23.05.2007

Interview - Guy-Philippe Goldstein

e38d51a6a73b1b94b6e3103df4cfb727.jpg Comme je l'ai -trop succintement- dit, Guy-Philippe Goldstein est l'auteur d'un premier livre qui mélange réflexions sur le monde qui vient, sur le pouvoir, et prospectives et fiction vers un conflit généralisé. J'ai voulu lui poser quelques questions qui me sont venues après la lecture de Babel Minute Zero.

 

 A quelle époque se passe l'action de Babel Minute Zero? Pourquoi ce choix de date?
 
GPG: Le roman se situe dans la prochaine décennie. Un siècle précisément après la Première Guerre Mondiale – l’instant où se sont ouvertes les portes de l’Enfer. Car c’est la Première Guerre Mondiale qui donne naissance à la révolution bolchevique en portant le coup de grâce à la monarchie russe, et c’est dans le ventre de ses tranchées que s’enfante le nationalisme et le militarisme monstrueux du fascisme. C’était d’ailleurs la prophétie de Jaurès avant qu’il ne soit abattu, et elle s’est très exactement réalisée !... Or voilà qu’un siècle plus tard, nous courrons le risque d’un même drame : celui d’une guerre inspirée par l’irruption d’armes nouvelles – que personne, en réalité, ne maitrise. Il y a un siècle, il s’agissait des fruits interdits de la première révolution industrielle – nouveaux types de canons, mitraillettes, gaz de combat, tanks, avions : tous ces jouets pour généraux trop galonnés, jamais mis en œuvre jusque là, pour un carnage que nul n’aurait pu imaginer en Juillet 1914. Aujourd’hui la tentation militaire a pris pour forme les nouvelles technologies de l’information, alliées au nucléaire. Mais si la guerre se déclare, s’il y a une nouvelle erreur de calcul, cette fois, le risque ne sera pas celui du carnage - mais de l’holocauste.
 
 On a la sensation dans Babel Minute Zero que les pays Européens n'ont aucune unité, ni industrielle, ni politique (à part le projet Galileo apparemment sauvé)... Cela dévoile t-il un désenchantement de ta part?
 
GPG: Si ! Les Européens peuvent avoir une unité industrielle, politique et militaire – tant que l’Europe se limite au couple franco-allemand !...Pour le reste, le roman a anticipé ce qui est devenu la situation après janvier 2003 : Un couple franco-allemand qui fait cavalier seul, persuadé de son bon droit – et une Grande-Bretagne inexistante, car entièrement prisonnière de sa « special relationship » avec les Etats-Unis. A titre personnel, puisque tu me poses la question, il n’y a pas de désenchantement par rapport à l’Europe – juste la constatation d’une réalité qui n’a guère changée, finalement, depuis le refus de la CED par les Gaullistes et l’Affaire de Suez en 1956 !... On peut le déplorer, mais c’est ainsi.
 
J’ajoute puisque tu m’en parles, et je vais digresser, mais cette Europe de la défense à réaliser, ce n’est pas l’occasion de troquer un nationalisme local pour un nationalisme européen. Ce serait une erreur grossière. Pour reprendre l’analyse de Jean-Louis Bourlanges, l’Europe est une chimère curieuse. Peu de gens s’en rendent compte, mais il ne s’agit pas de construire un nouvel Etat qui se superposerait maladroitement aux autres. Nous sommes en train de creuser une voie originale et profondément organique vers ce qui a longtemps été un fantasme : un gouvernement mondial. L’Europe n’a pas vocation à se construire de manière agressive contre tel ou tel autre grande puissance – sauf évidemment si on s’en prend à sa sécurité. Toute sa raison d’être, et sa valeur de modèle et d’espoir pour le reste du monde, tient dans sa logique intime : la volonté de dépasser les Etats-nations crées lors de la révolution industrielle et qui ont donné lieu aux deux Guerres Mondiales. Se rend t-on seulement compte qu’il y a un siècle, chaque pays européen était un continent culturel différent, au nationalisme farouche, armé d’une méfiance profonde pour le voisin ? Que non seulement il y a eu l’Alsace et la Lorraine, mais aussi Fachoda, qui faillit déclencher une guerre entre la France et le Royaume-Uni ? Si nous regardons le chemin parcouru depuis un siècle, il est à la fois terrifiant et vertigineux. Et il n’est pas terminé.
 

 Quel est exactement le rapport entre USA et pays Européens dans Babel Minute Zero?

