30/05/2009
"Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques!"
Vaclav Lebeda est vice-président du Think Tank « Evropske Hodnoty » (Valeurs Européennes). A l’aune des élections européennes, il dresse un bilan de la Présidence tchèque de l’Union européenne, de l’attitude des citoyens de son pays par rapport à l’UE, et de la campagne des Européennes (pour laquelle il se présente, non-éligible sur une liste de centre-droit pro-européenne).
Une certitude en tout cas, Tchèques et Français ne sont pas si différents.
1/ Les Tchèques sont-ils eurosceptiques?
A en croire les sondages d’opinion (dont je suis habituellement méfiant), combinés avec de nombreuses expériences de terrain, la réponse est „non“ pour l’écrasante majorité des Tchèques. A en croire les avis du Président de la République tchèque, repris par de nombreux médias internationaux, y compris français, ça serait un „oui“ assez fort. Cherchez l’erreur – vous la trouverez dans la déconnexion des élites politiques actuelles du pays de la plupart des citoyens. Un exemple pour tous: plus de deux tiers des électeurs d’ODS, ancien parti de Vaclav Klaus, soutenaient et soutiennent le Traité de Lisbonne (alors que la principale force de droite est majoritairement contre). Idem pour l’adoption de l’euro. Les Tchèques sont bien plus europhiles que leurs élites politiques, peu représentatives sur ces questions.
2/ Pour remettre cette attitude en abîme, comment définirais-tu la relation des Tchèques avec le Pouvoir?
Les Tchèques sont traditionnellement méfiants vis à vis le pouvoir, tendance historique qui prend sa source en grande partie dans les siècles passés sous la tutelle des Habsbourg – l’Etat, c’était un „eux“ étranger dont il convenait de se méfier. Le régime communiste n’a fait que confirmer et renforcer cette attitude – le pouvoir n’était pas un „nous“ représentatif, mais bien un „eux“ imposé par force. D’où un renfermement sur soi, sa famille, son lopin de terre, son chalet...
Aujourd’hui, cette méfiance se transforme souvent en désintérêt pour les choses publiques, au vu des pièces tragicomiques montées par la représentation politique. C’est comme si les grands partis politiques ne s’intéressaient pas du tout à la vraie représentation des intérêts de leurs groupes d’électeurs. Le grand malheur, c’est que la démocratie tchèque, „trop tôt fatiguée“, comme le pointe justement Jacques Rupnik, arrive toujours à faire réélire ceux qui manifestement adoptent un style politique agressif, arrogant, peu soucieux des vrais intérêts des citoyens – même si l’on n’est pas d’accord avec eux, on continue à remettre en selle toujours les mêmes, au prix et avec pour résultat la déconnexion entre le pouvoir en place et les citoyens.
L’espoir ne meurt cependant pas tout à fait – une sortie du tunnel de la désillusion est marquée par l’arrivée d’une nouvelle génération d’hommes et femmes politiques, riches d’expériences européennes, véritablement testés dans la concurrence européenne, qui sont à même d’apporter un style et un contenu nouveau. Peut-être bien déjà aux européennes de cette année...
3/ Quel regard portes-tu sur la Présidence tchèque de l'UE?
En bon diplomate, je me devrais de répondre „attendons le 30 juin, notamment les résultats du sommet de juin, pour évaluer véritablement les six mois de présidence.“ Effectivement, le sommet devrait, malgré le changement aux manettes du gouvernement à Prague, être un moment fort de la Présidence tchèque, qui a su bien se débrouiller dans ses premières semaines, notamment lors de la crise de gaz, n’en déplaise-t-il aux commentataires français plutôt sceptiques sur cette question.
Il n’en reste pas moins que notre présidence, très bien préparée et géréé au niveau technique et administratif, a été mise à mort politiquement par le vote de motion de censure du gouvernement Topolanek. Il serait cependant faux de faire de ceux (sociaux-démocrates, communistes et quelques anciens députés de la majorité) qui ont été directement responsables de la chute du gouvernement les seuls coupables du suicide politique de la Présidence. Toutes les formations de la majorité ont des comptes à rendre pour avoir failli à négocier une trève digne de ce nom avec l’opposition pour les six mois de la Présidence. Responsabilité de tous, alors? Pas tout à fait – il existe bien des forces politiques dans le pays, représentatives d’un grand nombre de Tchèques, qui portent un regard plus constructif vis à vis de l’Europe. Je retourne à ta question précédente – les hommes et femmes politiques de mon pays ne sont pas toujours représentatifs des Tchèques dans leur ensemble.
4/ Justement, la Présidence a-t-elle permis, comme il est généralement le cas, de mieux intéresser les citoyens à l'Europe?
La Présidence a surtout été une occasion pour les médias de mieux se saisir des enjeux européens, très peu couverts dans le passé (ce qui n’est pas en soi une spécificité tchèque...) et pour les représentants politiques impliqués directement dans la Présidence de se mouiller davantage aux vrais problèmes et vraix enjeux, au lieu de perpétuer un discours idéologique et idéologisant. La répercussion sur les citoyens a été cependant faible, à mon avis.
Même si on partait de très loin (responsabilité partagée par la gauche et la droite), le fonctionnement de l’Union, sa nature politique, la recherche permanente de compromis, sont toujours mal saisis par les citoyens. Un Vaclav Klaus prônant que la Présidence n’a aucune vocation politique ou d’impulsion, qu’il s’agit d’une simple modération technique des débats (couplée seulement à la remise des cadeaux aux délégations), n’est pas pour rien dans cette quête difficile. Son influence devrait néanmoins aller en s’affaiblissant, j’espère.
5/ Est-il facile de faire vivre un débat européen en République tchèque?
