24/12/2008

PFUE - un bilan?

J'écris de moins en moins ici... Et ce n'est pas l'envie qui manque pourtant, plutôt le temps.

 

UE_08_rvb.jpgLa Présidence française de l'UE a pris fin la semaine dernière, pourtant, la passation de pouvoir avec la Présidence tchèque se fera le 31 décembre. Sans doute le discours de bons voeux du Président Sarkozy sera-t-il teinté de cette belle formule "j'ai voulu bouger l'Europe, mais l'Europe m'a changé".

C'est très vrai. On remarquera que l'homme change beaucoup. Mais que je préfère son "j'ai changé" du 16 décembre 2008 à son "j'ai changé" du 14 janvier 2007, au palais des expositions de la porte de Versailles. L'homme change en hiver.

Ceci dit, sur le sujet particulier de l'Europe, on peut créditer à Sarkozy sans prendre grand risque la sincérité du propos, plutôt que l'aspect pub/communication de la campagne présidentielle.

Qu'était Nicolas Sarkozy avant le 1er juillet 2008 (ou, plutôt, avant août 2008 et la crise géorgienne)?

Un homme dont tout le monde disait que la construction européenne et la concertation était le dernier des soucis. Un type ignorant des modes de décision européens, ignorant du respect et du temps à prendre pour se concerter avec ses partenaires. Insultant, même, quand il imagine l'Union pour la Méditerranée uniquement entre Etats limitrophes de la mer séparant Europe et Afrique, sans inclure l'Allemagne et les 20 autres partenaires européens déjà concernés par la politique de voisinage et le processus de Barcelone.

Un homme qui dégaine "la faute à la BCE" plus vite que son ombre. Un homme qui n'hésitait pas à monter les citoyens contre la Commission européenne (notamment le commissaire au commerce) sans évidemment expliquer que les directives, les règlements, et les accords négociés à l'OMC ne pouvaient se faire sans l'aval des Etats-membres (Conseil des ministres de l'UE, co-législateur et co-exécutif).

Qu'est-ce qu'une présidence de l'UE?

Une présidence de l'UE, c'est un bonbon. Qui a trois utilités:

Avoir un Etat pour gérer l'agenda (le Conseil Européen des Chefs d'Etat et de gouvernement établit les grandes orientations de l'UE: il faut bien quelqu'un pour mettre tout le monde d'accord sur l'agenda).

Passer une présidence Etat par Etat pour forger un esprit européen (et intéresser les citoyens au sujet: tous les eurobaromètres témoignent d'un regain d'intérêt pour l'UE lors d'une présidence).

Laisser surtout la gestion courante, normative et législative à la Commission, seule à pouvoir proposer des textes de loi au Parlement européen et au Conseil des ministres de l'UE (qui légifèrent conjointement).

Qu'a été la Présidence française de l'UE?

Une présidence de crise particulièrement exemplaire de 3 points de vue:

  1. La réactivité du pouvoir
  2. L'incarnation du pouvoir
  3. L'expression et la matérialisation du pouvoir

Et d'un pouvoir non-plus incarné par la Commission (technocrates, fonctionnaires, indispensables à la bonne marche de l'UE mais stigmatisés par les anti-européens, parfois à raison, avouons-le), mais incarné politiquement par un dirigeant élu et incontestablement légitime (la légitimité de la Commission, tirée de son souci du bien commun de l'UE et du vote du Parlement européen, est parfois difficilement appréciable par les citoyens).

 

Réactivité du pouvoir

Un pouvoir réactif, et même pro-actif, aidé par la personnalité de celui qui l'a incarné (Sarkozy), et par le contexte (crise diplomatique, élections américaines, et crise financière et économique).

Crise diplomatique: la tatonnements d'un Sarkozy qui revoit son mode de fonctionnement: il apprend la concertation. Il réagit avec urgence, se trompe, Angela Merkel passe derrière et lisse les bords en rappelant que certaines concessions de Sarko en bilatérale avec Medvedev ne sont pas tolérables (notamment dans le champ lexical du relativisme utilisé par le président en exercice de l'UE).

Au final, un positionnement de l'UE inédit! Souvenons-nous quand Poutine venait à Bruxelles, et que seul le président du Parlement européen  Josep Borrell osait critiquer la situation tchétchène! Là, l'UE fait bloc, réussit à unir la méfiance polonaise, balte, et la diplomatie prudente des autres Etats membres.

Elections américaines: l'expression d'une globalisation positive, espoir du monde entier de rompre avec l'administration Bush... c'est l'opportunité pour l'Europe de s'assumer comme une puissance idéologique leader. Le modèle de développement de l'UE (économie sociale de marché, globalisation gérée, co-développement encouragé, environnement pris en compte...) devient un référence, à laquelle le candidat Obama se réfère. Sarkozy, incarnant l'UE pendant sa présidence, reçoit une légitimité et une autorité de parole confirmées.

Crise financière et économique: C'est le meilleur exemple du changement comportemental de Sarkozy. C'est l'exercice de la concertation, et c'est le pragmatisme de mettre au placard son premier plan de relance pour adopter celui de Gordon Brown pour l'Europe.

Le pouvoir politique de l'UE ne s'est pas contenter de gérer des objectifs avec la présidence précédente et la présidence suivante: il a été proactif, a changé les habitudes de l'UE, a modifié l'image de l'exécutif européen.

 

Incarnation du pouvoir

20070917.FIG000000365_17044_1.jpgNous y voilà à la conséquence directe de ce changement de comportement de la présidence de l'Union: le pouvoir est incarné. Il y a la sensation qu'effectivement, il y a un numéro de téléphone à l'Europe.

Même si ce numéro de téléphone existe (c'est celui de Javier Solana, haut représentant pour la politique extérieure), voilà que Sarkozy a rendu tout ce système ringard... en le politisant. En coupant dans le vif et en provoquant des clivages. Surtout, en réagissant rapidement: l'inverse du processus très institutionnel des institutions.

Une incarnation du pouvoir problématique, pourtant. La présidence tchèque va suivre, et craint pour ses prérogatives. Jean-Claude Juncker s'est senti attaqué sur sa présidence de l'euro-groupe, et il est fort possible que l'activisme européen de Sarkozy ne s'arrête par le 1er janvier... alors que sa légitimité (tirée de son tour de présidence de l'UE) aura disparu.

 

L'expression et la matérialisation du pouvoir

Au final, ce qu'il y a de plus étonnant en cette fin de présidence, c'est l'étude menée pour Euro RSCG C&O sur les mots de la crise. Alors que le nom Sarkozy est à mi-chemin entre l'anxiogène et le rassurant, des mots comme "euro", "gouvernement économique européen", deviennent eux, rassurants.

Cela semble indiquer que la personnalité de Sarkozy en soi n'est pas attachée à la perception du pouvoir, plutôt positive.

Ce pouvoir est exprimé comme ayant la capacité d'être efficace, réactif, capable de résoudre les problèmes. C'est une affaire de communication (effectivement, les Russes sont-ils sortis de Géorgie, comme prévu pour mi-octobre? non!), mais c'est aussi cela la politique. Et si cette communication permet une plus grande confiance en l'UE, alors on élargit du même coup la légitimité des institutions, et la marge de manoeuvre de l'UE, ainsi que ses ambitions.

