11.05.2008

Brèves

 Deux choses ces deux derniers jours.

Jospin veut décidément casser du Royal. Rocard aussi d'ailleurs. Pour ça il dénonce: "n'importe quel socialiste aurait fait 17 millions de voix!". La gauche souffre d'un mal dont la droite a su s'affranchir: l'UMP n'a plus de ces vieux barbons qui reviennent mettre leur grain de sel dans tout en pensant répondre à une attente quelconque des militants. Ce qui est d'ailleurs plutôt faux. J'ai beaucoup de respect pour Rocard. Moins pour Jospin. Mais quand même, être un bon député européen pour sa dernière année de mandat me semble un objectif bien assez honorable, plutôt que de jouer à la statue du Commandeur castrateur qui empêche au parti de vivre sa vie. On s'en fout que le PS aille à Delanoë, Royal ou Moscovici (même si Mosco ce serait mieux). L'essentiel c'est qu'il réussisse à faire son Mai 68 et à s'affranchir des vieilles figures tutélaires.

 De plus en plus sympathisant de certains au PS, le travail de Jospin, même si il est censé d'une façon ou d'une autres les aider (en barrant la route à Royal) est plus néfaste qu'autre chose. Nadine Morano avait raison tout à l'heure à "On n'est pas couché". Et c'est triste de le dire d'ailleurs. Le bilan de Sarkozy n'est pas si bon depuis un an. Néanmoins, celui de l'opposition non-plus. A part stigmatiser, à raison, ce n'est pas la question, l'exercice du pouvoir et la personnalité de Sarkozy, sans doute feraient-ils mieux d'esquisser l'ombre d'un projet politique. Allez Mosco, on est avec toi.

Le deuxième "événements", c'est Dominique Bussereau chez Ardisson. Dans "Salut les Terriens". Le pauvre homme m'a fait de la peine. Dominique Bussereau est secrétaire d'Etat aux transports auprès de Jean-Louis Borloo. On entend très peu parler de lui, ce qui jusqu'à présent et dans cet exercice nouveau du pouvoir, très médiatisé, était pour moi gage de qualité. Et bien Dominique Bussereau a passé une bonne partie de sa journée chez Thierry Ardisson, qui l'appelait "Dubusse", et qui le faisait chambrer par son public. Bussereau souriant et riant avec l'air navrant du bon con qui essaie de garder de la dignité.

 Thierry Ardisson est présentateur télé. Bussereau ministre. Comment peut-il supporter de se faire appeler "Dubusse"? On pourrait dire "oui, c'est de l'infotainment, mais il avait un message à faire passer aux Français..." Et bien soit le montage de "Salut les Terriens" a squizzé le message, soit Bussereau n'était là que pour faire de la figuration, parce que le seul message que j'ai vu, c'est que "Dubusse" est un pauvre type qui se laisse insulter au milieu de l'arène aux ordres de Sa Majesté Thierry Ardisson.

 A force de devoir être dans toutes les émissions grand public toutes les semaines, les ministres de Fillon finissent par vraiment donner l'impression de n'être là que pour porter des maroquins bleus et rose d'un air empressé à la sortie du conseil des ministres. Prenons-nous à rêver: il est possible que dans 4 ans cette exposition médiatique superflue, vulgaire et avilissante aura lassé les Français.

06.05.2008

366eme jour avec Nicolas Sarkozy

 Le 6 mai dernier, j'écrivais ceci:

 Sarkozy ce soir a rappelé ses grands chantiers. Les bons: le plein-emploi, la relance Européenne, l'environnement, une économie plus efficace, des soucis sociaux plus équitables. Les mauvais: "en finir avec la repentance", par exemple.

Aucun doute, la relance de l'UE, il y a contribué. Même si c'est Angela Merkel qui a hérité du Prix Charlemagne de la personnalité européenne de l'année. La fin de la repentance, cela semble malheureusement en bonne voie.

 Quant aux autres promesses, c'est mitigé. Le souci de l'environnement est devenu une priorité. La question est de savoir si c'est grâce au "Grenelle de l'Environnement", ou grâce au fait que l'on est en train de se rendre compte qu'il y a possibilité de faire du profit intéressant en développant des techniques d'économie d'énergie?