Très difficile, dans un climat de désillusion des Tchèques vis à vis de la politique en général (très peu iront voter au mois de juin), dans un climat qui de plus est marqué par l’arrivée d’un gouvernement des techniciens et les préparatifs pour les législatives anticipées du mois d’octobre. Les grands partis jouent la carte purement nationale, de politique interne. Les affiches des sociaux-démocrates exhortent ainsi les Tchèques à voter contre Topolanek, prétendument responsable des licenciements sans raison, des problèmes du système de santé etc. Sujets qui n’ont strictement aucun lien avec l’Europe, avec le rôle du Parlement européen, la politique européenne de la République tchèque, dominent la campagne.
On se bat alors dans les rues, en allant à l’encontre des citoyens avec un mur improvisé, sur lequel on a inscrit les plus grands des mensonges ou bêtises répétés par nos eurosceptiques. Une fois ce mur de clichés construit, nous l’abattons avec l’aide du public Manière de dire que ce mur n’est que dans nos têtes et faut aller au-delà si on veut réussir en Europe. Les réactions sont très positives, et les machines politiques installées n’ont pas l’habitude d’aller directement au contact des citoyens.
6/ Comment les médias traitent-ils le sujet?
Je ne veux pas me plaindre de l’attitude des médias, mais il est vrai que, malheureusement, ils ont l’air d’avoir accepté le jeu des grands partis. Les explications du contexte politique et économique du moment, du rôle du Parlement européen, l’importance de vote pour l’avenir de l’Union, sa capacité d’action, sont les questions qu’on voit apparaître que d’une manière très discrète dans les médias, occupés par les querrelles internes de chaque parti, les actions du gouvernement de transition ou les débats sur les législatives anticipées. Tout ceci est naturellement absolument légitime, mais l’on ne voit, à quelques exceptions rares, pas d’évaluations crédibles de bilan des députés sortants, des questions visant spécifiquement les européennes. L’augmentation des salaires des députés européens tchèques (grâce au statut commun des eurodéputés) est un thème qui vend plus que les questions de programme.
Les médias ne peuvent naturellement pas imposer aux partis les sujets de campagne, comprise comme un tour de chauffe pour les législatives, mais pourraient contribuer davantage à responsabiliser les politiques dans leurs prises de position et la manière dont ils mènent la campagne.
7/ De façon plus personnelle, comment interprètes-tu le désintérêt grandissant en Europe pour ces élections, alors même qu'elles interviennent en pleine crise économique et financière?
Elles interviennent surtout au moment où le futur Parlement devrait sortit renforcé de la mise en application du Traité de Lisbonne qui renforce non seulement les pouvoirs du Parlement en matière législative et budgétaire, mais ouvre la voie à une plus grande politicisation de l’Union, qui devrait – je l’espère – conduire à rendre l’Europe plus attractive aux journalistes et donc aussi aux citoyens!
Les raisons de ce désintérêt sont très diverses et vont du désintérêt (ou plutôt, d’un manque de confiance) grandissant pour la politique en général dans un monde globalisé où les politiques ne fixent plus les taux d’inflation en concert avec les plus grands industriels du pays comme jadis, au moment d’une crise de leadership politique en Europe, manque de connaissances des pouvoirs réels du Parlement européen (et, plus généralement, du poids du cadre législatif européen sur la législation nationale), au regard des résultats parfois piétreux du travail d’un certain nombre d’européputés sortants ou des stratégies des partis politique nationaux – qui des plus grandes formations dans chaque pays joue véritablement la carte européenne, en proposant notamment des spécialistes des questions europénnes en tête de listes?
Pourtant, le Parlement européen va jouer un rôle primordial justement dans le cadre de la crise économique que ne sommes en train de vivre. De sa majorité politique future dépendront les choix pris au niveau européen (y compris la couleur politique du futur Président de la Commission). Dire que les recettes de la gauche et de la droite pour la sortie la plus rapide de la crise ne sont pas les mêmes serait un euphémisme. Les européennes de cette année sont dans ce contexte encore plus importantes que jamais, et il conviendrait de leur accorder une attention correspondante. Un travail que personne ne fera à la place des journalistes et des hommes politiques...
23:09 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vaclav lebeda, europe, ue, tchéquie, république tchèque, vaclav klaus
24/12/2008
PFUE - un bilan?
J'écris de moins en moins ici... Et ce n'est pas l'envie qui manque pourtant, plutôt le temps.
La Présidence française de l'UE a pris fin la semaine dernière, pourtant, la passation de pouvoir avec la Présidence tchèque se fera le 31 décembre. Sans doute le discours de bons voeux du Président Sarkozy sera-t-il teinté de cette belle formule "j'ai voulu bouger l'Europe, mais l'Europe m'a changé".
C'est très vrai. On remarquera que l'homme change beaucoup. Mais que je préfère son "j'ai changé" du 16 décembre 2008 à son "j'ai changé" du 14 janvier 2007, au palais des expositions de la porte de Versailles. L'homme change en hiver.
Ceci dit, sur le sujet particulier de l'Europe, on peut créditer à Sarkozy sans prendre grand risque la sincérité du propos, plutôt que l'aspect pub/communication de la campagne présidentielle.
Qu'était Nicolas Sarkozy avant le 1er juillet 2008 (ou, plutôt, avant août 2008 et la crise géorgienne)?
Un homme dont tout le monde disait que la construction européenne et la concertation était le dernier des soucis. Un type ignorant des modes de décision européens, ignorant du respect et du temps à prendre pour se concerter avec ses partenaires. Insultant, même, quand il imagine l'Union pour la Méditerranée uniquement entre Etats limitrophes de la mer séparant Europe et Afrique, sans inclure l'Allemagne et les 20 autres partenaires européens déjà concernés par la politique de voisinage et le processus de Barcelone.
Un homme qui dégaine "la faute à la BCE" plus vite que son ombre. Un homme qui n'hésitait pas à monter les citoyens contre la Commission européenne (notamment le commissaire au commerce) sans évidemment expliquer que les directives, les règlements, et les accords négociés à l'OMC ne pouvaient se faire sans l'aval des Etats-membres (Conseil des ministres de l'UE, co-législateur et co-exécutif).
