30.04.2009

Desir, opération séduction

Lundi soir, deux jours après le meeting de lancement de la campagne européenne du Parti socialiste européen à Toulouse, Harlem Desir était l'invité de touteleurope.fr et de 20 Minutes pour un petit débat. Après avoir accueilli Barnier, loupé Cohn-Bendit, c'était donc au tour du tête de liste PS de passer au grill. Un grill, disons-le tout de suite, plutôt gentil.

Premières question laissant amplement le temps à Harlem Desir de développer ses thèmes, un peu scolairement. En gros, les voici:

  1. Voter PS c'est voter pour l'alternance, c'est manifester la volonté d'un clivage gauche/droite au Parlement européen
  2. Voter PS, c'est rejeter l'Europe telle qu'elle s'est faite ces dernières années (campagne anti-Barroso, anti-Sarkozy). Ce point est différent du premier, j'y reviendrai.
  3. Voter PS, c'est voter pour la seule grande tendance politique européenne à proposer un socle de propositions communes
  4. Voter PS, c'est promouvoir la protection des salariés et le volontarisme de l'action pour la régulation économique et financière.

Harlem_Desir_440.jpgJe dois avouer qu'à part sur le troisième thème, Harlem Desir ne m'a absolument pas convaincu du positionnement de campagne du PS (et du PSE) pour ces élections. On sentait bien d'ailleurs que lui-même, très bon député européen rompu aux travaux de commissions parlementaires et aux allers-retours des textes avec le Conseil, n'y croyait pas trop.

 

Reprenons-les dans l'ordre:

1. Alternance pour un clivage gauche/droite au Parlement européen.

Ici, l'argument porte sur deux points: tout d'abord le nomination du Président de la Commission (en respect de la majorité observée à l'issue des élections), ensuite sur l'impact d'un point d'ancrage socialiste au Parlement européen.

Sur le sujet du Président de la Commission européenne, Harlem Desir contourne l'argument qui vient spontanément à l'esprit:

  • Comment virer Barroso si le PSE n'est même pas foutu de se mettre d'accord sur le nom d'un candidat pour le représenter?

Pour cela, Desir manoeuvre pas trop finement. Je cite: "croyez bien que si une majorité de gauche se dégage au soir du 7 juin, il y aura un candidat socialiste à la présidence de la Commission!"

Les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

  • Et son corollaire direct: la Commission, institution collégiale, oeuvre pour l'intérêt général européen: pensez-vous vraiment que l'identité politique du Président de la Commission change quoi que ce soit?

Là, effectivement, Harlem Desir a la bonne réponse, en précisant très bien que "qui ne dit mot consent". L'atonie de Barroso impacte sur l'ensemble de la Commission. Et l'on peut croire que Barroso ne voit pas grand mal au retour de l'intergouvernemental dans une Europe dominée par les gouvernements de tendance plutôt libérale (même si l'identité plus ou moins libérale par rapport au clivage gauche/droite sera un débat qui suit dans la note)

 

Sur l'impact d'un point d'ancrage fort à gauche au sein du Parlement européen, c'est plus compliqué. L'argument porte sur beaucoup de sujets. Le principal reste celui, selon Harlem Desir, du clivage de plus en plus fort entre "gauche" et "libéraux" au Parlement européen. Pour appuyer son argument, Harlem Desir trouve pléthore d'exemples économiques (secret bancaire, directive services...), et reste volontairement évasif, ne citant que "gauche" et "libéraux".3375469312_7e4efee9b4.jpg?v=0

Un peu chatouillé par l'un des interviewers, il tombe dans un premier mensonge: "80% des textes font l'objet d'un clivage PSE/PPE!". Bon, ça c'est faux. Globalement, PSE et PPE votent ensemble sur un petit 70% des textes. Mais c'est là qu'est la nuance: effectivement, l'ADLE (libéraux) est souvent plus en désaccord avec les deux autres. Et, si l'on voulait affiner, on se rendrait vite compte que la directive retour (encore elle!) a été approuvée par une grosse minorité du PSE, et rejetée par une grosse minorité du PPE. Il y aurait des questions à se poser.

Par ailleurs, Harlem Desir ne cite pas un seul exemple de clivage qui ne soit pas économique ou financier. Prenons un autre domaine: l'environnement. Là dessus, généralement, le clivage n'est pas droite/gauche, mais inclut un second acteur que le parlement.

 

Ce second acteur nous mène au deuxième argument de campagne de Harlem Desir.