On pourrait presque conclure que, grâce à ces crises successives (avec une crise de l'énergie latente supplémentaire), et la personnalité de Sarkozy aux commandes, on est sorti de la crise de confiance envers l'UE (comme les indicateurs eurobaromètre le prouvent). On a peut-être même passé une marche supplémentaire, où finalement, aborder l'UE, ce n'est plus être pour ou contre, aussi bêtement que ça.

C'est plutôt l'UE est là, maintenant, qu'en fait-on, et que peut-on faire grâce à elle?

 

yesforeuropeman.jpgQuant à savoir si Sarkozy a changé... Cette présidence est à son image: celle d'un politique travailleur très pro-actif qui étudie peu le fond des dossiers (un peu comme l'étudiant plutôt moyen qu'il était). Les dossiers tels que l'avancée du paquet énergie/climat, le bilan de santé de la PAC, le budget des communautés européennes... n'ont pas beaucoup avancé.

Il ne faudrait pas qu'à la bonne image ne suive aucun travail de fond. Aux présidences suivantes, de permettre au Conseil européen d'avancer, et à la Commission, grande perdante de cette présidence Sarkozy, pendant laquelle elle ne fut qu'un figurant, de proposer des textes ambitieux.

14/10/2008

"Moi Carla, je n'ai jamais été de gauche..."

... mais j'aime la justice".

Et c'est parce qu'il aime la justice et qu'il tient à l'Etat de droit que Nicolas Sarkozy vient de décider que la France n'extradera pas Marina Petrella, poursuivie en Italie et condamnée par contumace. Et c'est évidemment parce qu'il est contre le droit de grâce (cf. propos lors de la campagne présidentielle) que Nicolas Sarkozy a tout d'abord demandé à ce que Berlusconi exerce le sien (alors que c'est plutôt le président Napolitano qui a le droit de Grâce dans la République italienne), avant finalement d'exercer en quelque sorte son droit de grâce en court-circuitant la justice et le pouvoir italiens.

C'est donc en plus, respectueux.

Marina Petrella était une terroriste, qui a participé à des agressions, séquestration, et à un assassinat, entre 1977 et 1982. Elle a été condamnée en Italie en 1992 et s'est réfugiée en France. Elle n'a passé en prison (et à l'hôpital) qu'une petite année depuis août 2007, ce qui est peu en comparaison de la perpétuité qui l'attendrait en Italie, si la justice de son pays ne révisait pas son procès. Son extradition n'aurait pas pour autant signifié son embastillement automatique. L'Italie n'est pas un pays où la lettre de cachet fonctionne encore, et il existe des mécanismes de recours. Et quand bien même, après tout, c'est un Etat de droit, et la justice italienne s'exerce au nom de la communauté citoyenne d'Italie, et il est douteux que le chef de l'Etat français mette son nez dedans.

Mais Nicolas Sarkozy, s'il n'a jamais été de gauche, aime la justice.

Je ne vois sincèrement pas où figure la justice dans cette histoire. Marina Petrella n'ayant jamais accepté ni enduré de punition pour ses crimes. Le marrant, évidemment, c'est que dans la stratégie de communication, c'est Carla Bruni-Tedeschi qui est mise en avant. C'est elle qui est allée à l'hôpital annoncer la (bonne?) nouvelle à Mme Petrella, et elle pourtant, dont la famille a souffert des Brigades Rouges. Le symbole est si émouvant et la ficelle si grosse que ça m'arrache une larme.

Moi j'aime la justice, j'ai envie que Marina Petrella se présente devant elle pour ressentir les effets de ses actions passées. Quand bien même cela remonterait à 30 ans.

Et si, finalement, aimer la justice n'appartenait ni à la gauche, ni à la droite, mais simplement aux républicains qui respectent la séparation des pouvoirs et l'intégrité des décisions des Etats indépendants?

02/10/2008

Mes 4 projets pour l'Europe de 2020

Recevant assez souvent des chaînes, y répondant peu, j'ai décidé d'initier ma propre chaîne, bien inspiré par la bonne centaine de contributions que l'on peut lire sur le site "Paroles d'Européens!", et bien inspiré par les propositions en vidéo de Jules, du Bondy Blog et Quitterie, j'ai donc décidé de créer ma petite chaîne, sur un sujet dont personne ne parle en ce moment, absolument personne: l'avenir de l'Europe!

Quelle Europe voulez-vous en 2020? Quels doivent être les 4 priorités à mettre en oeuvre dès aujourd'hui pour améliorer l'Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l'international, plus en avant sur le développement durable, etc.

1. Il me semble indispensable de pouvoir politiser les institutions européennes. Il y a un changement institutionnel simple à avoir le courage de faire, c'est réduire les domaines de décision à l'unanimité. Il faut arrêter de finasser avec des consensus interminables et des temps de décision trop long par rapport au temps de l'opinion publique, par rapport au temps de la diplomatie, par rapport au temps du réchauffement climatique, par exemple.

2. Il est évident que la mobilité dans l'Union européenne doit être encore facilitée, et élargie. Facilitée par des mesures fiscales qui puissent favoriser les entreprises de transport. Il faut encourager les low-costs et les réseaux ferrovières entre les pays. Elargie parce que la mobilité est aujourd'hui la jouissance d'une élite. Peu d'Européens partent Erasmus (1% des étudiants chaque année), peu d'Européens pensent même à quitter leur pays, même pour un temps court, pour un autre, où la monnaie est pourtant la même, où la plupart des règles de vies sont les mêmes.

3. Il faut savoir utiliser la puissance européenne, et il faut s'en donner les moyens politiques. Nous sommes la première puissance économique mondiale. Nous avons la première monnaie d'échange au monde, et la plus stable. Nous sommes la première puissance agricole mondiale. Nous pouvons contraindre les autres pays grâce à cette puissance économique. Nous pouvons imposer nos normes environnementales. Nous pouvons décider d'encourager les pays moins développés qui modernisent leur économie et leur système éducatif. Nous pouvons menacer de mesures de rétorsion contre des Etats voyous. Mais pour cela, il faut une légitimité à le faire (un ministre des affaires étrangères européen, un président de la Commission véritable émanation de la volonté des citoyens européens, etc).

4. Il va être rapidement nécessaire d'organiser la recherche au niveau européen. De favoriser les mises en réseau et les collaborations des laboratoires de recherche des différents pays de l'Union. Aujourd'hui, l'Europe ne met pas assez d'argent dans la recherche: 1,84% du PIB en moyenne dans l'UE à 27, avec seulement 1,5% d'augmentation par an entre 2001 et 2005! En comparaison, le Japon est à 3,18% de son PIB pour la recherche, et les USA à 2,68%.

J'aurais pu parler d'une défense européenne, du co-développement, des médias... Il y a déjà bien assez avec ces 4 là. Si on politise, on intéresse. Si on bouge, on gagne un sentiment européen, une solidarité à l'égard des autres. Si on voit que l'UE utilise sa puissance, on a confiance en elle, et on en est fier. Si l'UE pense à l'avenir, on n'a pas l'impression d'être complètement largué...!

