21.12.2007
La France, fille aînée de l'Eglise
C'était sous l'ancien régime. Le Roi était le lieutenant de Dieu sur Terre, et son royaume, certes turbulent, restait l'enfant préféré de l'Eglise. Jusqu'au Concordat à peu près. Ensuite, pour des raisons diverses et insignifiantes, comme l'établissement durable de la République, et la stabilisation de la "nation Française", l'Eglise n'a plus été un ciment de la société Française. On lui a préféré l'éducation, le service militaire, le contrat social, le progrès technique. Tout en la respectant: la laïcité s'est installée brutalement à la fin du XIXe, mais le concept n'a jamais entravé la liberté de croyance et le respect envers les religions.
C'était une période relativement simple d'ailleurs. Ne pas croire c'était pas bien, et de toutes façons on ne demandait pas aux gens de trop réfléchir: il n'y avait pas d'élections. De son côté, le "Lieutenant de Dieu sur Terre" aurait fait la une de tous les journaux à scandale, s'ils avaient existé. Maîtresses, divorces, remariages... Louis XIV et Louis XV étaient des pros du "faîtes ce que je dis, pas ce que je fais".
Mais cette période est révolue. J'ai un grand respect envers les gens qui croient en quelque chose, tant qu'ils ne font pas de prosélytisme. J'ai un ami que j'aime énormément qui est croyant, et qui n'a d'ailleurs pas eu besoin de l'Eglise pour faire le lien entre l'éthique chrétienne, sa générosité, et l'esprit de la République. D'ailleurs quand je l'ai rencontré il votait communiste. C'est exactement l'esprit de la laïcité selon moi. C'est quelque chose de paisible, un lien que chacun a la liberté de faire entre le pacte républicain et la religion.
Alors j'ai eu vachement peur de devoir m'énerver beaucoup contre Nicolas Sarkozy, fait Chanoine de Saint-Jean de Latran (pour moi il n'existait qu'un chanoine, le Chanoine Kir!), qui nous a prononcé un discours hier dans la Basilique sus-nommée.
Et bien je l'ai trouvé très raisonnable. Bien sûr, il y a encore cette référence aux moines de Tibhérine assassinés par des islamistes en 1996. Il est question ici dans le discours de Sarkozy de leur "sacrifice". C'est extrêmement gênant je trouve.
Mais plus gênantes sont les réactions de l'opposition, dont les leaders n'ont manifestement pas lu le discours du Latran, ou pire, l'ont lu mais comptent installer un débat faux et tronqué sur son contenu. François Hollande dénonce une "confusion entre le religieux et le politique" dans le concept de "laïcité positive" du Chef de l'Etat. Je ne vais pas reproduire ici le long cheminement du discours qui mène à ce concept. Mais citons juste ce passage:
C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.
Franchement, je crois cela parfaitement raisonnable. L'ami dont je parle plus haut, en qui j'ai une confiance absolue et que j'admire énormément en est une bonne illustration. Du dialogue paisible et constructif entre un esprit républicain certain, mais tout de même une générosité, un esprit d'ouverture bien lointain de l'individualisme de notre société. Alors on peut se poser la question de savoir dans quelle mesure il est lui-même représentatif des croyants en France. Dans quelle mesure il est indépendant des dogmes de sa religion. Mais, et alors? Ce sont des comportements que l'on peut influencer de bonne manière. Je crois que Sarkozy a parfaitement raison dans son discours, et je vous invite vraiment à le lire avant de réagir.
Il y a une maladresse tout de même dans ce discours, c'est en effet le sous-entendu selon lequel la France a eu tort d'imposer la laïcité violemment contre les religions. A ce moment précis de l'histoire, cela ne pouvait sans doute pas en être autrement. A notre moment de l'histoire, peut-être a-t-on raison de considérer plus paisiblement les relations entre l'Etat séculier et les religions. Toutes les religions.
Et ce n'est pas parce que le discours est prononcé devant Benoît XVI que ce n'est pas le cas.
20:50 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, benoit XVI, religions, laïcité, république











