13.05.2008

L'Europe selon Bronislaw Geremek

 Regardez cette interview, prise lors du rendez-vous des Européens à Lille. Vous comprendrez qu'on puisse avoir un élan d'affection et de respect réel pour cet homme-là. 

 Je suis entièrement d'accord avec lui. Sur les priorités concernant des politiques de solidarité, entre les états, et entre les hommes. Sur la nécessité d'un espace public. Il nous parle de jeunesse européenne, de la génération comme la mienne née dans l'Europe, qui a grandi dans une ambition d'Europe politique.

 Je crois en revanche qu'il se fourvoie sur Erasmus. J'ai énormément appris à Prague pendant un an. Hors de l'université surtout. Il est indéniable que les 52000 étudiants Français qui partent en Erasmus chaque année en reçoivent quelque chose, qui s'exprime sur court, moyen ou long terme. C'est une bonne chose: cela ne fait pas d'eux des suppôts de l'Union européenne, mais cela fait d'eux des pro-européens, qui cherchent à comprendre leurs voisins, et qui réfléchissent de manière décloisonnée. 

 J'ai tendance à penser que cette façon de penser mène à un soutien indéfectible, qui n'empêche cependant pas la critique, de l'Union européenne et des institutions communautaires.

  Mais il manque quand même quelque chose à Erasmus: c'est le travail. J'ai passé deux ans au cycle Est-européen de Sciences Po à Dijon, où nous étions exactement 50% de Français et 50% d'étudiants étrangers, qui travaillions ensemble, écrivions des exposés, des mémoires, des examens ensemble. Et c'était vraiment du travail.

 Cela nous a sans doute plus rapproché qu'une expérience Erasmus à faire la fête et à découvrir la gastronomie du pays d'accueil. Même si cela ne l'excluait pas, heureusement. Mais c'est ce qu'il manque à Erasmus: le travail. Ainsi, ce n'est pas seulement de l'extension du nombre d'étudiants qui partent dont il faut s'occuper, mais aussi de la qualité des universités d'accueil, et des cours proposés.

 Je vous rassure, tous les étudiants étrangers passés par Dijon sont effectivement incollables en décommunisation de la Bulgarie... mais ils le sont aussi sur la Cité de la Peur ou sur La Grande Vadrouille.

 Il faudra aussi admettre un jour que la population qui peut partir en Erasmus représente une minorité que l'on peut qualifier d'élite, et que construire un espace public européen, c'est aussi élargir le public qui peut s'approprier le sujet européen. Il faut penser à des échanges professionnels, à des échanges techniques, éventuellement, comme le proposait Nouvelle Europe, à des échanges entre journalistes, entre professeurs...

 C'est comme ça que la "solidarité" dont parle Geremek au début (je boucle la boucle) saura le mieux s'exprimer.

19.07.2007

Être caissier ou caissière de supermarché

 "J'aimerais que nos élèves qui ont eu la chance de vivre dans des milieux protégés – je ne parle pas des malheurs personnels mais matériels, aillent voir ce que c'est qu'être, par exemple, caissier ou caissière dans un hypermarché, à une heure et demie de transport de son domicile."
 "Il s'agira pour eux, au moins une fois dans leur vie, poursuit-il, de se trouver pendant un mois en immersion avec le public, sous le stress d'une obligation de production continue, avec la fatigue du temps de transport le matin et le soir. Cela se fera entre la première et la deuxième année de Sciences-Po".
 
483e263fdd2a14b1afd10485e59815d6.jpg "Il", c'est Richard Descoings, qui nous avait déjà sondé il y a quelques temps sur l'idée d'établir un stage ouvrier d'un mois ou deux entre la première et la deuxième année de Sciences Po. Aujourd'hui donc, l'idée du stage ouvrier a changé pour un concept un peu différent: envoyer les enfants aisés de la rue Saint-Guillaume en banlieue lointaine pendant un mois, histoire que cette immersion leur apprenne des choses. Un peu. 
 
 L'image de Paris Hilton allant en prison vient de me traverser l'esprit. Que j'ai aujourd'hui un peu primesautier.
 
 
 Que ce soit clair: je trouve cette idée excellente. Cela fait quelques temps que je trouve que Descoings fait beaucoup de médiatique mais rien de bien concret pour suivre sa politique d'ouverture de Sciences Po. En gros, si il y a bien des étudiants de ZEP qui viennent à Sciences Po, ce n'est pas pour autant que:
1. Sciences Po et ses étudiants se mobilisent pour les ZEP
2. Les étudiants "lambdas" de Sciences Po s'intéressent à la vie de leurs camarades issus de ZEP.
 
