17.06.2008

Que penser de l'Union pour la Méditerranée?

 J'entame un sujet commun des Kiwis sur le concept d'Union pour la Méditerranée. J'éditerai donc au fur et à mesure des contributions de mes petits amis tout vert bourrés de vitamine C.

 Que penser du dada à Sarkozy Guaino, sorti pendant la campagne présidentielle, et depuis agitée inlassablement par le chef de l'Etat? Tout d'abord, fort heureusement, ce projet n'est plus uniquement un projet français. Il a suivi, comme toutes les idées soumises à discussion et à consensus, des modifications. Et la première d'entre elle est sémantique: d'une "Union de la Méditerranée" en 2007, voilà le projet devenu "Union pour la Méditerranée" aujourd'hui. 

 La deuxième est dans le sens, et suit la première. L'Union de la Méditerranée impliquait une nouvelle organisation, une approche institutionnelle, une fabrication superficielle (puisque nécessitant des résultats de court terme) d'une union des pays et des peuples de Méditerranée. C'était méconnaître les différences et les méfiances (pour ne pas dire les haines) entre les pays d'Afrique du nord. C'était aussi dissocier l'Union européenne d'une Union de la Méditerranée (ne comprenant que les pays Européens partageant une rive avec la mare nostrum), et donc excluant les autres membres de l'UE, pourtant partenaires influents et politiquement, et économiquement (Allemagne, Grande-Bretagne, Pologne).

 L'Union pour la Méditerranée permet d'impliquer l'ensemble des pays de l'UE. Elle permet en outre d'incorporer ces ambitions nées un jour de campagne dans l'esprit tourmenté de Guaino dans la droite ligne du processus de Barcelone (1995) visant à développer les relations entre l'Europe et la Méditerranée, et entre les pays nord-africains et proche-orientaux eux-mêmes.

 Les recommandations de la Commission européenne, avec quelques exemples de projets à l'appui, faisant suite à une petite année de discussions entre pays européens, a permis en outre de donner du corps à un projet très mal ficelé, jonglant sur les grands principes de façon grandiloquente, et faisant l'erreur monumentale de n'avoir qu'une ambition politique et pas une ambition globale.

 Où en est-on? Guaino déblatère sur touteleurope.fr mais nous donne quelques réponses. Celles-ci coïncident avec les recommandations de la Commission européenne, et en fait ramènent le projet à une relance du processus de Barcelone, avec ce petit plus hérité du début des années 2000: l'enjeu de l'approvisionnement énergétique et du développement durable. On n'épiloguera pas sur l'opposition "initiative politique" contre "initiative technocratique", qui est une opposition d'affabulateur: cela fait 60 ans que les "technocrates" font de la politique en préparant des programmes de long terme ayant des influences indirectes sur les politiques publiques.

carte-union-europenne-mediterranee.1195563443.gif Nous voilà donc avec un rappel de Barcelone à faire: l'enjeu accompagne celui de la politique de voisinage. Il y a des programmes de développement, des programmes culturels communs, et des fonds européens versés aux pays du Moyen-orient et d'Afrique du Nord, en contrepartie d'avancées dans certains domaines: démocratiques, diplomatiques. L'objet de Barcelone est aussi de réussir à régionaliser certaines politiques, en forçant les pays du Maghreb à collaborer sur certains dossiers évidents: flux migratoires, développement économique, échanges commerciaux, etc. L'Union pour la Méditerranée aborde l'enjeu de l'environnement, on ne peut que s'en féliciter.

 On a beau jeu de dénoncer un "processus de Barcelone au point mort". Je reconnais que les résultats ne sont pas évidents, et pas tellement à la hauteur de l'ambition initiale. Néanmoins il est évident que ce genre de politique (le mot processus a un sens) ne trouve de sens que dans le long terme. Le relancer aujourd'hui par une piqure de rappel est une bonne chose.

 Et heureusement que les institutions communautaires, Commission en tête, sont là pour rappeler au Président Sarkozy et au Conseiller Guaino qu'il y a un cadre institutionnel à respecter, qu'on ne peut pas imaginer diviser les pays européens sur une initiative politique ayant des conséquences budgétaires, et qu'on ne peut pas non-plus ignorer un certain nombre de difficultés qui relèvent de la réalité, et non de la communication.