GPG: Les relations se sont distendues, l’Amérique a pris le large, obnubilée à la fois par son nombril, son formidable marché interne – et par l’Asie, où va finir par se jouer en grande partie le sort de l’économie mondiale. L’Europe est toujours là, bien sûr, mais elle est devenue moins importante et moins utile. C’est une illusion d’optique bien sûr, et un travers américain – car pour autant, l’Europe et ses centaines de millions de consommateurs ne vont pas disparaître du jour au lendemain ! Mais c’est aussi à l’Europe de le rappeler à ses alliés Américains, à tout faire pour réactiver l’OTAN. Parce qu’au fond, la première puissance européenne demeure encore aujourd’hui l’Amérique. La situation au Kosovo n’aurait jamais été réglée sans l’US Air Force – et la diplomatie allemande et française ont été gré à l’administration Clinton d’être intervenu militairement dans un conflit qui risquait de faire sauter les Balkans. Et demain, face à un Poutine à nouveau menaçant, que ferons-nous sans l’ami américain ?
 
 
 Le monde de Babel Minute Zero est-il unipolaire, multipolaire? Où se sont déplacées les sphères d'influence? Pourquoi?
 
GPG: Il s’agit d’un monde schizophrène, unipolaire (si jamais il l’a réellement été) mais en train de glisser vers un monde multipolaire – et c’est en réalité le monde tel qu’il se dessine déjà aujourd’hui. La Chine et l’Inde sont en train de retrouver la place qui étaient la leur avant le début de la Révolution Industrielle, lorsque cette petite presqu’île de la « Terre Mondiale » appelée Europe a tout d’un coup pris de vitesse le reste des peuples de la planète. La Chine et l’Inde vont redevenir le centre de l’économie mondiale d’ici un demi-siècle – mais nous sentons déjà les effets de ces mouvements tectoniques. Babel Minute Zéro survient à un moment où les grands équilibres n’ont pas encore basculés – mais où cette formidable métamorphose de l’échiquier planétaire est cette fois dans toutes les têtes – ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

 L'Afrique et l'Amérique du Sud sont très absentes...

GPG: Oui, et ce n'est pas par goût personnel, mais tout simplement parce qu'ils ne jouent pas un rôle d'entraînement dans ce scénario du futur qui est une projection d'aujourd'hui. Il y a certes parfois de nombreuses tensions transfrontalières entre Etats d'Amérique du Sud, en particulier du fait des guérillas lies aux narco-traficants, mais il n'y pas d'exemples récents de guerre entre Etats, mis a part les Malouines - et c'est un cas très particulier. L'Afrique, évidemment, c'est tout le contraire: un vaste continent ravage de guerres, de génocides, de réfugies. Mais c'est précisément parce qu'il s'agit d'un no man’s land stratégique que l'on n'intervient pas en Afrique - et qu'on laisse des Darfour, des Rwanda, des Liberia métastaser jusqu'a la dernière goutte de sang. Encore une fois, constatation ne vaut ni acceptation, ni résignation - et je suis a ce sujet heureux que l'on ait choisi Kouchner comme ministre des Affaires Etrangères, j'espère qu'il aura un rôle d'entraînement sur le Darfour. Mais dans le calcul des grandes puissances, l'Afrique joue aujourd'hui un rôle de second plan, et c'est cette réalité mentale que Babel a essayé de décrire.
 

 A quoi vont ressembler les conflits du futur? La période nucléaire est-elle bien finie?

GPG: Je ne le pense pas. Bien au contraire. Le nucléaire est là avec nous – et il n’est pas près de disparaître. Comment comprendre sinon que malgré la fin de la Guerre Froide – achevée il y a près de 15 ans ! – nous avons toujours environ 5,000 ogives nucléaires de part et d’autre de l’Atlantique et qui se font face ? Et qu’un nombre important de ces ogives est encore aujourd’hui placé en ‘hair trigger alert’ ? D’ailleurs on le voit bien avec l’Iran et l’affaire du réseau AQ Khan qui a servi la Corée du Nord, la Lybie et l’Arabie Saoudite : la prolifération nucléaire est une menace qui grandit. A cela s’ajoute une nouvelle classe d’armes : les cyber-armes. L’Europe, pour la première fois de son histoire, est en train d’en faire l’expérience puisque depuis le début du mois de Mai, l’Estonie est agressée par des cyber-attaques qui proviennent de Russie. L’affaire est grave, et le ministre de la défense de l’Estonie vient de saisir l’OTAN sur cette question. Mais ce qu’il y a d’encore plus dangereux, c’est le mélange détonnant que pourrait constituer l’utilisation des cyber-armes dans le cadre d’une tension où les protagonistes possèderaient l’arme nucléaire. Car du temps de la Guerre Froide, le jeu nucléaire était simple, à deux joueurs, avec des systèmes de communication intouchables – ce qui a permis à la dissuasion de fonctionner et d’éviter la guerre nucléaire pendant cinquante ans. Mais dans un monde multipolaire, tout devient beaucoup plus compliqué – surtout si l’un des combattants utilise des armes cybernétiques qui ont pour objet de jeter dans la confusion les communications de l’Ennemi.
 

