30/05/2009
"Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques!"
Vaclav Lebeda est vice-président du Think Tank « Evropske Hodnoty » (Valeurs Européennes). A l’aune des élections européennes, il dresse un bilan de la Présidence tchèque de l’Union européenne, de l’attitude des citoyens de son pays par rapport à l’UE, et de la campagne des Européennes (pour laquelle il se présente, non-éligible sur une liste de centre-droit pro-européenne).
Une certitude en tout cas, Tchèques et Français ne sont pas si différents.
1/ Les Tchèques sont-ils eurosceptiques?
A en croire les sondages d’opinion (dont je suis habituellement méfiant), combinés avec de nombreuses expériences de terrain, la réponse est „non“ pour l’écrasante majorité des Tchèques. A en croire les avis du Président de la République tchèque, repris par de nombreux médias internationaux, y compris français, ça serait un „oui“ assez fort. Cherchez l’erreur – vous la trouverez dans la déconnexion des élites politiques actuelles du pays de la plupart des citoyens. Un exemple pour tous: plus de deux tiers des électeurs d’ODS, ancien parti de Vaclav Klaus, soutenaient et soutiennent le Traité de Lisbonne (alors que la principale force de droite est majoritairement contre). Idem pour l’adoption de l’euro. Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques, peu représentatives sur ces questions.
2/ Pour remettre cette attitude en abîme, comment définirais-tu la relation des Tchèques avec le Pouvoir?
Les Tchèques sont traditionnellement méfiants vis à vis le pouvoir, tendance historique qui prend sa source en grande partie dans les siècles passés sous la tutelle des Habsbourg – l’Etat, c’était un „eux“ étranger dont il convenait de se méfier. Le régime communiste n’a fait que confirmer et renforcer cette attitude – le pouvoir n’était pas un „nous“ représentatif, mais bien un „eux“ imposé par force. D’où un renfermement sur soi, sa famille, son lopin de terre, son chalet...
Aujourd’hui, cette méfiance se transforme souvent en désintérêt pour les choses publiques, au vu des pièces tragicomiques montées par la représentation politique. C’est comme si les grands partis politiques ne s’intéressaient pas du tout à la vraie représentation des intérêts de leurs groupes d’électeurs. Le grand malheur, c’est que la démocratie tchèque, „trop tôt fatiguée“, comme le pointe justement Jacques Rupnik, arrive toujours à faire réélire ceux qui manifestement adoptent un style politique agressif, arrogant, peu soucieux des vrais intérêts des citoyens – même si l’on n’est pas d’accord avec eux, on continue à remettre en selle toujours les mêmes, au prix et avec pour résultat la déconnexion entre le pouvoir en place et les citoyens.
L’espoir ne meurt cependant pas tout à fait – une sortie du tunnel de la désillusion est marquée par l’arrivée d’une nouvelle génération d’hommes et femmes politiques, riches d’expériences européennes, véritablement testés dans la concurrence européenne, qui sont à même d’apporter un style et un contenu nouveau. Peut-être bien déjà aux européennes de cette année...
3/ Quel regard portes-tu sur la Présidence tchèque de l'UE?
En bon diplomate, je me devrais de répondre „attendons le 30 juin, notamment les résultats du sommet de juin, pour évaluer véritablement les six mois de présidence.“ Effectivement, le sommet devrait, malgré le changement aux manettes du gouvernement à Prague, être un moment fort de la Présidence tchèque, qui a su bien se débrouiller dans ses premières semaines, notamment lors de la crise de gaz, n’en déplaise-t-il aux commentataires français plutôt sceptiques sur cette question.
Il n’en reste pas moins que notre présidence, très bien préparée et géréé au niveau technique et administratif, a été mise à mort politiquement par le vote de motion de censure du gouvernement Topolanek. Il serait cependant faux de faire de ceux (sociaux-démocrates, communistes et quelques anciens députés de la majorité) qui ont été directement responsables de la chute du gouvernement les seuls coupables du suicide politique de la Présidence. Toutes les formations de la majorité ont des comptes à rendre pour avoir failli à négocier une trève digne de ce nom avec l’opposition pour les six mois de la Présidence. Responsabilité de tous, alors? Pas tout à fait – il existe bien des forces politiques dans le pays, représentatives d’un grand nombre de Tchèques, qui portent un regard plus constructif vis à vis de l’Europe. Je retourne à ta question précédente – les hommes et femmes politiques de mon pays ne sont pas toujours représentatifs des Tchèques dans leur ensemble.
4/ Justement, la Présidence a-t-elle permis, comme il est généralement le cas, de mieux intéresser les citoyens à l'Europe?
La Présidence a surtout été une occasion pour les médias de mieux se saisir des enjeux européens, très peu couverts dans le passé (ce qui n’est pas en soi une spécificité tchèque...) et pour les représentants politiques impliqués directement dans la Présidence de se mouiller davantage aux vrais problèmes et vraix enjeux, au lieu de perpétuer un discours idéologique et idéologisant. La répercussion sur les citoyens a été cependant faible, à mon avis.
Même si on partait de très loin (responsabilité partagée par la gauche et la droite), le fonctionnement de l’Union, sa nature politique, la recherche permanente de compromis, sont toujours mal saisis par les citoyens. Un Vaclav Klaus prônant que la Présidence n’a aucune vocation politique ou d’impulsion, qu’il s’agit d’une simple modération technique des débats (couplée seulement à la remise des cadeaux aux délégations), n’est pas pour rien dans cette quête difficile. Son influence devrait néanmoins aller en s’affaiblissant, j’espère.
5/ Est-il facile de faire vivre un débat européen en République tchèque?
Très difficile, dans un climat de désillusion des Tchèques vis à vis de la politique en général (très peu iront voter au mois de juin), dans un climat qui de plus est marqué par l’arrivée d’un gouvernement des techniciens et les préparatifs pour les législatives anticipées du mois d’octobre. Les grands partis jouent la carte purement nationale, de politique interne. Les affiches des sociaux-démocrates exhortent ainsi les Tchèques à voter contre Topolanek, prétendument responsable des licenciements sans raison, des problèmes du système de santé etc. Sujets qui n’ont strictement aucun lien avec l’Europe, avec le rôle du Parlement européen, la politique européenne de la République tchèque, dominent la campagne.
On se bat alors dans les rues, en allant à l’encontre des citoyens avec un mur improvisé, sur lequel on a inscrit les plus grands des mensonges ou bêtises répétés par nos eurosceptiques. Une fois ce mur de clichés construit, nous l’abattons avec l’aide du public Manière de dire que ce mur n’est que dans nos têtes et faut aller au-delà si on veut réussir en Europe. Les réactions sont très positives, et les machines politiques installées n’ont pas l’habitude d’aller directement au contact des citoyens.
6/ Comment les médias traitent-ils le sujet?