 Le plein-emploi, ahahah. Il ne semble pas que l'on soit sur la bonne voie. Cela peut être une mauvaise nouvelle bien sûr, mais aussi une bonne: un taux de chômage en hausse peut signifier que nous sommes bien entrés dans un processus de réforme du marché du travail (forcément long et douloureux). Réforme du marché du travail nécessaire à un retour de la croissance de façon durable, et, surtout, plus prévisible.500px-Economics_Gini_coefficient.svg.png

 Je passe sur le reste. C'est évident. Nous sommes en train de faire la même erreur que Bush aux Etats-Unis. On développe ce pays en faisant en sorte que les riches soient encore plus riches plus vites, et les pauvres toujours plus pauvres, plus facilement. Il y a un outil pour mesurer la redistribution sociale dans un pays: l'indice de Gini. La courbe à droite est une courbe de Lorentz. En abcisse la population, en ordonnée, le revenu global. Si la courbe est une ligne droite à 45°, la redistribution est parfaitement égale. Généralement, elle est plutôt en courbe incurvée.

 De cette courbe de Lorenz on tire l'indice de Gini, qui oscille entre 0 et 1. 0 étant le plus égalitaire, 1 le plus inégalitaire. Depuis 1968, l'indice de Gini pour les Etats-Unis est passé de 0,38 à 0,47. En France il est à 0,36. Il sera intéressant d'observer son évolution dans les prochaines années.

 

 D'un point de vue civique, nous avons un président dont la légitimité est incontestable, avec 85% de participation. Pourtant, la démobilisation civique n'a jamais paru aussi rapide. Un an après, la participation aux élections municipales atteint péniblement 60%. Le débat national n'a jamais semblé aussi déconnecté de la population, pour n'être que celui d'une certaine élite.

 D'un point de vue d'image internationale, notre président est considéré comme un clown par tous les journaux sérieux en Europe, et se fait régulièrement hacher menu par la presse américaine. Les infirmières Bulgares ont été libérées, grâce à un travail de fond de l'UE et de Tony Blair, et Sarkozy y a mis la dernière main, certes. Bétancourt est toujours dans son cachot végétal. Kadhafi a été reçu comme un prince pour aucun résultat tangible. On a vite oublié les droits de l'homme face aux intérêts économique.

 Les histoires des Balkany, le cynisme affiché par les membres de la majorité, la succession de monarque à Neuilly, ... la République n'a rien d'irréprochable.

 Et pour 2010: aucun respect de la stratégie de Lisbonne, aucun respect des Accords de Cotonou, aucun respect du Pacte de Stabilité. C'est à prévoir, c'est presque certain.

01.05.2008

Le Bureau politique de l'UMP... à l'Elysée.

C'était déjà choquant, le 22 octobre, de voir Nicolas Sarkozy intervenir au Bureau Politique de l'UMP. On vient de passer un cap supplémentaire, avec la réunion du dernier Bureau Politique de l'UMP... au Palais de l'Elysée.

 Rien que ça.

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 Rien n'oblige, dans la Constitution, à faire du Président de la République un être au-dessus des partis. Rien ne lui interdit évidemment de continuer à s'investir dans la marche d'un parti politique qui participe, à condition de respecter "les principes de souveraineté nationale et de démocratie" (art.4), au débat public.

 Toutefois, on aurait pu trouver meilleur message, en ces temps de désavoeu de la politique Sarkozienne, alors que le Monsieur dit vouloir être plus modeste. Et Thierry Solère, la mine enfarinée du bon fat céans, d'afficher promptement sur son blog la photo publiée dans le Figaro Magazine. Sans doue parce que c'est tout naturel?

 Jacques Chirac avait une façon détournée de conduire la marche de son parti. Il propulsait des hommes de main qui exécutaient ses ordres. Juppé, Séguin, un échec en 1999 avec Delevoye (c'est MAM qui vainquit). Sarkozy, lui, place des portes-flingues, fait en sorte d'attiser les ambitions pour les annuler toutes, mais semble en plus vouloir continuer à s'occuper lui-même de tout.

 Et quand on lui résiste un temps soit peu, on est suspendu, à l'image de Jean-Pierre Fourcade, candidat dissident à Boulogne ayant réuni 35% des suffrages, ou bien Arnaud Teullé à Neuilly. A ce rythme, il n'y aura bientôt plus de membres de l'UMP que ce "Bureau Politique".

 On peut en effet douter des 300000 adhésions de l'UMP qui se maintiennent (officiellement) depuis Juin 2007 contre vents et marées, et contre même le bon sens: les élections sont passées, il serait sociologiquement normal d'assister à un recul du soutien partisan (par un non-renouvellement de l'adhésion). De plus le contexte est mauvais et la cote de popularité plus en baisse que jamais: on doute que cela n'ait aucun impact sur les adhésions au parti.

 Mais voilà, à l'image du Parti Communiste, l'UMP décrète son nombre d'adhésion, et refuse obstinément de le prouver en exhibant les listes des adhérents. D'ailleurs, l'UMP serait-il si endetté (20 millions d'euros), si il pouvait compter sur 300000 adhésions multipliées par 35€, soit 10,5 millions d'euros?