 De ce point de vue, je suis d'ailleurs assez heureux que la Commission européenne ne communique pas, au sens où on l'entend en France aujourd'hui.

12.06.2008

Une diplomatie sans queue ni tête?

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  Libération m'apprend que l'invité du 14 Juillet, devant lequel l'armée française va défiler, et qui est invité à la fête de la Prise de la Bastille, et de ce qui l'a accompagné: fin des privilèges, déclaration des droits de l'Homme, sera Bachar El-Assad. Nicolas Sarkozy a manifestement envie de jouer un grand rôle dans la reconstruction politique et matérielle du Liban. Après avoir rencontré les élus du Hezbollah à Beyrouth, Nicolas Sarkozy invite donc le dictateur syrien qui soutient le terrorisme au Liban, et principal instigateur des drames de la région. 

Syria.BasharAlAssad.01.jpg Manifestement, le fait que Kadhafi lui ait fait dans les bottes sur l'Union pour la Méditerranée n'aura pas suffit à Nicolas Sarkozy: il persévère dans son idée que le meilleur moyen de se mettre un dictateur dans la poche, c'est de s'humilier et d'humilier son pays et ses valeurs devant lui. Bon, ça n'était pas efficace pour Kadhafi, peut-être cela le sera-t-il pour Bachar El-Assad?

 Mais voilà. A partir du 1er juillet, Nicolas Sarkozy n'est pas que Président de la République française. Il est aussi chef de l'exécutif de l'Etat qui préside l'Union européenne. Il avait d'ailleurs déjà dit l'année dernière après le succès du défilé des troupes des 27 sur les Champs Elysées, que les armées de chaque pays de l'UE seraient représentées dans cette fête nationale 2008 très symbolique pour l'identité européenne de la France.

 La question est: comment donc les pays des 27 prendront-ils que Nicolas Sarkozy fait défiler leurs représentants (et pas n'importe lesquels: pas des diplomates, mais des militaires!) devant un dictateur envers qui il n'y a que très peu de consensus au sein de l'Union?

 En un mot, nom de Zeus, quand donc Nicolas Sarkozy comprendra-t-il que tout n'est pas communication?!

- Inviter El-Assad a un joli défilé et à une garden party, ce n'est pas faire de la diplomatie.

- Inviter une personne aussi controversée quand on est Président de l'Union européenne, et ce sans concertation avec ses partenaires européens, ce n'est pas responsable. 

- Privilégier l'effet d'annonce avant tout travail de fond et de concertation, c'est de la bêtise, et de la bêtise dangereuse qui compromet nos valeurs, et notre diplomatie européenne (qui est déjà si faible). C'est par ailleurs incohérent, et cela annule toute volonté de diplomatie.

- Privilégier un dictateur sur des partenaires démocrates avec lesquels on a des politiques en commun et des ambitions (politiques, économiques, diplomatiques) est outrageant pour ces partenaires.

 

 En un mot simple: comment Nicolas Sarkozy peut-il prétendre engager une présidence de l'Union ambitieuse, et commencer par un symbole (et plus qu'un symbole: les conséquences seront désastreuses) si désastreux et si controversé?

Ce président est un guignol. Il n'est pas digne ni de nous, ni de l'Europe.  

 

Dessin: Stavro, dans le Courrier International, 27/06/2001 

03.06.2008

Le dogme et la méthode

 "Tiens, Luc, je pense qu'il y a un problème avec le pouvoir d'achat. J'ai même vu un reportage à la télé qui montrait des gens qui travaillaient plus pour gagner plus qui n'avaient pourtant rien à bouffer, et qui faisaient même les poubelles des invendus de Monoprix. Agis, c'est pour ça que je te fais croire que tu as une chance de devenir Premier Ministre un jour."

 Ainsi parla Nicolas Sarkozy. Bon, le problème évidemment après, c'est d'agir. Fort heureusement, un loi de modernisation de l'économie est prévue, et le bon monsieur Chatel n'a qu'à y ajouter un petit article spéciale dédicace à l'approvisionnement du garde-manger.