Je ne veux pas me plaindre de l’attitude des médias, mais il est vrai que, malheureusement, ils ont l’air d’avoir accepté le jeu des grands partis. Les explications du contexte politique et économique du moment, du rôle du Parlement européen, l’importance de vote pour l’avenir de l’Union, sa capacité d’action, sont les questions qu’on voit apparaître que d’une manière très discrète dans les médias, occupés par les querrelles internes de chaque parti, les actions du gouvernement de transition ou les débats sur les législatives anticipées. Tout ceci est naturellement absolument légitime, mais l’on ne voit, à quelques exceptions rares, pas d’évaluations crédibles de bilan des députés sortants, des questions visant spécifiquement les européennes. L’augmentation des salaires des députés européens tchèques (grâce au statut commun des eurodéputés) est un thème qui vend plus que les questions de programme.
Les médias ne peuvent naturellement pas imposer aux partis les sujets de campagne, comprise comme un tour de chauffe pour les législatives, mais pourraient contribuer davantage à responsabiliser les politiques dans leurs prises de position et la manière dont ils mènent la campagne.
7/ De façon plus personnelle, comment interprètes-tu le désintérêt grandissant en Europe pour ces élections, alors même qu'elles interviennent en pleine crise économique et financière?
Elles interviennent surtout au moment où le futur Parlement devrait sortit renforcé de la mise en application du Traité de Lisbonne qui renforce non seulement les pouvoirs du Parlement en matière législative et budgétaire, mais ouvre la voie à une plus grande politicisation de l’Union, qui devrait – je l’espère – conduire à rendre l’Europe plus attractive aux journalistes et donc aussi aux citoyens!
Les raisons de ce désintérêt sont très diverses et vont du désintérêt (ou plutôt, d’un manque de confiance) grandissant pour la politique en général dans un monde globalisé où les politiques ne fixent plus les taux d’inflation en concert avec les plus grands industriels du pays comme jadis, au moment d’une crise de leadership politique en Europe, manque de connaissances des pouvoirs réels du Parlement européen (et, plus généralement, du poids du cadre législatif européen sur la législation nationale), au regard des résultats parfois piétreux du travail d’un certain nombre d’européputés sortants ou des stratégies des partis politique nationaux – qui des plus grandes formations dans chaque pays joue véritablement la carte européenne, en proposant notamment des spécialistes des questions europénnes en tête de listes?
Pourtant, le Parlement européen va jouer un rôle primordial justement dans le cadre de la crise économique que ne sommes en train de vivre. De sa majorité politique future dépendront les choix pris au niveau européen (y compris la couleur politique du futur Président de la Commission). Dire que les recettes de la gauche et de la droite pour la sortie la plus rapide de la crise ne sont pas les mêmes serait un euphémisme. Les européennes de cette année sont dans ce contexte encore plus importantes que jamais, et il conviendrait de leur accorder une attention correspondante. Un travail que personne ne fera à la place des journalistes et des hommes politiques...
23:09 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vaclav lebeda, europe, ue, tchéquie, république tchèque, vaclav klaus
27/05/2009
Bienvenue en UMP.

Si jamais je rencontre un jour le type qui a eu l'idée de ce clip de campagne absolument hallucinant, il faudra que je le remercie pour cette énorme tranche de rire. Au-delà de ça, et sorti de la monumentale erreur de communication de vouloir adapter le concept du lip-dub à un discours politique institutionnel et issu du parti au pouvoir, le message est absolument flippant:
Xavier Bertrand est les Français.
"Nous changerons l'Europe comme nous changeons la France". Merci bien, mais sans moi: je vois déjà assez bien comment la France change avec Sarkozy.
00:41 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : xavier bertrand, 1984, ump, communication politique, erreur
26/05/2009
l'Euroscepticisme? "ça n'est pas sale"
N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.
Non José, cette campagne européenne n'est pas «la course à l’échalote pour la présidentielle 2012». En ce moment, et au vu des noms d’oiseaux que s'envoient Europe-Ecologie et le MoDem, c’est plutôt le diplôme de parfait pro-européen qui fait l’objet d’une course effrénée.
Et à ce jeu donc, il y a de mon point de vue, deux stratégies: une ancestrale, qui date un peu de l’avant-référendum de 2005, et une plus moderne.
Le MoDem est plutôt de la première catégorie, à l’image de sa tête de liste Grand Ouest et présidente du Mouvement européen-France, Sylvie Goulard. Le discours est simple: nous sommes de tradition européenne, «l’Europe c’est nous» et qui n’est pas en accord avec l’Europe actuelle n’est pas européen (cf. Jacques Chirac en 2005 «on ne peut pas être européen et voter contre la constitution européenne»). A titre personnel, je trouve cette position assez conservatrice, et plutôt peu démocrate.
Europe-Ecologie est plutôt de la seconde, post-référendaire de 2005. Elle a conjugué, à l’image également du PS (mais de façon plus cohérente), le Non et le Oui de 2005. Elle a rassemblé Bové le Noniste, et Cohn-Bendit le Ouiste acharné. Elle a concilié un certain euroscepticisme et une ambition européenne, non sans quelques concessions avec l’honnêteté intellectuelle (la justification du Non au TCE de 2005 made in José Bové ne me convainc toujours pas).
Parce que non, l’euroscepticisme, ce n’est pas sale (pour paraphraser Le Doc qui sévissait sur Fun Radio). Et c’est d’autant moins sale si l’on comprend aujourd’hui, que le sujet n’est pas «l’Europe, bien ou pas bien», mais plutôt «l’Europe est là, qu’est-ce qu’on en fait?»
Même si il y a à peu près autant de courants eurosceptiques que de tendances politiques, dégageons-en grossièrement deux:
1. Les pro-européens sceptiques sur des aspects définis de la construction européenne (José Bové, Benoît Hamon).
2. Les souverainistes qui acceptent désormais le principe de la confédération d’Etats, mais réclament des libres-arbitres économiques et politiques nationaux (Nicolas Dupont-Aignan, Donald Tusk en Pologne), et qui globalement représentent peanuts ou pas loin en France.
Alors là, forcément, vous vous demandez pourquoi je n’ai pas cité Libertas et son représentant français Philippe de Villiers. C’est parce que, à l’inverse de l’euroscepticisme, le mensonge et la caricature, ne fait pas avancer les choses. Lorsque je vois un clip de Libertas qui m’annonce que la Turquie dans l’Europe pourrait remplir jusqu’à 70% du Parlement européen de ses représentants, je le renvoie au texte du Traité de Lisbonne (qui reste à approuver, certes) et à cet article qui ne fut remis en cause par aucun Etat-membre (art. 14-2): «Le Parlement européen est composé de représentants des citoyens de l'Union. Leur nombre ne dépasse pas sept cent cinquante, plus le président. La représentation des citoyens est assurée de façon dégressivement proportionnelle, avec un seuil minimum de six membres par État membre. Aucun État membre ne se voit attribuer plus de quatre-vingt seize sièges.» Libertas, c’est un parti démagogique, et rien de plus.