Qu'est-ce qu'une présidence de l'UE?
Une présidence de l'UE, c'est un bonbon. Qui a trois utilités:
Avoir un Etat pour gérer l'agenda (le Conseil Européen des Chefs d'Etat et de gouvernement établit les grandes orientations de l'UE: il faut bien quelqu'un pour mettre tout le monde d'accord sur l'agenda).
Passer une présidence Etat par Etat pour forger un esprit européen (et intéresser les citoyens au sujet: tous les eurobaromètres témoignent d'un regain d'intérêt pour l'UE lors d'une présidence).
Laisser surtout la gestion courante, normative et législative à la Commission, seule à pouvoir proposer des textes de loi au Parlement européen et au Conseil des ministres de l'UE (qui légifèrent conjointement).
Qu'a été la Présidence française de l'UE?
Une présidence de crise particulièrement exemplaire de 3 points de vue:
- La réactivité du pouvoir
- L'incarnation du pouvoir
- L'expression et la matérialisation du pouvoir
Et d'un pouvoir non-plus incarné par la Commission (technocrates, fonctionnaires, indispensables à la bonne marche de l'UE mais stigmatisés par les anti-européens, parfois à raison, avouons-le), mais incarné politiquement par un dirigeant élu et incontestablement légitime (la légitimité de la Commission, tirée de son souci du bien commun de l'UE et du vote du Parlement européen, est parfois difficilement appréciable par les citoyens).
Réactivité du pouvoir
Un pouvoir réactif, et même pro-actif, aidé par la personnalité de celui qui l'a incarné (Sarkozy), et par le contexte (crise diplomatique, élections américaines, et crise financière et économique).
Crise diplomatique: la tatonnements d'un Sarkozy qui revoit son mode de fonctionnement: il apprend la concertation. Il réagit avec urgence, se trompe, Angela Merkel passe derrière et lisse les bords en rappelant que certaines concessions de Sarko en bilatérale avec Medvedev ne sont pas tolérables (notamment dans le champ lexical du relativisme utilisé par le président en exercice de l'UE).
Au final, un positionnement de l'UE inédit! Souvenons-nous quand Poutine venait à Bruxelles, et que seul le président du Parlement européen Josep Borrell osait critiquer la situation tchétchène! Là, l'UE fait bloc, réussit à unir la méfiance polonaise, balte, et la diplomatie prudente des autres Etats membres.
Elections américaines: l'expression d'une globalisation positive, espoir du monde entier de rompre avec l'administration Bush... c'est l'opportunité pour l'Europe de s'assumer comme une puissance idéologique leader. Le modèle de développement de l'UE (économie sociale de marché, globalisation gérée, co-développement encouragé, environnement pris en compte...) devient un référence, à laquelle le candidat Obama se réfère. Sarkozy, incarnant l'UE pendant sa présidence, reçoit une légitimité et une autorité de parole confirmées.
Crise financière et économique: C'est le meilleur exemple du changement comportemental de Sarkozy. C'est l'exercice de la concertation, et c'est le pragmatisme de mettre au placard son premier plan de relance pour adopter celui de Gordon Brown pour l'Europe.
Le pouvoir politique de l'UE ne s'est pas contenter de gérer des objectifs avec la présidence précédente et la présidence suivante: il a été proactif, a changé les habitudes de l'UE, a modifié l'image de l'exécutif européen.
Incarnation du pouvoir
Nous y voilà à la conséquence directe de ce changement de comportement de la présidence de l'Union: le pouvoir est incarné. Il y a la sensation qu'effectivement, il y a un numéro de téléphone à l'Europe.
Même si ce numéro de téléphone existe (c'est celui de Javier Solana, haut représentant pour la politique extérieure), voilà que Sarkozy a rendu tout ce système ringard... en le politisant. En coupant dans le vif et en provoquant des clivages. Surtout, en réagissant rapidement: l'inverse du processus très institutionnel des institutions.
Une incarnation du pouvoir problématique, pourtant. La présidence tchèque va suivre, et craint pour ses prérogatives. Jean-Claude Juncker s'est senti attaqué sur sa présidence de l'euro-groupe, et il est fort possible que l'activisme européen de Sarkozy ne s'arrête par le 1er janvier... alors que sa légitimité (tirée de son tour de présidence de l'UE) aura disparu.
L'expression et la matérialisation du pouvoir
Au final, ce qu'il y a de plus étonnant en cette fin de présidence, c'est l'étude menée pour Euro RSCG C&O sur les mots de la crise. Alors que le nom Sarkozy est à mi-chemin entre l'anxiogène et le rassurant, des mots comme "euro", "gouvernement économique européen", deviennent eux, rassurants.
Cela semble indiquer que la personnalité de Sarkozy en soi n'est pas attachée à la perception du pouvoir, plutôt positive.
Ce pouvoir est exprimé comme ayant la capacité d'être efficace, réactif, capable de résoudre les problèmes. C'est une affaire de communication (effectivement, les Russes sont-ils sortis de Géorgie, comme prévu pour mi-octobre? non!), mais c'est aussi cela la politique. Et si cette communication permet une plus grande confiance en l'UE, alors on élargit du même coup la légitimité des institutions, et la marge de manoeuvre de l'UE, ainsi que ses ambitions.
On pourrait presque conclure que, grâce à ces crises successives (avec une crise de l'énergie latente supplémentaire), et la personnalité de Sarkozy aux commandes, on est sorti de la crise de confiance envers l'UE (comme les indicateurs eurobaromètre le prouvent). On a peut-être même passé une marche supplémentaire, où finalement, aborder l'UE, ce n'est plus être pour ou contre, aussi bêtement que ça.
C'est plutôt l'UE est là, maintenant, qu'en fait-on, et que peut-on faire grâce à elle?