Le 31 juillet dernier, j'essayais de mettre à plat ma critique du système ZEP de Sciences Po, je ne vais pas la répéter. 
 
 
 Néanmoins devant cette annonce, beaucoup de gens, dont Sébastien, se sont dit que quand même c'est un peu fort de café, cette vision ultra superficielle et artificielle de mélanger les milieux sociaux. Pourquoi ne pas organiser des Safaris à Bondy, pendant qu'on y est? Je caricature un peu, mais c'est à peu près la réaction.
 
 A tous ces gens, je dois leur dire qu'ils ne connaissent pas les étudiants de Sciences Po. En master, ils sont grands, plus internationaux, ils ont passé une année en Erasmus ou en stage, et ils savent déjà pour l'immense majorité ce que c'est de vivre et rencontrer des gens différents.
 
 Un élève de fin de première année de Sciences Po, ça ressemble à ça (photo à droite, quel dommage que je sois contraint d'effacer la photo suite à une demande pressante de l'intéressé...). Et je vous assure que ce n'est pas une farce ou une photo prise à une occasion exceptionnelle. Certes, je caricature encore un peu... Rue Saint-Guillaume, j'ai croisé bon nombre de gens parfaitement ouverts et normaux, que justement ça intéresserait d'aller faire caissier un mois loin de chez eux. Toutefois, il faut tout de même réaliser qu'il y a à Sciences Po une reproduction sociale à la Bourdieu élevée, et que les groupes se créent aussi par l'appartenance ou non à la tribu, l'adhésion ou non à des codes, et que parmi ces codes, celui de l'argent et la démonstration de l'aisance est important.
 
 Pourquoi donc la proposition de Descoings est-elle utile? Parce que justement, ce programme va gêner beaucoup d'étudiants établis dans un confort pour lequel ils ont peu de mérite, et va peut-être leur mettre un peu de plomb dans la cervelle. Leur aérer le cervelet et les ouvrir à une France qu'ils ne connaissent pas, tant ils assimilent leur microcosme et leur façon de vivre comme étant "la vie normale".
 
 Vous me direz: "oui, mais tu as dit que en master les étudiants étaient bien différents!". C'est vrai. Cela ne veut pas pour autant dire qu'on n'a pas le droit de se former au monde plus tôt.
 
 
 Reste tout de même un point négatif à cette idée de Richard Descoings, c'est le côté caractère assez passif de l'initiative. Les étudiants de Polytechnique donnent des cours de maths en banlieue. Ceux de l'ESSEC font du soutien scolaire. Pourquoi les étudiants de Sciences Po n'auraient-ils rien à apporter à des jeunes de leur âge qui n'ont pas les mêmes avantages? Je continue à penser que c'est plutôt par ce genre de relation qu'on arrive à ouvrir quelqu'un aux autres. A faire en sorte qu'il y ait une reconnaissance de soi en l'autre, et réciproquement.
 
 J'ai pu cette année grâce à un projet avec d'autres étudiants aller dans plusieurs associations qui s'occupent d'intégration, d'alphabétisation, et de réinsertion dans la société. J'ai sans doute de ces expériences beaucoup plus appris qu'en cours de "Enjeux Politiques". C'est en donnant qu'on sert le mieux le projet d'égalité des chances. Le projet de Richard Descoings manque de quelque chose de simple: donner l'idée aux étudiants qui feront ce mois en banlieue qu'ils font quelque chose de bien. Qui leur apporte, et dans lequel ils peuvent donner quelque chose.  
 
 
 Je soupçonne Richard Descoings d'être enfermé dans une contradiction structurelle. Alors qu'il veut faire grandir ses étudiants et les confronter au monde, il a du mal à les priver d'un confort qu'il n'est pourtant absolument pas obligé de leur laisser. Ce serait en fait beaucoup plus ambitieux d'obliger les étudiants à donner d'eux-mêmes pour les autres. 

08.06.2007

Tabernacle!

 Je risque fort l'année prochaine de partir au Québec, pour 6 mois à l'université de Montreal, pour étudier la place de l'Europe dans les relations internationales avec trois autres étudiants de l'IEP de Paris. C'est un double-cursus avec Sciences Po, qui me permet de partager ma dernière année en deux; 6 mois là-bas, et 6 derniers mois pour finir le master d'Affaires Européennes. J'ai préféré aller respirer l'air frais (de septembre à février!) du Canada plutôt que des stages à Paris... Je ne sais pas si j'ai bien fait; mais mes professeurs et mes amis m'ont tous conseillé d'acheter le visa.

 Je vais donc consulter avidement le dictionnaire Québécois en ligne, et me préparer à l'été Indien... et au grand froid qui suit!