Alors je passe mon petit jeu à 4 blogueurs: Nick Carraway, Le Chafouin, Ca Réagit, et... la Lettre Volée, bien sûr!

Et je leur demande de bien vouloir continuer mon jeu, évidemment...

25/09/2008

La technique du voleur Chinois (suite)

J'ai entendu dire que M. Baguet avait été chagriné de mon précédent billet traitant de la peau de chagrin de démocratie locale qu'il nous préparait depuis le début de son mandat (quoi? seulement 6 mois?). Je rebondis donc.

Que fait le voleur chinois, dans le cas -rare- où le gentil marchand qui se fait peu à peu voler son bien, se rend compte que l'objet des convoitises du voleur chinois est peu à peu déplacé vers la sortie? Imaginons: le marchand dit un truc genre "tiens, vous vous intéressez à l'objet? Souhaitez-vous que je vous le montre un peu mieux?" Le voleur chinois "euh, non, non, pas de souci, oups, j'ai mon pot-a-feu en retard à l'école qui sonne à la porte, au revoir!".

Ben là, donc, la situation boulonnaise actuelle se prête à une suite de ce genre. A un rebond.

Car rebond il y a. Certes, désormais, le conseil municipal est diffusé en streaming sur le site de la ville. C'est la classe, d'autant que jusqu'à présent il n'y a pas eu "d'incident technique" opportun. Et que en conséquences, nous avons pu suivre les facéties de nos élus lors du Conseil municipal de juillet. Pour voir s'il est toujours autorisé d'entrer avec un appareil photo et/ou une caméra dans la mairie, j'irai d'ailleurs tout à l'heure en conseil municipal muni d'une caméra, pour ne vraiment rien rater du spectacle.

Le voleur chinois, donc. Le numéro d'été du BBI, journal d'information dont M. Baguet s'est voulu responsable de la publication (quelle audace!) dès le début de son mandat, diffusait une tribune de la majorité. Une pleine page. Que l'on ne s'offusque pas: la parité majorité/opposition est respectée, puisque l'opposition dispose elle aussi d'une pleine page. Enfin, d'une demie-page par groupe d'opposition. Enfin bref.

tribunes belliard.JPG

La pleine page de la tribune de la majorité s'intitulait ainsi: "des placards pleins et des caisses vides!". TRES subtil. Mme Belliard, experte reconnue des comptes publics auprès des néophytes, déployait des arguments et des chiffres erronés, peu amènes à l'égard des services municipaux, sans doute un peu insultants à l'égard des équipes précédentes qui ont géré la mairie (celle de M. Fourcade, et celle de M. Duhamel).

C'est une tribune en tout cas bien indélicate pour Thierry Solère, ancien maire-adjoint de Fourcade et Duhamel, et surtout Christine Bruneau, ancienne maire-adjoint chargée des affaires générales de Fourcade et Duhamel, qui ont tout ce temps voté les décisions et admiré la façon de gérer de les deux édiles, sans avoir pu soupçonner une seconde ce remplissage de placards de la part de deux grand commis d'Etat, reconnus de tous (le premier fut ministre de l'économie et directeur de la banque de France, le second responsable des douanes et directeur du budget de la France)!

Qui l'eût cru? Ou plutôt, qui le croit?

 

M. Fourcade a demandé au directeur de la publication un droit de réponse, comme la loi l'y autorise. Et bien le responsable de la publication du BBI, maire de la ville par ailleurs, n'a pas éprouvé le besoin de répondre. Dommage pour la loi du 29 juillet 1881.

Messieurs Fourcade et Duhamel ont donc du, chacun de leur côté, porter plainte pour diffamation.

C'est quand même dommage d'en arriver à de telles choses. Si M. Baguet était capable de répondre dans la courtoisie et le respect aux demandes qu'on lui adresse, la démocratie locale boulonnaise irait sans doute mieux. Mais, évidemment, cela risquerait de démontrer qu'il a parfois tort.

Enfin, quand je dis parfois...

23/09/2008

Les bons côtés de Nicolas Sarkozy

Mon cher collègue Toréador m'a demandé de trouver quatre qualités à Nicolas Sarkozy. Sébastien a rebondi. En bon adepte des études d'opinion qualitatives, je me suis forcé pour ne pas lire les opinions de mes camarades, et garder un point de vue immaculé sur le sujet de Nicolas Sarkozy, et ses quatre qualités. C'est la raison pour laquelle j'ai mis dix jours à sortir cette note.

Pour en conclure qu'en fait, Sarkozy, il a les qualités de ses défauts.2667675466_625639d77e_m.jpg

1. Sarkozy est un homme bling-bling. Il aime les messages et les symboles. Il apprécie le grandiloquent. Cela a des avantages, parce qu'il y a beaucoup d'aspects de la politique qui ont besoin d'être incarnés, à qui l'on doit donner un aspect un peu charnel, afin de construire des appropriations. L'appropriation d'une idée, d'un débat, d'une construction qui nécessite un engagement des citoyens. C'est le cas pour l'intégration des jeunes dans la société, pour changer les mentalités sur certains aspects de la vie sociale. C'est le cas pour la construction européenne. La tour Eiffel illuminée aux couleurs de l'Europe, c'est un événement qui crée la fierté, qui interpelle. Qui incarne le projet européen. Et peut-être que ce symbole un peu m'as-tu-vu en a plus fait pour intéresser les Français à l'Europe que tout ce qu'a pu faire Chirac, malgré des discours d'intention, en douze ans.

2. Il parle tout le temps. Il monopolise l'attention politique et médiatique. C'est fatiguant, ce sont autant d'écrans de fumée. Mais ça a la grande qualité de ne jamais relâcher le débat public. Lequel est sans doute tronqué, sans doute pas toujours bien pertinent, mais jamais éteint. Souvenons-nous des pénibles mois d'après référendum de 2005, où le pouvoir n'osait plus rien faire, où le débat était devenu tout amorphe. Il y a un équilibre à garder entre le trop peu et le trop, dans ce domaine. Mais au moins le changement de style de Sarkozy a le mérite de faire en sorte que chacun puisse se sentir autorisé d'avoir une opinion sur le pouvoir et son exercice.

3. Il a fait passer des réformes sur lesquelles ses prédécesseurs ont lamentablement butté, quand ils ne les ont pas tout simplement liquidé de leurs priorités. La fusion de l'ANPE et des Assedics, par exemple. Tout ce que l'on ne voit pas aux échelles locales, de rationalisation des postes et des attributions de tel ou tel corps administratif. Alors oui, c'est sans doute un bon travail d'Eric woerth (et, ça me fait mal, d'André Santini). Mais on ne peut pas reprocher à Sarkozy de savoir se servir très habilement des situations politiques pour pousser son avantage, et en profiter en passant pour réaliser des réformes depuis longtemps attendues. Le souci? L'absence total de débat démocratique et public sur ces réformes. Mais est-ce la faute de Sarkozy, ou celle du PS?