 Comment faire?

 Là, dans le Figaro, on vous explique que Sarkozy et Chatel ont eu une idée géniale: plus de supermarchés = plus de concurrence = baisse des prix = consommateur qui gagne du pouvoir d'achat. Il y a assez de mots-clés, ça passe.

 Dans la vie réelle, les lobbys et notamment les grands groupes de distribution, font le siège du ministre Chatel et des membres de la Commission des finances de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et même de quelques autres membres influents de ces nobles institutions, parce que plus un amendement est soutenu, plus il a de chances de passer.

 Alors voici ce qu'il en sort. On va préparer une loi qui:

- Va protéger les producteurs en leur garantissant le même prix d'achat

- Mais va favoriser la concurrence entre distributeurs

- Et va permettre aux consommateurs de gagner du pouvoir d'achat en vendant les mêmes produits moins chers.

  Je l'avoue, je n'ai jamais été une flèche en économie. D'ailleurs, en deuxième année de Sciences Po, j'avais pris pour habitude à chaque examen d'éco de prendre exemple dans Obélix et Compagnie pour étayer mes thèses, plutôt qe dans le Sitglitz. J'ai néanmoins compris une chose. Le système fait que le distributeur achète un produit 60 et le vend 100. Le système de la LME veut que le distributeur continue d'acheter un produit 60, mais le vende désormais 80. Parce que la concurrence, vous comprenez.

 Où un distributeur gagne-t-il de l'argent? Dans ses marges, et par les intermédiaires. Imaginez-vous un instant Charles-Edouard Leclerc acheter le même prix un produit pour le vendre moins cher, et renoncer ainsi à ses marges?

 J'ai du mal. Surtout quand je le vois ravi de la LME sur le plateau du Grand Journal de Canal+.

 

 Deux scénarios, donc:

- Soit il va falloir acheter le produit vendu en grandes surfaces moins cher, et à ce moment-là le producteur français sera obligé de baisser encore ses prix pour soutenir les fournisseurs de pays à main d'oeuvre agricole moins honéreuse.

- Soit cette loi marche et je fais complètement fausse route sur la bonne volonté des distributeurs, et ce sont les artisans, les petits commerces, qui seront totalement étouffés par ce nouveau système. Et non seulement le fossé entre la liberté de chox des riches et celle des plus pauvres sera plus profond, mais en plus les riches ne pourront même plus aller chez le maraîcher ou le fruitier du coin. 

 La concurrence débridée, dans certains domaines, n'est effectivement pas la meilleure solution. Mais ce n'est pas un problème de "concurrence libre et non-faussée": ce dogme des interdictions d'entente ou d'aide sectorielle est pour la plupart des cas fondé. Mais là, nous touchons à un marché qui connaît une crise qui touche tous ses maillons... sauf celui qui y a le plus de pouvoir: le distributeur.

 Pour élargir les horizons (et les angles), lire Authueil.

01.06.2008

Semaine française sur CNN

 CNN lance une semaine sur la France, à partir de lundi. Je dois dire que je regarde peu CNN, mais la chaîne a lancé un appel à contribution, et après tout, c'est l'occasion de se poser des questions amusantes. Et puis c'est surtout l'occasion de suivre la ligne éditoriale d'un média américain qui parle de la France, et qui essaie de faire l'échos d'avis différents.

 Allez, passons aux questions. 

1) Pensez-vous que la France ait changé d'image? Comment définiriez-vous ce nouveau visage? S'agit-il pour vous d'un concept médiatique ou d'une réalité?

 L'image me semble par nature un concept médiatique. Néanmoins, je pense qu'il y a un réel changement entre la France de 2002 qui écarte Jospin de la course à la présidentielle et qui porte Le Pen au second tour, et celle de 2007, qui vote avec un taux de participation de 85%, et pour plus de 75% en faveur des trois principaux candidats démocrates (Bayrou, Royal et Sarkozy). Il y a aussi un changement entre la France de 2005 qui s'étripe sur le sujet européen, et celle d'aujourd'hui, qui n'a jamais témoigné plus de confiance et d'intérêt pour l'action de l'Union européenne.

