05.11.2007
Facebook, politique et sociologie
Il y a eu la critique de la petite manipulation par de petits intoxicateurs, il y a eu la critique de l'utilisation purement marketing si peu intéressante de tout phénomène de mode internet, dont facebook est un exemple, passons à une réponse un peu sociologique, peut-être même juste de bon sens, à la question qui revient inévitablement sur le tapis lorsqu'on parle de politique et de nouvelles technologies: "Mais ça se voit que tu es un sale élitiste! Si Delanoë/Pécresse est sur facebook c'est pas pour toi, c'est pour se rapprocher des jeunes qui ne s'intéressent pas à la politique!"
Cet argument est bête. Pour deux raisons. La première vient tout simplement du profil socio-professionnel des utilisateurs de facebook, la seconde vient de ce que l'on pourrait appeler une théorie des réseaux sociaux. Facebook, on l'a assez dit, est une plateforme née des campus Américains, et qui a élargi son public peu à peu en 3 ans, jusqu'à aujourd'hui compter 46 millions de personnes de par le monde. C'est, comme le disait Versac, un peu comme les blogs. Quelques uns s'y mettent, puis des plateformes se créent, on peut choisir son blog selon le message que l'on veut faire passer, du skyblog "tof, kikoo, lol" à des blogs de nouvelles technologies ou à des blogs politiques. Facebook c'est un peu la même chose. Il y a des utilisateurs qui se servent de facebook parce que leurs amis y sont, et ça s'arrêtera toujours là (skyblogs, blogs les plus nombreux en France), il y a les utilisateurs de Facebook qui s'en servent déjà comme outil de marketing (des groupes permettant d'aborder tel ou tel sujet de consommation...), ou comme agrégateur de plein d'applications éparpillées (flickr, twitter, netvibes et j'en passe), et il y a des gens qui font de la politique et qui s'intéressent à internet. Le plus petit nombre. Ils ont souvent des contacts avec ceux qui s'intéressent au marketing ou aux nouvelles technologies, tout comme ils en avaient sur les blogs.
Il n'y a qu'à expérimenter une carte des réseaux sociaux de n'importe lequel de ces hommes politiques (si quelqu'un pouvait m'en passer une...?). On s'apercevra qu'il est ami avec un bon noyau d'individus déjà reliés entre eux, comme une communauté de blogueurs, une cellule de parti politique local, et avec quelques personnes ça et là, peu nombreux,et tous étudiants dans le supérieur.
Parce que facebook est par nature un outil internet élitiste (la politique aussi est élitiste, d'ailleurs). Encore un peu plus que ne l'étaient les blogs. Sur facebook il faut avoir des amis. Or, à moins d'être déjà membre d'une communauté avant de s'inscrire sur facebook, on a peu de chance d'y rencontrer ses amis. Exemple: ma carte de réseau social facebook montre quatre grands pôles de réseaux:
Celui de Sciences Po (rouge), de loin le plus nombreux. Les étudiants de Sciences Po sont connectés, ils se croisent souvent, même sans très bien se connaître, ils sont tous amis.
Celui de Montréal entre l'Université de Montréal (bleu et vert) où j'étudie et Concordia, où mes colocs étudient.
Celui de la blogosphère (orange clair), qui s'est constitué pendant l'été 2007.
Celui de mon lycée (violet), dans le XVIe arrondissement. Des jeunes a priori pas en deficit de civisme, ni en déficit d'argent.
En d'autre termes, les utilisateurs de facebook sont en leur grande majorité des gens qui son connectés à internet quotidiennement, qui ont un peu de temps à perdre dessus, et qui ont des chances d'y élargir tous les jours leur réseau social. En résumé, le total opposé d'un jeune de banlieue qui se trouve délaissé par la politique.
Et quand bien même, il y a aurait un réseau social entier de jeunes non-issus de milieux aisés, non-parisiens, et non-étudiants en niveau supérieur, ce réseau social, hétéroclite pour le moins, est par nature le plus éloigné du réseau social "naturel" des politiques qui s'inscrivent sur facebook.
Pour conclure, l'homme politique ne sert à rien sur facebook, sinon à m'agacer à m'envoyer des invitations pour des réunions et autres manifestations à relayer sur les blogs comme des moutons. Le meilleur moyen d'intéresser "les jeunes qui se désintéressent de la politique", c'est de s'attaquer à leurs problèmes et d'écouter ce qu'ils ont à dire pour de vrai. Pas par le truchement d'un pauvre outil bidon comme facebook.
J'ajouterais pour finir que facebook est encore en cela moins utile que les blogs, car facebook étant un site communautaire privé, aucune production intelligente n'est mise à disposition sur les moteurs de recherche. C'est donc du relationnel tronqué. Rien d'autre. Une assez bonne illustration du marketing politique aujourd'hui.
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Epilogue, aujourd'hui 5 novembre 22h39 (heure du Canada), quelqu'un m'ajoute parmi ses contacts.
- "Bonjour, je suis un peu confus, je n'ai pas le souvenir qu'on se soit rencontré...!" envoyé-je
- "il me semble (sic) que si, à un meeting ou aux universités d'été." répond-il
- "Ah oui, en effet, ça explique tout..." conclus-je.
21:30 Publié dans Idées, opinions, propositions, La Real Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : facebook, internet, politique, démocratie, UMP, PS, marketing
28.09.2007
MonElyseeamoiquejai.fr
Je voulais me bidonner et partager consternation et inquiétudes, sur le nouveau site de la présidence, qui devient le site du président, avec sa photo de campagne, et sa frappante ressemblance avec le site sarkozy.fr.
