19/11/2008

Arc de Seine et Val de Seine vont-elles fusionner?

Robert Cristofoli, du Parisien, nous apprend (et, paraît-il, apprend aux élus de Sèvres et aux élus de l'opposition de Boulogne), que deux grandes communautés d'agglomération des Hauts de Seine vont fusionner: Arc de Seine (bulbe santinien articulé autour d'Issy-les-Moulineaux et des bébés que le Maître a semé dans les villes environnantes), et Val de Seine (Sèvres et Boulogne, initiée par Fourcade et Kosciusko-Morizet).

Stupeur. Nous avons une communauté d'agglomération modeste qui marche très bien. Nous avons réussi à relativement homogénéiser nos politiques fiscales locales, et ça marche très bien. Les actions de péréquation entre Sèvres et Boulogne sont équilsantini-bb.jpgibrées, et le financement de nos divers projets, de voirie, notamment, sont là encore fixés.

Je m'étonne tout de même que cette fusion, si fondée soit-elle, n'ait même pas fait l'objet d'un débat en conseil municipal de la ville. Ni d'ailleurs au sein de l'assemblée de la Communautée d'agglomération du Val de Seine (CAVDS).

Le Parisien conclut son article par cette sombre perspective: "Reste à savoir qui prendra la tête de cette imposante communauté d'agglomération de 235000 habitants aujourd'hui - sans doute 250000 une fois le quartier du Trapèze (Boulogne) habité. La logique voudrait que cette présidentce aille à l'un des maires des deux communes les plus importantes: soit à Pierre-Chrostophe Baguet, soit à son mentor en politique André Santini, maire d'Issy, dont les observateurs font remarquer "qu'il ne restera pas indéfiniment ministre"."

André Santini deviendrait donc le président de ma Communauté d'agglomération? Ou bien Pierre-Christophe Baguet, toujours incapable de présenter un budget 2009 de la ville de Boulogne-Billancourt?

Pour mémoire, on rappellera un petit comparatif des taxe professionnelle et taxe d'habitation des villes des deux communautés d'agglomération:

Comparatif Taxe Professionnelle et Taxe Habitation

Agglomération

Commune

Taxe professionnelle 2008 (source CCIP)

Taxe Habitation 2008

Arc Seine

Chaville

12,99

14,95

 

Issy

12,67

9,99

 

Meudon

12,68

14,03

 

Vanves

13,49

15,16

 

Ville d'Avray

12,50

8,93

 

 

 

 

Val de Seine

Boulogne

9,16

9,74

 

Sèvres

9,16

11,78

Et enfin, on rappellera que la Communauté d'agglomération Boulogne-Sèvres a une particularité notable, en France: elle est la seule communauté d'agglomération dont le président et le vice-président ont refusé toute rémunération/indémnisation pour leur tâche. Ceci de moins pour le contribuable.

 

C'est notamment bien différent du fonctionnement Santinien, avec son président et ses cinq vice-présidents. Mais je suis certain, depuis les tréfonds de mon moi profond, que Pierre-Christophe Baguet trouvera les mots et les subtilités politiques pour persuader son mentor de ne plus se faire rémunérer.

17/11/2008

Mais qui succédera à Jouyet?

Jean-Pierre Jouyet est donc nommé à la tête de l'AMF, Autorité des Marchés Financiers. C'est plutôt une bonne nouvelle pour les réformes de régulation de la prise de risque financière, Jouyet étant plutôt connu pour être quelqu'un qui réussit à obtenir des résultats.

Je suis tout de même triste de le voir partir. C'est le profil-type de l'homme politique que j'aime bien... c'est à dire, pas très politique, sobre, sérieux, qui ne sort pas de son cadre ni de son rôle, et qui a l'air de vraiment tenir à son activité et à sa mission, plutôt qu'à son poste. Dans le (petit) milieu des gens qui s'occupent d'Europe, il a rapidement été apprécié d'une façon unanime, et ce n'est pas pour rien.

 

Question, donc, émanant du confrère Euro Junkie, qui pour remplacer JPJ?

EuroJunkie évoque quelques noms, et parie sur Tokia Saifi. C'est une drôle d'idée, après tout pas si bête: une sorte de symbole, une députée européenne, qui est à la hauteur de l'ambition du poste après la PFUE: laisser faire Sarkozy complètement. Après Jouyet, ce serait un retour en arrière, au secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes et des pots de fleurs. Mais elle est habituée à ce genre de rôle après son petit tour en Raffarinette entre 2002 et 2004.