2. Rejeter l'Europe telle qu'elle s'est faite ces dernières années.

Là, Harlem Desir dit, grosso modo, que voter PSE, c'est envoyer un message populaire fort aux gouvernements et aux chefs d'Etat de l'UE qui définissent les grandes orientations traduites en textes législatifs par la Commission, ensuite amendés par le Parlement d'un côté, et le Conseil des ministres (organe intergouvernemental) de l'autre. Le message est: "on veut une Europe radicalement différente de celle des années Barroso" assimilée au libéralisme à tout crin.

C'est donc un message à l'aspect intergouvernemental de l'Europe. Et c'est lui ce second acteur, personnifié par le co-législateur, qui a aujourd'hui (texte du Traité de Nice) le monopole de législation sur le Parlement (et oui, ce n'est qu'une fois le Traité de Lisbonne adopté que le Parlement sera un co-législateur à part entière).

Bien souvent, le clivage au Parlement ne se fait pas droite/gauche. Mais plutôt Parlement/Conseil. C'est à dire fédéraliste/intérêts nationaux.

Sur l'environnement, sur les affaires monétaires et financières, sur l'agriculture (bientôt, cf. traité de Lisbonne), ce clivage est le plus apparent. Les navettes législatives voient s'opposer d'un côté la frilosité des Etats représentés par leurs ministres, et le souci de représentation des citoyens européens sans souci de nationalité, par le commission parlementaire ad'hoc qui prépare les amendements ensuite votés en plénière.

En cela, l'argument d'Harlem Desir est franchement peu recevable. Même si l'on peut imaginer aisément la bienveillance de la tendance libérale ou conservatrice sur tel ou tel sujet. Mais minoritaire.

Ajoutons que la fameuse "directive Bolkenstein" a été élaborée par la Commission Prodi. Qui lui même n'est pas, je crois, une libéral de la mort-qui-tue.

 

3. Voter Parti Socialiste (Européen) c'est voter pour un socle de propositions communes.campagnesocialiste.JPG

Là, effectivement, respect. Le Manifesto adopté par les partis membres du Parti Socialiste Européen est un socle concret, bien loin des déclarations vague du PPE aujourd'hui à Varsovie d'une Europe de "la solidarité" et des "valeurs fondamentales".

Certes, ce Manifesto est un consensus, et les socialistes français pourront le trouver frileux. C'est néanmoins, dans la démarche, dans la démonstration de volonté, alors que le PSE est un vrai puzzle entre les Travaillistes anglais et les socialistes grecs.

Mais Harlem va trop loin, en vantant l'union du PSE sur les questions européennes. Les interviewers lui rappellent immédiatement que, manifestement, les socialistes anglais, portugais et espagnols verraient d'un bon oeil l'application du Manifesto par José Manuel Barroso, qu'ils soutiennent à la présidence de la Commission.

Harlem Desir fait alors deux erreurs grossières: la première est de ramener le soutien espagnol et portugais à un "soutien ibérique" pour l'ancien premier ministre portugais Barroso. La seconde est, comme évoqué ci-dessus, de promettre un candidat unique du PSE en cas de victoire le 7 juin.

  • Immédiatement, la question lui est posée de QUI?

Harlem Desir la joue "on trouvera bien, ahahah, vous allez voir ce que vous allez voir." Rien de plus décrédibilisant.

Puis il tombe dans un nouveau piège:

  • Une fois le Traité de Lisbonne adopté, si le premier Président stable de l'UE (mandat de 2 ans et demie) est Tony Blair, vous êtes content?

Harlem Desir répond que ce serait un très mauvais message, une erreur fondamentale. Qu'il faut une personnalité qui incarne l'indépendance diplomatique européenne, qui n'ait pas dérogé aux règles internationales en attaquant un pays malgré une résolution de l'ONU, etc.

C'est une grave erreur qui met une grosse pelleté de purin sur sa belle rose européenne: rappelons à Harlem Desir qu'en 2003, les socialistes polonais, tchèques, slovaques, anglais etc étaient tous pour une intervention en Irak. Et que le gouvernement Brown est globalement composé des mêmes personnalités que les gouvernements Blair. Que le ministre aux affaires sociales de Brown, M. Purnell, est un pur bébé Blair.

Harlem Desir a atomisé en une phrase sa belle unicité européenne. On sent, et c'est dommage, que le Parti Socialiste français n'a toujours pas pu digérer l'incapacité européenne à avoir une position commune sur la Guerre en Irak. Et surtout, d'avoir alors été minoritaire.

C'est bon signe: puisque cela signifie que le PS français a clairement envie d'une intégration européenne plus forte.

C'est mauvais signe: puisque cela signifie que le PS français a du mal à accepter le consensus et les réusites graduées.