On s'interrogera sur la personnalisation d'une fonction au-dessus des partis, sur l'aspect très "infotainment" du truc, sur l'accumulation de vidéos, sur cet aspect de campagne permanente, tout cela au détriment du fond. Ici la place est à la campagne sans fin du président, c'est à dire tout dans la forme, rien dans le fond. Au moins, l'ancien site de la présidence n'était pas qu'un interface publicitaire, il permettait de trouver des articles pédagogiques de fond.
Luc a déjà joué au jeu des 7 différences, alors allez le lire. Je ne peux m'empêcher de me demander si ce cher François de la Brosse (à reluire) se fout consciemment de notre gueule ou pas.
Pour plus de questions sur le "bénévolat" De la Brossien, lire Diner's Room.
Pour une critique sur la nullite du site, lire Versac, ici et là. Comme en conclut notre maître à tous, le point positif c'est qu'on va pouvoir évaluer plus souvent la masse de gomina sur la tête de David Martinon.
Dessin; Pancho.
05:00 Publié dans zapping | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Elysée, Sarkozy, démocratie, politique, internet
06.01.2007
Zyva Jeune Pop, bourre les urnes!
On avait déjà vu grâce à un article du Figaro que la stratégie des blogs de l'UMP était perdante. L'inverse de l'esprit blog, elle consistait, malgré une idée de départ sympathique de création de blogosphère, à brider les bogueurs soutiens dans une logique complètement dirigiste, et à considérer les blogueurs comme des moutons. En effet, malgré les 900 blogs revendiqués par le conseiller exécutif chargé des blogs de l'UMP, envion 90% d'entre-eux sont morts-nés. D'ailleurs, en se promenant dans la blogosphère politique, on se rend vite compte qu'on croise toujours les mêms blogs UMP, et que la blogosphère UMP ne se renouvelle pas beaucoup. La technique est perdante, et même, lorsqu'on parle à d'autres blogueurs (actifs), elle est de nature à les mettre en colère.
Les temps sont donc durs au service internet de l'UMP, et on a besoin de réconfort en cette nouvelle année. Quoi de mieux pour se remonter le moral qu'un bon petit bourrage d'urne chez Laurent Bazin? En effet, le (très bon) journaliste d'I-télé avait décidé il y a peu de monter un sondage assez primitif sur son blog (je dis primitif quant aux moyens techniques) pour se faire une idée des rapports de force entre les soutiens des candidats. Le but du jeu étant de lisser un commentaire sous la note dédiée au candidat pour que le vote soit comptabilisé.
Las! Malgré un vote organisé depuis le 29 décembre, le candidat Sarkozy culminait jusqu'à aujourd'hui 16h30 à 40 voix, soit 30 de moins que Ségolène Royal, 9 de plus que Bayrou. Le déshonneur total. Je dis 16h30 parce qu'à 16h24 exactement les adhérents de l'UMP (ou peut-être les jeunes UMP tout court) ont reçu un mail d'Eric Walter, chef du service internet de l'UMP (photo, au fond), leur intimant avec le sourire d'aller bourrer les urnes, et ainsi fausser l'élection virtuelle:
"Bonjour, sur son blog, Laurent Bazin se demande où sont passés les supporters de Nicolas Sarkozy ... qui ne sont pas venus participer à un sondage qu'il a mis en ligne fin décembre !
Apportons-lui une réponse ;) C'est simple : il suffit d'ajouter un commentaire sur ce billet indiquant que votre choix se porte sur Nicolas Sarkozy !
Pour l'instant, c'est Ségolène Royal qui l'emporte avec 70 voix ! Essayons donc de faire la preuve de notre capacité de mobilisation :)"
Et une heure trente plus tard de se féliciter de cette réaction de masse, qui laisse un Laurent Bazin tout éberlué.
C'est quand même une belle chose l'internet, cet espace de "liberté et de spontanéité" :-D
18:45 Publié dans UMP | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : UMP, démocratie, Bazin, politique, humour, internet
06.11.2006
les couacs internet de l'UMP
Comme le rapporte Axel sur Page 2007, la consultation des adhérents UMP sur les idées guida
nt le programme législatif du parti de la majorité a été un gros fiasco technique et médiatique, puisqu'en fait n'importe qui pouvait participer à cette consultation qui se voulait démocratique; je ne vais pas entrer beaucoup dans les détails, les différentes notes de Christophe Carignano, et les débats qui les suivent sont déjà à mon sens assez éloquents.
Pour ceux qui auraient raté l'épisode, l'UMP et ses stratèges internet ont décidé dans la logique de transparence de l'UMP de proposer au vote (consultatif) des adhérents les différentes propositions retenues lors des conventions, et qui forgeront le programme législatif du parti. Pour voter rien de plus simple: entrer les 9 chiffres de son n° d'adhérent. C'est ainsi que le site a été "cracké" plusieurs fois par des gens inventant avec succès un numéro.
J'aimerais quand même juste savoir quelque chose, à la fin: la démocratie au sein de l'UMP est-elle réelle? Si oui, est-elle une fin ou un moyen? Si non, est-elle un argument marketing ou bien quelque mesure sordide pour très intelligemment museler ceux qui voudraient provoquer le débat et jeter des pavés dans la mare, en présentant contre leurs arguments le très facile "les adhérents trancheront".
Comme le souligne Axel de Page 2007, n'est-ce pas la direction de l'UMP elle-même qui donne leur code aux adhérents pour qu'ils puissent voter en ligne la réforme des statuts ou bien le candidat à la présidence de l'UMP?
Sur ces sujets, il serait bon de pouvoir entendre les conseillers exécutifs de l'UMP chargés de l'internet faire amende honorable. Parce que si on veut la démocratie, il faut aussi que les "responsables" rendent des comptes...!
11:55 Publié dans UMP | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : UMP, PS, politique, démocratie, internet