Revenons à nos moutons (noirs). C’est quoi être sceptique? Et bien, c’est questionner. Cerveau binaire, j’adapte le mot «eurosceptique» au concept de «questionner l’Europe». Malheureusement, en démocratie, on a du mal à prendre un pouls très qualitatif des questionnements des citoyens, et généralement, on évalue le taux de scepticisme par référendum. Lequel référendum agrège plein de questions parfois totalement incompatibles, et qui doivent être satisfaites par une expression binaire: «OUI» ou «NON».
Bon, ben, c'est aussi notre faute: on ne parle et on n’informe jamais sur l’Europe, on demande peu l’avis des gens et on pratique mal la gouvernance. On ne doit pas s’étonner alors de prendre une grosse tarte de temps à autres!
Je constate donc plusieurs faits, moi qui fut un défenseur acharné et limite violent du Traité constitutionnel européen, et qui garde encore une certaine rancœur à l’égard de certains politiques opportunistes:
- Je constate que depuis les référendums français et néerlandais de 2005, la Commission européenne a boosté incroyablement sa communication institutionnelle, jusqu’à la chaîne EU-Tube montée sur Youtube.
- Je constate qu’à l’aune de la crise économique et sociale actuelle, il semble qu’il y ait une prise de conscience au niveau du pouvoir exécutif européen, et au sein de partis politiques jusqu’à alors assez imperméables au concept, de la nécessité d’une «Europe sociale». En d’autres termes, «l’économie sociale de marché» commence à laisser place à «l’économie sociale» tout court, revendication antédiluvienne des eurosceptiques, type Bové, Hamon, etc.
- Je constate également que la protection du consommateur, le principe selon lequel la santé est prioritaire aux règles de l’ouverture des marchés, devient un principe premier de l’Union européenne (cf. art.3 du Traité de Lisbonne -C’est ce souci qui est à l’origine du démontage –action symbolique– du McDonald’s de Millau en 1999.
- Je constate toujours, qu’il semble désormais important de «politiser» les institutions européennes: Nicolas Sarkozy ne veut-il pas envoyer un «politique» à la Commission européenne, plutôt qu’un technicien, afin d’être mieux à l’écoute des citoyens?
- Je constate une série d’évolutions dont je vous fais grâce de l’exhaustivité, qui font finalement progresser l’Europe. Et je constate, à ma grande stupeur de pro-européen ancestral, que l’euroscepticisme fait bouger les choses. Enfin, en tout cas, l’euroscepticisme qui reprochait à l’UE et au libéralisme économique d’être deux concepts un peu trop proches.
Concernant le souverainisme de Nicolas Dupont-Aignan, je dois dire qu’il est utile dans le sens où il fait comprendre à l’Union qu’elle maintient malgré tous ses efforts un défaut de communication, un malentendu entre son projet qui se construit et qui satisfait globalement ceux qui le comprennent, mais qui aggrave pourtant les éléments anxiogènes vécus par toute une partie de la population (exception culturelle, préservation de l’emploi…).
Les souverainistes surfent sur ces anxiétés, avec plus ou moins d’honnêteté, et s’attribuent avec un certain culot la définition d’euroscepticisme. Pourtant, Nicolas Dupont-Aignan ne remet pas (ou plutôt ne remet plus!) en question l’existence même de l’Union européenne. J’ai d’ailleurs été ravi de l’entendre se féliciter du vote du Parlement européen sur le paquet télécom, mettant des bâtons dans les roues d’Hadopi. Il n’y a d’ailleurs plus désormais que le Front National pour vouloir sortir de l’Europe. Ceux-là sont anti-européens, c’est une sacrée différence.
Mais quand bien même, deux questions s'imposent: l’euroscepticisme est-il inévitable? Et si non, peut-il être profitable à la construction européenne ?
L’euroscepticisme est aussi vieux que le projet européen. Dans les années 70, on aurait sans doute taxé d’euroscepticisme ceux qui dénonçaient une Europe anti-démocratique, dotée d’un parlement européen fantoche et élu au suffrage indirect. Pourtant, en 1979, les 9 pays membres de l’UE ont vécu les premières élections européennes au suffrage direct.
Force est de constater que depuis 1992 et l’échec du référendum danois sur le Traité de Maastricht (et l’adoption du même à un doigt près en France), le scepticisme envers l’UE, sans avoir augmenté, s’exprime plus volontiers.
Les raisons en sont simples: après la chute du Mur de Berlin et la fin d’un monde bipolaire où la fin justifiait les moyens en termes de politique étrangère, les affaires internationales sont entrées dans le champ de la démocratie et dans les attentes des citoyens. C’est ce que l’on appelle la fin du «consensus permissif». L’Europe en a été en quelque sorte un dommage collatéral. Tout d’abord parce qu’elle n’était pas prête à une si brutale ouverture aux récriminations des citoyens, et ensuite parce qu’elle avait jusqu’alors évité de trop avoir à communiquer en direction des citoyens.
Depuis 1992, les citoyens ont ressenti de plus en plus éloquemment les effets de la mondialisation. Et, tandis que les pays européens en ont globalement plutôt profité, ils en ont conçu de la méfiance (notamment en France, par rapport à ses voisins). Méfiance qu’ils ont d’ailleurs volontiers mélangé à la construction européenne et l’ouverture des marchés.
Cet euroscepticisme qui s’est exprimé de façon de plus en plus organisée a fait avancer beaucoup de choses au niveau européen, et en premier lieu les institutions que nous nous apprêtons à modifier avec le Traité de Lisbonne.
Parce que les modifications institutionnelles du Traité de Lisbonne sont globalement celles qui furent déjà proposées par la Convention de Giscard d’Estaing qui a réuni 105 membres de tous les bords politiques, de toutes les institutions (nationales et européennes) et de toutes les nationalités, et qui ont été ratifiées par l’ensemble de ces membres, dont les eurosceptiques (à l’exception de 4 d’entre eux).
Ces institutions qui donnent plus de pouvoir au Parlement (co-décisionnaire à part entière sur tous les textes), et qui créent une présidence stable de l’UE et un haut représentant à la politique étrangère. Qui partagent mieux les compétences entre institutions communautaires et institutions nationales (principe de subsidiarité).
Autant de modifications qui permettent de renforcer la représentation des citoyens et de rendre le fonctionnement des institutions plus évident.
J’ai la faiblesse de croire que si l’Europe n’avait été peuplée que d’europhiles euphoriques, ces progrès démocratiques et ces nouvelles priorités politiques européennes (protection du consommateur, environnement…) n’auraient peut-être pas été mis sur les rails si vite.