 Outrance, mensonge et sans-gêne: bienvenue dans la France d'après.

 

PS: jeu, sauras-tu trouver le jeu de mots particulièrement grossier à l'égard de Thierry Solère dans ce texte? Indice: homophone.

02.04.2008

Interlude

 Bon, notre président ayant décidé de suivre les journaux qui parlaient de moins en moins de lui, et de moins en moins gentiment, l'actualité et les billets d'humeur deviennent moins facile à écrire. Qu'on se le dise, après 10 mois de tâtonnements, nous y sommes! Sarkozy adopte une attitude de Président.

 En somme, il s'est rendu compte qu'il était un peu piégé à son propre jeu: comment dépoussiérer la fonction sans la dévaluer? Comment rendre la démocratie moins formelle, le débat plus vivant, sans tomber dans l'ad-hominem systématique et les commentaires politiques de petite envergure? En gros, comment être un président jeune et proche sans aller trop loin, c'est à dire sans nous priver de la petite couche de solennel nécessaire à la démocratie.

 Qu'un type dise à un président "touche-moi pas tu me salis", c'est relativement commun. Qu'un président soit l'objet systématique des critiques du fonctionnement de toutes les institutions de ce pays, ça l'est moins. Donc, moins de médiatisation, plus de sobriété (autant que faire se peut).

 Sommes-nous prêts néanmoins à lui laisser une seconde chance et à oublier tout ce que ces 12 derniers mois nous ont appris de la psychologie, de la vision de la démocratie, de la petite préoccupation sociale, et des petites capacités étrangères (dossiers et langues étrangères) de notre régime et président nouveaux? Il le faudra bien. Les prochaines élections seront européennes, et ce serait bien de ne pas les utiliser comme un punching-ball ou un moyen de soutien irréfléchis. Pour ça au pire il y a les régionales en 2010.

 Le bon côté c'est que les écrans de fumée vont se raréfier, ou changer de style peut-être, eux aussi. Que les vrais sujets vont peut-être reprendre le devant de la scène: la réforme du marché du travail, l'élaboration du Grand Paris, la continuation de la décentralisation, l'amélioration institutionnelle qui devrait nous permettre une meilleure démocratie, etc.

 

 En attendant tout cela, je vous présente quelques photographies de voyage que j'avais gardées pour moi jusqu'à présent. Cliquez dessus pour les agrandir.

New-York:

Brooklyn factory Central Park loneliness Manhattan

 

Hawaii:  

End of the day on Waikiki Sunset on the Pacific Ocean Hawaii Port

 

Chine -Guang'an et Pékin 

"Luck" - Guang'an Labyrinth Budhist Temple - Guang'an

04.03.2008

Aménager la Route de la Reine

 Je reprends le programme de monsieur Baguet, pour parler de son projet d'aménagement de la Route de la Reine en "boulevard urbain". Je dis je reprends le programme, parce que franchement, il est tellement fouilli que c'est dur à lire.

 Si vous permettez, avant qu'on parle de la Route de la Reine, j'aimerais justement tenter un petit mot sur le marketing de campagne de Pierre-Christophe Baguet et ses colistiers. Si vous ne me permettez pas, passez au dernier paragraphe. Monsieur Baguet se présente donc à une élection municipale, qui est un scrutin de liste. Une liste à Boulogne-Billancourt rassemble 55 candidats, et contrairement à ce que l'on peut penser, le maire n'est pas élu au suffrage universel, mais il est élu par le conseil municipal. Pourtant, monsieur Baguet se présente partout seul. Seul, sans ses colistiers, mais vraiment partout. Au point que quand on reçoit la profession de foi de Marie-France de Rose (candidate aux cantonales nord-est), on en est à se demander qui de Baguet ou De Rose se présente.

 Seul, sans sa liste. Celle-ci n'est qu'à peine montrée, furtivement, sur une photo fadasse, sur ses panneaux. Pas un nom. A croire qu'il en a honte. Il n'y a pourtant pas de quoi: il n'y a qu'une poignée de revenants de "l'époque Graziani" qui a creusé le trou physique et financier du centre-ville, mettant le budget de la ville sous tutelle de l'Etat en 1995. Il n'y a (heureusement) qu'un seul "architecte-historien" dont la profession se gausse car si il n'est pas capable de seulement lire une maquette (confondant un mur et une promenade), il est bien prompt à poser des recours pour ralentir le travail de la municipalité sortante. (lire ce coup de gueule du Moniteur). Il n'y a qu'une "ingénieure des Ponts et Chaussées" (en réalité normalienne effectuant un séjour d'études dans cette école), que pourtant l'on n'entend guère expliquer le projet infaisable et démagogique de "tunnel urbain à péage".