 

4. Voter PS, c'est le volontarisme en temps de crise.

Globalement, j'en ai déjà beaucoup dit ci-dessus pour faire comprendre que cet objectif, c'est tout sauf gagné. L'objet de la résolution de la crise, de la relance (concertée dans des économies et des industries interdépendantes, fonctionnant pour les plus grosses d'entre elles avec la même monnaie) étant surtout de la rendre plus communautaire, plus concertée, et d'arrêter les sommes de plans nationaux.

Là dessus encore, il me semble que, à titre d'exemple, les avis de Pervenche Beres (Présidente PSE la commission parlementaire "affaires monétaires et économiques") et de Jean-Paul Gauzès (membre PPE de la même commission) convergent complètement sur ce sujet.

 

Pour le reste, la démonstration du travail parlementaire, le rôle fondamental que le Parlement a eu sur la directive services, le paquet telecommunications, le paquet énergie-climat, le règlement REACH, et une sommes immense de textes qui changent ou vont changer durablement nos modes de vie, a été magistrale.

Harlem Desir a démontré sa très grande qualité de député européen et de technicien.

 

Pour autant, il est, comme les autres, limités dans sa communication des enjeux aux citoyens français, qu'il faut pouvoir rendre aussi simple et intelligible que possible. Avec deux écueils que je vois venir:

  1. La création d'attentes qu'il sera difficile de placer dans un contexte de long terme (c'est l'essence même du travail de parlementaire européen que de parfois mettre 4, 6, 8 ans à faire adopter un texte contre le Conseil des ministres).
  2. Le sentiment que finalement, les élections européennes, c'est important pour le début du mandat (nommination du Président de la Commission ndrl), mais que après ça fout plus rien.

27.04.2009

La stratégie de campagne UMP? La Confusion des genres

 

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Continuons à faire mentir le Politoblog, qui disait récemment que je ne parlais pas de la campagne des Européennes. Continuons, par ce nouvel article du Monde, que nous allons coupler avec une analyse un peu com' du message subliminal tenté par l'UMP sur son affiche de campagne. L'affiche de campagne, c'est un peu la meilleure synthèse d'une stratégie de communication en campagne électorale.

 

A quelle campagne sommes-nous confrontés?

Les élections européennes. Celles-ci nous font élire les députés européens, qui siègent au Parlement européen. Ce parlement a une triple particularité:

  1. il est transnational, et rassemble donc 27 nationalités différentes par groupe d'opinion (et non par nationalité)
  2. il est un organe législatif qui n'a pas de pouvoir d'initiative: seule la Commission peut proposer des textes de loi (directive ou règlement). En cela il diffère de tout parlement national qui peut formuler des propositions de loi (à l'inverse des projets de loi du gouvernment)
  3. les clivages matérialisés par les votes au Parlement européen, sont assez peu fidèles au découpage par groupe politique. 70% des textes sont votés par la majorité des députés PPE, ADLE et le PSE ensemble.

Dans le découpage des rôles entre la Commission (à l'initiative des textes de loi) et le Parlement, une troisième institution a une importance capitale. C'est l'institution qui représente les gouvernements des Etats membres (à l'inverse du Parlement qui représente les citoyens, et de la Commission, qui représente l'intérêt général): c'est le Conseil de l'UE, souvent appelé Conseil des ministres.

Celui-ci est à la fois organe exécutif et organe législatif. Le Parlement européen trouve tout son sens dans les allers-retours des textes de loi entre les députés et le Conseil des ministres, en ce sens que, bien souvent, les avis des deux institutions divergent. Et même, les avis des députés du PPE diffère de celui des ministres (les gouvernements de l'UE sont majoritairement de droite).

C'est bien la preuve que l'enjeu des élections européennes n'est pas un enjeu national, ou de vision nationale. Cela peut être un enjeu partisan (j'espère un Parlement régulateur, plus protecteur, etc, contre un Parlement majoritairement libéral), mais en aucun cas un enjeu national.

Exemple, les députés français du PPE ont voté contre la Directive Retour, alors que le gouvernement français représenté alors par M. Hortefeux était pour. Il est donc peu probable que Nicolas Sarkozy réussisse à faire des députés européens les mêmes représentants asservis que les députés UMP nationaux. Et ceci tout d'abord, parce que la grandeur du Parlement européen, c'est que les visions nationales ne sont pas productives. Même les extrêmes en commissions de travail, pensent de façon paneuropéenne.

 

Revenons à la campagne du Président de la République de l'UMP: celle-ci l'annonce tout net: "Après le succès de la Présidence française de l'Union européenne, avec Nicolas Sarkozy et la majorité présidentielle, continuons à changer l'Europe!"