Parce que dès lors que l’UE est contestée, questionnée dans son développement et sa construction, elle doit éprouver le besoin de se clarifier, de se réformer, de se rendre accessible. C’est désormais inévitable: oui, l’Europe est à l’écoute.
C’est dur, c’est pénible, c'est un travail de longue haleine qui n'échappe pas aux quiproquos. Mais l’Europe est à l’écoute des citoyens. Et être eurosceptique, ce n’est pas sale. Et même, comme le disait Oscar Wilde, cela peut être «le commencement de la foi».
Il faut juste ne pas mentir, ne pas travestir la réalité, ne pas profiter de la complexité du système. A ce titre, j’invite tous les lecteurs à considérer avec beaucoup de scepticisme les programmes de Libertas, du Front de Gauche et autre NPA.
Qui sait, peut-être eux aussi sont-ils à l’écoute des citoyens?
13:56 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eurosceptique, consensus permissif, europe, élections européennes, npa, bové, cohn-bendit, modem, europe-ecologie, bayrou
23/05/2009
Lukas Macek ou l'Optimiste (hommage à Voltaire)
N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.
Lukas Macek est candidat aux élections européennes en République tchèque pour le parti SNK-ED, créé par l’ancien ministre des Affaires étrangères, le pro-européen de centre droit Josef Zieleniec (élu député européen en 2004).
Directeur du Premier cycle spécialisé «Europe centrale et orientale» de l’IEP de Paris à Dijon, ancien collaborateur du sénateur Zieleniec, membre de la Convention sur l’Avenir de l’Europe, qui a élaboré le Traité Constitutionnel européen (rejeté en France et Pays-Bas en 2005), Lukas Macek a cette fois-ci décidé de sauter le pas -de conseiller et politologue à la politique, dans un contexte politique tchèque pour le moins compliqué…
Pierre Catalan- Quelle est l'offre de votre parti aujourd'hui en République tchèque?
Lukas Macek- Nous nous adressons à des électeurs du centre et du centre-droit pro-européens. Nous incarnons une stratégie ouverte et constructive pour la politique européenne de la République tchèque. Parmi nos priorités figurent: le renforcement de la compétitivité de l’UE, le renforcement de l’UE en tant qu’acteur international fort, la mise en œuvre du Traité de Lisbonne visant à utiliser au mieux son potentiel en ce qui concerne la légitimité démocratique et l’efficacité de l’Union, la réforme du budget de l’UE. Il s’agit aussi d’améliorer l’image de la République tchèque en Europe, en démontrant qu’une option pro-européenne reste présente sur la scène politique tchèque.
P.C- En 2004, votre parti, tout juste créé, a fait un "hold-up" électoral à l'occasion des européennes (11%, soit 3 sièges sur 24 députés). Comment pensez-vous pouvoir vous installer durablement dans l'espace politique tchèque?
L.M- SNK-ED est un parti bien implanté au niveau local et régional. Ce qui nous manque est une percée au niveau de la Chambre des députés. En 2004, des problèmes internes nous ont empêchés de capitaliser le succès des européennes pour s’imposer au niveau national. Nous ne répéterons pas les mêmes erreurs…
P.C- Quel est votre expérience européenne? Qu'en avez-vous tiré?
L.M- Qu’il s’agisse du travail auprès de la Convention sur l’avenir de l’Europe (Convention présidée par V. Giscard d’Estaing pour élaborer le traité constitutionnel européen) ou de mon travail à Sciences Po, je retiens la force de la dynamique européenne, faite de l’émulation et de l’enrichissement mutuel. Mais il ne faut pas oublier que c’est un processus fragile, rien ne va de soi: l’engagement européen est un travail permanent et patient, sans cesse menacé par des adversaires les plus divers.
P.C- Quels sont vos domaines d'intérêt au niveau européen? Les commissions dans lesquelles vous souhaiteriez siéger?
L.M- Affaires institutionnelles, éducation, budget, relations extérieures.
P.C- Allez-vous siéger au sein du PPE-DE, comme les députés européens ODS (parti libéral eurosceptique du président Klaus)?
L.M- Nous appartenons tout naturellement à la famille PPE. ODS cherche, par contre, à la quitter – ils souhaitent créer un nouveau groupe «eurosceptique» avec les Conservateurs britanniques, le PiS polonais, etc.
P.C- Comment voyez-vous vos relations, vos votes, vis-à-vis de votre groupe parlementaire? Serez-vous fidèle ou plus libre? A commencer par l'un des premiers votes: celui du président de la Commission?
L.M- Un parlementaire doit sans cesse chercher un compromis entre la liberté de ses convictions et une discipline nécessaire pour faire avancer une ligne politique cohérente, forcément collective. Après la discussion au sein du groupe, dans la plupart des cas je suis prêt à respecter le choix majoritaire, mais pas sur n’importe quel sujet.
Quant à la présidence de la Commission, tout dépendra des candidats potentiels. Je suis critique sur certains aspects du bilan de M. Barroso et, personnellement, je souhaiterais qu’il y ait encore un débat et une compétition au sein du PPE à ce propos.
P.C- En France, on annonce une participation de 50%... Ce serait déjà un bon score en République tchèque (28,3% en 2004). Que faîtes-vous pour intéresser les citoyens aux élections?
L.M- Une campagne active à travers le pays, la rédaction et la diffusion d’une brochure explicative sur le Parlement européen… Mais l’indifférence des principaux médias ne laisse pas présager une amélioration substantielle, hélas.
P.C- Quels sont les sujets de préoccupation des Tchèques pour les européennes? Avez-vous l'impression de faire une campagne nationale?
L.M- Les plus gros partis tentent d’en faire une campagne purement nationale, une sorte de test avant les législatives anticipées de cet automne, nous y résistons. C’est d’autant plus tentant pour eux que les citoyens ont des idées et des attentes assez floues au sujet des enjeux européens, mais aussi des compétences du Parlement européen, etc.
La préoccupation majeure commence à être la peur du chômage. Mais les électeurs sont aussi très sensibles à la question de l’image du pays en Europe, suite notamment à la chute du gouvernement qui a porté un coup dur à la présidence tchèque de l’UE – c’est par ce biais-là qu’on peut ramener le débat électoral vers des enjeux européens.
P.C- Vous avez 33 ans, vous êtes tête de liste, il y a un certain nombre de jeunes responsables politiques en République tchèque, et dans les PECO en général. Comment expliquer que l'on confie plus de responsabilités aux jeunes qu'en France?
L.M- C’est lié notamment à l’écroulement du système communiste: il y a eu un appel d’air très important. Il y a aussi une réelle attente par rapport à la jeune génération qui a déjà pu profiter de la liberté et de l’ouverture européenne, qui ne porte pas les stigmates et les déformations hérités du régime communiste. Tout cela fait que les trentenaires s’imposent en politique beaucoup plus facilement qu’en France.
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21/05/2009
Pour moi ce sera Europe Ecologie
Bon, toutes réflexions posées, ce sera Europe Ecologie pour moi 7 juin prochain.
