24.08.2007

Sarkozy se défile


  Vous ne rêvez pas. En effet, les excuses pour expliquer les défilements de Mme Sarkozy commencent à trouver une plus grande consistance que "l'angine fulgurante". Cette fois-ci c'est une théorie assez personnelle du respect de la séparation des pouvoirs qui est invoquée pour empêcher la femme du Président de la République (première tête de l'exécutif) de s'expliquer devant la représentation nationale (pouvoir législatif et de contrôle sur l'exécutif) sur la libération des infirmières Bulgares.

 L'excuse selon laquelle le Président ne peut pas s'exprimer devant le parlement (irresponsabilité du Président de la République, contrairement aux membres du gouvernement), vaudrait donc aussi pour la femme du Président, du fait qu'elle a été lors de cette belle opération publicitaire en Libye "l'envoyée personnelle" du Président.

 Je ne tiens même pas à aller rechercher l'article de la Constitution qui irait renvoyer l'argument fallacieux au rayon des mauvaises excuses du petit garçon pris les doigts dans le pot à confiture.

 Je remarque trois choses:

1) la règle de séparation des pouvoirs invoquées pour les envoyés personnels du Président souffre apparemment d'une entorse, puisque Claude Guéant ira lui s'expliquer devant la Commission d'enquête parlementaire.

2) Nicolas Sarkozy n'a de cesse de vouloir une présidence "politique", avec des ministres "politiques" et des collaborateurs "politiques". Ce qui sous-entend en fait "super communication donnant l'illusion de l'action aux citoyens". Comment peut-on vouloir une présidence politique, mais refuser que sa femme (qui a joué un grand rôle en Libye, selon les mots de Sarkozy lui-même) soit entendue par une Commission d'enquête Parlementaire, et donc "politique"? 

3) Il me semblait que notre Président souhaitait réformer les institutions, et notamment permettre au chef de l'Etat de s'exprimer devant la représentation nationale. Certes, tant que nous n'aurons pas changé les institutions, ça restera impossible. Mais un signe "politique" fort, un signe de volonté et de courage, comme un premier pas vers le changement des institutions, ce serait de permettre à sa femme d'être entendue par la représentation nationale, non? 

 

 A moins évidemment que la réalité des mots de M. Sarkozy ne soit pas parfaitement en phase avec la réalité des actes. (Puis-je conclure que David Martinon ment vraiment très mal?). L'un de mes correligionnaires de Kiwis proposait un article de réflexion sur le courage en politique. En voici un assez bon contre-exemple.

03.08.2007

Hotel New Hampshire

 Quand même, ces vacances tombent bien: Nicolas Sarkozy va pouvoir aller se reposer (dans le New Hampshire me dit-on), et pendant trois semaines, on va pouvoir ainsi oublier que décidément, le nouvel occupant de l'Elysée insulte rien qu'un peu notre intelligence.

 Je dois dire que je suis un peu ennuyé moi-même. J'avais hurlé au margoulin le 24 juillet, en mettant en avant que c'est l'UE et rien qu'elle qui avait mené les négociations de fond pendant 6 ans, et aujourd'hui, si j'admettais que le contrat d'armement entre Sarkozy et Kadhafi avait été vraiment lié à la libération des otages Bulgares, je me contredirais monstrueusement.

 D'après les premières informations extorquées au gouvernement, il y a deux contrats. L'un prévu avec la France et péparé au moins depuis février, nous dit Hervé Morin (allo, MAM?), et l'autre avec EADS, en préparation depuis 18 mois. Est-il possible qu'ils aient pesé dans la balance des négociations, surtout quand on sait que la présidence Allemande a entamé l'année 2007?

 Le fait est que manifestement ces contrats sont prévus depuis quelques temps. Parce que comme on ne peut pas mettre en oeuvre une libération en une semaine, on n'élabore pas des contrats commerciaux, a fortiori militaires, en deux mois.

 

 Le problème vient en fait d'une interview du JT de France2 à Axel Poniatowski, président de la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée, qui disait hier (2 août) midi, qu'il ne "croyait pas du tout à d'autes engagement par le président de la république". Je ne sais pas vous, mais en démocratie, quand un contrat d'armement est prévu avec un pays qui sort d'un embargo sur les armes et qui est encore suspect, il faut tout de même que la représentation nationale soit au moins mise au courant, à défaut d'être consultée. Le député Poniatowski ne doit pas "croire" ou pas. Il doit savoir. Là, soit ça n'est pas le cas, soit Axel Poniatowski a décidé hier, sur ordre, de mentir éhontément à l'opinion publique. Et de rattraper le coup 30 secondes plus tard: "et quand bien même il y en aurait, j'espère bien que les entreprises Françaises vont faire du commerce avec la Libye, dont l'embargo est levé depuis 3 ans!"

 Traduction: "en effet, il y a des contrats, on n'a pas voulu le faire savoir, mais qu'est-ce que ça a de choquant? Quoi, merde, on est la France on fait ce qu'on veut!"