 Après avoir lu Babel Minute Zero, comment continuer à être optimiste quant à la marche du monde?

GPG: Le 20 Mai 1907, aurait-on imaginé que dans les décennies qui suivraient, il y aurait deux guerres mondiales, plusieurs génocides, l’emploi de la bombe atomique et la création de missiles pouvant atteindre autant la lune que n’importe quel point de la planète ?.... Evidemment non. Alors non, il ne faut être ni aveuglement optimiste, ni terrifié de peur et persuadé que la fin est proche ! Mais il faut comprendre que rien, absolument rien n’est acquis ; que parfois le sort du monde peut dépendre du bon sens de quelques personnes – comme tu as pu le voir avec l’épisode du lieutenant-colonel Stanislav Petrov qui en 1983 a peut-être sauvé le monde de l’apocalypse ! Bref qu’il faut demeurer aux aguets, attentifs plus que jamais aux temps nouveaux qui vient. Et que tant que nous maintenons cette vigilance, tant que nous restons les yeux grands ouverts sur cet horizon qui change constamment, alors nous gardons une chance importante de préserver notre avenir. Car ce qui est sûr, c’est qu’à la différence du siècle passé, nous ne pourrons pas nous payer le luxe d’une nouvelle guerre mondiale.
 

 Quelles sont les qualités que doit avoir un bon homme d'Etat?

GPG: Il y a d’abord les pré-requis : l’expérience et la (bonne) vision. Dieu merci, nous n’entendons plus aux Etats-Unis les âneries qui se racontaient en 2000 : qu’il valait mieux un Président avec lequel on puisse boire une bière (Bush Jr.) plutôt que d’un raseur monsieur-je-sais-tout (Al Gore). J’imagine que beaucoup d’électeurs doivent se mordre les doigts aujourd’hui. J’ajouterais qu’il ne viendrait à aucun chasseur de tête de sélectionner un dirigeant d’entreprise sur sa sympathie bonhomme plutôt que sur la qualité de son expérience et de sa vision des grands enjeux. Alors pourquoi refuser à la direction des Etats, qui gèrent tout de même l’armée, la police, l’éducation, la santé… ce que l’on considère normal dans l’Entreprise ?
Enfin il y a deux autres qualités importantes : la capacité de tout entendre, en particulier les vérités qui font les plus mal ; et un certain sang-froid ou courage physique. Deux qualités qui sont liées tout simplement à la faculté d’identifier la meilleure décision de la manière la plus rationnelle qui soit, et quelque soit la pression de l’environnement.
 
 
 Les personnages de Babel Minute Zero (Vernon, Ronglian, Brighton...) sont-ils inspirés du réel?
GPG: Bien sûr. Ils sont chacun un mélange d’hommes politiques existants. Hu Ronglian a un zeste de Hu Jintao, et beaucoup de Zhu Rongji au fond de lui. Brighton a été modelé en partie sur John Kerry (avant même sa nomination de 2004, je tiens à le préciser…) et également sur George Bush père, le vrai professionnel – pas « junior », bien évidemment…Quant à Vernon, je pense qu’à la lecture, il sera assez simple d’identifier à qui physiquement il ressemble le plus….
 

 Quelle est la démarche, au final, de ton livre?

GPG: Une bloggeuse, Catherine Wendell, l’a très bien vue : au-delà des aspects romanesques, de l’aventure d’espionnage face à un compte-à-rebours infernal, il s’agit d’abord d’une alerte. La réalité de notre monde, pour peu qu’on l’a fouille un peu, et que l’on tombe sur certains de ses secrets les plus étonnants – comme j’ai essayé de le faire dans ce roman – c’est celui d’une planète beaucoup plus fragile et sur la brèche que l’on ne veut bien l’imaginer.

