait à l’UE et au libéralisme économique d’être deux concepts un peu trop proches.

Concernant le souverainisme de Nicolas Dupont-Aignan, je dois dire qu’il est utile dans le sens où il fait comprendre à l’Union qu’elle maintient malgré tous ses efforts un défaut de communication, un malentendu entre son projet qui se construit et qui satisfait globalement ceux qui le comprennent, mais qui aggrave pourtant les éléments anxiogènes vécus par toute une partie de la population (exception culturelle, préservation de l’emploi…).

Les souverainistes surfent sur ces anxiétés, avec plus ou moins d’honnêteté, et s’attribuent avec un certain culot la définition d’euroscepticisme. Pourtant, Nicolas Dupont-Aignan ne remet pas (ou plutôt ne remet plus!) en question l’existence même de l’Union européenne. J’ai d’ailleurs été ravi de l’entendre se féliciter du vote du Parlement européen sur le paquet télécom, mettant des bâtons dans les roues d’Hadopi. Il n’y a d’ailleurs plus désormais que le Front National pour vouloir sortir de l’Europe. Ceux-là sont anti-européens, c’est une sacrée différence.

 

Mais quand bien même, deux questions s'imposent: l’euroscepticisme est-il inévitable? Et si non, peut-il être profitable à la construction européenne ?

L’euroscepticisme est aussi vieux que le projet européen. Dans les années 70, on aurait sans doute taxé d’euroscepticisme ceux qui dénonçaient une Europe anti-démocratique, dotée d’un parlement européen fantoche et élu au suffrage indirect. Pourtant, en 1979, les 9 pays membres de l’UE ont vécu les premières élections européennes au suffrage direct.

Force est de constater que depuis 1992 et l’échec du référendum danois sur le Traité de Maastricht (et l’adoption du même à un doigt près en France), le scepticisme envers l’UE, sans avoir augmenté, s’exprime plus volontiers.

Les raisons en sont simples: après la chute du Mur de Berlin et la fin d’un monde bipolaire où la fin justifiait les moyens en termes de politique étrangère, les affaires internationales sont entrées dans le champ de la démocratie et dans les attentes des citoyens. C’est ce que l’on appelle la fin du «consensus permissif». L’Europe en a été en quelque sorte un dommage collatéral. Tout d’abord parce qu’elle n’était pas prête à une si brutale ouverture aux récriminations des citoyens, et ensuite parce qu’elle avait jusqu’alors évité de trop avoir à communiquer en direction des citoyens.

Depuis 1992, les citoyens ont ressenti de plus en plus éloquemment les effets de la mondialisation. Et, tandis que les pays européens en ont globalement plutôt profité, ils en ont conçu de la méfiance (notamment en France, par rapport à ses voisins). Méfiance qu’ils ont d’ailleurs volontiers mélangé à la construction européenne et l’ouverture des marchés.

Cet euroscepticisme qui s’est exprimé de façon de plus en plus organisée a fait avancer beaucoup de choses au niveau européen, et en premier lieu les institutions que nous nous apprêtons à modifier avec le Traité de Lisbonne.

Parce que les modifications institutionnelles du Traité de Lisbonne sont globalement celles qui furent déjà proposées par la Convention de Giscard d’Estaing qui a réuni 105 membres de tous les bords politiques, de toutes les institutions (nationales et européennes) et de toutes les nationalités, et qui ont été ratifiées par l’ensemble de ces membres, dont les eurosceptiques (à l’exception de 4 d’entre eux).

Ces institutions qui donnent plus de pouvoir au Parlement (co-décisionnaire à part entière sur tous les textes), et qui créent une présidence stable de l’UE et un haut représentant à la politique étrangère. Qui partagent mieux les compétences entre institutions communautaires et institutions nationales (principe de subsidiarité).

Autant de modifications qui permettent de renforcer la représentation des citoyens et de rendre le fonctionnement des institutions plus évident.

