05.08.2006

Au revoir Monsieur Dehaene

 Un grand monsieur de la scène européenne a décidé de la quitter incessemment. Jean-Luc Dehmedium_Dehaene.jpgaene, ancien premier ministre Belge, vice-président de la Convention pour l'avenir de l'Europe (celle qui a établi le texte du Traité Constitutionnel Européen), élu en 2004 dans le groupe PPE du Parlement européen a confié "s'ennuyer" dans la fonction: "Je n'ai plus envie de m'investir dans des dossiers techniques, et j'ai peu de prise sur les choses, cela ne me va pas."

 Il faut dire que l'Union européenne traverse des temps morose, d'incertitude, et l'on se demande bien qui pourrait reprendre la barre du bâteau, avant de rencontrer un iceberg... Les responsables de cette morosité ne sont pas à chercher bien loin: c'est nous, peuple Français, qui avons tout arrêté. Jean-Luc Dehaene était considéré comme l'un de ceux qui pouvaient relancer l'idée de la construction européenne. Il s'en va combattre l'extrême droite et agir enfin les mains libres dans la ville Flamande de Vilevorde. 

 L'homme ne semble donc plus croire au projet qu'il avait intelligemment défendu, bec et ongles (contrairement à l'Ex), allant jusqu'à proposer un referendum européen en 2009 pour enfin trancher et rééquilibrer l'injustice qui a fait que deux pays ont pu gâcher l'approbation de 15 autres.

 Jean-Luc Dehaene était un farouche opposant du referendum, que je défendais à l'époque, pensant qu'on ne pouvais plus appeler à une Europe politique, mais bouder l'avis des citoyens européens. Peut-être n'avait-il pas tort lorsqu'il disait que "le débat finit toujours par porter sur autre chose." Comme beaucoup d'Européens convaincus, Dehahene s'est laissé désabuser par le résultat et de cette si épuisante et vaine campagne en France. Il reste persuadé que ce fut un non de méconnaissance, de crainte, d'un peuple vaniteux qui ne cherche même pas à connaître ses voisins; il a raison: nous avons voté en 2005 tardivement sur l'Elargissement de 2004, mais en aucune façon sur le TCE.

 Cette frustration est double: selon lui, le résultat des referenda Français et Hollandais ne permet même pas de comprendre ce qu'il faudrait faire pour voir le oui l'emporter.

 

 


 "Je suis un homme politique d'un autre siècle", conclut M. Dehaene. Alors même que la construction de l'UE doit rester le défit des années à venir.