Double imposture:

  1. Celle de faire croire que la PFUE n'a été que le succès de Sarkozy. Comme j'ai eu l'occasion de le dire, les Présidences de l'UE sont regroupées par trois, pour plus de cohérence de calendrier. Celle de Nicolas Sarkozy a donc fait partie d'un premier triumvat (Portugal/Slovénie/France), puis d'un second (Slovénie/France/Tchéquie), et d'un troisième (France/Tchéquie/Suède). Ces regroupement ont pour bout de suivre un calendrier cohérent. C'est pour cela que, sur les dossiers de fond, la France n'a pas tellement plus brillée que la Slovénie.
  2. Celle de faire croire que les élections européennes comportent le même enjeu qu'une présidence de l'UE. Citoyen que tu es, cher lecteur, tu dois savoir que la Présidence du Conseil, ce sont les grandes orientations, les décisions à l'unanimité entre chefs d'Etat, les concessions... Le Parlement, c'est la parole, le débat. Vote, fais de ce parlement un lieu de débat, et non une chambre de passage des textes.

Ceci nous amène à la vision suggérée par l'UMP du rôle du Parlement:

Les députés et les sénateurs français ont, la saviez-vous, le pouvoir de faire des propositions de loi. Las, ce pouvoir va s'amenuisant, le Parlement devenant de plus en plus un lieu de débat des grandes décisions du gouvernement (projets de loi). Le Parlement européen n'a malheureusement pas le pouvoir de proposer des lois (et encore moins depuis que le rejet du TCE a annulé la proposition de la pétition populaire auprès de la Commission pour demander une législation particulière).

L'objectif de communication de la campagne est assez évident: il consiste à effacer toute singularité des candidats UMP (l'argument à deux balles pour évincer Lamassoure sur la "locomotive électorale Baudis" aura vécu, ahah), au profit d'une seule et unique figure: le Président Sarkozy. Je me demande si c'est bien comme ça qu'on valorise l'enjeu et le travail du Parlement européen...

Dans l'article du Monde que j'évoquais en début d'article, il est dit: "M. Sarkozy va fortement s'impliquer dans la bataille des élections européennes." Et ce directemet suivi d'une citation de Michel Barnier: "Le Président présentera le 5 mai à Nîmes le projet européen de la France".

Le vote des Européennes devient donc un vote pour représenter le pays, la vision du pays. Ce n'est absolument ni l'endroit, ni l'objet. J'élis un député pour me représenter. Et je ne souhaite pas être représenté en tant que Français, mais en tant que citoyen libéral progressiste qui aimerait trouver un modèle de développement responsable et soutenable. Cette stratégie y est contraire, et incarne la négation des principes de la représentation démocratique des citoyens.

 

Je commence à avoir un problème. Je me dis que l'UMP a envie de confrondre parole de l'Etat français et proposition de débat politique (celui d'un parti politique parmi d'autres). Je me dis que Nicolas Sarkozy fait prévaloir en politique intérieure des succès européens qui ne lui sont pas dûs (et que ce n'est pas une attitude très européenne). Je me demande si Nicolas Sarkozy va présenter la vision européenne de la France ou celle de l'UMP, ou si c'est synonymique.

Je me demande si nous sommes dans une logique de parti d'Etat.

Je me dis que ce n'est pas un hasard si il y a de moins en moins de propositions de loi au parlement français.

 

Et je me dis que, oui, peut-être, du temps de Chirac c'était un peu mou, cette campagne. Qui ressemblait plus à un référendum pour/contre la politique du gouvernement. Mais au moins nous étions en démocratie en ce qui concerne le débat politique. Parce que chaque parti politique recevait le même traitement.

Je me dis que les communiquants et stratèges politiques entourant Sarkozy ont trouvé la parade au vote de défiance à la politique du gouvernement, et ce au prix d'une intégrité politique que je pense importante.

 

Cela ce saurait si votre humble serviteur s'alarmait pour un rien. Ben là, par exemple...

 

24.04.2009

Abyssal Bruno le Maire

Bruno Le Maire, nouveau secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, a participé à un chat sur lemonde.fr. Ce chat mérite que l'on s'y arrête. Sur la défensive, le secrétaire d'Etat, dont la fonction est en premier lieu celle de s'assurer de la bonne coopération entre la France et ses partenaires, mais qui est par ailleurs l'un des responsables de la campagne européenne de l'UMP, tente de justifier le positionnement de son parti pour les élections européennes.

Positionnement que l'on peut résumer ainsi: "faites confiance au parti (et à son chef charismatique et élyséen) qui a garanti une bonne Présidence française de l'UE".


Arrêtons-nous sur quelques passages du chat, histoire de se rendre compte à quel point l'UMP devient un parti qui confond pragmatisme et démagogie.