 Mais ce visage n'est pas non-plus celui de l'appaisement, il me semble. On a beaucoup trop cru et misé sur l'action de Nicolas Sarkozy, qui aujourd'hui déçoit. Il ne faut pas non-plus que la critique soit caricaturale et uniquement source de rejet systématique. Les expériences de 2002 et 2005 étaient l'expression d'une grosse caricature de la politique, de la façon de régler les problèmes. Il ne faudrait pas que la déception soit source d'un nouveau cycle de ce type. Dans ce contexte, les médias français ont un vrai rôle un jouer. De manière générale, tous les acteurs du débat en France (politiques, journalistes, intellectuels). Or, j'ai l'impression que leurs réactions sont très peu mesurées. Se vautrant dans une complaisance à la limite de l'insulte à l'intelligence, ou bien systématiquement critique et pessimiste, à l'encontre parfois du bon sens.

 Ce visage n'est en tout cas pas stabilisé. 

2) Comment voyez-vous la France dans 10 ans? Pensez-vous que le pays jouera un rôle prépondérant sur la scène internationale ou qu'il sera amené à s'effacer?

 La France seule ne jouera évidemment qu'un rôle à la marge sur la scène internationale dans 10 ans. Posséder l'arme nucléaire et un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU ne fait pas une autorité dans la diplomatie internationale. Il y a la puissance économique, la puissance à faire partager ses valeurs, à les sauvegarder aussi. La France seule en sera parfaitement incapable, comme elle l'est d'ailleurs depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

 Alors de temps en temps, pour sauvegarder les apparences, la "patrie des Droits de l'Homme" fait des effets de manche. Mais cela n'a rien à voir avec de la diplomatie. La seule condition pour la France de participer au jeu international et à la résolution des crises mondiales (qu'elles soient politiques, culturelles, ou bien alimentaires), c'est de le faire au sein de l'Union européenne. De jouer le jeu du Haut Représentant à la politique étrangère prévu par le traité de Lisbonne, de participer pleinement à l'établissement d'une puissance économique européenne, en respectant la stratégie de Lisbonne, et d'oeuvrer à une défense européenne. Tout en continuant à construire l'Europe en tenant compte de cette dimension unique, celle d'un laboratoire de la sagesse, de l'humanisme, et de la mesure.

 

3) Pensez-vous que la culture française soit encore vivante et dynamique? Certains commentateurs ont souligné récemment la mort de la culture Française, cela est-il justifié?

 La "culture française", je serais bien incapable de la définir. Comment se manifeste t-elle? Est-ce la "french touch" de Wax Tailor, ou Daft Punk, en électro? Sont-ce les films d'Arnaud Desplechin? Ou bien cette pratique générique dans l'art d'une mise en situation sociale, intellectuelle?

 Il y a une culture de consommation et de masse, dans laquelle la France à sa part. Et dans cette culture de masse, il y a une façon française de produire de la culture. Pour autant, le France aurait bien tort de s'attribuer la palme de ce genre de culture, à la marge d'une culture "américaine" honnie. C'est Lars Von Trier qui a créé Dogme95, et c'est aujourd'hui à New-York que se fait l'art (si vous y passez, faites un tour au PS1). Et non à Paris, comme dans l'entre-deux guerres. Ce que je veux dire par là, c'est que l'on est bien incapable de définir une culture française. Et même sans doute une culture européenne. On peut en dégager des spécificités. Et décrocher une palme d'or à Cannes n'est pas l'expression la plus probante d'un leadership de l'art.

 

4) Quels sont à vos yeux les Français les plus influents?

 J'aimerais bien dire que ce sont des hommes politiques. Dominique Strauss-Kahn parmi eux évidemment. Nicolas Sarkozy aussi, ainsi que Pascal Lamy. J'espère que les Français les plus influents ne sont pas ceux que l'on entend le plus. J'espère parmi eux le Prix Nobel Jean Jouzel ou bien Jacques Delors. Mais je vois aussi bien Christophe de Margerie (PDG de Total), Anne Lauvergeon (Areva), ou bien Henri Proglio (Veolia).