 

J’ai la faiblesse de croire que si l’Europe n’avait été peuplée que d’europhiles euphoriques, ces progrès démocratiques et ces nouvelles priorités politiques européennes (protection du consommateur, environnement…) n’auraient peut-être pas été mis sur les rails si vite.

Parce que dès lors que l’UE est contestée, questionnée dans son développement et sa construction, elle doit éprouver le besoin de se clarifier, de se réformer, de se rendre accessible. C’est désormais inévitable: oui, l’Europe est à l’écoute.

C’est dur, c’est pénible, c'est un travail de longue haleine qui n'échappe pas aux quiproquos. Mais l’Europe est à l’écoute des citoyens. Et être eurosceptique, ce n’est pas sale. Et même, comme le disait Oscar Wilde, cela peut être «le commencement de la foi».

 

Il faut juste ne pas mentir, ne pas travestir la réalité, ne pas profiter de la complexité du système. A ce titre, j’invite tous les lecteurs à considérer avec beaucoup de scepticisme les programmes de Libertas, du Front de Gauche et autre NPA.

Qui sait, peut-être eux aussi sont-ils à l’écoute des citoyens?

23/05/2009

Lukas Macek ou l'Optimiste (hommage à Voltaire)

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N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.

 

Lukas Malek Lukas Macek est candidat aux élections européennes en République tchèque pour le parti SNK-ED, créé par l’ancien ministre des Affaires étrangères, le pro-européen de centre droit Josef Zieleniec (élu député européen en 2004).

Directeur du Premier cycle spécialisé «Europe centrale et orientale» de l’IEP de Paris à Dijon, ancien collaborateur du sénateur Zieleniec, membre de la Convention sur l’Avenir de l’Europe, qui a élaboré le Traité Constitutionnel européen (rejeté en France et Pays-Bas en 2005), Lukas Macek a cette fois-ci décidé de sauter le pas -de conseiller et politologue à la politique, dans un contexte politique tchèque pour le moins compliqué…

Pierre Catalan- Quelle est l'offre de votre parti aujourd'hui en République tchèque?
Lukas Macek- Nous nous adressons à des électeurs du centre et du centre-droit pro-européens. Nous incarnons une stratégie ouverte et constructive pour la politique européenne de la République tchèque. Parmi nos priorités figurent: le renforcement de la compétitivité de l’UE, le renforcement de l’UE en tant qu’acteur international fort, la mise en œuvre du Traité de Lisbonne visant à utiliser au mieux son potentiel en ce qui concerne la légitimité démocratique et l’efficacité de l’Union, la réforme du budget de l’UE. Il s’agit aussi d’améliorer l’image de la République tchèque en Europe, en démontrant qu’une option pro-européenne reste présente sur la scène politique tchèque.

P.C- En 2004, votre parti, tout juste créé, a fait un "hold-up" électoral à l'occasion des européennes (11%, soit 3 sièges sur 24 députés). Comment pensez-vous pouvoir vous installer durablement dans l'espace politique tchèque?
L.M- SNK-ED est un parti bien implanté au niveau local et régional. Ce qui nous manque est une percée au niveau de la Chambre des députés. En 2004, des problèmes internes nous ont empêchés de capitaliser le succès des européennes pour s’imposer au niveau national. Nous ne répéterons pas les mêmes erreurs…

P.C- Quel est votre expérience européenne? Qu'en avez-vous tiré?
L.M- Qu’il s’agisse du travail auprès de la Convention sur l’avenir de l’Europe (Convention présidée par V. Giscard d’Estaing pour élaborer le traité constitutionnel européen) ou de mon travail à Sciences Po, je retiens la force de la dynamique européenne, faite de l’émulation et de l’enrichissement mutuel. Mais il ne faut pas oublier que c’est un processus fragile, rien ne va de soi: l’engagement européen est un travail permanent et patient, sans cesse menacé par des adversaires les plus divers.