 Le programme de monsieur Baguet est dans la même veine. On dirait qu'il en a tellement honte, qu'il noie toutes ses 100 propositions écrites en tout petit dans un bazar illisible d'où sortent quelques photos et quelques citations choc. Il n'y a pourtant pas de honte à proposer un tunnel urbain à péage irréalisable, une boucle de métro dont ni la RATP ni le STIF (syndicat des transports d'Île de France: le métro dépend de la région, pas du ministère) ne sont au courant, un nouveau projet d'Île Seguin concerté avec personne et qui nécessiterait des mois de dépollution et des années de redéfinition de projet. Pas de honte du tout.

 

 Pas de honte, alors qu'on est Conseiller Général sortant, à déclarer vouloir transformer la Route de la Reine en "boulevard urbain", alors que justement, la Route de la Reine est une départementale, et que la municipalité sortante n'a eu de cesse de demander à ses conseillers généraux (monsieur Baguet et monsieur Solère), de l'aider à la sécuriser et de participer à des chantiers pour en ralentir le trafic.

 Pas de honte non-plus à soutenir une candidate nouvelle pour prendre sa place au Conseil Général, qui promet de faire tout ce qu'en 6 ans il a été incapable de faire lui-même.

 Pas de honte à prendre les électeurs pour des imbéciles, en somme.

04.01.2008

Pas de Vélib JC Decaux en banlieue?

Cela fait (presque) la Une de nos journaux:

Le tribunal administratif de Paris met des batons dans les roues du Vélib en annulant la décision du Conseil de Paris d'étendre le système de vélo en libre service dans une trentaine de communes de la banlieue.

Motif de la décision: l'extension du dispositif parisien à d'autres communes est de nature à «modifier l'objet même du contrat initial » dans la mesure où « elle aurait pour effet de fournir dans chacune de ces communes un réel service de bicyclettes en libre service».

En clair, le contrat initial passé entre JC Decaux et la Ville de Paris, ne peut pas être étendu, sans fausser le jeu de la concurrence. C'est en effet, le concurrent malheureux Clearchannel qui a saisi le juge administratif pour empêcher l'extension du Vélib.

Et c'est bien ce qui énerve au plus au point la Ville de Paris qui entend porter l'affaire devant le Conseil d'Etat. «Cette décision, c'est d'abord le résultat d'une bataille juridique et commerciale entre deux grands groupes: JC Decaux et Clearchanel.»

«Ce soir, nous sommes déçus. Et les communes proches de Paris à qui on offrait le système Vélib, sont les premières perdantes» ajoute t-elle. Le principe, retenu par les élus parisiens le 19 décembre dernier, était clair: la Ville de Paris payait l'installation des nouvelles stations Vélib en banlieue, et en échange percevait l'intégralité des recettes.

A quelques mois des élections municipales, l'extension du Vélib tombait à pic. «Paris souhaite déployer son service Vélib d'abord pour exprimer sa solidarité avec les communes riveraines» explique la Ville de paris. L'occasion pour Bertrand Delanoé de relancer le projet politique d'un « grand Paris », une forme d'intercommunalité intégrant les communes proches de la capitale.

Ce soir, la Ville de Paris veut toujours y croire: «Le projet de déploiement de Vélib reste souhaitable et possible à la fin de l'année 2008, dans l'hypothèse où le Conseil d'Etat annule l'ordonnance.»

 Rappelons jouissivement la lettre démago à mort de Pierre-Christophe Baguet, candidat UMP à la mairie de Boulogne, et qui demandait il y a peu à la mairie de Boulogne de se dépêcher de faire venir JC Decaux dans la ville pour étendre les Vélib. J'avais alors pointé la démagogie de la méthode, ou le manque total de compétence de l'auteur de la lettre, en soulignant ce problème de concurrence faussée dans l'appel d'offre.

 Cela fait du bien d'avoir raison. J'aime ça. Première résolution pour 2008: continuer à taper sur les types qui déshonnorent ma conception de la démocratie comme ce bien banal PC Baguet.

 En attendant, peut-être que les Parisiens sont satisfaits de leur maire qui leur fournit des Vélib sans consultation avec les Conseils Généraux voisins et le Conseil Régional, mais moi je ne le suis pas. De là à dire que Panafieu est meilleure en revanche... 

17.12.2007

Plus Belle la Vie en politique.

 Je me demande si Bayrou ne va pas finir par gagner avec son thème récurrent de la moralisation de la vie politique. Si les Français ne vont pas en avoir marre de cette politique par le pathos, donnée aussi bien du côté de Royal (ma plus belle histoire c'est vous) que de celui du gouvernement et de notre président. Ce serait rassurant, en tout cas.
 