4. Il a un rythme effréné. C'est mauvais, parce qu'en politique il faut savoir prendre le temps de la prospective et de la réflexion. Il faut savoir ne pas céder à l'immédiateté. Cela a aussi du bon. Prenons l'exemple de la machine "Europe", qui avance par consensus, par étapes d'escargot. Sarkozy bouscule ces institutions, bouscule les consensus mous, et provoque le débat et la polémique sur ces institutions. Ce n'est pas toujours bien pertinent: par exemple, sur l'euro et la BCE. Mais encore une fois, l'Europe politique ne se construira jamais si on continue à finasser sur des consensus qui nous font avancer trop lentement. L'Europe politique ne se construira jamais si les débats sont hors de portée des citoyens, et si les institutions sont inattaquable.

 

Voilà, pour faire vite, ces quatre qualités de Nicolas Sarkozy. Je ne passe cette chaîne à personne, c'est trop éprouvant!

10/09/2008

C'est français, c'est la police française

1991. 41 ans après la création de la Stasi, ses archives sont ouvertes et accessibles au public. Evidemment, entre 1950 et 1991, aucune citoyen allemand n'a pu avoir accès à ces archives d'une police politique de régime totalitaire.

Toutes les archives du KGB n'ont pas encore été ouvertes. Mais même principe que pour la Stasi: aucun citoyen n'a eu accès, de 1928 à la fin du régime soviétique, aux fiches qui les concernaient, stockées dans les locaux de la police politique. La-dite police savait pourtant souvent plus de choses sur la vie de certains citoyens que les proches de ces citoyens eux-mêmes.

1972, John Edgar Hoover meurt après près de 50 passés à la tête du FBI. L'homme représente la plus grande perversion qu'un état d'esprit délétère ait pu produire: la sécurité du pays, la raison d'Etat a tout justifié.

Années 80. D'une petite dizaine de personnes ayant connaissance de l'existence de Mazarine Mitterrand, les écoutes de l'Elysée s'étendent à 6000 citoyens de notre démocratie centenaire: la France.

-------------

Aujourd'hui, EDVIGE.

Il n'est pas choquant que la police dispose de fichiers. Une police sans fichier n'aurait d'ailleurs aucune raison d'être. Pour protéger une société, il faut savoir parfois prévenir. Et l'investissement dans la vie publique induit une acceptation des moyens mis en oeuvre dans le Contrat social pour assurer la sécurité de l'ensemble des membres de la société. Même si notre liberté doit un peu en souffriJ_Edgar.gifr.

Heureusement, la démocratie garantit la séparation des pouvoirs, et l'égalité de tous devant la justice. Ainsi que des moyens juridiques et judiciaires de faire valoir ses droits.

Il n'est même pas forcément choquant que la police dispose de fichiers sur des mineurs (entre 13 et 18 ans), qui éventuellement n'ont pas de casier judiciaire, ni même jamais eu affaire avec la police, mais qui gravitent autour du "réseau social" d'un délinquant. Il est commun dans les milieux délinquants de mettre à contribution des enfants ou ados encore un peu naïfs.

Il y a en revanche dans le principe d'EDVIGE et dans ses justifications par les responsables politiques, plusieurs éléments extrêmement choquants. Choquants au point de permettre de penser que l'on change de régime, déviant à peu près dans une sorte d'oligarchie totalitaire, creusant un trou de plus en plus profond entre le pouvoir et ses suppôts, et des citoyens qui en toute légitimité, devraient avoir un égal accès aux fonctions politiques (NB politique = s'occuper de la Cité).

-------------

Dans l'idée même du fichier:

Comme je le disais, les fichiers font la police. Si la police ne faisait que retrouver les criminels sans déjouer en amont leurs forfaits, les citoyens pourvus du droit de vote que nous sommes ne serions pas contents. Or, il faut savoir que si l'on veut l'efficacité des pouvoirs pour garantir la sécurité ("première des libertés" selon le RPR en 2002), il faut savoir accepter les fichiers. Je ne suis pas choqué par cela.

En revanche, le fichier EDVIGE pourra être alimenté de façon anonyme par n'importe quel officier de police ou de gendarmerie. Pas de matricule, pas de signature. Pas de moyen de retrouver l'auteur du dépôt d'informations. Lesquelles informations peuvent être erronées - l'erreur est humaine.

index.jpgLe fichier EDVIGE sera consultable par - dit-on - 1600 personnes. Dont par exemple, les préfets. Revenons dans la vraie vie, et dans ce que l'on appelle l'usage. Dans l'usage, les préfets ont accès au fichier. Donc leur directeur de cabinet aussi. Leur secrétaire éventuellement, aussi. Un responsable politique, membre d'un exécutif local ou national, par amitié, par collusion, par conviction, aussi. Quelques mots au téléphone, c'est si peu.

C'est le moment où se rappeler que nous vivons en démocratie. Je suis Pierre Catalan, un garçon relativement peu influent, surtout en politique. J'habite Gros-Boule les Bains, et je cherche à me présenter aux municipales. Le maire de Gros-Boule, monsieur Duschmol, est très ami avec le préfet du département Gros-Boulais. Aura-t-il accès au fichier EDVIGE constitué à l'annonce de ma candidature, et qui pourtant n'a rien à voir avec la compétition démocratique?

Y aura-t-il accès alors que moi-même Pierre Catalan, citoyen Gros-Boulais payant mes impôts à Gros-Boule les Bains, n'y aurais pas accès?!

Parce que finalement dans la méthode, le plus choquant d'EDVIGE, c'est l'impossibilité totale, directement ou indirectement, pour les citoyens fichés, de consulter leurs fiches. Allons plus loin: en cas de procès, mon fichier EDVIGE sera-t-il produit comme preuve ou élément d'enquête au procès? Ou bien restera-t-il secret? Mon avocat y aura-t-il accès?

Il n'existe aucun mécanisme juridique qui me permette de demander de consulter ma fiche EDVIGE, et de constater si elle est fausse ou non. Ni dans quel esprit elle est rédigée. Nous ne sommes plus en Contrat Social. Nous sommes soumis au Leviathan, en y ajoutant un soupçon de servitude volontaire.

---------------

Dans les justifications:

Le porte-parole de Michèle Alliot-Marie cite quelques exemples de cas d'utilisation d'EDVIGE:

- Le cas pré-cité des mineurs pour une utilisation de prévenion de la délinquance. On peut admettre le raisonnement: à condition évidemment que l'accès à la fiche EDVIGE soit possible, à l'instar des fiches actuelles des RG.

- Le cas d'un candidat à un poste dans l'administration. La justification est: "l'administration a tout de même le droit de savoir à qui elle a à faire". Justement NON. Tout ce que l'administration doit savoir, c'est si le candidat a un casier judiciaire ou non. La fonction publique est républicaine: peu importent les convictions politiques ou religieuses, tant que l'on reste dans le cadre de la République. On se croirait dans le temps de chasse aux Communistes des USA des années 50-60.

Et, allons plus loin. Adhérent militant de la LCR, M. Duschmol candidate à une administration publique. Il est fiché dans EDVIGE (eh oui, membre de la LCR, cela peut éventuellement être considéré comme un danger pour la sécurité nationale). Le recruteur constate qu Duschmol est militant LCR. S'il le refuse, que fait Duschmol? Peut-il attaquer en justice sous prétexte d'une discrimination parce qu'il est "inquiété pour ses convictions" (cf. Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, article 10)?