Ce ne sera pas un vote Cohn-Bendit, mais bien un vote Europe Ecologie. Pour un concept qui me semble assez bien résumer le tournant que le monde doit prendre et que Europe Ecologie est le seul à mettre au coeur de son programme sans contraintes de lobbies ou de fierté industrielle nationale: "prospérer sans croître" (pour ceux qui font un lien avec la décroissance, ce n'est pas du tout le propos).
La campagne d'Europe-Ecologie ne rabaisse pas l'enjeu à un scrutin national ou à un vote sanction ou vote soutien. La campagne d'Europe Ecologie se base sur un manifeste, et me promet des députés de qualité pour le servir.
Alors je lis, je regarde. A tous ceux qui sont circonspects à l'égard de José Bové, je tiens à dire que je l'étais aussi, jusqu'à ce que j'aille l'écouter sur dailymotion. J'espère que le rendez-vous donné par touteleurope.fr avec Bové et Sandrine Bélier le 26 mai tient toujours d'ailleurs.
La campagne d'Europe Ecologie développe un projet. Un vrai projet de société, de changement de moeurs, de civlisation presque. Et le grand projet d'un développement "soutenable" (durable c'est vraiment une traduction pourrie), avec son volet environnemental, son volet social, son volet macro-économique, son volet de co-développement... Il me semble que c'est le seul grand projet, après la paix, après l'ouverture des frontières, après la démocratie et la réunification de l'Europe, qui soit à la hauteur de l'Europe.
Et c'est le seul grand projet, qui influera sur le monde entier comme la CEE a inspiré l'ALENA et le MERCOSUR, qui puisse, et qui doive être lancé et influencé à l'échelle d'un continent. D'un continent qui est la première puissance économique mondiale, la première monnaie d'échange mondiale.
Et finalement, c'est pour moi une prise de conscience. Je suis content d'avoir des candidats qui me proposent un grand projet, et je suis content que ces candidats traitent les élections européennes à un noble niveau, sans les dévaloriser.
Gérard Onesta nous le présentait déjà en septembre, aux journées civiques européennes:
C'est tout ce que je demande à un bon député européen: se battre contre les intérêts sectoriels et les intérêts nationaux, travailler des dossiers avec une intime conviction, garder un contact étroit avec les citoyens pour les accompagner dans ces changements et les leur expliquer.
Pour tout cela, je fais plus confiance à Daniel Cohn-Bendit, Sandrine Bélier, Yannick Jadot, Eva Joly et José Bové, tout comme je suis admiratif de ces députés européens qui ne se représentent pas: Gérard Onesta, Alain Lipietz.
Et je sais qu'il y a à l'UMP et au PS des très bons éléments dans les listes européennes, avec qui ils travailleront en très bonne intelligence. Mais qui sont liés par des stratégies électorales nationales d'un autre temps.
15:35 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : europe-ecologie, cohn-bendit, bélier, jadot, bové, les verts, europe, union européenne, élections européennes
15/05/2009
Tout ça pour quoi...?
L'Eurobaromètre du printemps 2009 est donc paru, avant le début de la campagne électorale pour les élections européennes. 55% des citoyens de l'UE disent ne pas être intéressés par la tenue de ces élections. Dans sept pays, une majorité (absolue ou relative) de citoyens disent être intéressés: 60% aux Pays-Bas, 57% à Malte (où la tradition de participation électorale est encore très forte), 53% en Roumanie, 51% en Grèce, 51% au Danemark, 49% en Italie.
En Lettonie, 80% des citoyens se disent désintéressés. En République tchèque, présidence en exercice de l'Union, 74% des citoyens se disent désintéressés. 65% en Slovaquie et au Royaume Uni.
Il n'y a pas vraiment de gap entre anciens pays membres (les 15) et nouveaux pays membres (ceux de 2004 et de 2007, à l'Est), puisque parmi les 14 pays qui se situent sous la moyenne européenne, 8 sont issus des élargissements à l'Est (dont Chypre).
On remarque que au niveau général, les hommes sont plus intéressés que les femmes. Que les jeunes sont les moins intéressés par les élections (alors que ce sont ceux qui vivent certainement le mieux les avantages proposés par l'Europe). Et que la seule catégorie de citoyens majoritairement intéressée par l'événement sont ceux qui ont poursuivi les études les plus longues:
...
On se demande juste ce que tous ces gens ont retenu de ces 20 dernières années.
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11/05/2009
MERCI, EUROPE-ECOLOGIE!
Europe-Ecologie a sorti aujourd'hui son lip-dub de campagne.
Chez l'équipe à Dany, on ne se cache pas derrière des prêtes-noms, on ne fait pas dans la campagne 100% Euro-bashing qui n'hésite pas à verser dans la désinformation, on ne fait pas dans le culte de la personnalité, mais bien dans celui du collectif.
C'est une vidéo qui donne du peps, jeune, rafraîchissante. J'avoue être totalement emballé par l'esprit positif et volontaire du truc, sans prétention pour autant. Les paroles sont un poil exagérées? C'est le jeu du lip-dub...
Bravo, bravo à l'équipe de campagne Europe-Ecologie, ça m'a bien ému.
Mention spéciale à l'équipe de Sandrine Bélier et à ceux qui dansent autour de la piscine (à la Réunion?)
21:20 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohn-bendit, europe-ecologie, lip-dub, campagne, élections européennes
Billet écrit avec la tête
Les bras m'en sont tombés, j'écris donc à grands coups de front.
"Claude Allègre se verrait bien à la tête d'un grand ministère chargé du commerce international et de l'industrie"!
L'homme qui écrivait dans Ma vérité sur la planète, que "Le principe de précaution, c’est l’arme contre le progrès", l'homme qui nie l'accélération du réchauffement climatique à cause des activités humaines, se verrait bien... à l'industrie!
L'industrie, premier secteur d'action pour le changement comportemental et la réduction des gaz à effet de serre et des produits polluants. Premier secteur également à avoir le plus grand mal à changer sans contrainte politique forte.
Sinon, pour prendre des nouvelles du grand apport pour la société française (payé avec nos impôts, quand même...), on aimerait bien savoir ce que les "Assises de l'Innovation" dont l'organisation avait été confiée à l'impétrant par Sarkozy, ont produit.
Perso, je n'ai trouvé aucune information là dessus.
(Photo - AFP 1976)
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10/05/2009
C'est quoi un bon candidat aux Européennes?
N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.
Nous nous sommes quittés sur le constat que la vraie différence, pour les élections européennes, c’était surtout d’élire les bonnes personnes, avec une vision de l’Europe et des domaines de compétences incontestables. La logique de parti (et surtout de parti national) est très peu pertinente: les groupes politiques européens ont généralement une position sur tel et tel texte, mais les partis nationaux qui les composent s’opposent souvent.