Personnellement je parie sur une personnalité forte, pour deux raisons:

1. Dans le système Sarkozy, tout se monnaye, et ceux qui n'ont aucune monnaie d'échange ne comptent pas

2. Sarkozy a mine de rien besoin d'une personnalité forte pour le travail de fourmi qu'il faut effectuer au quotidien dans la diplomatie et la recherche de consensus entre Européens.

Il va donc avoir besoin de quelqu'un bien plus rompu aux rouages que Mme Saifi.

 

Je ne vois que quatre personnes pour soutenir le rôle:

- Françoise Grossetête, député européen (depuis 1999), qui aspirait à une tête de liste aux Européennes dans la région sud-est, qu'elle s'est faite souffler par Barnier. C'est ma favorite.

- Alain Lamassoure, député européen (89-93 puis depuis 1999) déjà ministre délégué aux affaires européennes (go6631a38a-22a2-11dd-a9a4-2b3c023dc669.jpguvernement Balladur).

- Olivier Duhamel, pour un bon mix "ouverture - technicien - politique" comme semble les aimer Sarkozy (si Kouchner ne lui en veut pas trop de s'être marié à son ex-femme).

- Jean-Dominique Giuliani (photo), président de la puissante Fondation Robert Schuman. Mais d'un caractère peut-être un peu compliqué pour cohabiter avec Bernard Kouchner, qui n'est pas en reste sur ce sujet.

 

Evidemment, mon problème, c'est que j'idéalise toujours un peu. Il y a toujours un risque que le poste se transforme en parachute pour une Rachida Dati virée de la Justice... et oui, vous l'aviez oublié, mais tout est devenu possible!

05/11/2008

Oui, on peut... espérer


66% de participation, 52% à Obama, une victoire très large, tant en terme de grands électeurs que de voix gagnées. Et que dire? Ce peuple de gros beaufs qui se gavent de hamburgers à longueur de journée ne serait-il pas vraiment celui qu'on pensait être?

Un bouleversement de notre vision de l'Amérique

obama-abe.jpgL'élection de Barack Obama nous surprend: voyons, l'homme est noir, il n'a jamais polarisé la campagne, ni insisté trop violemment sur une identité. Il s'est fait l'incarnation du melting pot, du pragmatisme teinté de "Yes we can" réformiste qui va bien. C'est en cela l'inverse des deux précédentes victoires de la présidentielle américaine, qui ont vu le triomphe du conservatisme exacerbé, et les questions des moeurs et de la religion très présentes dans le débat public.

Question de conjoncture en grande partie, la campagne s'est faite sur des questions de fond, sur une vision nouvelle de la société. Obama c'est le choix d'une plus grande activité de l'Etat dans l'économie et le modèle social. C'est le refus de "l'autorégulation". Et l'inspiration, globalement, d'un modèle qui fait la force de l'Europe dans un monde globalisé qui partage le système capitaliste: l'économie sociale de marché.

La question s'est faite, en toile de fond, sur une question d'image. L'élection était attendue partout dans le monde. De La Paz à Djakarta, en passant par Paris, Berlin, Jérusalem, Nairobi... le monde avait les yeux rivés sur les électeurs américains. Je n'étais pas aux Etats-Unis, je n'ai aucune idée de la présence de cet état de fait dans les journaux américains qui font l'opinion des électeurs. Mais je vois dans une telle mobilisation et dans un choix si unanime comme un message lancé au monde: "on en a fini avec l'espèce d'obscurantisme de ces huit dernières années. Nous avons envie de vous faire retrouver le visage généreux des Etats-Unis, que vous aviez oublié,usa 411.JPG dont nous avons besoin".

En cela, cette élection s'apparente à celle de Franklin Delano Roosevelt en 1932. Après la présidence de Wilson, achevée en 1920 par un désavoeu humiliant du Sénat sur la participation des Etats-Unis à la SDN, le pays est entré dans une longue période de fermeture au monde. Et a changé assez radicalement de cap avec l'élection de 1932. La référence au "New Deal" par Barroso dans ses félicitations à Barack Obama est ainsi assez juste, de mon point de vue.