 Pendant la campagne, Nicolas Sarkozy voulait, disait-il, "remettre la politique dans le quotidien des Français". Il y avait deux méthodes: utiliser la politique pour créer le débat, encourager la société civile, l'engagement. Ou bien coller au quotidien le plus flasque et le plus médiocre d'une majorité de Français, et présenter la politique sous les auspices de ce jour nouveau.
 
 Et donc cette nouvelle façon de faire de la politique, entre Dallas et Amour, Gloire de Beauté. En son temps, le Vrai Journal de Karl Zero avait créé une fausse série appelée Amour, gloire et débats d'idées. Nous étions en 2002. Aujourd'hui, on a même abandonné le débat d'idées. Observons la méthode (quand Eric parle du contrôle de l'agenda): une grosse réforme ou un gros rendez-vous castagne et politique se prépare. Carte judiciaire ou grève contre la réforme des régimes spéciaux.
 
 Immédiatement, une certaine presse alimente une rumeur, bientôt relayée, parfois même devancée, par des magazines et journaux sérieux comme l'Express (il paraît que les ventes sont en baisse constante: pourquoi la démagogie ne serait-elle que le fait des politiques?). Quand ce n'est pas une rumeur, un peu de people pur et dur, comme un dimanche entier chez Drucker pour la petite fille aux allumettes du gouvernement, Rachida Dati, permet de détourner l'attention.
 
ca53e64578504e8b85e939513e67341c.jpg On a eu ce dimanche chez Drucker, ces photos de magazines en tenue de mode, ces articles du Monde qui décrivent la robe Chanel de la Garde des Sceaux à Washington... On a eu la rumeur occultant tout débat sur le divorce des Sarkozy. On a eu les marques de courroux présidentiel à l'égard de tel ou tel des membres du gouvernement (ceux que j'aime bien, étonnamment: Woerth, Barnier, Yade). Aujourd'hui, Kadhafi parti, la semaine de grosse lose présidentielle devait être vite oubliée: hop, nouvelle rumeur, inattendue (c'est d'un meilleur effet), pour donner d'une part un os à ronger aux journalistes qui cherchent la petite bête, d'autre part du rêve dans les coeurs de 60 millions de Français.
 
 Le meilleur, c'est que ça marche: on oublie effectivement le débat sur la carte judiciaire, on oublie effectivement de questionner le montant des contrats passés avec Kadhafi. Il y a là une véritable et profonde régression par rapport au climat de la campagne, où l'on voyait des Français acheter des journaux politiques, s'intéresser, débattre, cliver autour de thèmes qui ont une vraie profondeur.
 
 Là on n'est même pas retombé dans l'apathie de 2002, où l'ennui et le malaise avait tellement atteint les gens que Le Pen a passé le premier tour. Là on est dans du pur Tocqueville. Voilà le despotisme doux. Un despotisme démocratique moderne, où ce n'est plus seulement le bien-être des citoyens qui est cultivé, mais aussi tout leur système de réflexion. On ne prend plus de recul par rapport à rien, on balance l'info brut, non étayée, et on fait confiance à une certaine défaite de la pensée, au profit de la télé, pour transformer la politique en énorme "Plus Belle la Vie".
 
 L'Etat met progressivement les individus à l'écart des affaires publiques et peut étendre sans cesse les règles qui encadrent la vie sociale. La rumeur Sarkozy/Bruni va devenir de facto la discussion majoritaire dans les foyers. Chez Tocqueville émergeait un individualisme né des préoccupations de bien-être assez égoïstes de chacun, que l'Etat satisfaisait docilement pour mieux écarter l'individu des affaires publiques. Chez Sarkozy, c'est la même chose, la télé en plus. 
 
 « Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, prévoyant, régulier et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » Alexis de Tocqueville, 1840
 

27.11.2007

Rions de l'incompétence de M. Baguet

 Ah! Je sens qu'on n'a pas fini de rire dans cette campagne. Dans un récent article du journal du dimanche (pdf), Pierre-Christophe Baguet critique (évidemment) la politique de la ville, et notamment l'aménagement des terrains Renault. Comprenons-le: s'il n'avait rien à critiquer, ce serait difficile de justifier que l'UMP l'ait préféré à Pierre-Mathieu Duhamel, sans dévoiler que ce n'est qu'une (juste?) récompense à son trrrrès courageux ralliement au favori de la présidentielle Nicolas Sarkozy.