Quant à savoir si Sarkozy a changé... Cette présidence est à son image: celle d'un politique travailleur très pro-actif qui étudie peu le fond des dossiers (un peu comme l'étudiant plutôt moyen qu'il était). Les dossiers tels que l'avancée du paquet énergie/climat, le bilan de santé de la PAC, le budget des communautés européennes... n'ont pas beaucoup avancé.
Il ne faudrait pas qu'à la bonne image ne suive aucun travail de fond. Aux présidences suivantes, de permettre au Conseil européen d'avancer, et à la Commission, grande perdante de cette présidence Sarkozy, pendant laquelle elle ne fut qu'un figurant, de proposer des textes ambitieux.
11:49 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, pfue, europe, ue, présidence française, politique, démocratie
17/11/2008
Mais qui succédera à Jouyet?
Jean-Pierre Jouyet est donc nommé à la tête de l'AMF, Autorité des Marchés Financiers. C'est plutôt une bonne nouvelle pour les réformes de régulation de la prise de risque financière, Jouyet étant plutôt connu pour être quelqu'un qui réussit à obtenir des résultats.
Je suis tout de même triste de le voir partir. C'est le profil-type de l'homme politique que j'aime bien... c'est à dire, pas très politique, sobre, sérieux, qui ne sort pas de son cadre ni de son rôle, et qui a l'air de vraiment tenir à son activité et à sa mission, plutôt qu'à son poste. Dans le (petit) milieu des gens qui s'occupent d'Europe, il a rapidement été apprécié d'une façon unanime, et ce n'est pas pour rien.
Question, donc, émanant du confrère Euro Junkie, qui pour remplacer JPJ?
EuroJunkie évoque quelques noms, et parie sur Tokia Saifi. C'est une drôle d'idée, après tout pas si bête: une sorte de symbole, une députée européenne, qui est à la hauteur de l'ambition du poste après la PFUE: laisser faire Sarkozy complètement. Après Jouyet, ce serait un retour en arrière, au secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes et des pots de fleurs. Mais elle est habituée à ce genre de rôle après son petit tour en Raffarinette entre 2002 et 2004.
Personnellement je parie sur une personnalité forte, pour deux raisons:
1. Dans le système Sarkozy, tout se monnaye, et ceux qui n'ont aucune monnaie d'échange ne comptent pas
2. Sarkozy a mine de rien besoin d'une personnalité forte pour le travail de fourmi qu'il faut effectuer au quotidien dans la diplomatie et la recherche de consensus entre Européens.
Il va donc avoir besoin de quelqu'un bien plus rompu aux rouages que Mme Saifi.
Je ne vois que quatre personnes pour soutenir le rôle:
- Françoise Grossetête, député européen (depuis 1999), qui aspirait à une tête de liste aux Européennes dans la région sud-est, qu'elle s'est faite souffler par Barnier. C'est ma favorite.
- Alain Lamassoure, député européen (89-93 puis depuis 1999) déjà ministre délégué aux affaires européennes (go
uvernement Balladur).
- Olivier Duhamel, pour un bon mix "ouverture - technicien - politique" comme semble les aimer Sarkozy (si Kouchner ne lui en veut pas trop de s'être marié à son ex-femme).
- Jean-Dominique Giuliani (photo), président de la puissante Fondation Robert Schuman. Mais d'un caractère peut-être un peu compliqué pour cohabiter avec Bernard Kouchner, qui n'est pas en reste sur ce sujet.
Evidemment, mon problème, c'est que j'idéalise toujours un peu. Il y a toujours un risque que le poste se transforme en parachute pour une Rachida Dati virée de la Justice... et oui, vous l'aviez oublié, mais tout est devenu possible!
12:26 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : europe, jouyet, affaires européennes, ue, gouvernement
02/10/2008
Mes 4 projets pour l'Europe de 2020
Recevant assez souvent des chaînes, y répondant peu, j'ai décidé d'initier ma propre chaîne, bien inspiré par la bonne centaine de contributions que l'on peut lire sur le site "Paroles d'Européens!", et bien inspiré par les propositions en vidéo de Jules, du Bondy Blog et Quitterie, j'ai donc décidé de créer ma petite chaîne, sur un sujet dont personne ne parle en ce moment, absolument personne: l'avenir de l'Europe!
Quelle Europe voulez-vous en 2020? Quels doivent être les 4 priorités à mettre en oeuvre dès aujourd'hui pour améliorer l'Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l'international, plus en avant sur le développement durable, etc.
1. Il me semble indispensable de pouvoir politiser les institutions européennes. Il y a un changement institutionnel simple à avoir le courage de faire, c'est réduire les domaines de décision à l'unanimité. Il faut arrêter de finasser avec des consensus interminables et des temps de décision trop long par rapport au temps de l'opinion publique, par rapport au temps de la diplomatie, par rapport au temps du réchauffement climatique, par exemple.
2. Il est évident que la mobilité dans l'Union européenne doit être encore facilitée, et élargie. Facilitée par des mesures fiscales qui puissent favoriser les entreprises de transport. Il faut encourager les low-costs et les réseaux ferrovières entre les pays. Elargie parce que la mobilité est aujourd'hui la jouissance d'une élite. Peu d'Européens partent Erasmus (1% des étudiants chaque année), peu d'Européens pensent même à quitter leur pays, même pour un temps court, pour un autre, où la monnaie est pourtant la même, où la plupart des règles de vies sont les mêmes.
3. Il faut savoir utiliser la puissance européenne, et il faut s'en donner les moyens politiques. Nous sommes la première puissance économique mondiale. Nous avons la première monnaie d'échange au monde, et la plus stable. Nous sommes la première puissance agricole mondiale. Nous pouvons contraindre les autres pays grâce à cette puissance économique. Nous pouvons imposer nos normes environnementales. Nous pouvons décider d'encourager les pays moins développés qui modernisent leur économie et leur système éducatif. Nous pouvons menacer de mesures de rétorsion contre des Etats voyous. Mais pour cela, il faut une légitimité à le faire (un ministre des affaires étrangères européen, un président de la Commission véritable émanation de la volonté des citoyens européens, etc).
