01.02.2008

Pendant ce temps, en Serbie...

 J'ai la sensation que l'on revient doucement à cette période insupportable de l'avant 2005, où l'on avait totalement cessé de s'intéresser à nos voisins Européens, pour uniquement se regarder le nombril. Cela nous avait conduit d'ailleurs, comme en Pologne, par exemple, à renforcer les extrêmes et les partis qui cultivaient les peurs et les sujets anxiogènes, populistes, qui touchent au quotidien. En avait suivi ce référendum dont la campagne avait été dynamique, mais abordée de façon assez lamentable.

 Et après ce résultat du 29 mai si absurde, les Français s'étaient remis à s'intéresser hors des caricatures à la politique, dans sa profondeur, à s'intéresser aux outils permettant de réparer leurs soucis plutôt qu'aux soucis eux-mêmes, et un c49afbf88d7a33073d4eda8f300018d29.jpgertain esprit d'ouverture envers l'Europe, les cultures, etc, a pu émerger.

 Là, une crise de subprimes, une baisse de la bourse ridicule par rapport à sa croissance depuis 10 ans, et on a la sensation qu'il n'existe plus rien à part "le panier des Français". C'est sans doute l'un des problèmes du journalisme immédiat, du journalisme de la dépêche AFP, qui privilégie l'information sanguine à l'information de fond. Bref, au-delà de la frappante r7e3a11dc5e0a34a85456c47b505dec9f.jpgessemblance entre Tomislav Nikolic et Robert De Niro, la Serbie nous concerne au premier chef, et il serait intéressant d'étudier l'influence que peut avoir l'UE et la Commission Européenne sur le résultat des élections présidentielles en Serbie.

 Nikolic est un ultra-nationaliste, de ces Serbes qui refusent de reconnaître que les crimes commis par les dirigeants Serbes lors des différentes guerres des Balkans aient seulement existé. Boris Tadic, président sortant, n'est à vrai dire pas tellement plus honnête avec la reconnaissance du passé récent de la Serbie. Sans doute la doctrine de la "non-repentance" de Nicolas Sarkozy a pu les inspirer.

 En revanche, la grande différence reste dans l'attitude face à l'Union Européenne. Tadic est en faveur d'une adhésion proche à l'Union Européenne, et travaille dans ce sens pour que la Serbie satisfasse aux différents chapitres de négociation ouverts avec la Commission, et qui doivent mener au respect des 3 critères de Copenhague: le respect de la démocratie et des droits de l'Homme et des minorités, la capacité à entrer dans un marché commun concurrentiel, et la capacité à transposer l'acquis communautaire dans le droit national.

 Nikolic lui, se sent plus proche de Moscou, dans une construction de pensée que nous connaissons bien, puisque nous l'avons assez entendue dans la bouche de Le Pen ou de De Villiers, sur l'indépendance et la grandeur de la nation. Schéma simpliste: pour rendre à la Serbie a grandeur, agenouillons-nous devant Vladimir Poutine, plutôt que profiter des fonds structurels et des aides Européens pour enrichir la population.

 Le problème, c'est que si Nikolic a une certaine cohérence dans son schéma simpliste, ce n'est pas du tout le cas de Tadic. Parce que voilà, Tadic veut satisfaire au critère des droits aux minorités, mais en revanche refuse, en campagne en tout cas, l'indépendance du Kosovo, province déjà à moitié sortie du giron de Belgrade (mise sous contrôle de l'ONU). Alors que l'immense majorité Albanaise du Kosovo demande et prépare son indépendance, on aurait du mal à imaginer comment concilier une volonté d'adhésion à l'UE, le respect des minorités, et une sorte de négation des crimes Serbes sur les minorités musulmanes de Serbie.

 Au mieux, Tadic ment pour conserver sa popularité et être élu (et éviter Nikolic, c'est à dire le pire). Au pire, c'est le choix entre un incapable et un type dangereux que les Serbes ont à faire. Bon courage à eux.