P.C- Quels sont vos domaines d'intérêt au niveau européen? Les commissions dans lesquelles vous souhaiteriez siéger?
L.M- Affaires institutionnelles, éducation, budget, relations extérieures.

P.C- Allez-vous siéger au sein du PPE-DE, comme les députés européens ODS (parti libéral eurosceptique du président Klaus)?
L.M- Nous appartenons tout naturellement à la famille PPE. ODS cherche, par contre, à la quitter – ils souhaitent créer un nouveau groupe «eurosceptique» avec les Conservateurs britanniques, le PiS polonais, etc.

P.C- Comment voyez-vous vos relations, vos votes, vis-à-vis de votre groupe parlementaire? Serez-vous fidèle ou plus libre? A commencer par l'un des premiers votes: celui du président de la Commission?
L.M- Un parlementaire doit sans cesse chercher un compromis entre la liberté de ses convictions et une discipline nécessaire pour faire avancer une ligne politique cohérente, forcément collective. Après la discussion au sein du groupe, dans la plupart des cas je suis prêt à respecter le choix majoritaire, mais pas sur n’importe quel sujet.
Quant à la présidence de la Commission, tout dépendra des candidats potentiels. Je suis critique sur certains aspects du bilan de M. Barroso et, personnellement, je souhaiterais qu’il y ait encore un débat et une compétition au sein du PPE à ce propos.

P.C- En France, on annonce une participation de 50%... Ce serait déjà un bon score en République tchèque (28,3% en 2004). Que faîtes-vous pour intéresser les citoyens aux élections?Lukas campagne
L.M- Une campagne active à travers le pays, la rédaction et la diffusion d’une brochure explicative sur le Parlement européen… Mais l’indifférence des principaux médias ne laisse pas présager une amélioration substantielle, hélas.

P.C- Quels sont les sujets de préoccupation des Tchèques pour les européennes? Avez-vous l'impression de faire une campagne nationale?
L.M- Les plus gros partis tentent d’en faire une campagne purement nationale, une sorte de test avant les législatives anticipées de cet automne, nous y résistons. C’est d’autant plus tentant pour eux que les citoyens ont des idées et des attentes assez floues au sujet des enjeux européens, mais aussi des compétences du Parlement européen, etc.
La préoccupation majeure commence à être la peur du chômage. Mais les électeurs sont aussi très sensibles à la question de l’image du pays en Europe, suite notamment à la chute du gouvernement qui a porté un coup dur à la présidence tchèque de l’UE – c’est par ce biais-là qu’on peut ramener le débat électoral vers des enjeux européens.

P.C- Vous avez 33 ans, vous êtes tête de liste, il y a un certain nombre de jeunes responsables politiques en République tchèque, et dans les PECO en général. Comment expliquer que l'on confie plus de responsabilités aux jeunes qu'en France?
L.M- C’est lié notamment à l’écroulement du système communiste: il y a eu un appel d’air très important. Il y a aussi une réelle attente par rapport à la jeune génération qui a déjà pu profiter de la liberté et de l’ouverture européenne, qui ne porte pas les stigmates et les déformations hérités du régime communiste. Tout cela fait que les trentenaires s’imposent en politique beaucoup plus facilement qu’en France.

21/05/2009

Pour moi ce sera Europe Ecologie

Bon, toutes réflexions posées, ce sera Europe Ecologie pour moi 7 juin prochain.

Ce ne sera pas un vote Cohn-Bendit, mais bien un vote Europe Ecologie. Pour un concept qui me semble assez bien résumer le tournant que le monde doit prendre et que Europe Ecologie est le seul à mettre au coeur de son programme sans contraintes de lobbies ou de fierté industrielle nationale: "prospérer sans croître" (pour ceux qui font un lien avec la décroissance, ce n'est pas du tout le propos).

