13.12.2007

Le "ministre-missionnaire"

 Après la vague de "commissions" qui s'est développée depuis mai: Commision sur l'adoption, commission sur la croissance, commission sur le téléchargement illégal, etc, Nicolas Sarkozy fut bien dépourvu quand tous les sujets se trouvèrent épuisés pour remercier ses copains et leur donner de l'importance.

 Le gouvernement déjà bourré de Secrétaires d'Etat ne pouvait plus accueillir personne sans qu'on se moque ouvertement d'une présidence de "rupture" qui rassemblerait une quarantaine de ministres.

 Vite, une solution: Le "ministre-missionnaire"! Le ministre-missionnaire a plusieurs avantages sur le fidèle lambda qu'on remerciait auparavant avec un poste au Conseil Economique et Social. D'abord, ça pète: "moi, je suis ministre-missionnaire". La formule inspire ce qu'il faut de Kama-Sutra, elle évoque le moine-soldat, l'homme expert dédié à sa tâche. Un technicien quoi. Un peu à l'image de Jean-Marie Colombani qui, "puisqu'il a adopté", se retrouve chargé d'une Commission sur l'adoption. On voit d'ici venir le "Je suis ministre-missionnaire aux NTIC parce que j'ai un compte Facebook!", ou bien "Je suis ministre-missionnaire aux Scouts parce que j'ai été Louveteau".

 Avec un peu de chance, le "ministre-missionnaire" nommé "quelques mois" selon Claude Guéant, aura la chance de passer 6 mois à son poste! Six mois synonymes de retraite de ministre à vie! C'est pas beau, ça?

 Et puis c'est chouette comme idée. Il y a autant de ministres-missionnaires que de candidats potentiels au poste. Cela signifie en simplifié la fidélité éternelle de tous les UMP qui commenceraient à se sentir aigris de ne pas être remarqués par le Président.

 Non, vraiment, Sarkozy est astucieux. L'efficacité des politiques, elle, qui s'en préoccupe?

19.06.2007

Fillon II, un peu de déception

c8eb16a0a654d587c9d47dd9f6ef8dc8.jpg Il était taillé pour Juppé ce ministère. Il était le seul vrai transversal. Le ministre d'Etat Juppé était le seul à avoir une autorité suffisante pour s'imposer aux corps dépendants de son ministère, notamment à celui des Mines. Il préparait le sujet depuis quelques temps, malgré ce que les simplets qui s'arrêtent aux ballades à vélos publicitaires du Maire de Bordeaux peuvent dire. Il aurait encore été convenablement coupé pour le très reconnu Hubert Védrine. Il aurait été intéressant d'y voir Barnier (sous-employé à l'agriculture). Au lieu de ça on y met Borloo, avec le titre qui donne l'impression que c'est une promotion, alors que c'est un camouflet. Ce ministère partait tellement bien avec Juppé... Voilà qu'il ressemble presque à un placard!

 Quelles sont les affinités de Borloo avec l'environnement, à part que comme vous et moi il doit préférer les douches aux bains et un chauffage pas trop élevé avec un bon pull? Il a fondé Génération Ecologie avec Brice Lalonde. C'est globalement plus politique qu'expert.

 Pour le reste, je n'ai que peu d'avis, même si je suis bien content de voir arriver une génération neuve, qui donne au secrétariat d'Etat un côté un peu "pépinière de talent": Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, et Rama Yade. Sur la dernière j'ai la sensation que le symbole est plus fort que la charge (secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme dans un monde où ces questions se règlent plutôt entre diplomates, chefs d'Etat, et échanges économiques).

 Je me demande bien pourquoi Jean-Marie Bockel est rattaché à Kouchner pour son secrétariat d'Etat à la Coopération, alors que le co-développement a échu à l'hideux ministère de Brice Hortefeux. Ce devait être une condition sine qua non d'entrée au gouvernement.

 A part ça, on n'échappe pas au système des copains, malgré tout et malgré la "rupture avec les pratiques anciennes": Estrosi est de retour au gouvernement, Santini, mis en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts, devient secrétaire d'Etat pour permettre à Frédéric Lefebvre de devenir député des Hauts de Seine (je vous jure, dans le 92 on est servi...), et le bon serviteur Marleix aux anciens combattants.

 Un peu moins d'enthousiasme dans ce gouvernement que dans le précédent...