Question: Que pensez-vous du manque de connaissance de la question européenne affichée par Rachida Dati ?

Réponse: Je suis convaincu qu'elle fera une excellente députée européenne, et qu'elle se battra au Parlement européen avec la ténacité qu'on lui connaît [...] elle est déterminée à jouer pleinement son rôle dans la campagne. Elle s'intéresse aux questions européennes. Elle veut être une députée européenne efficace et assidue.

Hypocrisie! En mars, un responsable de la campagne UMP en Ile de France tentait de me rassurer sur la présence de Dati derrière Barnier, en me confiant "elle lit, rencontre et apprend beaucoup [...] elle compte même faire de sa mairie du 7e un point d'information sur l'Europe!". Je suis prêt à prendre le pari qu'il n'en sera rien: tant que le Parlement européen ne sera pas un lieu de pouvoir et de média, il ne l'intéressera pas. Par ailleurs, et c'est une question sans malice (d'autres candidats sont concernés par cette réflexion), comme prétendre être une députée européenne "efficace et assidue" alors qu'on cumule également un mandat local parisien?


Question: François Fillon et Nicolas Sarkozy doivent-ils s'investir dans la campagne ?

Réponse: Il me semble naturel et utile que le chef de l'Etat et le premier ministre, qui ont réalisé une présidence française sans faute, jouent un rôle de premier plan dans la campagne européenne. Ils participeront tous les deux aux débats et à des meetings de campagne.

Ici, Bruno Le Maire vous prend, chers lecteurs du quotidien du soir (et de l'internet), pour des grosses, grosses buses. Reformulons l'argument brandi par le transfuge villepiniste: "La PFUE a été un succès -> la PFUE était française -> la France c'est Sarkozy et Fillon -> Sarkozy et Fillon ont toute légitimité pour participer aux élections européennes".

Il est assez inquiétant d'entendre ce genre d'argument dans la bouche d'un secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes. La PFUE s'est inscrite dans un trio de présidences (Portugaise/Slovène/Française, puis Slovène/Française/Tchèque, puis Française/Tchèque/Suédoise) et à ce titre, sa maîtrise de l'agenda (la Présidence du Conseil européen met les sujets à l'agenda du travail exécutif et législatif) a été on ne peut plus encadrée.

Ajoutons que la Présidence de l'UE n'est française que de géographie. Pour le reste, elle est censée oeuvrer pour l'intérêt général, et donc, en échappant à l'esprit partisan. Le raccourci PFUE=Super, donc Elections européennes=Sarkozy (comme voudrait l'inspirer l'affiche électorale de l'UMP) est donc mensonger, et pire, à mon avis, démocratiquement hasardeux.


Question: Trouvez-vous normal que le président de la République (qui représente tous les Français) s'implique pour un parti spécifique ?

Réponse: Mais le président de la République appartient aussi à une majorité ! Il est normal qu'au moment d'une campagne il joue son rôle au service de cette majorité.

quand+l+Europe+veut+l+Europe+peut.jpgQuel con, ce type qui a posé une question. Evidemment que le Président et l'UMP c'est kif-kif. Sinon, on n'organiserait pas les différents bureaux politiques du parti majoritaire directement à l'Elysée, pour gagner du temps. Donc, question une nouvelle fois: est-il normal que Sarkozy s'implique pour l'UMP dans la campagne?

Bien sûr que non. Nicolas Sarkozy, et son gouvernement (cf. la majorité) jouent d'ores et déjà un rôle extrêmement important dans le processus décisionnel européen. En effet, le Conseil de l'UE qui rassemble les ministres, est organe à la fois exécutif et législatif. Pour chaque sujet spécifique, les ministres européens concernés se réunissent, et jouent le rôle de 2eme chambre (genre de Sénat), pour amender les textes de loi venus de la 1ere chambre (Parlement européen NDLR).

C'est dans ce cadre et celui de la négociation des priorités budgétaires et agenda (dont on parle principalement lors des Conseils européens des Chefs d'Etat et de gouvernement, 4 fois par an) que Sarkozy et sa majorité ont une influence.

Qu'il laisse le Parlement représenter les citoyens.

Ce qui nous conduit à la prochaine perle de Bruno Le Maire:


Question: Pour certains membres de l'UMP, notamment des ministres, figurer sur les listes aux européennes a sonné comme une "punition". Ce n'est pas vraiment un signal fort de l'engagement européen du parti au pouvoir en France...

Réponse: Le rôle de parlementaire européen est un rôle majeur, je le vois tous les jours. On doit être fier de représenter son pays au Parlement européen.