 Bref, Pierre-Christophe Baguet dit deux inepties drôles: la première, c'est que la ville payerait 7 millions d'euros par an pour non-respect de la loi sur le taux de logements sociaux. Comme le rappelle Jean-Pierre Fourcade, c'est faux. Mais bon, quel journaliste irait vérifier? L'essentiel pour Baguet, c'est comme pour les lettres qu'il écrit à tour de bras, de bien donner l'impression qu'on maîtrise le dossier.fff28f458389fd2152507cedeeb3f2ae.jpg

 Bon ça, c'était pour la petite pique. Le plus intéressant, c'est ce jugement définitif, donc grossier, sur l'aménagement des terrains Renault (photo: le projet prévu par JP Fourcade): "rendre l'île Seguin aux Boulonnais, confisquée par les grandes administrations de la recherche (CNRS, Inserm, INCA) qui ne rapporteront pas un centime de taxe professionnelle, et par l'école privée Américaine dont les frais de scolarité s'élèvent à 30000€ par an".

 Cela en dit long sur l'idée que se fait Pierre-Christophe Baguet de la place de la recherche et de la science dans la société: "ça ne paye pas de taxe professionnelle, alors ouste!". Nous relèverons aussi que M. Baguet ne s'imagine pas que ces grandes administrations de la recherche pourraient apporter beaucoup de renommée à Boulogne-Billancourt. Surtout en matière de recherche sur le cancer. Mais non.

 Nous relèverons sa méconnaissance du système universitaire Américain. Certes les frais de scolarité sont élevés, mais les emprunts sont facilités pour les étudiants. Par ailleurs, ce n'est pas une "école privée Américaine" comme elle est dédaigneusement qualifiée, mais c'est l'Université Américaine à Paris et un site Français pour l'Université de New-York. Excusez du peu.

 Sans doute ces petites erreurs sont-elles à mettre à l'actif d'une méconnaissance bien compréhensible de l'enseignement supérieur de la part de notre député qui n'a pas eu son baccalauréat. Si ce n'était pas ça, ce serait qu'il a "oublié" de préciser des choses. Il faut dire que parfois avoir le détail pauvre c'est utile.

 Enfin, je rappelle que M. Baguet est en faveur d'un grand parc à statues sur l'île Seguin. Le parc le plus cher d'île de France, vu le prix au mètre carré. Un parc à statues mais pas d'établissement de recherche ni de grande université à renommée mondiale? Cela fait un peu "défaite de la pensée".

 Dîtes, un parc à statues, ça paye la taxe professionnelle au moins?

22.11.2007

Je ne suis pas de droite, finalement.

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 En ce moment à Montréal, le temps est terrible. Imaginez: la nuit quand vous dormez, il neige. Le matin quand vous vous levez, le temps est calme. Puis quand vous mettez un pied dehors, il se met à grêler et le vent souffle tellement fort qu'il est difficile de mettre un pied devant l'autre, dans une espèce de neige fondue grisâtre, qui font que la ville ressemble à une immense station de ski, sauf que les gens ont pas l'air joyeux comme quelqu'un qui va manger de la poudreuse.

 On a donc le temps de réfléchir à plein de questions fondamentales, comme "mais au fait, suis-je droite moi?". J'avais déjà écrit quelque chose de ce goût-là, en expliquant en gros que je voyais le monde politique pas comme un spectre de la gauche à la droite bien aligné et compartimenté, façon années 80, mais plutôt comme une séparation assez nette sur des sujets fondamentaux type libéralisme, intégration européenne, place de l'individu dans la société. Cette séparation, je l'illustrais par le référendum 2005, tout en reconnaissant que cela restait un point de fracture assez insuffisant. Mais la transformation d'un rapport droite/gauche facile et bien pratique est à mettre à l'actif de plusieurs événements:

 En premier, l'acceptation par tous les responsables politique de la mondialisation, de la puissance réelle de la France, économique et politique, dans un monde globalisé. Mais aussi des événements qui viennent eux d'un changement de paradigme dans la société même. Une société qui après la Chute de Mur de Berlin a jeté ce que l'on appelle le "consensus permissif" aux orties, en faisant entrer la politique internationale dans l'espace public et le débat politique. Une société qui a accepté et fait sienne, part de son identité, des réformes de moeurs et de structure de pensée, l'IVG, la Peine de Mort... Les années 80, le mouvement gay et lesbien, et plus récemment la question environnementale, tous ces sujets ont été intégrés par la société et l'ont restructurée, jusqu'à un changement de paradigme.

 Voilà pourquoi souvent, la ligne morale facile à délimiter auparavant entre "gauche" et "droite" n'existe plus. D'ailleurs, il est intéressant d'observer la pré-campagne Américaine perdre cette ligne de démarcation entre Républicains et Démocrates: le candidat républicain le plus en haut dans les sondages, Rudolf Giuliani, n'a jamais caché ses convictions morales plus libérales, notamment sur l'avortement, les droits des homosexuels, et la peine de mort. En cette matière, nous avons été en France plutôt précurseur.