Ben non, puisqu'il ne peut pas le prouver, sa fiche EDVIGE étant confidentielle! Bien pratique non, ce retour subtil à un régime d'arbitraire.

D'ailleurs, je connais un actuel "homme politique" dont la candidature au cabinet du premier ministre de l'époque a été rejetée après une courte enquête, sans qu'il n'est besoin d'un quelconque fichier EDVIGE. Mais on peut supposer que l'enquête portait effectivement sur les qualités intrinsèques et non sur les convictions du personnage (qui ne doit pas en avoir beaucoup, en fait).

- Le cas d'un candidat à un mandat électif, pour lequel le préfet aurait droit de consulter la fiche EDVIGE des candidats. De quel droit? Je suis citoyen et aucun tribunal ne m'a privé de mes droits civiques. Pourquoi le préfet (représentant de l'autorité de l'Etat) aurait-il le droit de savoir quoi que ce soit sur mes convictions? Pour en faire quoi? Avec quelles garanties d'imperméabilité (imperméabilité = quand ça ne fuit pas).

-------------

Réseau social

Par ailleurs, il paraît que EDVIGE permet de ficher aussi les contacts des heureux titulaires d'une fiche. Cela permet en fait de ficher n'importe qui, à son insu, et sans aucun droit de regard de leur part. Prenez Facebook comme exemple. Si je suis fiché sur EDVIGE, voici la carte des fiches qui pourraient concerner mon réseau social:

facebook edvige.JPG
Cela fait un petit paquet de gens. Camille, dont le blog est hautement subversif, pourrait être fichée par ma faute. Ces gens, leurs fiches seront consultables par quelques uns, sans aucun suivi ni obligation d'identification. Leurs fiches seront nourries par quelques uns, anonymes. Par quelques uns, éventuellement par quelques uns de leurs influents amis.

Mais des citoyens qui veulent participer à la vie de la cité? Aucun.


Il existe une pétition: http://nonaedvige.ras.eu.org/

PS: Voir Sébastien, de ça réagit

16/07/2008

Télévision d'Etat.

 Mon blog était en panne, du coup je réagis à tout avec un différé un peu handicapant.

Tirons d'abord notre chapeau à Versac, qui nous quitte. Mais je crois aux forces de l'esprit, et je suis sûr qu'il ne nous quittera pas vraiment. Ce que j'aimaisbien chez Versac, c'était le recul qu'il prenait pour parler des choses. Bon, parfois il y avait un peu de paresse là dedans, mais bravo Nicolas, ton blog était une espèce de platane sous lequel les Phèdre que nous sommes allaient réfléchir.

television2.gif Réaction en différé donc, sur cette réforme de l'audiovisuel public. Marrant tout de même, la méthode: j'annonce une réforme, puis je constitue une Commission pour réfléchir aux moyens de mettre en oeuvre, et surtout financer la réforme. Déjà là, j'ai un problème avec la logique. Qui voudrait a priori que l'on eût réfléchi aux moyens avant d'annoncer en public les objectifs.

 Ensuite, sur la nomination du Président de FranceTélévisions. On constate une anomalie: le président des chaînes publiques était nommé par une espèce d'assemblée peu légitime. Au lieu de réparer l'anomalie, finalement on l'officialise, en l'accentuant: le président de FranceTélévisions ne sera plus nommé par le CSA, mais par le Président, unilatéralement, avec l'accord du CSA et d'une Commission ad'hoc du Parlement (où de toutes façons, quinquennat et calendrier électoral aidant, le parti du président sera toujours sur-représenté). Me voilà avec un problème d'éthique. La politique serait-elle faite désormais pour assumer le cynisme, ou bien toujours pour améliorer le système?

 Et le plus drôle restant d'entendre Henri Guaino dire "mais enfin, la situation n'était pas normale, c'était une assemblée illégitime et non-élue qui nommait le président de la télévision publique". Henri Guaino. Le conseiller spécial du Président, comme chacun sait béni de l'onction citoyenne à de multiples reprises... Là j'ai un problème démocratique: le responsable politique prendrait-il l'électeur pour un imbécile?

 De là à ce qu'on nous dise que la légitimité de Guaino découle de l'élection de Sarkozy, puisqu'il l'avait notoirement mis en avant et que les Français ont voté en connaissance de cause, il n'y a qu'un pas.

 Dans tout cela en tout cas, il semble que je me sois trompé de bout en bout dans cet article. Il me manque une dimension de réflexion pour admettre la pensée de notre Guide élyséen. Nous n'avons pas une télévision publique, mais une télévision d'Etat!

 J'suis t'y con.

16/06/2008

La technique du voleur Chinois

 Le voleur chinois n'est pas une brute. Il n'est pas du genre à entrer dans un magasin, braquer le vendeur, le scandaliser, le malmener, puis lui voler son bien et s'enfuir en courant. Non. Le voleur chinois est plutôt du genre sympa. Il vient tous les jours au magasin pour dire bonjour.

 Mais à chaque fois qu'il vient, il déplace un objet, toujours un peu plus loin de l'endroit où il était à l'origine. Il le déplace, vers la porte, immuablement. Jusqu'au jour où, le vendeur ayant totalement oublié l'existence de l'objet, le voleur chinois n'a plus qu'à repartir avec, tranquillement.

 

 Il en est de même à Boulogne-Billancourt. M. Baguet, comme je l'avais prédit, avec quelques autres (à vrai dire, 55% des votants), est un mauvais maire. Et comme je l'avais prédit aussi, son incompétence le bouffe. Il se rend compte qu'il est mauvais, qu'une ville de 110000 habitants avec un budget en conséquences, nécessite une carrure bien plus large que ses petites épaules cintrées, et donc, M. Baguet devient méchant. En répondant méchamment (et souvent à côté de la plaque) aux élus d'opposition, en décidant que désormais, chaque groupe d'opposition n'aura plus droit qu'à deux questions orales, en agressant systématiquement certains membres du Conseil Municipal... voire parfois en usant de propos fort disgrâcieux à l'égard de leur famille.

 La nullité, le problème, c'est qu'elle transparaît au moins dans une publication municipale: le journal officiel. Las! Alors que depuis 2002 tous les Conseils municipaux sont publiés en pdf sur le site de la mairie, ils ne le sont plus depuis 2 mois!

 Rien n'oblige en effet le maire à publier le journal officiel. Surtout s'il n'a rien à se reprocher. Mais là voilà, cela fait deux mois que le JO n'est plus disponible sur le site de la mairie (malgré la promesse qu'il sera très bientôt de retour). Alors on se pose des questions: technique du voleur chinois?

 Et on aurait raison de se la poser: lors du dernier conseil municipal, une habitante de la ville (ma soeur en l'occurence, mais ça n'est pas le sujet) a été interdite d'entrée dans la salle du Conseil sous prétexte qu'elle avait une caméra! Or, il se trouve qu'un article du code général des Collectivités Territoriales garantit à tout citoyen le droit de filmer et prendre des images du conseil municipal et des élus, sous condition que cela n'entrave pas la quiétude de l'assemblée.