Non, ce qui saute aux yeux n'est pas le rattrapage du déshonneur Datiesque. C'est l'argument final: "on doit être fier de représenter son pays au Parlement européen". Bruno! T'es vraiment perdu pour l'intelligence! Ne te souviens-tu pas de tes cours de droit constitutionnel en 1ere année de SciencesPo?!

Depuis quand un Parlementaire représente t-il sa circonscription, son département, ou son pays (pour le cas d'un parlement transnational, ce qui nous occupe aujourd'hui)? Depuis JAMAIS!

Le député européen, on l'élit parce qu'on croit en un plus grand nombre de ses idées qu'en celles de ses concurrents. Les députés européens au Parlement se réunissent par groupe, représentant des affinités d'idées. Il ne se rassemblent pas par nationalté, tête de bûche!

Mais voilà la logique qui sous-tend la campagne UMP: voter pour les élections européennes, c'est voter pour son pays. L'UMP symbolise sa candidature aux Européennes par le visage de Sarkozy.

Conclusion: Sarkozy, c'est la France. Chapeau Bruno, t'es un as.


Question: Le PS est souvent critiqué pour son manque de cohésion interne. Mais ne pensez-vous pourtant pas que les socialistes aient une longueur d'avance sur l'UMP pour les européennes ? Leurs listes sont finalisées depuis un mois...

Réponse: Ce que je vois, au contraire, c'est que le Parti socialiste s'efforce de recentrer la campagne sur les questions nationales. C'est une erreur, et ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu.

Encore une hypocrisie: en plaçant Sarkozy sur ses affiches et en le faisant intervenir de façon partisane pour les élections, l'UMP ne centre t-il pas la campagne sur des questions nationales (voir nombriliques)?


Question: Si on vous pose la question, à quoi sert le Parlement européen, que répondez-vous ?

Réponse: Il sert à représenter les citoyens. Il est un instrument de démocratie essentiel pour l'Europe. Le rôle qu'il joue dans la modification et le choix des textes européens est décisif.

Tiens, il se contredit en plus. (choix? quel choix? Mais de quoi parle t-il?)


Bon, dans ma quête de liste pour laquelle voter, et malgré toute ma sympathie (dans son sens le plus étymologique) pour Michel Barnier, l'UMP, ce sera sans moi.


15.04.2009

La phrase du jour

"Une alliance ne veut pas dire grand chose, vous savez. Je préfère parler d'accord programmatique conjoncturel."

Frédéric Nihous, un intellectuel à tromblon, sur l'Express.fr

Druon

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Le manuscrit du Chant des Partisans, écrit avec Joseph Kessel, a été classé monument historique en 2006.

13.04.2009

Kouchner n'est pas un homme d'Etat

Intéressant revirement de Bernard Kouchner au sujet de la Turquie dans l'UE la semaine dernière. Il était pour, et après le sommet de l'OTAN, plutôt contre.

Au même moment que Sarkozy pouvait tenter d'utiliser le soutien d'Obama à l'entrée de la Turquie dans l'UE à trois niveaux: un niveau fédérateur avec ses quelques partenaires européens ouvertement anti-Turquie dans l'Union (Allemagne, Autriche), un niveau électoral en en faisant un sujet de campagne pour les Européennes, et un niveau de popularité, en étant en phase avec l'opinion contre le nouveau Dieu sur Terre (Obama).

Voilà la justification de Bernard Kouchner: «Oui, parce que j’ai été très choqué par cette forme de pression qui a été exercée sur nous» (par Ankara, lors de la nommination de Rasmussen comme secrétaire général de l'OTAN).

C'est formidable non? Le Premier ministre turc procède à un chantage douteux (cf. retour des caricatures danoises), donc les Turcs ne sont plus prêts à entrer dans l'UE.

 

Si tous les hommes d'Etat étrangers étaient comme Kouchner, avec Sarkozy comme Président, les Français ne seraient plus prêts d'entrer nulle part...



09.04.2009

Irruption de la Turquie dans les élections européennes?

On a parlé deux fois de Turquie cette semaine, et j'y vois comme un rapport.

La première, parce que le pauvre Silvio Berlusconi n'a pas pu être présent à la photo de famille des pays membres de l'OTAN. Et pour cause, il aurait été au téléphone près d'une heure avec Erdogan, pour le convaincre de participer à l'unanimité nommant Anders Fogh Rasmussen comme secrétaire général de l'OTAN. Rasmussen, premier ministre danois en exercice (à ne pas confondre avec l'autre Rasmussen, que les socialistes français aimeraient bien voir à la tête de la Commission européenne), avait attiré les foudres du Premier ministre turc lors de l'affaires des "caricatures danoises".