 En France, on pourrait citer Olivier Besancenot, José Bové. Mais il y a aussi un bon nombre d'acteurs de la société civile, ou bien de fonctionnaires, français, qui jouent un rôle considérable. Dans leur poids pour l'élaboration des livres blancs qui annoncent des textes législatifs européens. Dans leur action au sein de la Direction Général "commerce", "élargissement", de l'Union Européenne. 

5) Que signifie pour vous être Français?

 Je n'aime pas du tout ceux qui prétendent à une spécificité d'être Français. La France n'est pas la "Patrie des Droits de l'Homme", mais la patrie où ils ont été rédigés. J'ai des valeurs que j'espère universelle, et sur lesquelles je n'ai aucune prétention et aucun regard tutorial. Il y a aussi la question du patrimoine, architectural par exemple. Cet héritage est typiquement national, et fait partie de mon identité et me distingue, parce que j'aime cette façon de concevoir la ville. J'ai bien conscience de la chance que j'ai eue de naître Français, pour autant je n'en tire aucun sens profond, ni aucune fierté particulière. Même si je n'échappe pas, ponctuellement, aux accès de chauvinisme qui nous étreignent quand Tsonga est en finale à l'Open d'Australie, ou quand  l'équipe de France de football/rugby fait un beau parcours en coupe du monde. 

 C'est l'une des forces de la construction européenne d'avoir réussi à faire partager aux populations de plusieurs dizaines de pays (ceux de l'UE avant tout, mais aussi les membres du Conseil de l'Europe) des valeurs profondes et structurantes. Je me sens à l'évidence plus proche d'un Tchèque ou d'un Portugais que d'un Américain. Et lorsque je voyage, comme récemment au Canada ou bien en Chine, c'est à l'Europe que je me réfère, plutôt qu'à la France. 

 Il y a sur le sujet une très bonne étude de l'Eurobaromètre.

19.05.2008

UMP: le Contrat de Confiance

 Je reproduis un texte pas encore disponible sur le site de l'UMP, dirait-on, mais distribué avec "Le Magazine de l'Union", journal mensuel du bon petit militant UMP.

"OUI, je souhaite soutenir les actions menées par Nicolas Sarkozy pendant la durée de son quinquennat et renouveler mon engagement à l'UMP jusqu'en 2012 en signant le Pacte d'adhésion présidentiel et en souscrivant au prélèvement automatique de ma cotisation annuelle. Le montant de ma cotisation sera prélevé automatiquement en février chaque année jusqu'en 2012, fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Je peux à tout moment suspendre ce prélèvenement sur simple demande à létablissement teneur de mon compte."

 L'UMP a donc décidé de passer à un système de vente bien connu: "Cédez au prélèvement automatique, c'est tellement moins de souci! Et puis vous êtes libre, vous pouvez arrêter le paiement quand vous le voulez!". C'est un truc déjà utilisé par les ONG, et évidemment par les entreprises. Et si ça marche, c'est que en fait, la grosse majorité des gens ne fait pas attention.

 On peut souscrire au "Pacte d'adhésion présidentiel" en juin 2008, détester Sarkozy en décembre, et oublier qu'on a souscrit au Pacte, et donc continuer à se faire ponctionner savoureusement jusqu'à février 2012 (compris: il faut bien financ513382187_32ae587204_o.jpger la future campagne, avec ce parti en faillite). On savourera pleinement la grande confiance qu'a l'UMP en son charismatique et bien-aimé leader, puisqu'en demandant aux citoyens un engagement d'adhésion sur 4 ans, on les prend un peu à la gorge. Tenez, moi-même, je verse mensuellement de l'argent à l'association AIDES avec ce système, et cela fait 9 mois que je me dis que je devrais l'arrêter, parce qu'un jour d'août Place de la Bastille, on m'avait vendu le concept de façon mensongère. En attendant, je continue à donner.