20.04.2007

Royal Vs Sarkozy, le 2eme tour de Sciences Po.

Comme annoncé, LaPéniche.net, le site des étudiants de Sciences Po, a rendu public les résultats de son sondage auprès des étudiants, avec en prime une petite comparaison des résultats des sondages menés dans diverses Grandes Ecoles Françaises.
A Sciences Po, 870 étudiants se sont prêtés au jeu, dont 187 étudiants de 1ère année, 227 de 2ème année, 96 de 3ème année, 147 de 4ème année, 127 de 5ème année, 25 Prep'Ena et 16 doctorants.
 

17.04.2007

Sciences Po vote

medium_peniche.jpg LaPéniche.net, le site des étudiants de Sciences Po, a lancé une grande consultation des étudiants de l'IEP de Paris. Quelques questions simples: intention de vote du premier tour, puis intention de vote au second tour, selon tous les cas de figure qui pourraient réunir les 4 candidats produisant des scores à deux chiffres dans les sondages. Il y avait ce matin déjà plus de 400 votants.

 Les résultats seront connus vendredi, à 23h. Ce seront donc les derniers chiffres concernant le premier tour de la présidentielle que je mettrai sur mon blog. Le décalage avec le résultat national sera sans doute amusant à analyser. Même si j'entends d'ici les néo-Le Péniste (ou néo-Besancenistes) plus ou moins extrémistes dénoncer les "Enculés de Petits Bourgeois" et leur école du système, dont il n'est pas si étonnant qu'elle soutienne Bayrou/Royal/Sarkozy, vu la théorie du complot qui se trame sur le dos du petit peuple etc etc. J'arrête là les délires.

 medium_publicsenat.jpg

 Tout ça pour dire aussi que dimanche soir, il faudra regarder les résultats du 1er tour sur Public Sénat, non-pas que Pierre Sled soit particulièrement meilleur que David Pujadas, mais parce que j'ai incontestablement plus de charme que Serge July :-)

 

06.04.2007

"enculés de Petits Bourgeois!"

 Hier, Le Pen est venu pour la première fois à Sciences Po, à l'invitation du magazine ELLE. Richard Descoings avait proposé au gros Bon Aryen de rentrer par une petite porte. Mais non, Le Pen a demandé à rentrer par la grande porte de la rue Saint-Guillaume, et pas par la rue des Saints-Pères, derrière.

 Il comptait évidemment se faire une bonne grosse pub, accueilli sous les huées des étudiants. Cela n'a pas raté, les excités de SUD et de l'Unef lui ont fourni sa blague du jour: "il est plus difficile de rentrer à Sciences Po que dans une banlieue". J'aurais préféré un accueil glacial, dans un silence de mort. Faute de pouvoir l'organiser, avec quelques uns nous avons tenté de créer des slogans décalés, humoristiques, pour tourner l'arrivée de Le Pen en ridicule. Nous avons été traités de Le Pénistes par les militants de l'Unef, qui n'avaient au final qu'une envie: passer à la télé.

 Dans un sens, Le Pen a raison: cet accueil violent sera sans doute l'objet d'histoires au coin du feu, quand les militants de l'Unef, cheveu rare et ventre rond, raconteront leur fait d'arme à leur descendance.

 On comptait montrer qu'à Sciences Po on apprend la sociologie politique, de l'analyse politique, de l'histoire. On a prouvé hier que certains n'ont pas bien révisé leurs cours.

 Il n'en restera pas moins l'éructation de Le Pen devant sa petite-fille qui lui servait de bouclier humain: "Petits Bourgeois de merde! Enculés de petits bourgeois!". Rappelez-moi combien il paye l'ISF?

 


26.02.2007

2eme semestre

 Rentrée des cours aujourd'hui à Sciences Po; le deuxième semestre m'ouvrira à des domaines aussi variés que du lobbying européen, des institutions politiques comparées des pays de l'UE, du droit communautaire matériel, la gestion et le contrôle politique commun (sic), ainsi que deux cours dont les contours et le cadre m'échappent un peu; un d'Europe politique en question, l'autre d'enjeux politiques. 

 Sans oublier les cours de langue et un jeu de simulation de négociation entre Commission, Conseil et Parlement dans le cadre du vote d'une directive, qui s'étalera sur 4 mois. 

 A côté des études, mon projet collectif In Cite qui continue, le Grand Jury Européen de la CCIP prévu le 24 Mars, ainsi évidemment que les deux campagnes qui vont nous tenir en haleine d'ici juin, celle de Nicolas Sarkozy et celle de Dorothée Pineau.

23.01.2007

La France, compétitive?