La deuxième, parce que, à la fin du Sommet de l'OTAN, le Président Obama a rappelé l'importance d'une adhésion de la Turquie à l'UE. En cela, Obama ne change pas de son prédécesseur, qui exprimait le même souhait.

Pour Erdogan, le soutien de l'homme qui aurait recueilli plus de 70% des voix des Européens si ceux-ci avaient pu voter le 4 novembre dernier, est important. Il est important politiquement (la raison avancée par Obama étant que l'adhésion d'un pays à majorité musulmane serait une chance pour l'UE) comme il l'est symboliquement: c'est Barack Obama, premier président noir des USA (comprendre: issu d'une minorité longtemps bafouée et martyrisée) qui appelle l'UE à faire preuve d'intégration.

Il n'est pas improbable que l'acquisition de l'unanimité autour de Rasmussen pour l'OTAN ait un lien avec ce soutien Obamesque.

 

Bon, pourquoi par contre en faire un sujet de campagne pour les Européennes, comme on sent que c'est en train de le devenir (Lefebvre demandant à tous les partis de "clarifier leur position sur le sujet", des militants UMP laissant ça et là sur facebook et twitter des messages comme "voter UMP c'est voter contre la Turquie dans l'Europe!")?

Poser la question de la Turquie c'est poser la question de l'Elargissement, et donc poser une question sur laquelle le Parlement n'a strictement aucun pouvoir. Ouvrir les négociations avec un pays candidat (les négociations sont en cours avec la Turquie depuis 2005 et suivent une courbe pour le moins incertaine) sont du ressort des Etats-membres. Les négociations sont menées par la Commission européenne (Direction Général aux Elargissements) selon une foultitude de critères extrêmement précis, à remplir par le candidat.

Ces critères relèvent du droit et de l'adaptation au système juridique et législatif européen. Ils ne reposent évidemment pas sur des considérations religieuses ou identitaires. Le Traité d'Amsterdam (je crois) a fixé la capacité de l'UE à s'élargir aux "frontières de l'Europe". C'est la seule question qui peut se poser concernant la Turquie, hors des critères de négociation. Toute autre considération relèverait du procès d'intention (j'ai entendu que les Turcs ne seraient pas capables de s'adapter à la démocratie européenne par exemple).

Pour ma part, cette question géographique est tranchée: on a accueilli Chypre, pourquoi pas la Turquie?

Non, les grosses questions concernant la Turquie restent celles des Droits de l'Homme, de la capacité d'absorption de la législation européenne, et, plus terre à terre encore, la question des fonds structurels. En effet, l'adhésion de la Turquie à l'UE sans augmentation du budget des fonds régionaux et fonds structurels poseraient un vrai problème de développement de l'UE.

Notamment en contexte de crise.

Mais, à ce que je sache, aucune date n'est fixée à l'entrée éventuelle de la Turquie dans l'Union. Et aucune influence politique ne saurait peser sur les négociations d'adhésion, qui, comme je le disais précédemment, sont un cahier de charges à remplir... qui peut très bien se conclure par un refus.

 

Revenons-en à l'un des arguments émergents de l'UMP pour les élections européennes: "voter UMP, c'est voter contre une Turquie européenne". Pourquoi, outre les arguments ci-précédemment évoqués, cela me gêne-t-il?

  1. Je trouve particulièrement délicat de voter pour un parti qui affirme en 2009 être contre l'entrée d'un pays dans l'UE, à un horizon qui n'est pas encore connu. Il manque à quiconque se pose la question de l'adhésion de la Turquie à l'UE une information fondamentale:le calendrier. J'en conclus que l'UMP s'oppose à l'adhésion de la Turquie pour des considérations culturelles, religieuses... mais ni politiques, ni juridiques (il faut en finir avec l'interminable argument géographique, qui n'est qu'une façon de ne pas évoquer des motivations moins justifiables...)
  2. Cela est totalement hors des pouvoirs du Parlement.
  3. Les députés UMP représentent que 17 sièges sur 785 en tout. Et 17 sur 285 pour le groupe PPE-DE. Lequel groupe PPE-DE comprend de nombreux députés en faveur de l'entrée de la Turquie (britanniques, tchèques, polonais, et j'en passe). Quelle serait leur influence?

 

J'espère bien que cette tentative électoraliste et démagogique d'aborder la campagne aura un effet de crème renversé. Parler de Turquie pour ces élections européennes, avec les institutions actuelles (ne laissant aucun pouvoir du Parlement européen sur les élargissements) n'a aucun sens, à part de dévoiler les vraies motivations de l'UMP...

 

... éloigner encore un peu plus le débat des élections européennes de sujets qui le concerne. Barnier aura beau jeu de dire qu'il veut que ces élections européennes "abordent les vrais enjeux".