 Tout de même, en souscrivant à ce pacte à la noix, l'adhérent n'est pas un pigeon total non-plus: "En devenant membres du "55", ces adhrents sont associés encore plus étroitement aux événements nationaux et reçoivent des informations privilégiées. Une carte spéciale leur est adressée." 

 Franchement, je me demande bien de quels "événements nationaux" on parle. Et surtout de quelle "association étroite": si l'UMP était un parti démocratique et participatif, ça se saurait. 

 Mais bon, il y a la carte argentée "55" collector. Cela vaut bien 35€ par an, non?

06.05.2008

366eme jour avec Nicolas Sarkozy

 Le 6 mai dernier, j'écrivais ceci:

 Sarkozy ce soir a rappelé ses grands chantiers. Les bons: le plein-emploi, la relance Européenne, l'environnement, une économie plus efficace, des soucis sociaux plus équitables. Les mauvais: "en finir avec la repentance", par exemple.

Aucun doute, la relance de l'UE, il y a contribué. Même si c'est Angela Merkel qui a hérité du Prix Charlemagne de la personnalité européenne de l'année. La fin de la repentance, cela semble malheureusement en bonne voie.

 Quant aux autres promesses, c'est mitigé. Le souci de l'environnement est devenu une priorité. La question est de savoir si c'est grâce au "Grenelle de l'Environnement", ou grâce au fait que l'on est en train de se rendre compte qu'il y a possibilité de faire du profit intéressant en développant des techniques d'économie d'énergie?

 Le plein-emploi, ahahah. Il ne semble pas que l'on soit sur la bonne voie. Cela peut être une mauvaise nouvelle bien sûr, mais aussi une bonne: un taux de chômage en hausse peut signifier que nous sommes bien entrés dans un processus de réforme du marché du travail (forcément long et douloureux). Réforme du marché du travail nécessaire à un retour de la croissance de façon durable, et, surtout, plus prévisible.500px-Economics_Gini_coefficient.svg.png

 Je passe sur le reste. C'est évident. Nous sommes en train de faire la même erreur que Bush aux Etats-Unis. On développe ce pays en faisant en sorte que les riches soient encore plus riches plus vites, et les pauvres toujours plus pauvres, plus facilement. Il y a un outil pour mesurer la redistribution sociale dans un pays: l'indice de Gini. La courbe à droite est une courbe de Lorentz. En abcisse la population, en ordonnée, le revenu global. Si la courbe est une ligne droite à 45°, la redistribution est parfaitement égale. Généralement, elle est plutôt en courbe incurvée.

 De cette courbe de Lorenz on tire l'indice de Gini, qui oscille entre 0 et 1. 0 étant le plus égalitaire, 1 le plus inégalitaire. Depuis 1968, l'indice de Gini pour les Etats-Unis est passé de 0,38 à 0,47. En France il est à 0,36. Il sera intéressant d'observer son évolution dans les prochaines années.

 

 D'un point de vue civique, nous avons un président dont la légitimité est incontestable, avec 85% de participation. Pourtant, la démobilisation civique n'a jamais paru aussi rapide. Un an après, la participation aux élections municipales atteint péniblement 60%. Le débat national n'a jamais semblé aussi déconnecté de la population, pour n'être que celui d'une certaine élite.

 D'un point de vue d'image internationale, notre président est considéré comme un clown par tous les journaux sérieux en Europe, et se fait régulièrement hacher menu par la presse américaine. Les infirmières Bulgares ont été libérées, grâce à un travail de fond de l'UE et de Tony Blair, et Sarkozy y a mis la dernière main, certes. Bétancourt est toujours dans son cachot végétal. Kadhafi a été reçu comme un prince pour aucun résultat tangible. On a vite oublié les droits de l'homme face aux intérêts économique.

 Les histoires des Balkany, le cynisme affiché par les membres de la majorité, la succession de monarque à Neuilly, ... la République n'a rien d'irréprochable.

 Et pour 2010: aucun respect de la stratégie de Lisbonne, aucun respect des Accords de Cotonou, aucun respect du Pacte de Stabilité. C'est à prévoir, c'est presque certain.

01.05.2008

Le Bureau politique de l'UMP... à l'Elysée.

