19.12.2006

Des jeunes méfiants des politiques: quelle surprise!

 Un dernier sondage stupide est tombé hier, et tout le monde cherche déjà à l'interpréter de façon à pouvoir le tourner en sa faveur (désolé Quitterie, mais je le vois ainsi). Pourquoi est-il stupide à mon sens?

 Même si ce sondage permet quelques observations secondaires intéressantes, notamment sur le taux d'adhésion à un parti politique, plutôt en hausse, la volonté d'un président expérimenté et le désir de voter, son interprétation restera que les jeunes se sentent délaissés par les gouvernants et qu'ils n'ont pas confiance en les hommes politiques. Pour une surprise alors ça c'est une surprise...

 

 Pour revenir à des bases de science politique, le jeune n'est pas un citoyen comme les autres. Etudions le jeune (qui a dit Bagoo?): le jeune n'est pas encore intégré à la société, puisque par définition il est un citoyen en formation qui, si il a accompli partiellement son intégration sociale ainsi que son intégration politique à la société, en est a priori au degré 0 de l'intégration économique (âge des sondés: de 18 à 24 ans). Or, on peut d'ores et déjà dire qu'il n'est pas surprenant de percevoir une plus grande propension à l'abstention et à la méfiance envers les hommes politiques chez des individus peu ou incomplètement intégrés à la société (jeunes, minorités, et origines socio-économiques peu élevées). Je laisse donc de côté les arguments fumeux et sentimentaux type "tous les jeunes sont protestataires", cela n'a rien à voir là dedans.

 Par ailleurs, si le jeune n'est pas encore intégré à la société on observe, et là c'est intéressant mais personne n'en parle, une volonté actuelle des jeunes de s'emparer des sujets politiques et des débats. Ce phénomène est-il conjoncturel (choc d'avril 2002 et défilés anti-CPE tout frais)? Ou bien est-il révélateur d'un processus plus long, structurel, qui dévoile quelques pistes de réflexion quant à l'avenir politique de la France, notamment à un coup de jeune de ses élites?

 Ce sondage ne permet pas de l'expliquer ni de démontrer quoi que ce soit dans ce domaine, et toute extrapolation euphorique et partisane est donc malvenue. Ce sondage ne dit pas non-plus si ce nouvel intérêt des jeunes pour la politique se définit par des oppositions (un engagement négatif en somme) ou bien par des adhésions (en gros, quelle est la part des extrêmes et quel est le niveau de conscience politique?). En gros, il n'explique en rien la motivation des jeunes à répondre ce qu'ils ont répondu aux questions qu'on leur a posées.

 

 Enfin, et de façon plus générale, est-il bien pertinent de gloser sur un sondage qui montre qu'une majorité de citoyens sont insatisfaits de leurs élites politiques? J'ai eu beau chercher, je n'ai jamais trouvé en démocratie d'enquête d'opinion qui dévoile le contraire. Ce cheminement de pensée, ce mécontentement envers les élites n'est-il pas habituel et somme toute bien explicable en démocratie? Les citoyens sont mécontents de leurs élites politiques, mais pour rien au monde ils n'en changeraient.