A cette envie de redémarrer sur de nouvelles bases, s'ajoute la sensation que ce que les électeurs américains ont voulu montrer, c'est tout simplement un autre visage de l'Amérique. Un visage cultivé par Hollywood, celui des films comme "Collision", ou "Bobby". Ce pays de mélanges aspirant les cultures dans une grande lessiveuse et qui en produit quelque chose de particulier: le melting pot. L'inverse du tout hégémonique, de la culture unique de la période Bush: unilatéralisme en diplomatie, conservation des intérêts seuls des Etats-Unis, refus de reconsidérer l'impératif environnemental... Les Etats-Unis en 2008, différemment qu'en 1932, sortent de leur isolement.

Nouveau départ

La présidence d'Obama n'aura pas les moyens de radicalement changer le système américain en profondeur. Il n'en a pas les moyens financiers, et se heurtera vite à des contradictions entre son souci de discipline budgétaire et son plan de réforme du système social.

Elle incarne néanmoins un nouveau départ, dans le sens où enfin, l'Amérique va incarner une globalisation positive. Jusqu'à présent, l'Europe a eu le beau rôle sur la scène internationale sur des sujets alarmants comme la régulation économique et financière, la redistribution des richesses, le souci du réchauffement climatique, l'utilisation pacifique du pouvoir. Beau rôle accentué par la surdité de l'administration Bush.

Désormais, on peut espérer que Barack Obama va incarner un pouvoir américain plus positif, et moins caricatural. Sur certains sujets, McCain l'aurait d'ailleurs sans doute lui même incarné. Par exemple, sur le climat et la signature du Protocole de Kyoto: Barack Obama promet un plan de réduction des gaz à effet de serre de 80% pour 2050. Pour le premier pollueur mondial, c'est un engagement à la hauteur de l'exemplarité que l'Europe a essayé d'inspirer.2831232596_a422da4483_o.jpg

Concernant la diplomatie, Barack Obama semble vouloir démontrer un repositionnement vers l'écoute, le dialogue, et le respect des institutions internationales. Le multilatéralisme semble devenir le credo de la géopolitique désormais. Comment imaginer que les tensions puissent demeurer si fortes si l'acteur principal de la diplomatie mondial devient inclusif?

Concernant la régulation économique et financière, l'Europe et l'Asie trouvent un demi-allié. Obama est certainement convaincu de la nécessité d'un outil de régulation de la prise de risque financière qui puisse être pris au sérieux (le FMI), aura-t-il le pouvoir politique d'imposer un système de régulation national, et aura-t-il l'envie de faire du FMI un instrument contraignant alors qu'il tentera une politique de relance de l'économie?

Qu'en sera-t-il du codéveloppement? L'administration Bush a indéniablement beaucoup avancé dans ce domaine de l'aide directe au développement. L'administration Obama avancera-t-elle dans la réforme des échanges mondiaux qui permettraient aux PED de construire et solidifier leurs industries?

Quoiqu'il en soit, on mesure aussi maintenant le peu de temps qu'un mandat de quatre ans laisse pour permettre de porter des réformes. Ce que Obama a entamé, et qui a une véritable durée, reste le changement de perception que les Américains ont d'eux-mêmes. L'ouverture d'un pays où la quasi totalité des informations est nationale, et qui ne se sent pas concerné par le reste du monde. C'est un changement de paradygme dont l'élection d'Obama est le premier effet, après deux ans de campagne et de présence dans les médias et le quotidien des citoyens américains.

Mais en attendant...

Il ne faut pas trop s'attendre à un brusque changement de ton, plus certainement concernant la politique économique et financière. Le sommet du G20 du 15 novembre auquel assistera le 44e président des Etats-Unis Barack Obama ne débouchera vraisemblablement sur rien de bien concret. Il faudra encore attendre quelques mois pour que la matière à réflexion soit assez travaillée pour obtenir un accord au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement.

-----

Sur un tout autre plan, la palme de la déclaration à la con à l'inénarable Roger Karoutchi, qui semble encore croire en ses chances de mener l'UMP aux régionales d'Île de France: "La victoire d'Obama est celle de la rupture. En cela, elle rappelle celle de Nicolas Sarkozy en mai 2007". Ahahah!

Nous sommes tous Américains!

photo_original_14839.jpg
Un billet un peu plus touffu plus tard. Pour l'instant, on savoure!