 

Composition du gouvernement:
Jean-Louis Borloo : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

Christine Lagarde : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Michel Barnier :  ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Hervé Morin : ministre de la Défense

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Laurent Wauquiez : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, Porte-parole du Gouvernemen

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

Valérie Létard : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, chargée de la Solidarité

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Nathalie Kosciusko-Morizet : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie

Christian Estrosi : secrétaire d’Etat auprès de la ministre del’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, chargé de l’Outre-Mer

André Santini : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, charge de la Fonction publique

Jean-Marie Bockel : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie

Hervé Novelli : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé des Entreprises et du Commerce extérieur

Fadela Amara : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Ville et du Logement, chargée de la Politique de la ville

Alain Marleix : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

Rama Yade : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme

Luc Chatel : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé de la Consommation et du Tourisme

Martin Hirsch : haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Bernard Laporte : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse et des Sports (à compter de fin octobre 2007)

18.05.2007

Fillon I, impressions

medium_gvt_fillon.jpg Nicolas Sarkozy et François Fillon on à mon sens réussi à ouvrir la majorité présidentielle et déplacer les clivages, les lignes entre les partis. Je dis bien déplacer plutôt que dépasser, comme le faisait judicieusement remarquer Alexandre Missoffe, de Jusqu'ici tout va bien.
 
 Ouverture évidemment avec Bernard Kouchner, mais surtout avec Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur de cabinet de Jacques Delors, Européen réaliste et conaincu, et surtout vraisemblablement sorti de toute ambition démesurée, comme a pu l'être Pierre Mocovici. Ouverture aussi avec Martin Hirsch, qui hors du gouvernement sera chargé de lutter contre les pauvretés. J'ai du mal évidemment à comprendre de quels moyens politiques et financiers pourra jouir monsieur Hirsch, et je comprends mal de voir Bernard Kouchner amputé du codéveloppement et de la coopération, qui vident un peu son poste de son sens.
medium_Juppe.JPG Ouverture avec Hervé Morin, chargé de la Défense, même si là j'ose avouer que je suis là dubitatif, même si je le sais membre de la Commission de la Défense de l'Assemblée Nationale. On peut aussi saluer la volonter de réconciliation avec les Chiraquiens.
 
 L'arrivée d'une génération de Sarkozystes aux passés différents et enrichis de vraies expertises est une bonne nouvelle, même si Valérie Pécresse à la recherche et l'enseignement supérieur est loin de ses domaines de compétence. Xavier Bertrand a l'air solide à son poste résolument tourné vers le dialogue. Et évidemment, Rachida Dati qui saura j'espère utiliser les nombreux travaux de Patrick Devedjian pour réformer la justice en France.
 
 Restent MAM, Juppé, Borloo et Woerth, qui me semblent chacun faire face à des mimedium_Borloo.JPGnistères plutôt compliqués. La répartition nouvelle est sans doute mieux adaptée à la volonté de réformer l'Etat. Reste à voir quelles administrations correspondront avec quels pouvoirs politiques. Mais ce sont des personnalités fortes rompues aux administrations qui sauront sans doute bien gérer leurs difficiles portefeuilles.
 
 Quant à Brice Hortefeux, il hérite d'un ministère qui ne me convient pas, et Philippe Ridet a sans doute raison quand il analyse qu'il est sans doute le seul à pouvoir s'acquitter de cette tâche sans états d'âme. Mais le voir chargé du co-développement ne m'inspire pas beaucoup d'optimisme concernant les engagements de la France à Cotonou en 2000.
 Et puis Besson... C'est la prime à la canaille, mais le poste est intéressant: une sorte d'audit continu de l'efficacité des services de l'Etat. 
 
 
 Le dernier mot à Bernard Kouchner: 
"Je ne dois rien aux partis politiques, rien, dit-il, mais j'ai un devoir d'explication à l'égard des jeunes, de ceux pour lesquels je suis un homme politique différent, de ceux qui ont été en connivence avec moi. C'est à eux que je dois dire pourquoi je ne trahis pas mon camp. Je veux leur dire que, si j'ai accepté ce poste, c'est parce que je mesure les nouvelles inégalités, les nouvelles misères de la planète. J'entends bien continuer à être du côté des opprimés." Il ajoute : "J'espère que mes résultats seront une manière de m'expliquer." Et conclut : "Si, un jour, la situation devenait pour moi inacceptable, je quitterais le gouvernement. Pour cela, je compte sur la vigilance de mes amis."