4. Il va être rapidement nécessaire d'organiser la recherche au niveau européen. De favoriser les mises en réseau et les collaborations des laboratoires de recherche des différents pays de l'Union. Aujourd'hui, l'Europe ne met pas assez d'argent dans la recherche: 1,84% du PIB en moyenne dans l'UE à 27, avec seulement 1,5% d'augmentation par an entre 2001 et 2005! En comparaison, le Japon est à 3,18% de son PIB pour la recherche, et les USA à 2,68%.
J'aurais pu parler d'une défense européenne, du co-développement, des médias... Il y a déjà bien assez avec ces 4 là. Si on politise, on intéresse. Si on bouge, on gagne un sentiment européen, une solidarité à l'égard des autres. Si on voit que l'UE utilise sa puissance, on a confiance en elle, et on en est fier. Si l'UE pense à l'avenir, on n'a pas l'impression d'être complètement largué...!
Alors je passe mon petit jeu à 4 blogueurs: Nick Carraway, Le Chafouin, Ca Réagit, et... la Lettre Volée, bien sûr!
Et je leur demande de bien vouloir continuer mon jeu, évidemment...
22:49 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : europe, ue, économie, politique, démocratie, recherche, mobilité
16/09/2008
Delors sommeille (peut-être) en toi
Les 10 et 11 octobre prochains à Nantes, des jeunes, dont moi, dont Kamila, Olga, Justyna, François, Thomas, et d'autres amis sans doute, nous retrouveront autour du sujet européen. Peut-être y aura-t-il Quitterie, peut-être y aura-t-il Jules et Damien, peut-être y aura-t-il Natacha et Sacha, peut-être y aura-t-il Vincent... Peut-être y serez-vous, vous?
500 jeunes, pour élaborer 12 projets pour leur Europe de 2020, pendant toute une journée en ateliers, autour de 4 thèmes fondamentaux pour l'Europe de 2020:
Rapprocher l'UE de ses citoyens
Construire l'Europe du développement durable
Bâtir une Europe innovante et solidaire
Positionner l'Europe dans le monde
Et le lendemain, samedi 11 octobre, grande séance publique pour un débat télévisé entre ces jeunes, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marc Ayrault, et les membres du groupe de réflexion sur l'avenir de l'Europe nommés par le Conseil Européen: Felipe Gonzalez et Vaira Vike-Freiberga. Les jeunes présenteront les 12 projets qu'ils ont construit, les défendrons. Et La Chaîne Parlementaire retransmettra un débat que j'espère sans concession.
Pour illustrer et avant-propos, deux vidéos.
Des idées, vous, pour l'Europe de 2020?
07:59 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : europe, ue, union européenne, paroles d'européens, jouyet, kouchner, gonzalez
08/08/2008
Pendant ce temps-là, en Ossétie du Sud...
Vraiment, vraiment incroyable aujourd'hui au bureau. Cela fait à peu près une heure et demie que la Géorgie et la Russie sont en état de guerre, à peu près 24h que ça menacé d'exploser et que les combats font rage entre Ossètes et Géorgiens... et ici, tout le monde a le nez sur la cérémonie d'ouverture des JO.
"ça a commencé, déjà?"
"Ouais, ouais, tu peux la voir sur le site de Canal +"
...
Donc voilà, la Géorgie a, plus ou moins pertinemment, violé l'intégrité de la province séparatiste géorgienne, dont le gouvernement n'est reconnu par personne: ni par l'ONU, ni par la Géorgie, ni par la Russie... mais qui est pourtant un puissant outil de destabilisation du pouvoir de Saakachvili, le président géorgien réformateur et pro-occidental.
Sentez le truc: la province n'est pas reconnue par la Russie, qui pourtant entretient des contacts avec elle (comme avec l'Abkhazie, autre province séparatiste), et a même rétablie des relations officielles avec la province en avril dernier. Dans le même temps, Saakachvili, pro-occidental et proche de l'UE, a été élu en 2003, et cherche à faire sortir son pays de l'influence russe. Ajoutez à cela que la grande majorité des Ossètes du sud possèdent un passeport russe, et qu'ils ont été plus de 90% à voter pour l'indépendance de la province en 2004, et vous avez globalement le fond du problème qui mène, à 15h01 aujourd'hui, un responsable de la sécurité nationale géorgien, à dire que la Russie et la Géorgie sont "au bord de la guerre".
15:36 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : géorgie, ue, europe, russie, saakachvili, guerre, abkhazie
04/08/2008
Un Européen à Paris
Juste, en passant... Dans le cadre de mon travail, je réalise des petits portaits d'Européens qui vivent, travaillent, ou visitent Paris. C'est marrant, ces perceptions différentes de l'UE. Que l'on soit issu d'un pays anciennement satellite de l'URSS, ou bien d'un pays comme les Etats-Unis. Brienna me confiait par exemple que ce qui la frappait le plus à propos de l'Europe, c'est l'ouverture sans précédent et sans égal des frontières, qui fait qu'on peut se sentir chez soi à peu près n'importe où. Dominika, elle, parlait plutôt de la Biélorussie: un Etat plus proche de nous que la Chine, où il y aurait autant, sinon plus à dire à propos des droits de l'Homme. Barbara m'a fait découvrir les "macro-régions", ces coopérations transfrontalières pour des projets concrets d'infrastructures routières ou que sais-je...
On en réalise jusqu'au 15 août, et je serais ravi de recevoir vos commentaires et suggestions.
15:40 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ue, europe, paroles d'européens, un européen à paris, paris
29/07/2008
Comment reconnaître un menteur?
Excellent article de linternaute qui nous décrit le menteur. Vous avez remarqué comme Nicolas Sarkozy se frotte souvent le nez? Et bien il nous ment, sur le sujet des négociations sur le cycle de Doha, et notamment l'arrêt des subventions agricoles des pays développés. Enfin il ne nous ment pas sur le sujet lui-même. Après tout, il a le droit de penser que le système actuel qui permet aux pays du nord de subventionner leurs agriculteurs peu compétitifs sur le marché mondial avantage vraiment les agriculteurs sénégalais (vous savez, ceux qui ne sont pas entrés dans l'histoire et qui vivent au rythme ancestral des saisons...).