20.05.2007

Babel Minute Zero

medium_babel.2.jpgAvez-vous déjà réellement une fois sorti la tête d'un livre, le souffle coupé, avec le besoin irrépressible de faire une pause, d'aller un peu prendre l'air pour vous en remettre? Cela ne m'est pas arrivé souvent, et après avoir lu Babel Minute Zero de Guy-Philippe Goldstein (Alias Julia du "Journal de la Guerre qui vient"), je me suis demandé moi-même quand cela avait bien pu m'arriver. De lire un livre, et d'en être scotché de la première à la dernière page. Sans doute pour un ou deux Mankell, certainement pour La Mort est mon Métier de Robert Merle, peut-être aussi pour Hotel New Hampshire de John Irving, ou bien pour la Ligne Verte ou Carie de Stephen King. Pour tous, cette impression que les dernières pages brûlent les doigts, tellement on veut savoir. Savoir la fin. 

 Quelle est l'histoire de Babel Minute Zero? La guerre, qui arrive, qui rampe inéluctablement, profitant de tous les points de fragilité du monde: les relations tendues, plus ou moins amicales, mais marquées de suspicion, entre la Chine et Taïwan, l'Inde et le Pakistan, Israël et la Syrie, les Etats-Unis et l'Europe, la Russie et ses fédérations... Tout cela un jour va s'embraser pour la simple et bonne raison que la globalisation nous a rendus inter-dépendants les uns et des autres, et que chez les dirigeants, la logique, ce qui doit être, l'a priori en somme, a remplacé le doute et la prudence. Focalisés qui sur l'un, qui sur l'autre, personne ne peut comprendre que chacun est victime d'un perturbateur généralisé, d'une arme utilisée avec trop peu de précaution: l'intox. 

 Tout commence avec l'assassinat d'un journaliste démocrate en Chine, commandité par une faction un peu zélée du Parti Communiste. Pour gérer les manifestations monstres qui ont lieu partout dans le pays et mettent en danger le régime, le Premier Ministre va devoir détourner l'attention des affaires intérieures. Le bouc-émissaire parfait? Taïwan et ses velléités d'indépendance. Parallèlement, des conflits invisibles, informatiques, commencent à dégénérer, sans que l'on sache exactement d'où viennent les attaques, toujours plus agressives. Dans ce climat de tension, des conflits larvés, et dans des sociétés où l'informatique détermine la marche d'un pays, le jeu devient dangereux.

 Ce que veut dire Guy-Philippe Goldstein, c'est que rien n'est jamais acquis. Ni la démocratie, ni la paix, ni la parole que l'on peut engager. Les apparences dans Babel Minute Zéro sont trompeuses, et le jeu politique entre chefs d'Etats, parsemé de hontes et de tractations peu avouables. Si la guerre depuis 100 ans ne s'est jamais déclarée entre démocraties, ce n'est pas pour autant que l'on est pas entraîné à longueur de temps dans des conflits invisibles mais très sérieux, même entre partenaires.

 Après avoir lu Babel Minute Zéro, on se sent tout de même mal. La vision du monde est plutôt pessimiste, et alors que je pense profondément en moi que les interdépendances et les échanges sont des facteurs d'appaisement et d'ouvertures, de marche vers la démocratie, Guy-Philippe Goldstein me montre une vision apocalyptique de ce monde, justement. Je ne tire de Babel Minute Zero, où l'UE est très peu unie, qu'une seule certitude. Nous devons approfondir et continuer les solidarités de fait entre Européens, les projets politiques, industriels et économiques communs, les élargissements et notre zone d'influence.

 L'UE doit continuer à être ce "Soft Power" pacificateur, favorisant comme nul autre le développement de la démocratie et de la richesse dans les pays écartés de la mondialisation.

 

 Car en 2014, dans Babel Minute Zero, il y a deux grands absents. L'UE comme un tout, et l'Afrique.

 

Et bravo pour ton travail, c'est colossal. 

12.02.2007

Monsieur le Chien

 Je ne sais pas si vous connaissez "Monsieur le Chien"; c'est un dessinateur qui a beaucoup, beaucoup d'humour, et qui sort son premier album dessiné le 1er mars prochain. Dans toutes vos bonnes librairies, ou en tout cas dans la mienne.

06.11.2006

Les petits chaperons mènent la danse

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Mon amie Nycole Pouchoulin organise avec le collectif "jeter l'encre" et Emmanuel Chain une séance de dédicaces du livre qu'elle a co-écrit en faveur des enfants du Darfour, Les petits chaperons mènent la danse.

 Le rendez-vous est donné à la Fnac de Boulogne-Billancourt, ce samedi 11 Novembre, de 16h à 20h, au premier étage du centre commercial "Les Passages", 5, rue Tony Garnier à Boulogne.

 

 "Pour que les adultes qui riront ou souriront n'oublient pas que les enfants du Darfour ont eux aussi le droit de rire et de sourire"