Et ce sera vraisemblablement le cas tant que le Parlement européen n’aura pas de pouvoir d’initiative des lois et qu’il sera opposé au conseil des ministres dans les amendements apportés aux textes élaborés par la Commission européenne.
Dans la série «pour qui voter ?», la question est donc,: c’est quoi un bon candidat aux européennes ?
Avant tout, une petite mise au point: il est fort peu probable que les 785 députés européens actuels soient tous de bons députés (ils seront 736 en 2009). A l’Assemblée nationale par exemple, un récent classement parfaitement objectif (puisqu’il ne se base que sur les travaux des députés) démontre que 1/6 de l’Assemblée fait tourner la boutique, en cumulant autant de boulot que les 5/6 restants.
Idem pour le Parlement européen -comme j’imagine toutes les assemblées du monde. Cela ne nous empêche pas d’être exigeants au moment où l’on choisit ses représentants. Cela ne nous empêche pas non plus de nous demander pourquoi il y a des grandes tendances qui se dégagent au Parlement européen: globalement, les Britanniques sont les plus assidus (et pourtant, qu’est-ce qu’on livre la Perfide Albion à la vindicte populaire dès qu’on parle d’Europe…), et les Allemands et les Italiens, les plus absents.
On peut toutefois se poser quelques interrogations pour essayer d'y voir plus clair:
- Parmi les partis présentant des candidats, lesquels font de Bruxelles/Strasbourg un poste stable, et non un strapontin?
- Quel est le ratio de cumulards dans les candidats présentés?
- Entre assiduité et productivité, que doivent choisir les députés?
Député européen, une véritable assise politique, ou un strapontin en attendant mieux?
Dans ce rayon, et tout d’abord au niveau européen, il faut savoir qu’entre 2004 et 2009 il y a eu 136 démissions au Parlement européen (soit 20% du total): un sacré score. Ces démissions ont plusieurs causes: nomination au gouvernement (Bachelot, Hortefeux en France, Enrico Letta en Italie…), élection à un autre poste (Pierre Moscovici en France par exemple), démission simple (Michel Rocard en janvier dernier).
Jetons un œil un peu au bilan des partis français entre 2004 et 2009. On a des surprises:
- L’UMP a perdu 2 députés européens (remplacés, qu’on se rassure), mais les raisons sont plus que raisonnables: Roselyne Bachelot et Brice Hortefeux sont devenus ministres.
- Le Front National a perdu Chantal Simonot qui a démissionné le 30 septembre 2004 après une intervention en séance.
- Les Communistes ont perdu Paul Vergès en 2007, élu d’outre-mer. Je ne sais pas si ses collègues s’en sont aperçu, vu l’absence totale du bonhomme.
- Le MPF n’a perdu personne, de même que les Verts.
- Le MoDem a vu son excellent Jean-Louis Bourlanges prendre sa retraite européenne, mais n’a perdu personne d’autre (et pourtant, cela n’a pas été faute d’essayer).
- Quant au PS… c’est l’hécatombe, entre ceux qui ont préféré un retour dans l’espace médiatique en 2007 (Moscovici, Fruteau, Reynaud, devenus députés), ou en 2008 (Navarro, Bourzai, devenus sénateurs), et ceux qui ont simplement démissionné (Hazan, Rocard).
Pour l’instant, sur le sérieux accordé par les partis à la fonction de député européen, avantage donc à l’UMP et au MoDem, et aux plus petits partis (FN, MPF, les Verts, le PCF).
Pour ces derniers, cela s’explique assez aisément: les petits partis ont moins d’occasion d’avoir des élus et des tribunes politiques, ceux qu’ils obtiennent sont donc durablement en place, à l’inverse des élus des grands partis, qui envisagent Strasbourg comme une étape de rite politique initiatique.
L’UMP en est d’ailleurs d’autant plus exemplaire. Le MoDem, quant à lui, a "juste" loupé toutes ses élections depuis 2007. Marielle de Sarnez symbolise à elle seul ce constat d'échec: si elle avait remporté chacune des élections où sa candidature figurait, elle serait aujourd’hui député européen, député de Paris et maire de la capitale...
Le PS, lui, je ne le comprends pas. Outre ces défections, on peut également compter d'horribles ratages (les retours manqués de Peillon et Le Foll sur la scène nationale en 2007, battus aux législatives). Ça donne un peu l’impression que le Parlement européen c’est peanuts.
Voyons si pour l’élection de 2009, il y a quelques signes de bonne volonté.
Combien de cumulards parmi les candidats ?
Tout d’abord, précisons-le, depuis 1997 le cumul entre parlementaire national et parlementaire européen n’est plus possible. Gloire à Michel Rocard qui fut le seul à préférer démissionner d’un mandat national pour se consacrer à un mandat européen.
Aujourd’hui, il suffit d’aller sur la page de l’UMP pour regarder quels candidats auront effectivement le temps d’être de bons députés européens (fonction Ô combien plus solitaire et soumise à l’auto-discipline que celle de député national, douillettement assis au sein de son groupe parlementaire).
Ainsi, sur 152 candidats, nous trouvons à l’UMP, 83 personnes qui cumulent d’ores et déjà une fonction élective. En se concentrant sur les 4 premiers de chaque circonscription électorale (donc 32 candidats), on en trouve 14. Eurojunkie en a fait d’ailleurs un très bon papier sur le sujet.
Dans les listes PS, c’est organisé de façon moins transparente. On peut voir les CV des têtes de listes, mais pas des autres. Contentons-nous des 4 premiers de chaque circonscription électorale. Et bien, sur 32 candidats, donc, on dénombre pas moins de...12 cumulards !
Bien entendu, pour l’UMP comme pour le PS, je ne compte que les fonctions électives. Sans cela, on pourrait très bien imaginer que de hautes fonctions au sein de l’appareil politique (Peillon, Barnier, Le Foll, Hamon, Cavada …) pourraient fort bien empêcher un travail serein au niveau européen.
Entre assiduité et productivité, que doivent choisir les députés?
Nombreux sont les classements qui ont vu le jour ces dernières semaines. C’est tentant de regarder un peu ce qu’a fait tel ou tel candidat sortant.
On s’aperçoit que nombre de députés sont très assidus, et donc plutôt bien placés. D’autres moins assidus, et donc moins bien classés. Lorsque l’on parle de cumul des mandats pour un député européen, et donc du problème que cela pose pour la qualité du travail du député, on se focalise beaucoup sur l’assiduité. Mais ce n’est pas tant l’assiduité qui marque la qualité du travail du député, que sa productivité.
L’assiduité mesurée par les classements est celle des plénières. Elle est importante, mais le rôle de député européen comprend des fonctions qui sont à mes yeux plus importantes que la simple présence en séance plénière. Parmi ces fonctions, on retrouve notamment le travail de consultation et d’étude des dossiers pour le travail de commission, nécessitant une forte présence sur le terrain et auprès des lobbies et de la société civile qui incarnent à eux seuls une forme de démocratie non négligeable. Il y a également le travail d’explication et de présence sur le terrain médiatique, pour un sujet difficile d'accès.