La campagne d'Europe-Ecologie ne rabaisse pas l'enjeu à un scrutin national ou à un vote sanction ou vote soutien. La campagne d'Europe Ecologie se base sur un manifeste, et me promet des députés de qualité pour le servir.

Alors je lis, je regarde. A tous ceux qui sont circonspects à l'égard de José Bové, je tiens à dire que je l'étais aussi, jusqu'à ce que j'aille l'écouter sur dailymotion. J'espère que le rendez-vous donné par touteleurope.fr avec Bové et Sandrine Bélier le 26 mai tient toujours d'ailleurs.


La campagne d'Europe Ecologie développe un projet. Un vrai projet de société, de changement de moeurs, de civlisation presque. Et le grand projet d'un développement "soutenable" (durable c'est vraiment une traduction pourrie), avec son volet environnemental, son volet social, son volet macro-économique, son volet de co-développement... Il me semble que c'est le seul grand projet, après la paix, après l'ouverture des frontières, après la démocratie et la réunification de l'Europe, qui soit à la hauteur de l'Europe.

Et c'est le seul grand projet, qui influera sur le monde entier comme la CEE a inspiré l'ALENA et le MERCOSUR, qui puisse, et qui doive être lancé et influencé à l'échelle d'un continent. D'un continent qui est la première puissance économique mondiale, la première monnaie d'échange mondiale.

Et finalement, c'est pour moi une prise de conscience. Je suis content d'avoir des candidats qui me proposent un grand projet, et je suis content que ces candidats traitent les élections européennes à un noble niveau, sans les dévaloriser.

Gérard Onesta nous le présentait déjà en septembre, aux journées civiques européennes:


 

C'est tout ce que je demande à un bon député européen: se battre contre les intérêts sectoriels et les intérêts nationaux, travailler des dossiers avec une intime conviction, garder un contact étroit avec les citoyens pour les accompagner dans ces changements et les leur expliquer.

Pour tout cela, je fais plus confiance à Daniel Cohn-Bendit, Sandrine Bélier, Yannick Jadot, Eva Joly et José Bové, tout comme je suis admiratif de ces députés européens qui ne se représentent pas: Gérard Onesta, Alain Lipietz.

Et je sais qu'il y a à l'UMP et au PS des très bons éléments dans les listes européennes, avec qui ils travailleront en très bonne intelligence. Mais qui sont liés par des stratégies électorales nationales d'un autre temps.

15/05/2009

Tout ça pour quoi...?

L'Eurobaromètre du printemps 2009 est donc paru, avant le début de la campagne électorale pour les élections européennes. 55% des citoyens de l'UE disent ne pas être intéressés par la tenue de ces élections. Dans sept pays, une majorité (absolue ou relative) de citoyens disent être intéressés: 60% aux Pays-Bas, 57% à Malte (où la tradition de participation électorale est encore très forte), 53% en Roumanie, 51% en Grèce, 51% au Danemark, 49% en Italie.

En Lettonie, 80% des citoyens se disent désintéressés. En République tchèque, présidence en exercice de l'Union, 74% des citoyens se disent désintéressés. 65% en Slovaquie et au Royaume Uni.

 

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Il n'y a pas vraiment de gap entre anciens pays membres (les 15) et nouveaux pays membres (ceux de 2004 et de 2007, à l'Est), puisque parmi les 14 pays qui se situent sous la moyenne européenne, 8 sont issus des élargissements à l'Est (dont Chypre).

 

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On remarque que au niveau général, les hommes sont plus intéressés que les femmes. Que les jeunes sont les moins intéressés par les élections (alors que ce sont ceux qui vivent certainement le mieux les avantages proposés par l'Europe). Et que la seule catégorie de citoyens majoritairement intéressée par l'événement sont ceux qui ont poursuivi les études les plus longues:

 

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...

 

On se demande juste ce que tous ces gens ont retenu de ces 20 dernières années.