C'était déjà choquant, le 22 octobre, de voir Nicolas Sarkozy intervenir au Bureau Politique de l'UMP. On vient de passer un cap supplémentaire, avec la réunion du dernier Bureau Politique de l'UMP... au Palais de l'Elysée.

 Rien que ça.

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 Rien n'oblige, dans la Constitution, à faire du Président de la République un être au-dessus des partis. Rien ne lui interdit évidemment de continuer à s'investir dans la marche d'un parti politique qui participe, à condition de respecter "les principes de souveraineté nationale et de démocratie" (art.4), au débat public.

 Toutefois, on aurait pu trouver meilleur message, en ces temps de désavoeu de la politique Sarkozienne, alors que le Monsieur dit vouloir être plus modeste. Et Thierry Solère, la mine enfarinée du bon fat céans, d'afficher promptement sur son blog la photo publiée dans le Figaro Magazine. Sans doue parce que c'est tout naturel?

 Jacques Chirac avait une façon détournée de conduire la marche de son parti. Il propulsait des hommes de main qui exécutaient ses ordres. Juppé, Séguin, un échec en 1999 avec Delevoye (c'est MAM qui vainquit). Sarkozy, lui, place des portes-flingues, fait en sorte d'attiser les ambitions pour les annuler toutes, mais semble en plus vouloir continuer à s'occuper lui-même de tout.

 Et quand on lui résiste un temps soit peu, on est suspendu, à l'image de Jean-Pierre Fourcade, candidat dissident à Boulogne ayant réuni 35% des suffrages, ou bien Arnaud Teullé à Neuilly. A ce rythme, il n'y aura bientôt plus de membres de l'UMP que ce "Bureau Politique".

 On peut en effet douter des 300000 adhésions de l'UMP qui se maintiennent (officiellement) depuis Juin 2007 contre vents et marées, et contre même le bon sens: les élections sont passées, il serait sociologiquement normal d'assister à un recul du soutien partisan (par un non-renouvellement de l'adhésion). De plus le contexte est mauvais et la cote de popularité plus en baisse que jamais: on doute que cela n'ait aucun impact sur les adhésions au parti.

 Mais voilà, à l'image du Parti Communiste, l'UMP décrète son nombre d'adhésion, et refuse obstinément de le prouver en exhibant les listes des adhérents. D'ailleurs, l'UMP serait-il si endetté (20 millions d'euros), si il pouvait compter sur 300000 adhésions multipliées par 35€, soit 10,5 millions d'euros?

 Outrance, mensonge et sans-gêne: bienvenue dans la France d'après.

 

PS: jeu, sauras-tu trouver le jeu de mots particulièrement grossier à l'égard de Thierry Solère dans ce texte? Indice: homophone.

02.04.2008

Interlude

 Bon, notre président ayant décidé de suivre les journaux qui parlaient de moins en moins de lui, et de moins en moins gentiment, l'actualité et les billets d'humeur deviennent moins facile à écrire. Qu'on se le dise, après 10 mois de tâtonnements, nous y sommes! Sarkozy adopte une attitude de Président.

 En somme, il s'est rendu compte qu'il était un peu piégé à son propre jeu: comment dépoussiérer la fonction sans la dévaluer? Comment rendre la démocratie moins formelle, le débat plus vivant, sans tomber dans l'ad-hominem systématique et les commentaires politiques de petite envergure? En gros, comment être un président jeune et proche sans aller trop loin, c'est à dire sans nous priver de la petite couche de solennel nécessaire à la démocratie.

 Qu'un type dise à un président "touche-moi pas tu me salis", c'est relativement commun. Qu'un président soit l'objet systématique des critiques du fonctionnement de toutes les institutions de ce pays, ça l'est moins. Donc, moins de médiatisation, plus de sobriété (autant que faire se peut).

 Sommes-nous prêts néanmoins à lui laisser une seconde chance et à oublier tout ce que ces 12 derniers mois nous ont appris de la psychologie, de la vision de la démocratie, de la petite préoccupation sociale, et des petites capacités étrangères (dossiers et langues étrangères) de notre régime et président nouveaux? Il le faudra bien. Les prochaines élections seront européennes, et ce serait bien de ne pas les utiliser comme un punching-ball ou un moyen de soutien irréfléchis. Pour ça au pire il y a les régionales en 2010.

