31.07.2006
Les conventions ZEP de Sciences Po
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Je suis rentré ce midi à Paris, après un périple de 15h de Car, via Luxembourg et Reims. Ce voyage a été l'occasion d'observer le "zèle" qu'ont observé les douaniers Tchèques cette fois-ci, en s'acharnant sur deux voyageurs Noirs, pourtant parfaitement en règle au vu du résultat, mais qui ont tout de même du endurer la fouille complète, longue d'une heure, ainsi qu'une fouille plus "intime". J'ai été très choqué par cet épisode, d'autant plus que le car a ensuité été visité par la douane volante Française, qui n'a même pas posé une question aux deux voyageurs. Je me demande à qui on peut s'adresser pour protester de ce genre de traitements.
Cet épisode m'a permis d'entamer la conversation avec mon voisin de devant, un Australien qui profite d'un argent intelligemment gagné en voyageant 6 mois par an. J'ai donc pu lui expliquer ce qu'était Sciences-Po, en bon étudiant de l'IEP de Paris que je suis, tout en ne lui cachant pas mon hostilité par rapport à la procédure dédiée aux Zones d'Education Prioritaire, qui, si elle est indispensable, me semble le contraire de l'équité qu'elle revendique.
Comment donc entrer par la procédure ZEP à Sciences Po? Il faut tout d'abord avoir passé son baccalauréat dans l'un des lycées que Sciences-Po a choisi pour signer un Contrat d'éducation prioritaire. Ainsi, désolé aux lycées Marseillais, Toulousains, Normands, ou que sais-je, seuls quelques "privilégiés" d'Ile de France et d'Alsace pourront passer par la procédure ultra-facilitée.
Je dis ultra-facilitée car, même si je suis conscient de tous les privilèges que j'ai, il me semble que la réalisation d'un dossier de 15 pages sur un sujet d'actualité, aidé par un professeur, puis un oral d'admission, ça me semble peu pour intégrer une "grande école". Quinze pages, c'est ce que l'étudiant en option facultative d'Histoire des Arts que j'étais avait à remplir pour son dossier de bac en fin de terminale. C'était trente en spécialité.
Quand on se vante de rechercher des "profils atypiques", et des laissés pour compte de l'ascenseur social républicain, cette procédure me semble assez paradoxale de par sa facilité. Outre qu'elle donne l'impression d'un investissement minimum, elle amenuise considérablement la perception que l'on peut avoir du candidat et de sa qualité après une telle procédure d'admission.
Par ailleurs, on peut aussi critiquer le fait que rien, vraiment rien, ne provoque dans cette procédure particulière de mixité entre des jeunes issus de banlieues prioritaires, et des jeunes issus de milieux favorisés. Rien ne les oblige à se connaître, et même, ce serait plutôt le contraire.
Ajoutons à cela que certains admis de cette procédure sont des enfants de professeurs, qui ne sont donc a priori pas concerné par l'esprit de la mesure, mais qui profitent d'un vide juridique évident et causé par le peu d'exigence de la procédure d'entrée, et vous obtiendrez une mesure bien publicitaire, mais complètement inéquitable. Et qui de plus ne contient pas une once de cette notion républicaine qu'est la méritocratie, tout en laissant entendre que sans cette facilité, l'entrée serait impossible.
Une hypocrisie somme toute confortable, assez fin de siècle et finalement bien petite-bourgeoise. Exactement ce que Richard Descoings, directeur de Sciences Po, se défend de faire.
Qu'aurait-on pu imaginer pour permettre à cette procédure d'entrée particulière nécessaire d'être réellement digne de ses candidats ET de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris?
Il faut savoir qu'une énorme majorité des étudiants qui intègrent l'IEP de Paris par le concours sont issus de préparations spécialisées, qu'elles soient pour l'été (concours à Bac 0), ou bien à l'année (concours à Bac+1). Les procédures spécialisées pour ZEP ne concernent que l'entrée à Bac 0.
Les préparations d'été pour le concours à Bac 0 sont onéreuses, et si la "moins chère" revient à 800€ (La Fontaine, Lakanal), des prépas comme IPESup s'élevant à 1650€, pour un résultat moins bon, d'ailleurs. Il est donc difficile de ne pas entrer sans préparation d'été. Las! Sciences Po ne reconnaît évidemment pas le principe des préparations d'été.
Pourtant, ce qu'il aurait été courageux de faire, c'est de proposer dès la 1ere dans les lycées de ZEP d'Ile de France des cours de soutien et de préparation aux IEP (ce que je propose pourrait en fait être une démarche assurée par tous les IEP -Bordeaux, Lille, Strasbourg, Rennes, Aix, Lyon, Grenoble, Toulouse- ce qui permet de toucher beaucoup de zones d'éducation prioritaire). Ces cours et ces soutiens, ainsi peut-être que des aides par internet, pourraient être assurés par des professeurs de Sciences-Po. Lorsque j'entends que Richard Descoings veut créer un établissement d'excellence en Seine Saint-Denis, je conclus que les professeurs ont envie d'agir pour cette forme de discrimination positive. Les étudiants quant à eux pourraient décliner leur intervention sous plusieurs formes: projet collectif, association de Sciences-Po, voire pourquoi pas, matière optionnelle et valorisante.
Cette prépa à l'année permettrait de mieux préparer ces lycéens, par rapport aux lycéens de milieux plus favorisés, même si évidemment elle ne comblerait pas toutes les inégalités. C'est un chemin bien plus long. Les lycéens ainsi préparés pourraient tenter le concours écrit que tout le monde tente (2300 candidatures par an), voire, pourquoi pas, un concours parallèle, mais tout de même écrit, et qui nécessite donc de savoir composer en quatre heure, et savoir bien écrire (je ne parle pas ici d'orthographe).
Je ne sais pas si ce sont de bonnes propositions. Si elles permettent de résoudre le problème. Elles permettraient en tout cas de faire de cette procédure quelque chose de plus juste, mais surtout quelque chose qui fasse en sorte que chaque étudiant de l'IEP s'investisse dans ces inégalités.
Evidemment, cela ne restera qu'une goutte d'eau dans un océan d'inégalités. La création d'un lycée d'excellence, tout comme cette idée, tout comme l'idée de départ de Descoings en 2001 des procédures d'éducation prioritaire ne servent pas à grand chose, tant que ces banlieues resteront désertées par les entreprises et par de bons instituteurs et professeurs.
Il est un peu tard, dans les années 2000, pour commencer à s'intéresser -lentement- à un problème qui est celui de cités construites dans l'urgence tout au long des années 70, et qui n'étaient pas pensées pour être durables. Encore une fois, il est tellement plus facile de fermer les yeux...
01:35 Publié dans Sciences-Po Paris | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Sciences-Po, discrimination positive, UMP










