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13/04/2009

Kouchner n'est pas un homme d'Etat

Intéressant revirement de Bernard Kouchner au sujet de la Turquie dans l'UE la semaine dernière. Il était pour, et après le sommet de l'OTAN, plutôt contre.

Au même moment que Sarkozy pouvait tenter d'utiliser le soutien d'Obama à l'entrée de la Turquie dans l'UE à trois niveaux: un niveau fédérateur avec ses quelques partenaires européens ouvertement anti-Turquie dans l'Union (Allemagne, Autriche), un niveau électoral en en faisant un sujet de campagne pour les Européennes, et un niveau de popularité, en étant en phase avec l'opinion contre le nouveau Dieu sur Terre (Obama).

Voilà la justification de Bernard Kouchner: «Oui, parce que j’ai été très choqué par cette forme de pression qui a été exercée sur nous» (par Ankara, lors de la nommination de Rasmussen comme secrétaire général de l'OTAN).

C'est formidable non? Le Premier ministre turc procède à un chantage douteux (cf. retour des caricatures danoises), donc les Turcs ne sont plus prêts à entrer dans l'UE.

 

Si tous les hommes d'Etat étrangers étaient comme Kouchner, avec Sarkozy comme Président, les Français ne seraient plus prêts d'entrer nulle part...



09/04/2009

Irruption de la Turquie dans les élections européennes?

On a parlé deux fois de Turquie cette semaine, et j'y vois comme un rapport.

La première, parce que le pauvre Silvio Berlusconi n'a pas pu être présent à la photo de famille des pays membres de l'OTAN. Et pour cause, il aurait été au téléphone près d'une heure avec Erdogan, pour le convaincre de participer à l'unanimité nommant Anders Fogh Rasmussen comme secrétaire général de l'OTAN. Rasmussen, premier ministre danois en exercice (à ne pas confondre avec l'autre Rasmussen, que les socialistes français aimeraient bien voir à la tête de la Commission européenne), avait attiré les foudres du Premier ministre turc lors de l'affaires des "caricatures danoises".

La deuxième, parce que, à la fin du Sommet de l'OTAN, le Président Obama a rappelé l'importance d'une adhésion de la Turquie à l'UE. En cela, Obama ne change pas de son prédécesseur, qui exprimait le même souhait.

Pour Erdogan, le soutien de l'homme qui aurait recueilli plus de 70% des voix des Européens si ceux-ci avaient pu voter le 4 novembre dernier, est important. Il est important politiquement (la raison avancée par Obama étant que l'adhésion d'un pays à majorité musulmane serait une chance pour l'UE) comme il l'est symboliquement: c'est Barack Obama, premier président noir des USA (comprendre: issu d'une minorité longtemps bafouée et martyrisée) qui appelle l'UE à faire preuve d'intégration.

Il n'est pas improbable que l'acquisition de l'unanimité autour de Rasmussen pour l'OTAN ait un lien avec ce soutien Obamesque.

 

Bon, pourquoi par contre en faire un sujet de campagne pour les Européennes, comme on sent que c'est en train de le devenir (Lefebvre demandant à tous les partis de "clarifier leur position sur le sujet", des militants UMP laissant ça et là sur facebook et twitter des messages comme "voter UMP c'est voter contre la Turquie dans l'Europe!")?

Poser la question de la Turquie c'est poser la question de l'Elargissement, et donc poser une question sur laquelle le Parlement n'a strictement aucun pouvoir. Ouvrir les négociations avec un pays candidat (les négociations sont en cours avec la Turquie depuis 2005 et suivent une courbe pour le moins incertaine) sont du ressort des Etats-membres. Les négociations sont menées par la Commission européenne (Direction Général aux Elargissements) selon une foultitude de critères extrêmement précis, à remplir par le candidat.

Ces critères relèvent du droit et de l'adaptation au système juridique et législatif européen. Ils ne reposent évidemment pas sur des considérations religieuses ou identitaires. Le Traité d'Amsterdam (je crois) a fixé la capacité de l'UE à s'élargir aux "frontières de l'Europe". C'est la seule question qui peut se poser concernant la Turquie, hors des critères de négociation. Toute autre considération relèverait du procès d'intention (j'ai entendu que les Turcs ne seraient pas capables de s'adapter à la démocratie européenne par exemple).