 Et bien M. De Sade, le directeur de Cabinet de m. Baguet a lui-même interdit cette citoyenne d'entrer munie de sa caméra, au mépris de la loi.

 

 Bref, la ville de Boulogne se transforme lentement mais sûrement en nouveau Puteaux. Voilà qui devrait intéresser Christophe Grébert...

11/06/2008

Et après un Non irlandais?

 Il y a des points communs entre les campagnes du NON d'Irlande cette année, et la campagne du NON français il y a 3 ans. Il y a déjà une situation similaire, même accentuée: en 2005, il était déjà évident que la place de l'UE dans le monde se faisait rogner tranquillement. Depuis, Mittal a racheté Arcelor, depuis, la diplomatie européenne a eu l'occasion de se faire humilier sur des dossiers comme ceux de l'Iran, des rapports avec la Russie... Depuis, il est devenu évident que sans poids politique il sera difficile de faire valoir les domaines où l'UE nous place en pointe, comme la lutte contre le réchauffement climatique.

 Il y a aussi cette évidence, accentuée: nous sommes dos au mur. Les Etats n'arriveront pas, à moins de partager des politiques plus intégrées (en passant par un nouveau traité, justement) à respecter les objectifs de la stratégie de Lisbonne, qui tend à faire de l'Europe l'économie la plus compétitive du monde dès 2010 le plus tôt possible.

 

photo_1212870133796-1-0.jpg
  Face à cela, le comportement est le même: le vote NON, en Irlande comme en France, s'accompagne d'un refus obstiné d'imaginer les conséquences d'un NON, quitte à jeter le bébé mais à tout de même garder l'eau du bain. Comme en France, la rhétorique est facile: "si on craint des conséquences si dramatiques, pourquoi passe-t-on par référendum?". Cette objection est évidemment une façon facile de passer à côté du sujet. Quand on vote, on doit toujours devoir se demander quelle est la portée de son acte. La démocratie implique un réflexion sur les conséquences de nos actes.

 Quelle suite, donc, à un éventuel NON irlandais?

 Je ne vois que quatre possibilités, et l'une d'entre elle me semble particulièrement improbable, c'est la première.

1. Comme pour le Traité de Nice en 2001, et parce que c'est un traité négocié en conférence intergouvernementale (à l'inverse du processus démocratique qui a accompagné le Traité Constitutionnel), on pourra demander aux Irlandais de voter une seconde fois le texte. 

2. Le Traité est rejeté, et l'Europe est dans l'impasse: comment faire? Le Conseil européen des Chefs d'Etats et de gouvernements est politiquement encore plus bridé qu'il n'est, aucune orientation d'envergure ne peut être donnée. L'Europe continuera à fonctionner cahin-caha de façon normative grâce au trio Commission - Parlement européen - Conseil des ministres de l'UE. Mais aucune mesure et aucune perspective de portée importante ne pourra être prise: on pourra par exemple dire adieu à une défense commune ou bien à une renégociation satisfaisante de la PAC.

3. Le Traité est rejeté en Irlande, les ratifications des autres pays européens sont annulées, mais il nous reste une façon de le faire ratifier en respectant les Constitutions de tous les pays (en effet, le référendum est obligatoire en Irlande): on fait ratifier le Traité de Lisbonne par référendum paneuropéen (tous les citoyens d'Europe votent le même jour), et cette ratification est validée par les paFG.jpgrlements nationaux.

Evidemment, cette façon de faire relativise les résultats nationaux par rapport au résultat global: mais cela reste la démocratie, non?

 Comme j'ai cru comprendre que les nonistes étaient rarement des anti-européens mais surtout des Européens peu satisfaits de leur situation matérielle du moment, ou bien du cadre de leur démocratie nationale (bref, que des sujets de préoccupation importants, mais plutôt à côté de la plaque), je ne pense pas que cette troisième situation les dérange.

 

 En attendant, en Irlande, les résultats sont serrés. On va suivre les résultats de près: premiers résultats provisoires vers 23h jeudi. Les résultats définitifs dans la matinée de vendredi.

Lire le blog "Ca Réagit"

06/05/2008

366eme jour avec Nicolas Sarkozy

 Le 6 mai dernier, j'écrivais ceci:

 Sarkozy ce soir a rappelé ses grands chantiers. Les bons: le plein-emploi, la relance Européenne, l'environnement, une économie plus efficace, des soucis sociaux plus équitables. Les mauvais: "en finir avec la repentance", par exemple.

Aucun doute, la relance de l'UE, il y a contribué. Même si c'est Angela Merkel qui a hérité du Prix Charlemagne de la personnalité européenne de l'année. La fin de la repentance, cela semble malheureusement en bonne voie.

 Quant aux autres promesses, c'est mitigé. Le souci de l'environnement est devenu une priorité. La question est de savoir si c'est grâce au "Grenelle de l'Environnement", ou grâce au fait que l'on est en train de se rendre compte qu'il y a possibilité de faire du profit intéressant en développant des techniques d'économie d'énergie?

 Le plein-emploi, ahahah. Il ne semble pas que l'on soit sur la bonne voie. Cela peut être une mauvaise nouvelle bien sûr, mais aussi une bonne: un taux de chômage en hausse peut signifier que nous sommes bien entrés dans un processus de réforme du marché du travail (forcément long et douloureux). Réforme du marché du travail nécessaire à un retour de la croissance de façon durable, et, surtout, plus prévisible.500px-Economics_Gini_coefficient.svg.png

 Je passe sur le reste. C'est évident. Nous sommes en train de faire la même erreur que Bush aux Etats-Unis. On développe ce pays en faisant en sorte que les riches soient encore plus riches plus vites, et les pauvres toujours plus pauvres, plus facilement. Il y a un outil pour mesurer la redistribution sociale dans un pays: l'indice de Gini. La courbe à droite est une courbe de Lorentz. En abcisse la population, en ordonnée, le revenu global. Si la courbe est une ligne droite à 45°, la redistribution est parfaitement égale. Généralement, elle est plutôt en courbe incurvée.

 De cette courbe de Lorenz on tire l'indice de Gini, qui oscille entre 0 et 1. 0 étant le plus égalitaire, 1 le plus inégalitaire. Depuis 1968, l'indice de Gini pour les Etats-Unis est passé de 0,38 à 0,47. En France il est à 0,36. Il sera intéressant d'observer son évolution dans les prochaines années.

 

 D'un point de vue civique, nous avons un président dont la légitimité est incontestable, avec 85% de participation. Pourtant, la démobilisation civique n'a jamais paru aussi rapide. Un an après, la participation aux élections municipales atteint péniblement 60%. Le débat national n'a jamais semblé aussi déconnecté de la population, pour n'être que celui d'une certaine élite.

 D'un point de vue d'image internationale, notre président est considéré comme un clown par tous les journaux sérieux en Europe, et se fait régulièrement hacher menu par la presse américaine. Les infirmières Bulgares ont été libérées, grâce à un travail de fond de l'UE et de Tony Blair, et Sarkozy y a mis la dernière main, certes. Bétancourt est toujours dans son cachot végétal. Kadhafi a été reçu comme un prince pour aucun résultat tangible. On a vite oublié les droits de l'homme face aux intérêts économique.