 La ligne économique est donc rapprochée, la ligne morale complexe à trouver, comment toujours trouver ce concept gauche/droite pertinent? Il y a toujours des gens qui réfléchissent en ces termes assez périmés; ils sont ceux qui clament qu'ils sont la "vraie gauche" ou la "vraie droite". Agités plutôt minoritaires lorsque le pays ne traverse pas une crise de confiance, ils ont été auparavant du bon RPR conservateur, qui sait, militants au MIL, ou bien bien coco dans un rapport de confrontation des classes constant. Ceux qui opposent l'ordre à une vision plus libertaire. Aujourd'hui, ils sont autant dirigistes les uns que les autres.

 Mais même, ayant accepté tout cela, on continue à parler de droite et de gauche; sans doute pour conserver des termes simples qui permettent à chacun de s'y retrouver dans un paysage politique en recomposition permanente après les bouleversements de paradigmes que j'évoquais. Nous réduirons donc gauche et droite à PS et UMP. Mais je n'en pense pas moins: le simplisme de ces étiquettes n'est pas satisfaisant.

 Pourquoi donc, ne suis-je pas UMP. J'ai relevé quelques éléments de l'identité de l'UMP. Je dois d'abord préciser que j'ai longtemps pensé que l'UMP à la Sarkozy serait un élément de changement profond dans l'identité de la droite, notamment en termes économiques. Lorsque je passais chez Karl Zero pour poser des questions à Patrick Devedjian, celui-là reconnaissait que les Etats-Unis n'étaient pas réellement un Etat libéral, et que la dénonciation d'une société "à l'Américaine", "libérale", était une caricature: une société et une économie libérales seraient très différentes (au-delà du fait que nos sociétés et systèmes de valeurs sont évidemment différents). J'ai donc longtemps pensé qu'en libéralisme, économique ET politique, l'UMP serait un acteur très fort de changement en France.

 J'ai eu tort.

 Voici quelques points qui m'éloignent beaucoup de l'UMP.

 Les membres de l'UMP respectent l'autorité et pensent que l'ordre vaut mieux que le désordre, je ne le pense pas. Je crois qu'une société doit remettre en question l'autorité et qu'elle doit savoir organiser ses débats, certes, mais toujours débattre. Dans ce cadre, je crois en l'utilité de la société civile et ce que l'on appelle la démocratie sociale, ou la gouvernance. Ce n'est malheureusement pas le cas de la majorité des membres, et surtout des dirigeants de l'UMP, qui ne sont que légitimistes.

 Les membres de l'UMP, ou ses dirigeants, croient en une organisation de la société et de ses débats du haut vers le bas (top-down). Je crois que c'est bien plus complexe que ça. Il y a un jeu d'influence entre les citoyens et les dirigeants: les électeurs forgent le candidat qu'ils veulent. Nous avons voulu un Nicolas Sarkozy. Nous avons voulu un type qui nous fasse sentir la paire d'organes virils que nous avons entre les jambes, même si dans la réalité nous ferions mieux de regarder avec lucidité notre état de santé. Nous avons forgé Sarkozy car nous avons changé, dans la société comme un tout, nos paradigmes. De même que nous avons forgé Ségolène Royal, que nous avons voulu ce débat sur l'identité nationale, sur le drapeau. Je dis nous, non pas que j'aie voulu tout ça, mais parce que je suis une part de la société. En échange de cette influence, Sarkozy et Royal ont tenté eux aussi de changer notre processus cognitif: avec chacun son dada. La démocratie participative pour l'une, le "devoir de vérité et de lucidité" pour l'autre. Dans l'ensemble, nous enfantons nos gouvernants, et ce qui les démarquent reste leur capacité à toucher notre processus cognitif, le petit plus qui fait que.

 A l'UMP, et à la présidence de la République, on est en effet "à l'Américaine". Une économie protectionniste, qui joue parfaitement perso dans un environnement Européen où il existe des règles. Une économie tournée vers la préservation automatique de ses vieilles bases, plutôt qu'une politique de réforme du marché de travail et de formation tout au long de la vie pour aider cette reconversion économique. Je crois qu'en matière de libéralisme économique (il ne vous aura pas échappé que les deux premiers points concernaient le libéralisme politique), la gauche qui s'auto-qualifie de "social-démocrate" est bien plus libérale que l'UMP! 