C’est pourquoi par exemple, sur la plupart de ces classements, Gilles Savary (PS sortant non-candidat) est mal classé (présence en plénière moyenne), alors qu’il est considéré comme un vrai bourreau de travail.
A l’inverse, Christophe Béchu, Président du Conseil Général du Maine et Loire et candidat du Grand-Ouest pour l’UMP, affirme: «Je déléguerai un peu plus qu’aujourd’hui mes activités départementales. Et puis vous savez, le travail des dossiers, je peux le faire dans la chambre d’hôtel à Strasbourg ou Bruxelles, et même dans le train entre Angers et le Parlement. ». Cher électeur, il se moque de vous! Le travail d’un député européen ne peut pas se faire dans le train: c’est un rôle bien plus exigeant, blackberry en main ou pas.
Sur le travail en commission parlementaire, rassurez-vous, les lobbies savent très bien comment trouver eux-mêmes le député européen membre de la commission parlementaire X. Et savent très bien comme s’adresser à lui.
Mais le travail de lobbying n’a d’intérêt que lorsque l’on s’adresse à un député européen influent. On imagine mal un Stéphane le Foll qui ne connaît même pas la part de la PAC dans le budget de l’UE (véridique et entendu en réunion publique) aller proposer un amendement conduit par les lobbies dans sa commission «agriculture et développement rural».
Le lobby préférera pour cette commission s’adresser à Joseph Daul, qui est un député européen très influent… mais qui pour être influent, s’applique à consulter l’ensemble des lobbies (Monsanto comme Greenpeace, pour caricaturer) avant de se faire une opinion. Sans ça il ne serait pas écouté par ses collègues. Et cela, ça vaut 100 fois l’assiduité en séance plénière.
Sur le travail d’occupation du terrain médiatique, ils sont bien peu nombreux… Citons en Italie Lili Gruber (PSE), en France/Allemagne Daniel Cohn-Bendit (Vert), en Angleterre Graham Watson (ADLE) ou en République tchèque Josef Zieleniec (PPE). On peut imaginer que Sylvie Goulard (candidate MoDem) sera fidèle des micros. Mais leur portée médiatique reste assez limitée malgré tous leurs efforts.
Mais cela nous conduit à un autre sujet: comment intéresser les médias aux affaires européennes, hors des conseils européens où Sarkozy claque la bise à Merkel...
… et donc à un autre billet.
20:56 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09/05/2009
Bonne fête l'Europe
"...Et on entendra la France crier : C'est mon tour ! Allemagne, me voilà ! Suis-je ton ennemie ? Non ! je suis ta sœur. Je t'ai tout repris, et je te rends tout, à une condition : c'est que nous ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'une seule famille, qu'une seule république. Je vais démolir mes forteresses, tu vas démolir les tiennes. Ma vengeance, c'est la fraternité ! Plus de frontières! Le Rhin à tous! Soyons la même république, soyons les États-Unis d'Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle! Et maintenant serrons-nous la main, car nous nous sommes rendu service l'une à l'autre; tu m'as délivrée de mon empereur, et je te délivre du tien."
Victor Hugo, mars 1871
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08/05/2009
ça continue dans le mélange des genres
Après l'affiche de campagne, les premiers propos, le discours de Nîmes de Nicolas Sarkozy, mi-chef de parti, mi-chef d'Etat, 100% semeur de trouble, voici "les ministres-candidats ne quitteront pas leur poste avant le 8 juin"!
Michel Barnier l'avait promis, il quitterait son ministère début mai, pour un mois de campagne "parce que je veux faire campagne" avait-il dit. Finalement, on apprend qu'il "y a moyen de faire les deux". Michel Barnier ne quittera donc son ministère qu'après les élections européennes, comme Rachida Dati (mais pour elle on avait une indulgence, au vu de son incapacité totale à faire campagne sur un sujet qui ne l'intéresse pas).
Michel Barnier fera donc les deux, ce qui fait moins de temps pour un débat axé sur le parlement, face à des challengers (Desir, Cohn-Bendit, Dupont-Aignan et même De Sarnez) qui en ont manifestement pourtant très envie... Mais plus de temps pour mélanger les genres et continuer à lier les élections législatives européennes à l'action du pouvoir exécutif français.
Ce qui est une absurdité, on l'a vu dans la note précédente.
De victime de la stratégie sarkozyste, Michel Barnier devient acteur du mélange des genres. Je continue à être certain qu'il aurait préféré faire une campagne électorale puissante. Je plains beaucoup ceux qui travaillent "pour un homme" et qui sont désormais contraints de travailler pour un système. Et ils sont nombreux.
PS: Bonne nouvelle côté UMP, Arnaud Danjean est n°3 (et donc éligible) dans le Grand-Est. Prof à SciencesPo Dijon, croisé dans les événements de la PFUE, Arnaud est incontestablement quelqu'un d'actif, de compétent, et qui saura bosser les dossiers, consulter les bonnes personnes, et se concentrer sur quelques grands sujets de compétence. Dommage que la défense ou les affaires étrangères soient des domaines où le Parlement européen a une parole plus que limitée.
17:51 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
06/05/2009
Faut-il un programme pour les élections européennes?
N.B cette note, comme la plupart des notes à venir sur ce blog jusqu'au 7 juin, est éditée en primeur sur le blog ouvert par Libération.fr: "Au fil de la campagne européenne". Au fil de cette campagne, des billets de Nick Carraway, d'Eurojunkie, d'Intox 2007, d'Authueil, d'Eric L'Helgoualc'h et d'Alexandre Delaigue.
C’est un argument de campagne récurrent: «Oui, mais, untel, il n’a pas de programme!» Il commence à poindre, avec l’ironie des beaux jours, dans cette campagne européenne. Les militants PS par exemple, d’une petite astuce de leur web-agency, ont popularisé le principe, via une petite page en ligne: «UMP: ni liste, ni programme».
L’argument du programme revient à chaque élection. En janvier 2007, vous vouliez voter Ségo? L’UMP vous prévenait tout de suite: «Elle a pas d’programme!» Si ça revient, c’est que ça marche.
Voici le credo de communication politique: Elections=candidats. Crédibilité des candidats=programme. Programme=liste d’idées pour lesquelles les leviers d’action n’ont souvent rien à voir avec le schmilblick, mais c’est pas grave, puisqu’on répond à ce qu’attend le «citoyen moyen».