On peut d'ailleurs s'inquiéter de la santé mentale d'Henri Guaino, dont la patte imprime singulièrement cette mélopée élyséenne dénonçant un commissaire européen "prêt à sacrifier l'agriculture européenne sur l'autel du libéralisme mondial". En effet, un jour il dit que rien ne fait entrer l'homme Africain (Bwannah!) dans l'histoire, et le jour suivant, il dénonce la libéralisation du commerce de matières premières agricoles, seule solution pour "l'homme Africain". Tout cela est à peu près aussi incohérent que les courbes de popularité de nos hommes politiques. N'y aurait-il pas d'ailleurs un rapport?
Donc, recadrons, à usage de ceux qui n'auraient pas encore saisi que je dénonce le populisme de notre Président à grandes zoreilles et de son conseiller à petite vertu. Le Commissaire européen au commerce est Peter Mandelson. En d'autres temps, il fut Pascal Lamy, social-démocrate lui aussi.
Selon les traités, le Commissaire européen au commerce reçoit mandat des ministres de l'économie des pays de l'UE, réunis en Conseil des ministres de l'UE, pour négocier au nom de l'Union européenne comme une entité, auprès d'organisations comme l'OMC, et face à des Etats comme les pays en développement, la Chine, ou les USA. C'est ce que l'on appelle une compétence exclusive de l'UE.
Elle est exclusive, dans le cadre voté (à l'unanimité), par les ministres représentant les Etats-membres. En gros, le Commissaire européen au commerce est investi d'un mandat de négociation, au-delà duquel il ne peut pas aller. S'il dépassait son mandat, la Commission européenne dans son ensemble serait menacée de démission collective.
D'ailleurs, si le commissaire au commerce dépassait son mandat, il me semble que nous n'entendrions pas uniquement le président Français pour le contester.
Bon, le souci évidemment, c'est que le président Français incarne, pendant encore 5 mois (que nos partenaires vont trouver looooongs!) la présidence de l'UE. Et c'est plutôt malvenu de profiter de cette autorité pour verser dans le populisme.
13:07 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : europe, ue, mandelson, sarkozy, commission européenne, omc, afrique
13/07/2008
Adieu, Bronislaw Geremek
Le blog a été en rade un long moment. j'ai trouvé la patience de m'en occuper aujourd'hui. Bronislaw Geremek est mort, et c'est trop injuste. C'était un homme qui malgré son âge, à 76 ans, était d'une étonnante modernité, et conservait une vision détachée, honnête et raisonnable de l'Europe, de sa construction, de ses points faibles.
Je l'avais rencontré une première fois à Varsovie, à l'occasion d'une grande conférence dans le cadre de la "Schuman Parade" organisée au mois de Mai dans la capitale polonaise. Je l'avais revu à Lille le 7 mai dernier, à l'occasion du Rendez-vous des Européens (qui lui rend d'ailleurs un joli hommage)
C'était un homme extraordinaire, parce qu'il était extrêmement simple. Il s'adressait à tous avec la même humilité, sans se dire "tiens, celui-là il est pas important, je vais pas perdre du temps avec lui". Dans la voiture VIP qui le raccompagnait à la gare de Lille, il m'avait raconté sa relation spéciale avec la capitale du Nord, dont il était citoyen d'honneur.
Son train pour Bruxelles avait du retard, nous l'avons attendu ensemble à la gare. Et il parlait, avec animation, avec douceur, avec une voix un peu chevrotante, qui dévoilait toujours une émotion, une conviction vivante. Il écoutait aussi, et ses yeux étaient aussi animés que ses mots, choisis, étaient paisibles. Mais toujours lourds de sens.
Geremek c'était l'homme européen. Passé par toutes les douleurs, humaniste, à l'écoute des autres, curieux de ses voisins. Et c'était l'une de mes idoles. Si l'Europe pouvait lui rendre un hommage à la mesure de ce qu'il lui a apporté, ce serait bien.
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01/07/2008
Paris en Europe
20:38 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : photo, paris, tour eiffel, europe, ue
19/06/2008
Pendant ce temps, à Londres
Chapeau, mille félicitations et gratitude infinie à Gordon Brown qui vient de sauver le Traité de Lisbonne. La chambre des Lords a ratifié hier le traité de Lisbonne rejeté par 53% des votants irlandais jeudi dernier. Ce faisant, Gordon Brown sauve doublement le traité: il isole de président tchèque Vaclav Klaus qui avait vendredi sauté sur l'occasion irlandaise pour remettre toutes les ratifications en cause, et il permet à la dimension anglo-saxonne de l'Europe de prendre part au projet commun: un pays de la zone euro a dit NON, mais un pays réputé eurosceptique dont tout le monde craignait la réaction, s'est précipité pour dire OUI.

On peut rire des responsables politiques, journalistes idéologisés et autres blogueurs qui avaient réagi aux propos de Vaclav Klaus: dans la Constitution tchèque, le président a le devoir de ne pas se mêler de politique nationale, ni même de politique internationale. Il a un rôle représentatif, et si sa position n'est pas aussi effacée que celle du président allemand, elle n'a rien de commun avec celle d'un régime semi-présidentiel comme en France: la République tchèque est un régime parlementaire, et le Premier ministre tolère que le Président s'exprime sur l'actualité politique, rien de plus.
Les eurosceptiques de tout poil basaient donc de grands espoirs sur Klaus, et à défaut de Klaus, sur son parti et son premier ministre, Miroslav Topolanek. Il faut dire cependant que la situation politique tchèque est beaucoup favorable à l'Europe que ce que l'on entend dans les médias (qui assimilent l'agressivité du président Klaus envers l'Europe à celle de tout le pays). L'électorat de l'ODS (part de Klaus) est plutôt euro-enthousiaste, et une très grosse minorité du parti de droite est pro-européenne. Le parti social-démocrate CSSD est unanimement pro-européen (à l'inverse de son électorat, étonnamment), et les Verts le sont aussi. La ratification parlementaire n'aurait donc pas posé de problème.