 Les histoires des Balkany, le cynisme affiché par les membres de la majorité, la succession de monarque à Neuilly, ... la République n'a rien d'irréprochable.

 Et pour 2010: aucun respect de la stratégie de Lisbonne, aucun respect des Accords de Cotonou, aucun respect du Pacte de Stabilité. C'est à prévoir, c'est presque certain.

04/05/2008

Tel est notre ghetto

UMPGE, sous ce sigle se cache "UMP-Grandes Ecoles". Des gens plutôt sympathiques que j'ai côtoyé au tournant de l'année 2006-2007. Le premier d'entre eux, Benjamin Lancar, est d'ailleurs plutôt un garçon sympathique et intelligent. Si mes souvenirs sont bons d'ailleurs, plutôt pas sectaire du tout. Ce qui est loin d'être le cas pour tous.
 
 Avec leur site "40 ans + tard, les jeunes qui bougent ont changé de camp", les UMP-Grandes Ecoles vont faire un flop.
 Passons sur le pitch un peu raté même si bien rythmé qui a un côté ridicule: comment proférer aussi sérieusement un propos aussi imbécile que "les jeunes qui bougent sont à droite et rien qu'à droite", alors qu'il y a marqué en gros "UMP" derrière les-dites personnes? 
 Passons sur l'e-mail envoyé par un certain Raphaël Goebel à la blogosphère "influente" mais pas sarkozyste (en gros; la blogosphère influente tout court).
 
 D'ailleurs au passage, sale blague des Jeunes Populaires d'avoir confié à Goebel la propagande de leur action. E-mail qui d'ailleurs a pour but de me faire écrire ce billet. Je suis bon et manipulable.
 
1575635257.JPG Non, parlons du discours. "40 ans + tard, les jeunes qui bougent ont changé de camp". Sous-entendu: il y a 40 ans, mai 68 c'était la révolte des jeunes qui veulent décoincer le système, et aujourd'hui, les seuls jeunes qui suivent l'anticonformisme et l'esprit libertaire (ou libéral?) de mai 68, c'est les jeunes de droite. Les autres sont des conservateurs qui sont au choix, a) manipulés / b) cons / c) gauchistes.
 C'est un discours à peu près aussi bête que celui de Besancenot, qui dit le contraire.
 
 Tout d'abord, quand j'entends les Jeunes Pop dire "les jeunes qui bougent sont de droite", je me demande: c'est quoi, "de droite"? J'ai parmi mes concitoyens Boulonnais nombre jeunes issus de familles extrêmement aisées et extrêmement traditionnalistes, qui auront beau mettre un jean sous une veste, n'en resteront pas moins de gros conservateurs de droite.
 Pour moi, un conservateur ne bouge pas. Par définition.
 
 J'admets aisément que les conservateurs se trouvent aussi bien à droite qu'à gauche. Et que d'ailleurs, ces derniers temps (avec le NON de gauche au TCE), la gauche nous a montré de belles phases de son conservatisme.1945379666.jpg
 
 Mais depuis un an, la droite aussi. Sans aller jusqu'au Puy du Fou, il suffit juste d'analyser la façon d'aborder les problèmes de société de M. Sarkozy, et notamment ses points de vue sur la justice, pour observer un conservatisme qu'on ne me fera jamais prendre pour une attitude progressiste.
 
 A la vérité, les jeunes qui bougent sont un peu partout, mais sont plutôt à voir sous deux angles différents.
- Il y a ceux qui ont les moyens de bouger. C'est une question d'argent, de capital social, culturel. C'est une question de temps. Ce n'est pas évident de bouger, de vouloir faire Erasmus, de vouloir rencontrer des gens, de pouvoir se promener dans Paris et d'aller à Beaubourg. Pour des questions de sous, de culture, d'accès à l'éducation et à la culture, il y a proportionnellement plus de jeunes issus de famille CSP+ qui bougent.
 
- Il y a ceux qui ont le recul pour bouger. C'est une question d'éducation, et heureusement encore parfois, le système républicain permet de faire en sorte que l'éducation pallie bien des embûches que la société met sur la route des jeunes qui ne sont pas nés sous les meilleurs auspices.
 
 Benjamin Lancar, pour en revenir à lui, est étudiant de Grande Ecole. Camille Bedin (LA fille de l'équipe) est à Sciences Po. Goebel si j'en crois internet, à l'Ecole Nationale des Chartes. Ils bougent. Est-ce parce qu'ils sont de droite, ou bien parce que leur ca1559786499.JPGpital culturel leur a permis de le faire?
 Leur capital culturel et leurs études en tout cas ne devraient pas en faire des tâcherons blindés de sectarisme et de recul intellectuel. Leur site est pourtant en ces matières assez grossier (avec des logos choc). D'ailleurs je mets le lien à la fin, comme ça vous le visionnerez avec recul.
 
 Si donc ils "bougent", qu'ils sont intelligents, pas sectaires, libéraux, mais qu'ils éprouvent pourtant le besoin de créer un site aussi caricaturalement étriqué, c'est qu'ils sont ambitieux. Sarkozy ayant dit "il faut en finir avec Mai 68", ils ont choisi d'emboîter benoîtement le pas sur une logique simpliste et un poil démago (voir le montage photo sur l'héritage de Mai 68).
 
 C'est dommage.
 
2020614138.08.LZZZZZZZ.jpg PS: on me fait remarquer que certains responsables de l'UMP d'aujourd'hui bougeaient beaucoup en Mai 68 sans être précisément de gauche (même si l'occident se situe vers la gauche en géographie).

01/05/2008

Le Bureau politique de l'UMP... à l'Elysée.

C'était déjà choquant, le 22 octobre, de voir Nicolas Sarkozy intervenir au Bureau Politique de l'UMP. On vient de passer un cap supplémentaire, avec la réunion du dernier Bureau Politique de l'UMP... au Palais de l'Elysée.

 Rien que ça.

burpolumpwx9.jpg

 Rien n'oblige, dans la Constitution, à faire du Président de la République un être au-dessus des partis. Rien ne lui interdit évidemment de continuer à s'investir dans la marche d'un parti politique qui participe, à condition de respecter "les principes de souveraineté nationale et de démocratie" (art.4), au débat public.

 Toutefois, on aurait pu trouver meilleur message, en ces temps de désavoeu de la politique Sarkozienne, alors que le Monsieur dit vouloir être plus modeste. Et Thierry Solère, la mine enfarinée du bon fat céans, d'afficher promptement sur son blog la photo publiée dans le Figaro Magazine. Sans doue parce que c'est tout naturel?

 Jacques Chirac avait une façon détournée de conduire la marche de son parti. Il propulsait des hommes de main qui exécutaient ses ordres. Juppé, Séguin, un échec en 1999 avec Delevoye (c'est MAM qui vainquit). Sarkozy, lui, place des portes-flingues, fait en sorte d'attiser les ambitions pour les annuler toutes, mais semble en plus vouloir continuer à s'occuper lui-même de tout.

