14.10.2007

BCE, inflation, chômage et croissance (2)

 Résumé de l'épisode précédent: la BCE a clairement tourné le dos à une politique monnétaire Keynésienne qui consiste à jouer sur les taux d'intérêts pour libérer de la masse monnétaire de façon artificielle, et, on l'a vu, de court terme et inefficace. Deux principales raisons à cela: la crise des années 70 nous a montré que ce n'était pas forcément une politique pertinente, elle est un trompe l'oeil, et par ailleurs les pays de l'UE ne forment pas un modèle social et économique cohérent. Jouer sur la monnaie dans un pays des 27 aurait un effet sur les autres pays, pas forcément bénéfique. D'où d'ailleurs le pacte de stabilité et de croissance voulu par les Allemands.

 La politique purement Friedmanienne mènerait elle aussi droit dans un mur, dans ce cadre si divers des économies et systèmes sociaux Européens: certains pays ont déjà réformé structurellement leur marché du travail, d'autre non, et le préalable nécessaire qu'est le courage des gouvernants est, étrangement, plus aisé dans un pays qui a déjà réformé son marché du travail, que dans un pays où on s'est tourné les pouces depuis 20 ans (je ne vise personne).

 Allons, allons, point de défaitisme, il existe heureusement une solution à nos problèmes, pour peu que l'on fasse confiance à l'intégration européenne et que l'on admette tout d'abord que nous ne reviendrons pas en arrière (retour au franc, rupture avec l'UE et autres fatuités mal informées et caricaturales), et ensuite que le transfert de souveraineté est une nécessité.

 Cette solution a été présentée par l'économiste André Sapir à la Commission européenne et aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Elle a alors fait l'objet d'un large consensus. En effet, c'est globalement du bon sens. Un bon compromis entre Friedman et Keynes.afeb796516edf230a545d5d7f77f999f.jpg

 André Sapir commence par remarquer qu'il y a, dans les grandes lignes, quatre modèles sociaux en Europe. C'est plus complexe évidemment; le Portugal ne pourrait être entièrement rangé dans le modèle méditerranéen. Ces modèles sont le résultat de deux variables. En abscice l'efficacité économique, en ordonnée l'équité du système. Le pire des modèles est le modèle Méditerranéen, peu équitable et peu efficace, où les couches avantagées sont les retraités et les fonctionnaires. Le meilleur est le système scandinave, redistributif, équitable et flexible. Entre les deux, le modèle continental, équitable mais inefficace, que la France partage avec l'Allemagne, et le modèle ango-saxon, peu équitable mais efficace économiquement.

 La question est donc de savoir comment les pays de l'UE peuvent dans leur ensemble, ou au minimum ceux de la zone euro, tendrent vers, puis adopter, le modèle scandinave. Avec leurs particularités: on n'y peut rien, la géographie détermine souvent l'économie. La Commission, par des systèmes de Méthodes Ouvertes de Coordination (MOC), essaye tant bien que mal de forcer les pays de l'UE à s'harmoniser. L'exemple le plus connu est l'agenda de Lisbonne en 2000 pour créer une économie tournée vers les nouvelles technologies et la recherche d'ici 2010.

 Le problème de la MOC, c'est que certains pays butés et trop orgueilleux ou lâches (je ne vise personne, toujours) s'en fichent. La MOC n'étant pas contraignante, c'est ainsi qu'on se rend compte que justement, ce sont les pays qui ont le moins besoin de cette harmonisation qui remplissent le mieux les objectifs (par exemple les pays Scandinave sur la recherche, par rapport à la France hyper en retard).

 En harmonisant les marchés du travail et modèles sociaux européens, en tendant vers le plus efficace d'entre eux, on espère pouvoir faire en sorte que le NAIRU (taux de chômage naturel) soit optimum. Les moyens pour y parvenir sont d'augmenter le taux d'emploi, par une plus grande flexibilité. On force les gens à travailler, tout en favorisant la formation tout au long de la vie et l'adaptation aux changements de l'économie.

 Pour cela, il faudrait évidemment avoir préalablement achevé le marché commun. Enfin, ça serait plus simple.

 

 Là, vous vous dîtes que franchement, entre Sapir et Friedman, il n'y a pas une grande différence. Il y en a deux. La première est évidente: Friedman n'avait pas imaginé le cadre européen et les avantages d'une institution qui a le monopole de propositions législatives composée de fonctionnaires et pas de politiques. C'est indéniable. La seconde, c'est que Sapir n'est pas un inflexible imbécile. Il sait très bien que cette réforme vers un marché du travail plus flexible fera souffrir les moins qualifiés et les moins favorisés d'entre les citoyens. Le coût humain et politique est très important.

 C'est pour cela que Sapir propose que la BCE puisse adopter, au temps fort de cette réforme et à condition d'un agenda de court terme, une politique plus flexible concernant les taux d'intérêt, pour donner de l'air, ou en tout cas l'illusion de l'air, aux citoyens "victimes éphémères" de cette réforme profonde.

 

 Ceci nécessite confiance envers l'UE et discipline des gouvernants. Voilà pourquoi Sarkozy ferait mieux de travailler à une plus grande intégration européenne et à la réforme de l'économie Française, en cessant les coups de force débiles lors des réunions de l'eurogroupe. On ne peut réclamer de flexibilité de la part de la BCE que lorsqu'on a effectué le minimum de réformes, notamment budgétaires. En attendant, si Sarkozy veut provoquer de l'inflation sans toucher aux taux d'intérêt, il n'a qu'à réduire le train de vie de l'Etat.