Pour ma part, cette question géographique est tranchée: on a accueilli Chypre, pourquoi pas la Turquie?

Non, les grosses questions concernant la Turquie restent celles des Droits de l'Homme, de la capacité d'absorption de la législation européenne, et, plus terre à terre encore, la question des fonds structurels. En effet, l'adhésion de la Turquie à l'UE sans augmentation du budget des fonds régionaux et fonds structurels poseraient un vrai problème de développement de l'UE.

Notamment en contexte de crise.

Mais, à ce que je sache, aucune date n'est fixée à l'entrée éventuelle de la Turquie dans l'Union. Et aucune influence politique ne saurait peser sur les négociations d'adhésion, qui, comme je le disais précédemment, sont un cahier de charges à remplir... qui peut très bien se conclure par un refus.

 

Revenons-en à l'un des arguments émergents de l'UMP pour les élections européennes: "voter UMP, c'est voter contre une Turquie européenne". Pourquoi, outre les arguments ci-précédemment évoqués, cela me gêne-t-il?

  1. Je trouve particulièrement délicat de voter pour un parti qui affirme en 2009 être contre l'entrée d'un pays dans l'UE, à un horizon qui n'est pas encore connu. Il manque à quiconque se pose la question de l'adhésion de la Turquie à l'UE une information fondamentale:le calendrier. J'en conclus que l'UMP s'oppose à l'adhésion de la Turquie pour des considérations culturelles, religieuses... mais ni politiques, ni juridiques (il faut en finir avec l'interminable argument géographique, qui n'est qu'une façon de ne pas évoquer des motivations moins justifiables...)
  2. Cela est totalement hors des pouvoirs du Parlement.
  3. Les députés UMP représentent que 17 sièges sur 785 en tout. Et 17 sur 285 pour le groupe PPE-DE. Lequel groupe PPE-DE comprend de nombreux députés en faveur de l'entrée de la Turquie (britanniques, tchèques, polonais, et j'en passe). Quelle serait leur influence?

 

J'espère bien que cette tentative électoraliste et démagogique d'aborder la campagne aura un effet de crème renversé. Parler de Turquie pour ces élections européennes, avec les institutions actuelles (ne laissant aucun pouvoir du Parlement européen sur les élargissements) n'a aucun sens, à part de dévoiler les vraies motivations de l'UMP...

 

... éloigner encore un peu plus le débat des élections européennes de sujets qui le concerne. Barnier aura beau jeu de dire qu'il veut que ces élections européennes "abordent les vrais enjeux".

 

PS: je rappelle à tout hasard que je n'ai pour l'instant aucun avis sur la place de la Turquie dans l'UE, et que la seule information dans ce billet qui influencera mon vote, c'est la façon qu'a l'UMP d'insulter mon intelligence de citoyen en brandissant la Turquie comme argument de campagne.

26/05/2007

Un veto Français à Bruxelles dès Juin?

b88904d2548207ce8565d218e869c57f.jpg Lundi Nicolas Sarkozy était à Bruxelles pour rencontrer le Premier Ministre Belge Guy Verhofstadt, mais surtout pour rencontrer Jose Manuel Barroso et affirmer une nouvelle fois l'importance de la relance Européenne et de l'esprit Européen pour son mandat.

 Lors de la conférence de presse, il a clairement mis l'accent, avec le président de la Commission européenne, sur la relance institutionnelle et le traité simplifié. Qui n'est plus un "mini-traité", vous aurez remarqué la finesse diplomatique. L'idée de Nicolas Sarkozy semble progresser, même si Romano Prodi s'est dit contre un énième traité compliquant encore la législation Européenne. 

 Car c'est vrai, le gros avantage de ce TCE de 2005 si difficile à lire pour les électeurs (pauvres choux!), c'était surtout qu'il fondait tous les traités existants en un. Avec le mini-traité, on complique la législation, puisqu'on continue comme avant: le Traité de Nice modifiait le Traité d'Amsterdam sans l'abolir, et ce traité simplifié modifiera Nice sans pour autant l'annuler. Mais bon, c'est vrai que l'objectif premier c'est surtout les réformes institutionnelles, et peu importe le support.