 A l'UMP de Nicolas Sarkozy, on pense qu'on va pouvoir relancer l'économie avec des mesures Keynésiennes, et dépensant plus d'argent, alors que c'est notre marché du travail que l'on doit réformer. Dans la France UMP, on préfère donner de l'argent aux pêcheurs, préserver un emploi de type jurassien, plutôt que de consacrer un vrai budget à la formation tout au long de la vie. Il y a tellement d'autres choses encore... pour moi le cadre de la nation n'est pas pertinent, mais il l'est encore beaucoup à l'UMP. Qu'on siffle la Marseillaise ne fait pas plaisir, mais vaut-il mieux s'élever contre les sifflets, ou chercher à expliquer pourquoi l'hymne Français a été sifflé?

  Dire que je ne me sens pas proche de l'UMP ne veut pas signifier que je  me sens proche du Parti Socialiste pour autant. Pas de raccourci hasardeux. J'ai juste l'impression d'être coincé dans des définitions des clivages politiques qui ne me correspondent pas. Comme le dit versac, il y a clairement des changements liés à un "fait générationnel". Un fait qui fait primer l'interaction entre les individus, les débats, l'esprit d'ouverture, et l'autonomie de chacun. J'ai l'impression d'être en attente du moment où le dilemme du prisonnier sur le sujet du libéralisme entre la gauche et la droite sera fini.

 D'ici-là, en tant qu'Européen convaincu, je crois ferme aux théories des inputs et outputs dans le système politique, à une institutionnalisation de la gouvernance comme moyen de faire des lois qui permettent à chacun d'intervenir dans la prise de décision, dans un accès aux gouvernants le plus ouvert possible. Je crois ferme qu'un jour nous arriverons à combler le décalage qu'il existe entre notre espace public national ouvert à chacun, et un espace public Européen trop complexe et donc technocratisé. Et ce jour-là, qui sait, les partis Français se rendront peut-être compte que les citoyens dont ils participent à organiser la vie politique, sont plus proches de Zapatero que de Chavez, plus proches de Merkell que de Bush. 

 Plus raisonnables qu'on ne le pense. Plus sages aussi.

31.10.2007

Polémique (artificielle) sur l'état du sport à Boulogne

 Début Octobre, le journal L'Equipe publiait un classement des villes de France par rapport à leurs infrastructures sportives. Sur 37 villes de plus de 100000 habitants, Boulogne était 37eme. Trop la honte quand on ne s'attarde qu'aux chiffres, sans réfléchir à leur sens, comme notre député PC Baguet, décidément très superficiel et un peu fumiste quand ça l'arrange.

 Notre député, interrogé dans les colonnes de l'Equipe (journaliste chargé d'un dossier sur le sport dans une ville, vou préféreriez interroger le député de la circonscription du cru, ou plutôt le maire-adjoint chargé des dossiers? Etonnant, non?) dénonçait une politique trop nulle de la part de la municipalité concernant les sports; aggravée depuis 2001 et son éjection propre et sans bavure de l'équipe municipale, évidemment. Il faut dire que le sport, c'est le seul sujet où Baguet s'y connaisse un peu, avec les scouts. Ayant préféré le BAFA au Baccalauréat, il connaît tout du sport. Sauf évidemment l'honnêteté inhérente à l'esprit de la discipline.

 Bref, argumentaire simpliste jouant sur la honte du Boulonnais de voir le sport si mal géré dans sa ville de plus de 100000 habitants. Cela avait toutes les chances marcher.1f56099f134b59a8c0e257d0b6dd6b1e.jpg

 Malheureusement pour le confort intellectuel du député tout pourri de la 9eme circonscription des Hauts de Seine, Pierre-Mathieu Duhamel, maire de Boulogne, remet les pendules à l'heure en écrivant au journal l'Equipe, et ne manque pas de souligner que Boulogne aurait du mal à être comparée avec une métropole de province type Rouen ou Dijon, du fait tout simplement de sa proximité avec Paris et le partage de ses infrastructures avec le Val de Seine. Et oui, le terrain est plus cher et plus rare dans les Hauts de Seine que dans l'Eure. Il propose par la même occasion une autre prise de vue du gymnase Paul Souriau, pour montrer la malhonnêteté intellectuelle de l'Equipe, un journal sans doute influencé par sa proximité avec la mairie d'Issy les Moulineaux (Messieurs Santini et Baguet sont copains comme pourceaux).

 Voici la réponse de M. Duhamel, ainsi que la prime réaction de Baguet sur son site de propagande (cliquez pour agrandir).

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Je crois que la comparaison dit tout. Et ça m'étonnerait que les Boulonnais veuillent d'un type incompétent qui les prend pour des abrutis en permanence. Désolé Pierre-Christophe; comme disent les Wriggles, "passe ton bac d'abord"!