Le «citoyen moyen» a donc tout intérêt à se rencarder sur la vraie latitude d’un député européen. Et elle est forte. Toutefois, il est fort probable que pour les élections européennes, un programme, ça ne soit pas si utile. Voici pourquoi:
Le Parlement européen est un co-législateur dans les institutions européennes. Il partage ce rôle bientôt à égalité (dès adoption du Traité de Lisbonne) avec le Conseil des ministres de l’UE, qui rassemble les ministres des 27 pour chaque sujet sectoriel (agriculture, finances, justice, industrie, environnement…).
Aucun des co-législateurs n’a de pouvoir d’initiative dans la législation européenne. Cela signifie qu’au niveau européen, le concept de la «proposition de loi» (émanant des députés ou des sénateurs) n’existe pas. L’initiative des lois est un domaine exclusif de la Commission européenne, qui élabore ces textes en fonction des grands caps définis par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’UE.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas une part d’informel dans tout cela: évidemment, le Conseil des ministres, comme la commission parlementaire ad hoc, peuvent recommander à la Commission européenne de se saisir de tel ou tel sujet.
Mais globalement, voici le processus: la Commission européenne élabore son texte (après consultation de la société civile et des associations et lobbies), puis le transmet au Parlement européen et au Conseil pour des amendements et des navettes, dans un mode calqué sur celui des navettes Sénat/Assemblée nationale en France.
Le fait que les députés n’ont pas l’initiative des lois n’est pas en soi antidémocratique. Du tout. En France, ce pouvoir est pour le moins sous-utilisé, les propositions de loi ne représentant que 15% des lois votées. En fait, le rôle du député européen est tout d’abord un rôle qui requiert ouverture d’esprit, spécialisation et pugnacité.
Spécialisation et pugnacité, cela ne veut pas dire que l’on doive être technocrate pour autant. Par exemple, Jacques Toubon élu en 2004 est unanimement reconnu comme un bon député européen. Il a voulu se consacrer aux problématiques de culture et de protection des consommateurs, et a pu en cinq ans, se plonger dans ces problématiques et consulter un grand nombre d’acteurs investis dans ces domaines. Il est peu à peu devenu une bonne référence, et ses rapports sont très instructifs.
Pugnacité, c’est avant tout le pouvoir d’assurer le suivi. Et sur le long terme. Cela nécessite de s’être fait une intime conviction sur le sujet qui nous occupe. Prenons ici l’exemple de Guido Sacconi, député européen PSE d’Italie, qui a été le rapporteur du texte sur le règlement REACH qui encadre l’utilisation de produits chimiques dans les produits de consommation importés ou fabriqués dans l’UE. Pour rappel, un règlement s’applique aux entreprises et une directive, aux Etats.
Et bien, Guido Sacconi a tenu bon pendant cinq ans d’allers et retours entre sa commission parlementaire (environnement) et le Conseil des ministres (de l’industrie, sic) pour faire admettre les pouvoirs d’une agence européenne des produits chimiques, un contrôle de cette agence à parité entre les Etats et le Parlement européen… et surtout, des objectifs de court terme pour protéger la santé des consommateurs.
Une fois que nous savons cela, m’est-il important de savoir que Michel Barnier et la liste UMP en Ile-de-France, compte élaborer un projet de desserte ferroviaire directe de l’aéroport depuis la Gare du Nord et la Gare de l’Est -qui reliées entre elles pourraient former un pôle «Portes d’Europe»?
Ben a priori non. Parce que ce que je sais important, ce n’est pas un gros projet qui sera financé par des fonds structurels ou une aide de la Banque européenne d’investissement. Cela échappe quand même pas mal à la législation européenne (qui, comme son nom l’indique, s’applique à l’ensemble de l’Europe, et n’est donc pas un programme spécifique à une région).
Par contre, ce qui m’intéresse, c’est de savoir pour quelle Europe je vote. Les grandes lignes, le grand projet, la cohérence des idées.
De ce point de vue, Europe-Ecologie de Cohn-Bendit et le Manifesto proposé par le Parti socialiste européen correspondent à la logique européenne. Ils me proposent des orientations pour l’Europe, et me promettent que les députés de leurs listes qui seront élus au Parlement européen tâcheront de faire valoir ce grand projet à coups d’amendements et de suivi des textes importants, et même, moins importants.
Cela nous amène à un autre sujet: celui du cumul, et celui du sérieux. Et donc à un prochain billet.
21:06 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Europe? Just don't vote
Merci les Jeunes européens et la Fondation pour l'Innovation Politique (et il est où? Et il est où? Et il est où Dominique Reynié?!)
A part ça évidemment, à moins de vouloir passer un message politique fort des citoyens aux chefs d'Etats et aux institutions intergouvernementales de l'UE (Conseil européen, conseil des ministres de l'UE) qui marchent par négociations entre intérêts nationaux, et pas par démarche prospective pour l'intérêt général... don't vote.
08:27 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jeunes européens, fondation pour l'innovation politique, europe, élections, vote
05/05/2009
Paillé: Arnaque ou Imposture?
Dominique Paillé est un ancien UDF passé à l'UMP en 2002 après avoir été exclu du parti du Bayrou (souvenez-vous la guéguerre entre l'Union En Mouvement de la droite menée par Alliot-Marie et -déjà- l'UDF de Bayrou menacé).
Dominique Paillé sort un livre, en même temps que Bayrou, ça économise des frais de pub: "Les habits neufs des faux centristes".
Il justifie ainsi le titre (citation de mémoire): J'ai suivi François Bayrou tant que sa tactique était claire, de centrisme faisant jeu avec la droite. Mais il s'est aperçu que pour son succès personnel, il valait mieux adopter un discours de gauche. C'est un imposteur parce que Bayrou est un vrai homme de droite.
Honnêtement, que Bayrou soit de droite ou de gauche, alors que l'UMP nous explique à longueur de journée que l'Ouverture correspond au constat qu'il faut être pragmatique et que les solutions de droite et les solutions de gauche n'existent pas, qu'il n'y a que des bonnes ou des mauvaises solutions, je trouve ça malhonnête.
Dominique Paillé n'a pas quitté Bayrou quand Bayrou s'est tourné vers le PS (ou en tout cas l'anti-UMP). Il a quitté Bayrou quand Bayrou menait une UDF encore très centriste plan-plan. Sauf que, sans doute, il a du, en 2001-2002, trouver meilleur avantage personnel (investiture UMP pour les législatives par exemple) à jouer le jeu de Chirac. Il a la mémoire courte.
Enfin, Dominique Paillé (battu aux législatives 2007 et aux sénatoriales 2008, il y a une justice) est aujourd'hui porte-parole de l'UMP. L'UMP, dont les bureaux politiques se font à l'Elysée, ou en tout cas en présence de Sarkozy.
Sarkozy, un vrai homme de droite parlementaire qui a conçu que pour son succès personnel, il valait mieux adopter un discours de droite dure, voire un peu extrême.
Dominique Paillé, il est bien dans ses habits tout neufs de l'UMP? Il trouve que son after-shave sent bon?
08:14 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note







