06.09.2006

Stars et politique (3)

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 Patrick Vieira et Lilian Thuram ont décidé d'inviter au match France-Italie de ce soir 70 sans-papiers de Cachan, expulsés du gymnase qu'ils commençaient à squatter, excédant de plusieurs jours la permission du maire de la ville de l'occuper 3 jours. Le match comptant pour la qualification à l'Euro 2008 prend donc un tour drôlement politique...

 J'ai déjà dit que l'intervention des stars en politique, les moyens déloyaux qu'ils ont en terme d'attention du public, de sympathie, comparé à leur compétence, me semblent anormaux. Si l'idée est "sympathique", comme le dit Christian Estrosi, il faut faire attention à ne pas faire du militantisme douteux, et, surtout, démagogue.medium_vieira.jpg

 

 J'avoue ne toujours pas comprendre pourquoi quand un politique va voir un match de foot, on lui demande ses pronostics avant le coup d'envoi, et on l'interroge sur ses sensations après la fin du match. Je ne comprends donc pas non-plus pourquoi les footballeurs interviennent sur le terrain politique, de manière aussi provocatrice. Parce que au-delà de l'idée sympathique, les réactions du PS à cette "bonne action" ressemblent un peu beaucoup à de la récupération. Malek Boutih, secrétaire national du PS aux questions de société, a salué "le geste symbolique" des deux footballeurs, en se félicitant d'une initiative qui "honore notre pays et rappelle à bon escient au gouvernement les valeurs républicaines de fraternité et d'égalité".

 Si les valeurs républicaines de fraternité et d'égalité se résument à inviter des sans-papiers à un match de foot, et que tout le monde est content, alors c'est parfait. Je dois vivre sur une autre planète.

 En revanche, si l'invitation de Thuram et Vieira devient une manifestation politique qui se résume, en gros, à un procès d'intention intenté par deux sportifs dont ce n'est pas le métier ni les compétences de faire de la politique, et qui, sous prétexte d'une invitation d'une sympathie fallacieuse, se contentent de taper un peu plus sur un ministre de l'intérieur qui est une cible bien facile pour les décervelés de gauche, alors je réprouve.

 

 Sans vouloir verser dans la démagogie moi aussi, je me contenterai de décliner sur ce sujet ce que Doc Gyneco dit dans l'interview que j'ai postée plus bas: si 70 sans papiers sont invités par deux footballeurs militants, et que ce petit geste "rappelle à bon escient au gouvernement les valeurs républicaines de fraternité et d'égalité", que vont penser tous les ouvriers ou pauvres gens qui travaillent, suent et en bavent tous les jours pour vivre?

 

 Le FN sera t-il en 2007 comme en 2002 le parti pour lequel votent le plus les ouvriers?

24.07.2006

Stars et politique

"Le problème, c’est qu’on parle de la "lepénisation" des esprits, mais il y a aussi une "sarkoïsation" des esprits ! Personne ne le dit. Un truc de fous : on est en France, un pays dit civilisé et l’on accepte que des gens soient expulsés, j’allais dire "déportés"."
 
 
Lilian Thuram a donc exprimé son opinion sur Nicolas Sarkozy et la loi maintenant votée par le Parlement et validée par le Conseil Constitutionnel sur l'immigration, proposée par ce dernier. Dans une démocratie, chacun a le droit de forger son opinion et de la dire, tant que celle ci n'est pas un appel à la haine, ou une idée révisionniste. Mais si être citoyen c'est avoir des droits, c'est aussi avoir des devoirs, et Lilian Thuram, dont personne ne renie le civisme ni l'amour de la France à part quelques esprits chagrins qui sont à trouver à la droite de la droite, en a comme les autres, et parmi eux, le respect des autres... même s'ils sont élus.
 