 Le second thème de cette conférence de presse, c'est la Turquie et les négociations d'entrée. Nicolas Sarkozy a délicatement botté en touche sur le sujet, puisque tout en affirmant ne pas avoir changé d'avis sur le sujet, il précise qu'il "ne voit pas l'utilité d'aller poser cette question [...] alors qu'elle ne se pose pas maintenant".  On remarquera la différence entre les propos de campagne (quand le sujet Turc prenait le pas sur tout débat sur l'Europe), et les propos de Bruxelles.

31edf9d35f72026e1f0d20882e0d39cc.jpg Toujours est-il que la Commission, qui dirige, sous mandat du Conseil, les négociations avec les pays voulant adhérer, compte ouvrir deux nouveaux chapitres de négociations (les portant de 35 à 37), en juin prochain. L'ouverture d'un chapitre de négociation nécessitant l'unanimité des membres du Conseil, va t-on vers un premier veto du gouvernement Français, alors même que Nicolas Sarkozy semble militer pour un retour à la méthode communautaire et une généralisation de la majorité qualifiée?

08/11/2006

Où l'on reparle de Turquie...

 "medium_turquie.2.pngSi la Turquie à la fin de l'année ne reconnaît toujours pas les 25 Etats membres, dont évidemment Chypre, alors il me paraît nécessaire de revoir le calendrier de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne" a déclaré Philippe Douste-Blazy à l'Assemblée Nationale aujourd'hui.

 

 J'ai la sensation que la Commission européenne s'y est mal pris concernant la Turquie et Chypre. Il aurait sans doute fallu que cette reconnaissance, tout comme la résolution des problèmes entre la partie Turque et la partie Greque de Chypre, soient réglées avant l'adhésion de Chypre à l'Union européenne. On aurait alors échappé à bien des déboires concernant la Turquie, qui s'entête de plus en plus dans une attitude de victime par rapport à l'UE qui ne la sert pas...

 Christian Lequesne, pour qui j'ai travaillé lorsqu'il était directeur de Centre Français de Recherche en Sciences Sociales à Pramedium_Chypre_liban_map.jpggue (antenne spécialisée Europe Centrale et UE) confiait qu'il pensait le gouvernement Turc capable d'accorder bien des libertés à la minorité Kurde et faire beaucoup de concessions quant à lîle de Chypre (qui n'est, au passage, pas tellement plus "dans" l'Europe géographiquement que la Turquie), mais que concernant la reconnaissance du génocide Arménien il lui paraissait très improbable qu'Erdogan ou tout autre responsable politique Turcmedium_turquie_carte.gif fit marche arrière sur l'un des fondements de l'histoire de la Turquie moderne telle qu'elle est apprise dans les écoles Turques.

 

 Il me semedium_vert.erdogan.eu.jpgmble de façon générale que tous ces problèmes sont causés par le calendrier qui a été planifié pour les discussions d'adhésion avec la Turquie. Je suis sur ce point parfaitement d'accord avec Dominique Strauss-Kahn lorsqu'il se dit favorable à l'adhésion de la Turquie à l'UE dans une perspective de quinze ans, mais que le problème et le débat sont posés trop tôt. J'irais plus loin même, le débat tel qu'il a été posé est malsain, et je ne pense pas la Commission très étrangère à cela. La méconnaissance absolue qu'ont les Européens de la Turquie contribue à la réaction de rejet qui s'exprime actuellement, et dans le même temps, les Eurosceptiques qui ne voudraient voir en l'Europe qu'un grand marché (Vaclav Klaus, Lech Kaczynski, mais aussi Tony Blair) continuent de pousser pour que l'adhésion des Turcs se fasse le plus rapidement possible. En bref, apparemment personne à Bruxelles n'a vraiment pris la mesure du deficit d'information sur l'UE, ses institutions, ce qu'elle fait au quotidien, sa place dans les grands enjeux mondiaux, etc.

 

 Ce qui est sûr, c'est que tant que nous n'aurons pas construit et consolidé une Europe politique dans tous ses aspects, économiques, diplomatiques, sociaux, l'adhésion de la Turquie me semble plus un risque de déliquescence de l'Union qu'un facteur de consolidation.

 

NB: Pour plus d'informations, lire l'article de Toutel'Europe sur le sujet.