 Le bon côté c'est que les écrans de fumée vont se raréfier, ou changer de style peut-être, eux aussi. Que les vrais sujets vont peut-être reprendre le devant de la scène: la réforme du marché du travail, l'élaboration du Grand Paris, la continuation de la décentralisation, l'amélioration institutionnelle qui devrait nous permettre une meilleure démocratie, etc.

 

 En attendant tout cela, je vous présente quelques photographies de voyage que j'avais gardées pour moi jusqu'à présent. Cliquez dessus pour les agrandir.

New-York:

Brooklyn factory Central Park loneliness Manhattan

 

Hawaii:  

End of the day on Waikiki Sunset on the Pacific Ocean Hawaii Port

 

Chine -Guang'an et Pékin 

"Luck" - Guang'an Labyrinth Budhist Temple - Guang'an

25.02.2008

L'homme le plus classe du monde

 2002. Dans je ne sais plus quelle cité de banlieue, alors que la campagne "Sécurité, première des libertés" de Chirac était à son comble, Jacques Chirac vient visiter des jeunes. Il essuie molards, insultes et violence. Il sourit, sort un mouchoir, se le passe sur le visage, souillé, et continue sa route en serrant des louches, en ignorant les crachats.

 2008. Salon de l'agriculture. Un type dit à Nicolas Sarkozy "ah non, touche-moi pas". Le Président de la République Française répond "casse-toi pauvre con".

 

 La République est de plus en plus irréprochable décidément.

07.02.2008

Sarkozy procédurier!

 Le Nouvel Observateur avait lancé ça avant-hier, et ça avait été vite repris. L'information accréditait la thèse selon laquelle Nicolas Sarkozy restait obsédé par son ex-femme, et démontrait comme il utilisait les médias, la candeur des journalistes, les gens, et leurs sentiments. A commencer par ceux que la petite Carla.

 Nicolas Sarkozy aurait envoyé un sms à Cécilia 8 jours avant de se marier, pour dire "Si tu reviens, j'annule tout". Alors moi perso j'ai surtout apprécié la très grande classe du mec qui envoie un texto pour dire ça à une femme qu'il a aimé pendant 20 ans. Mais on ne s'étonnera pas que dans la culture de Sarkozy, les lettres manuscrites sont aussi évidentes qu'un microbe dans un seau d'eau de Javel.

 Et bien figurez-vous que le Président de la République a porté plainte contre le Nouvel Observateur. Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais ça me gêne. Si l'information est véridique, en quoi le Nouvel Observateur ne doit-il pas la publier? Si l'information est fausse, pourquoi Nicolas Sarkozy se donne t-il la peine d'insister dessus en attaquant avec un rythme très procédurier?

 Et, dans tous les cas, depuis quand un Président de la République Française attaque t-il les journaux en justice? On y verrait comme de l'intimidation que l'on ne se tromperait pas trop. La liberté de la presse a de beaux jours devant elle...

 En attendant, la couverture du Nouvel Obs de cette semaine le lui rend bien: "Un Président qui fait pschiiit". Pareil pour l'Express, et même Le Point, qui titre un cinglant "La Déception". Après avoir tant léché les semelles sarkoziennes.

 Une certitude cependant, celle exposée par mon voisin (allemand) dans l'avion entre Moscou et Düsseldorf lundi: "C'est un clown votre président".

 

Sinon, autre sujet: je vous invite à regarder sur dailymotion l'excellente prestation de Dominique de Villepin au Franc-Parler sur Itélé (partie 1, partie 2, partie 3). 45 minutes magistrales, avec tout de même cette perle, lorsqu'il critique certains membres du gouvernement: "j'ai en tant que premier ministre, toujours privilégié la compétence à la communication". C'est sûr qu'avec Douste-Blazy en ministre des Affaires Etrangères, il avait trouvé le Phénix de la diplomatie et des langues étrangères en France.