Mais saluons Gordon Brown, donc. Nicolas Sarkozy a beau faire valoir que "sauver le traité de Lisbonne" sera son objectif premier pour sa présidence de l'UE, il me semble que plus de la moitié du chemin vient d'être parcourue. On peut saluer le courage politique du premier ministre britannique, dans une situation délicate après la volée de bois vert des élections municipales, contesté au sein même du Labour, qui a imposé cette ratification rapide. On peut saluer son pragmatisme: Gordon Brown n'est pas connu pour être un grand Européen, mais il a tenu à garantir l'intérêt général. Celui de son pays, et celui de ses partenaires.
11:35 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gordon brown, uk, gb, grabde bretagne, ue, europe, lisbonne
17/06/2008
Que penser de l'Union pour la Méditerranée?
J'entame un sujet commun des Kiwis sur le concept d'Union pour la Méditerranée. J'éditerai donc au fur et à mesure des contributions de mes petits amis tout vert bourrés de vitamine C.
Que penser du dada à Sarkozy Guaino, sorti pendant la campagne présidentielle, et depuis agitée inlassablement par le chef de l'Etat? Tout d'abord, fort heureusement, ce projet n'est plus uniquement un projet français. Il a suivi, comme toutes les idées soumises à discussion et à consensus, des modifications. Et la première d'entre elle est sémantique: d'une "Union de la Méditerranée" en 2007, voilà le projet devenu "Union pour la Méditerranée" aujourd'hui.
La deuxième est dans le sens, et suit la première. L'Union de la Méditerranée impliquait une nouvelle organisation, une approche institutionnelle, une fabrication superficielle (puisque nécessitant des résultats de court terme) d'une union des pays et des peuples de Méditerranée. C'était méconnaître les différences et les méfiances (pour ne pas dire les haines) entre les pays d'Afrique du nord. C'était aussi dissocier l'Union européenne d'une Union de la Méditerranée (ne comprenant que les pays Européens partageant une rive avec la mare nostrum), et donc excluant les autres membres de l'UE, pourtant partenaires influents et politiquement, et économiquement (Allemagne, Grande-Bretagne, Pologne).
L'Union pour la Méditerranée permet d'impliquer l'ensemble des pays de l'UE. Elle permet en outre d'incorporer ces ambitions nées un jour de campagne dans l'esprit tourmenté de Guaino dans la droite ligne du processus de Barcelone (1995) visant à développer les relations entre l'Europe et la Méditerranée, et entre les pays nord-africains et proche-orientaux eux-mêmes.
Les recommandations de la Commission européenne, avec quelques exemples de projets à l'appui, faisant suite à une petite année de discussions entre pays européens, a permis en outre de donner du corps à un projet très mal ficelé, jonglant sur les grands principes de façon grandiloquente, et faisant l'erreur monumentale de n'avoir qu'une ambition politique et pas une ambition globale.
Où en est-on? Guaino déblatère sur touteleurope.fr mais nous donne quelques réponses. Celles-ci coïncident avec les recommandations de la Commission européenne, et en fait ramènent le projet à une relance du processus de Barcelone, avec ce petit plus hérité du début des années 2000: l'enjeu de l'approvisionnement énergétique et du développement durable. On n'épiloguera pas sur l'opposition "initiative politique" contre "initiative technocratique", qui est une opposition d'affabulateur: cela fait 60 ans que les "technocrates" font de la politique en préparant des programmes de long terme ayant des influences indirectes sur les politiques publiques.
Nous voilà donc avec un rappel de Barcelone à faire: l'enjeu accompagne celui de la politique de voisinage. Il y a des programmes de développement, des programmes culturels communs, et des fonds européens versés aux pays du Moyen-orient et d'Afrique du Nord, en contrepartie d'avancées dans certains domaines: démocratiques, diplomatiques. L'objet de Barcelone est aussi de réussir à régionaliser certaines politiques, en forçant les pays du Maghreb à collaborer sur certains dossiers évidents: flux migratoires, développement économique, échanges commerciaux, etc. L'Union pour la Méditerranée aborde l'enjeu de l'environnement, on ne peut que s'en féliciter.
On a beau jeu de dénoncer un "processus de Barcelone au point mort". Je reconnais que les résultats ne sont pas évidents, et pas tellement à la hauteur de l'ambition initiale. Néanmoins il est évident que ce genre de politique (le mot processus a un sens) ne trouve de sens que dans le long terme. Le relancer aujourd'hui par une piqure de rappel est une bonne chose.
Et heureusement que les institutions communautaires, Commission en tête, sont là pour rappeler au Président Sarkozy et au Conseiller Guaino qu'il y a un cadre institutionnel à respecter, qu'on ne peut pas imaginer diviser les pays européens sur une initiative politique ayant des conséquences budgétaires, et qu'on ne peut pas non-plus ignorer un certain nombre de difficultés qui relèvent de la réalité, et non de la communication.
De ce point de vue, je suis d'ailleurs assez heureux que la Commission européenne ne communique pas, au sens où on l'entend en France aujourd'hui.
18:40 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : union pour la méditerranée, ue, europe, sarkozy, ferrero-waldner, commission européenne, maghreb
12/06/2008
Une diplomatie sans queue ni tête?
Libération m'apprend que l'invité du 14 Juillet, devant lequel l'armée française va défiler, et qui est invité à la fête de la Prise de la Bastille, et de ce qui l'a accompagné: fin des privilèges, déclaration des droits de l'Homme, sera Bachar El-Assad. Nicolas Sarkozy a manifestement envie de jouer un grand rôle dans la reconstruction politique et matérielle du Liban. Après avoir rencontré les élus du Hezbollah à Beyrouth, Nicolas Sarkozy invite donc le dictateur syrien qui soutient le terrorisme au Liban, et principal instigateur des drames de la région.