Lilian Thuram est de surccroît une personne publique, aimée des Français (8eme sportif préféré des citoyens de l'hexagone selon un sondage) ce qui ne gâte rien, sauf ses propos. Au respect s'ajoute donc la responsabilité. Et ce d'autant plus que ces dernières années, on observe que l'opinion a une forte tendance à trouver ses leaders d'opinions parmi les stars et les sportifs. Un sondage récent a par ailleurs donné une tendance forte parmi la population Française: 70% des sondés disaient ne plus avoir confiance en les politiques. Quand on a ce pouvoir d'être écouté et repris, voire amplifié quand on parle, on a le devoir de choisir ses mots, et de savoir de quoi on parle. Peut-être le journaliste a t-il pris M. Thuram au dépourvu en lui posant une question sur Nicolas Sarkozy. Un mot comme "déporté" dans ce contexte est une insulte non seulement au ministre de l'intérieur, mais à notre démocratie. Vous me direz que Lilian Thuram n'est pas qu'un sportif, il est aussi membre du Haut Conseil à l'Intégration: sa parole devrait donc être deux fois pesée. 
 
L'arrivée des "infotainments", ces émissions télévisées qui invitent sur le même plateau un homme politique, un comique, un chanteur, et un sportif, pour leur poser des questions type "Michel Rocard, est-ce que sucer c'est tromper?", ainsi que la popularité croissante d'émissions comme Le Vrai Journal (enfin arrêté, ouf!) ou bien les Guignols de l'Info, qui, s'ils sont drôles n'en ont pas moins une très forte portée, ont aggravé les choses. La campagne des présidentielles de 2002 avait consacré "Super-Menteur" et occulté le fond, il y a peu Christophe Alévêque était porté aux nues pour contredire Patrick Devedjian sur les chiffres de la délinquance et de la sécurité, et pas plus tard qu'hier, j'ai rencontré une jeune fille qui m'a dit ne connaître de la vie politique "que ce que les Guignols en disent"
 
Cette façon de tourner au ridicule la politique et les gouvernants aurait une raison d'être, si l'école jouait un vrai rôle pour former des citoyens. Hélas! On peut aujourd'hui entrer sur le marché du travail en ayant suivi des cours de biologie depuis la Sixième, mais sans avoir eu une seule heure d'économie. On peut aujourd'hui savoir calculer les intégrales, mais n'avoir aucune notion de la Constitution française, et des notions de contrat social, ou de "mandat représentatif", qu'ont les députés. On peut dans ces conditions reconnaître sans surprise l'échec du CPE, et la déconcertante facilité avec laquelle des lycéens et des collégiens se sont massés dans la rue "contre la précarité"...
Vous me direz sans doute que tout cela n'arriverait pas si à l'origine nos responsables politiques ne faisaient pas appel aux sportifs et autres célébrités pour faire leur publicité. Je suis assez d'accord, et comme partout les responsabilités ne sont pas uniques. Néanmoins, quand on se targue comme Lilian Thuram d'être engagé et responsable, on ne tire pas encore un peu plus sur la corde des amalgames et des facilités démagogiques, en profitant de son aura.
 
Dans un autre style donc, Lilian Thuram, sans doute sans en mesurer les conséquences, a joué ce jeu de démagogie, qui consiste à décrédibliser encore un peu plus les hommes politiques en proférant une ânerie qui assimile une loi, qui ne me rend pas particulièrement content d'ailleurs, votée par un parlement issu des urnes et de la volonté du peuple, à la pire page de l'Histoire de l'humanité
 
 
Et le monde de "l'anti sarkozisme" de s'animer et de louer le futur homme politique, qui se dresse devant le ministre. Les blog, les forums, les magazines engagés s'enflament pour le défenseur de l'équipe de France. Et internet est le media le plus utilisé par les jeunes d'aujourd'hui pour avoir accès à l'information.
 
Aristote, dans "L'Homme est un animal politique", donnait la monarchie, l'aristocratie, et la démocratie comme formes parfaite de régime, à condition qu'elles restent pures. Auquel cas, la monarchie se transformerait en tyranie, l'aristocratie en oligarchie, et la démocratie en démocratie populiste.

 
 
Et pour éviter cette démocratie populiste, Aristote milite pour un haut niveau d'éducation populaire. Il n'avait pas non-plus pensé à nous prévenir des stars du show-biz. Mais comme de toutes façons personne n'écoute plus les philosophes...