 Hier soir les Jeunes UMP Sciences Po organisaient une conférence avec Clara Gaymard, ancienne présidente de l'Agence Française pour les Investissements Internationaux, et Richard Collasse, directeur de Chanelmedium_gaymard.JPG au Japon, et surtout président du Comité de Commerce Européen au Japon (une sorte de gros lobby pour promouvoir les entreprises Européennes a Japon).

 Je n'ai pas pu rester jusqu'à la fin, et je n'ai assisté qu'aux deux présentations liminaires des deux intervenants. J'ai été surpris par le décalage entre le réalime teinté d'esprit positif de Richard Collase, comparé à l'euphorie colorée d'un peu de mauvaise foi de Clara Gaymard, qui a tout de même réussi à nous présenter un film de promotion de la France à l'étranger sans un mot pour l'Europe et en s'appropriant Airbus et Ariane comme des réussites 100% Françaises... Et par la suite, une intervention pour casser des mythes type: medium_collasse.JPG"les Français ont peur de la concurrence" ou bien "pays pessimiste et morose", etc... J'ai un peu l'impression que quand on a travaillé toute sa vie pour l'Etat depuis la fin de ses études, on n'a plus un regard bien éclairé sur la France...

 De son côté, Richard Collasse, a rappelé comme la politique industrielle Française et les investissements étrangers auraient été facilités avc la ratification du Traité Constitutionnel. Il nous a raconté aussi la vision nipponne de notre pays, mais aussi l'idée que le Japon est sans doute ben plus protectionniste que la France, et ce avec plus de nuance que Clara Gaymard. Ce doit être le côté "libe-penseur" et indépendant du personnage.

 Car finalement, si la France est aussi ouverte aux investissements étrangers, n'est-ce pas parce qu'elle y est obligée par l'Union Européenne? Si les entreprises Françaises sont aussi concurrentielles, n'est-ce pas grâce aux aides Européennes, à la politique de concurrence de l'UE qui les protèges, et aux normes Européennes qui imposent une exigence certaine de formation de la main d'oeuvre et de qualité des produits à l'exportation?

 J'ai du partir avant de poser mes questions malheureusement.

08.12.2006

Première intervention de In-Cite

 Comme je vous en ai déjà fait part auparavant, nous avons initié, avec six amedium_in-cite.3.JPGutres étudiants de l'IEP de Paris un projet collectif, In-Cite, qui propose de présenter les institutions Françaises, la justice, ainsi que les droits sociaux à des publics d'étrangers ou de Français issus de l'immigration en France, et en insertion sociale et citoyenne dans différentes associations.

 

 Nous avons déjà rencontré deux associations, "Femmes-relais" du XXe arrondissement de Paris, à Ménilmontant, et "Reli de femmes" au Pont de Sèvres à Boulogne-Billancourt, avec qui nous allons travailler. Dans le XXe arrondissement, nos interventions prennent un aspect de défi, puisque le public sera très hétérogène, de Français en insertion sociale à des étrangers en alphabétisation, en passant par des personnes en cours de Français Langue Etrangère (FLE). Il sera aussi hétérogène de par les origines des personnes que nous allons rencontrer, du Sri Lanka au Sénégal, en passant par tous les pays d'émigration vers la France. Ce qui implique des interventions en partenariat avec les responsables pédagogiques et professeurs de FLE.

 "Relais de femmes" Pont de Sèvres nous propose devant un public moins large mais plus jeune (lycéennes et jeunes mamans) de développer nos thèmes tel que nous le prévoyions à l'origine. Mme Fatma Niati, présidente de "Relais de femmes" est dynamique et nous a donné tous les feux verts que nous demandions, en souhaitant même ardemment pouvoir proposer la visite de l'Assemblée Nationale aux membres de son association. Nous organisons donc avec elle notre première intervention le 18 Décembre prochain!

 

 Par ailleurs, si la proposition de Thiébaut tient toujours, nous serons ravi d'intervenir devant des jeunes pour leur parler du vote, des élections et des institutions de la République.

Conférence exceptionnelle de Shimon Peres

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M. Shimon PERES, Vice-premier ministre de l’Etat d’Israël, Prix Nobel de la Paix, prononcera une conférence exceptionnelle le lundi 11 décembre à 10h en Amphithéâtre Emile Boutmy.
 

Inscription obligatoire sur :
http://www.sciences-po.fr/presse/conference_peres/

Votre carte d'étudiant, d'enseignant ou professionnelle ainsi qu'une pièce d'identité et le courrier électronique confirmant votre inscription vous seront demandés pour accéder à la conférence.

 
Comme d'usage, j'espère pouvoir vous en faire un petit compte-rendu.