Manifestement, le fait que Kadhafi lui ait fait dans les bottes sur l'Union pour la Méditerranée n'aura pas suffit à Nicolas Sarkozy: il persévère dans son idée que le meilleur moyen de se mettre un dictateur dans la poche, c'est de s'humilier et d'humilier son pays et ses valeurs devant lui. Bon, ça n'était pas efficace pour Kadhafi, peut-être cela le sera-t-il pour Bachar El-Assad?
Mais voilà. A partir du 1er juillet, Nicolas Sarkozy n'est pas que Président de la République française. Il est aussi chef de l'exécutif de l'Etat qui préside l'Union européenne. Il avait d'ailleurs déjà dit l'année dernière après le succès du défilé des troupes des 27 sur les Champs Elysées, que les armées de chaque pays de l'UE seraient représentées dans cette fête nationale 2008 très symbolique pour l'identité européenne de la France.
La question est: comment donc les pays des 27 prendront-ils que Nicolas Sarkozy fait défiler leurs représentants (et pas n'importe lesquels: pas des diplomates, mais des militaires!) devant un dictateur envers qui il n'y a que très peu de consensus au sein de l'Union?
En un mot, nom de Zeus, quand donc Nicolas Sarkozy comprendra-t-il que tout n'est pas communication?!
- Inviter El-Assad a un joli défilé et à une garden party, ce n'est pas faire de la diplomatie.
- Inviter une personne aussi controversée quand on est Président de l'Union européenne, et ce sans concertation avec ses partenaires européens, ce n'est pas responsable.
- Privilégier l'effet d'annonce avant tout travail de fond et de concertation, c'est de la bêtise, et de la bêtise dangereuse qui compromet nos valeurs, et notre diplomatie européenne (qui est déjà si faible). C'est par ailleurs incohérent, et cela annule toute volonté de diplomatie.
- Privilégier un dictateur sur des partenaires démocrates avec lesquels on a des politiques en commun et des ambitions (politiques, économiques, diplomatiques) est outrageant pour ces partenaires.
En un mot simple: comment Nicolas Sarkozy peut-il prétendre engager une présidence de l'Union ambitieuse, et commencer par un symbole (et plus qu'un symbole: les conséquences seront désastreuses) si désastreux et si controversé?
Ce président est un guignol. Il n'est pas digne ni de nous, ni de l'Europe.
Dessin: Stavro, dans le Courrier International, 27/06/2001
00:03 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : ue, europe, bachar el-assad, el-assad, politique, sarkozy, diplomatie
11/06/2008
Et après un Non irlandais?
Il y a des points communs entre les campagnes du NON d'Irlande cette année, et la campagne du NON français il y a 3 ans. Il y a déjà une situation similaire, même accentuée: en 2005, il était déjà évident que la place de l'UE dans le monde se faisait rogner tranquillement. Depuis, Mittal a racheté Arcelor, depuis, la diplomatie européenne a eu l'occasion de se faire humilier sur des dossiers comme ceux de l'Iran, des rapports avec la Russie... Depuis, il est devenu évident que sans poids politique il sera difficile de faire valoir les domaines où l'UE nous place en pointe, comme la lutte contre le réchauffement climatique.
Il y a aussi cette évidence, accentuée: nous sommes dos au mur. Les Etats n'arriveront pas, à moins de partager des politiques plus intégrées (en passant par un nouveau traité, justement) à respecter les objectifs de la stratégie de Lisbonne, qui tend à faire de l'Europe l'économie la plus compétitive du monde dès 2010 le plus tôt possible.
Quelle suite, donc, à un éventuel NON irlandais?
Je ne vois que quatre possibilités, et l'une d'entre elle me semble particulièrement improbable, c'est la première.
1. Comme pour le Traité de Nice en 2001, et parce que c'est un traité négocié en conférence intergouvernementale (à l'inverse du processus démocratique qui a accompagné le Traité Constitutionnel), on pourra demander aux Irlandais de voter une seconde fois le texte.
2. Le Traité est rejeté, et l'Europe est dans l'impasse: comment faire? Le Conseil européen des Chefs d'Etats et de gouvernements est politiquement encore plus bridé qu'il n'est, aucune orientation d'envergure ne peut être donnée. L'Europe continuera à fonctionner cahin-caha de façon normative grâce au trio Commission - Parlement européen - Conseil des ministres de l'UE. Mais aucune mesure et aucune perspective de portée importante ne pourra être prise: on pourra par exemple dire adieu à une défense commune ou bien à une renégociation satisfaisante de la PAC.
3. Le Traité est rejeté en Irlande, les ratifications des autres pays européens sont annulées, mais il nous reste une façon de le faire ratifier en respectant les Constitutions de tous les pays (en effet, le référendum est obligatoire en Irlande): on fait ratifier le Traité de Lisbonne par référendum paneuropéen (tous les citoyens d'Europe votent le même jour), et cette ratification est validée par les pa
rlements nationaux.
Evidemment, cette façon de faire relativise les résultats nationaux par rapport au résultat global: mais cela reste la démocratie, non?
Comme j'ai cru comprendre que les nonistes étaient rarement des anti-européens mais surtout des Européens peu satisfaits de leur situation matérielle du moment, ou bien du cadre de leur démocratie nationale (bref, que des sujets de préoccupation importants, mais plutôt à côté de la plaque), je ne pense pas que cette troisième situation les dérange.
En attendant, en Irlande, les résultats sont serrés. On va suivre les résultats de près: premiers résultats provisoires vers 23h jeudi. Les résultats définitifs dans la matinée de vendredi.
Lire le blog "Ca Réagit"!
08:05 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : traité de lisbonne, europe, ue, irlande, référendum, démocratie, démagogie