 

PS: je rappelle à tout hasard que je n'ai pour l'instant aucun avis sur la place de la Turquie dans l'UE, et que la seule information dans ce billet qui influencera mon vote, c'est la façon qu'a l'UMP d'insulter mon intelligence de citoyen en brandissant la Turquie comme argument de campagne.

07.04.2009

Renovatio Stupideo Horribilis

N.B quelques modifications de détail ont été faites sur ce billet, suite aux commentaires qui le suivent.

Attention, scoop.

Il y a encore 5 ou 6 ans, en 1ere année de SciencesPo, dans le beau cloître des Cordeliers de Dijon où le Premier cycle Europe - Europe centrale et Orientale avait élu domicile (avant de déménager dans un quartier plus cossu), je fréquentais un forum politique, sur internet. Je ne sais pas s'il existe encore. Il s'appelait "Forum Politique". Fastoche.

En même temps que je préparais exposés et fiches techniques dans la belle bibliothèque gothique du cloître, j'actualisais certaines pages de ce forum, où j'échangeais. C'était récréatif. Le "Forum politique" avait inventé un concept rigolo: des élections du forum, permettant aux utilisateurs d'élaborer des programmes électoraux, de débattre des grands sujets de ces simulations électorales.

Las! Les espaces d'expression (notamment hébergés au Canada, ce qui était le cas de celui-ci) sur internet sont souvent le repère et le lieu de rendez-vous des laissés pour compte de l'intelligence collective. Sur ce forum, un type avait développé en quelques 20000 contributions, une pensée originale. Enfin, si l'on peut dire.moi.jpg

Le type, Thomas F*****, s'était trouvé un pseudo de bon goût, Stahler (contraction de Staline et Hitler), et prônait un socialisme national et européen. Une rénovation de la civilisation occidentale née en Grèce, mêlant les références vikings à celles de l'Illiade et l'Odyssée. En gros, le programme se résumait à "indépendance envers les grandes puissances comme les USA", "Rejet de toute immigration et reconduite de tous les individus non-Européens au-delà des frontières de l'Europe", et établissement d'un système socialiste entre bons Aryens.

Et puis j'ai quitté ce forum, parce que j'avais découvert des passestemps bien plus marrants, comme la politique en vrai. Et parce que j'avais l'impression d'argumenter contre des moulins. Des moulins anonymes.

Mais j'ai comme une impression de déjà-vu, là.

 

Là, c'est l'histoire de Roman Bernard. Roman Bernard, un type qui cherchera sans doute un jour du travail, et que les recruteurs vont googliser, et j'espère bien que cet article contribuera à garantir sa réputation et qui ne semble pas se rendre compte à quel point ses tribulations sur internet risquent de lui nuirent.

Roman Bernard a commencé nostalgique de Napoléon, gaulliste un peu flippant, très renfermé sur la nation, mais bon. Puis Roman a réfléchi en espace clos, en laissant des idées incohérentes pourrir dans sa petite caboche pour leur trouver une cohérence.

Quand Roman Bernard a eu trouvé des cohérences entre des concepts assez dissemblables, il a commencé à s'ériger en penseurs Appuyé par des savoirs d'articles de magazines plutôt que des lectures complètes. Dernièrement par exemple, Roman fait un contresens assez marrant sur Samuel Huntington et le "choc des Civilisations". Passons.

Roman Bernard a ouvert un blog pendant que ses idées incohérentes s'entrechoquaient. Pour faire partager le monde de son importance. Je ne critique pas, je pense faire un peu pareil dans mon coin. Et puis il a rassemblé autour de lui autant de blogueurs qui adhéraient à un aspect d'une idée flottant dans l'espace réduit servant de boîte cranienne à Roman.

Autant de blogueurs qui le quittent à présent que Roman a créé

RENOVATIO OCCIDENTALIS (effacé depuis, ouf).

renovatio_occidentalis_V5_otan_texte_au_dessus(2).jpgJ'incite tout lecteur à lire la charte de "Renovatio Occidentalis". Et tant qu'à faire, à lire un peu de la prose de Roman Bernard.

A repenser à Stahler. A ce courant de pensée qui a toujours vécu depuis la révolution industrielle et le début d'échanges commerciaux, de mobilité internationale, de métissage des cultures et des gens.

et tant qu'à faire un voyage dans les sombres contrées de la pensée humaine, à aller lire, de façon anecdotique, la présentation du PSUNE, créé par Thomas F*****/Stahler. Et a comparer. Pour voir jusqu'où la digression de Roman Bernard risque d'aller s'il ne se reprend pas.

Cf. ci-dessous (cliquez sur l'image):

 

psune.jpg

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