 Et quand on lui résiste un temps soit peu, on est suspendu, à l'image de Jean-Pierre Fourcade, candidat dissident à Boulogne ayant réuni 35% des suffrages, ou bien Arnaud Teullé à Neuilly. A ce rythme, il n'y aura bientôt plus de membres de l'UMP que ce "Bureau Politique".

 On peut en effet douter des 300000 adhésions de l'UMP qui se maintiennent (officiellement) depuis Juin 2007 contre vents et marées, et contre même le bon sens: les élections sont passées, il serait sociologiquement normal d'assister à un recul du soutien partisan (par un non-renouvellement de l'adhésion). De plus le contexte est mauvais et la cote de popularité plus en baisse que jamais: on doute que cela n'ait aucun impact sur les adhésions au parti.

 Mais voilà, à l'image du Parti Communiste, l'UMP décrète son nombre d'adhésion, et refuse obstinément de le prouver en exhibant les listes des adhérents. D'ailleurs, l'UMP serait-il si endetté (20 millions d'euros), si il pouvait compter sur 300000 adhésions multipliées par 35€, soit 10,5 millions d'euros?

 Outrance, mensonge et sans-gêne: bienvenue dans la France d'après.

 

PS: jeu, sauras-tu trouver le jeu de mots particulièrement grossier à l'égard de Thierry Solère dans ce texte? Indice: homophone.

27/04/2008

Les Boulonnais n'auront pas leur cadeau de Noël

 Comme je me sens un peu coupable de délaisser mon blog (mais c'est pour la bonne cause, vous verrez), je reprends une activité que j'aime beaucoup: casser du sel sur le dos de M. Baguet. Qui, voûté comme il est, reste une cible de choix.

page01_2.jpg Dans la seule réunion de M. Baguet où je suis allé pendant la campagne, j'ai entendu cet inénarrable protecteur des Boulonnais clâmer: "Patrick Devedjian en a fait la promesse, le Conseil Général rachètera le Château de Rothschild! Ce sera le cadeau de Noël du Conseil Général des Hauts de Seine aux Boulonnais!".

  L'homme était transfiguré! Lui, le petit entraîneur de basket sans le bac, armé de lunettes un peu classe qui faisaient oublier ses échecs scolaires et sa méconnaissance crasse des dossiers, pouvait donner une promesse aux Boulonnais. Ouais, un cadeau de Noël. Et pas obtenu auprès de n'importe qui: obtenu auprès de Patrick Devedjian, siouplaît.

 Mais voilà, un mois après son élection, M. Baguet a été obligé de renoncer au beau cadeau de Noël. L'article du Parisien repris par Mon Boulogne-Billancourt est savoureux: M. Baguet s'y justifie tout en tâchant de ne pas avoir l'air trop intellectuellement malhonnête. Ce qui, même dans un journal complaisant, est compliqué vu la situation.

 Attachez-vous bien: le propriétaire actuel du château (un homme d'affaires Saoudien) ne veut pas vendre à un prix décent parce qu'il y aurait 10000m² à construire sur le terrain jouxtant le château et dont il est aussi propriétaire. En effet, ce n'est pas la ruine qui constitue le château de Rothschild qui a de la valeur, mais bien ce terrain attenant, de 7000m² (et non 10000m² comme le prétend Baguet), au nord de Boulogne-Billancourt, entre un espace vert et Paris.

 Là, ça devient savoureux. Baguet s'insurge donc: la municipalité précédente (Jean-Pierre Fourcade) aurait rappelé au propriétaire qu'un terrain attenant était constructible. Du coup, ce sale Saoudien empêche le bon M. Baguet d'honorer sa promesse de campagne.

----

 L'histoire ne manque pas de sel: il se trouve que ces 7000m² de terrain constructible à côté du château était présent dans le Plan d'occupation des Sols voté en 1983 par le Conseil Municipal, pour aménager le parc de Rothschild, donation de la famille du même nom à la ville de Boulogne.

 M. Baguet a beau jeu de dénoncer une municipalité qui a administré la ville entre 1995 et 2007, soit treize ans après le vote du POS.

 Mais ce n'est pas fini. Ce type si sympathique à lunettes sérieuses et rectangulaires qu'est M. Baguet, ce type qui connaît à fond les dossiers et ne sait que dire la vérité aux gens, ce héron de la politique, ce faucon de la stratégie de gestion et d'urbanisme, ce condor des dossiers fastidieux, cet "autodidacte", était conseiller municipal en 1983.

 C'était même son premier mandat de conseiller municipal. En tant que tel... il a fait partie de la "méchante municipalité" qui a voté le POS des terrains Rothschild. Il a participé à cette opération qui le met aujourd'hui dans l'embarras pour honorer une promesse électoral de petit politicard. De deux choses l'une, soit Baguet est un menteur, soit c'est un vrai nul qui ne connaît pas ses dossiers. Soit les deux, évidemment.

 Pendant la campagne, nous n'avions pas manqué de souligner l'irréalisme budgétaire consistant à promettre le rachat et le réaménagement du château par le Conseil Général (40 millions d'euros contre 30 millions d'euros annuel de budget d'investissement du Conseil Général pour la culture). Nous pouvons maintenant affirmer ce que nous dénoncions déjà alors: M. Baguet est un méchant démagogue.


 Peut-être que, lors d'un Conseil de Quartier, nous pourrons l'interpeller sur le sujet... ça a de bons côtés la démocratie.

07/04/2008

Olympisme, Tibet, Luther King

 Les militants démocrates à Londres ont réussi leur coup. Quelle image retiendra-t-on du passage de la flamme Olympique en Grande-Bretagne? Celle-ci:

2393858348_bba5c9d46b.jpg?v=0

Tout autour de cette charmante relayeuse qui devait imaginer autrement sa parade dans la capitale des Jeux Olympiques de 2012, une vingtaine de policiers. A l'image du régime de Pékin et de ces Jeux?

 

 Demain, la flamme Olympique Pékinoise s'échoue à Paris. 28km de relais vont donc permettre à tous ceux qui veulent autre chose qu'un petit macaron tout pourri pour exprimer leur désaprobation seront donc ravis. En cours une bonne partie de la journée, je me contenterais d'un beau dessin, et d'un discours qui semble au premier abord n'avoir rien à voir. Il est de Martin Luther King. Prononcé en 1966,"We Shall Overcome" parle des souffrances par lesquelles passer avant d'accéder à une démocratie de pleins droits...

 

 

pekin2008rf6.jpg

 

Oh, before the victory is won, some of us will lose jobs, but we shall overcome. Before the victory is won, some will have to get thrown in jail but we shall overcome. Before the victory is won, even some of us will have to face physical death. But if physical death is the price that some must pay to free our children from a permanent psychological death, then nothing shall be more redemptive. Before the victory is won, some would be misunderstood and called bad names and dismissed as rabble rousers and agitators, but we shall overcome.

 And I tell you why: We shall overcome because the arc of the moral universe is long but it bends towards justice. We shall overcome because Carlisle is right, “No lie can live forever.” We shall overcome because William Cullen Bryant is right: “Truth crushed to earth will rise again.” We shall overcome because the bible is right: “You shall reap what you sow.”