 Evidemment, un petit foutage de gueule de Poniatowski qui met en doute les déclarations du fils de Kadhafi en disant qu'elles sont à destination de l'opinion Libyenne. Quand on sait que le-dit fils déclare aussi dans cette interview que les infirmières étaient des bouc-émissaires, on peut douter que c'est effectivement à destination de l'opinion Libyenne.

 Cela détonne évidemment avec le petit mot lâché par Sarkozy avant-hier (1er août): "il n'y a aucune contrepartie à la libération des infirmières et du médecin Bulgare".

 

 Et Axel Poniatowski de conclure par cette rhétorique d'une démagogie triomphante: "moi je constate que François Hollande essaye de polémiquer sur le sujet, ça veut dire que cet homme-là préférerait aujourd'hui que les infirmières Bulgares soient toujours en prison".

 Je crois que c'est exactement ce type de "République irréprochable" qui me dégoûte.

25.07.2007

Epilogue

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Après quelques remarques, notamment de Tonton et de Raph, je dois préciser un peu comme Versac l'a fait hier soir. D'abord il va de soi que je suis content de voir les 5 infirmières et le médecin Bulgares libres et revenus à Sofia. Il va de soi que Sarkozy n'a pas pillé l'oeuvre de la Commission.

 Je remarquais juste qu'il y avait dans la communication de victoire que l'on a subie pendant toute la journée d'hier trois mahonnêtetés majeures.

 La première a consisté à faire croire que l'action du Président Français a fait la libération des otages d'Etat Bulgares. Ceux qui ont construit cette libération, en donnant les moyens de plans d'action en Libye, c'est José Manuel Barroso, Benita Ferrero Waldner, et sans doute Louis Michel. Celui qui a sans doute le plus acheminé les négociations, c'est Tony Blair lors de son tour de présidence de l'UE.

 La seconde a été de présenter Cécilia Sarkozy comme une quasi diplomate ("dure en négociation", "elle s'en est très bien sortie", etc) alors que son voyage a été totalement improvisé, selon les propos de Nicolas Sarkozy rapportés par le Canard Enchaîné. Par ailleurs, je m'inquiète un peu de cette démonstration illusoire qui fait croire que le travail des diplomates ne sert à rien, et que tout, absolument tout, rentre dans le cadre du politique, ce qui est absolument faux et dangereux.

 La troisième a été de nous faire imaginer que ce dossier s'est réglé en dix jours.

 

 Au final que dénonçais-je? Les propos de deux journaux pourtant sérieux qui maniaient la prose de Paris Match, et ceux d'un secrétaire d'Etat (Christian Estrosi) nous prenant délibérément pour des abrutis, à moins que ce soit sincère de sa part, mais à ce moment-là je m'inquiète qu'il soit secrétaire d'Etat. 

 J'attends maintenant impatiemment que Cécilia Sarkozy soit auditionnée par la Commission des Affaires Etrangères de la représentation nationale, afin qu'au moins mes représentants puissent savoir le bien-fondé de cette expédition, menée à grands renforts de publicité.

24.07.2007

Sarkozy, margoulin?

 C'est du mensonge, c'est vil, et ce sera sans doute pourtant relayé par TF1 et consors:

 "Ce matin à 8h45 la Première Dame, Cecilia Sarkozy, qui était assistée de Benita Ferrero Waldner (à prononcer le plus indistinctement possible, en oubliant de mentionner sa fonction), a, dans l'avion présidentiel, accompagné sur le sol Bulgare les 5 infirmières et le médecin Palestinien retenus depuis 1999 en Libye. C'est un nouveau succès diplomatique pour notre Président, sans qui le dossier aurait sans doute encore stagné à cause de la bureaucratie Bruxelloise, le Président, qui place ainsi sa femme au centre des grands enjeux. Ces femmes se souviendront sans doute toute leur vie qu'elles doivent leur libération au Président Sarkozy et à Cécilia. Rendons grâce à Nicolas Sarkozy, que son nom soit sanctifié et son action bénie sur 8 générations"

 Préparez-vous, parce que je sens assez bien l'ouverture du 13h de Jean-Pierre Pernaud avec ces mots. Alors pour que l'on soit bien clair, nous allons récapituler.

 Les infirmières Bulgares sont retenues en Libye depuis 1999

9a2b5538a0c35ba9ef9f4b94446ae956.jpg Elles ont été condamnées une première fois à mort en 2004, date à laquelle la Commissaire aux relations extérieures Benita Ferrero Waldner se saisit du dossier et commence les négociations avec le tyran Libyen qui transforme l'affaire plus ou moins en chantage. Dans la même période les relations UE-Libye sont plus étroites (Processus de Barcelone, visite de Kadhafi à Bruxelles, activité diplomatique forte mais discrète de Tony Blair...)

 Le dossier avance, et l'idée de verser de l'argent pour dédommager les familles des victimes fait son chemin.

 Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy est élu, et dans son discours de victoire, parle des infirmières Libyennes. L'émotion sans doute.

 Le 13 Juillet 2007 Cecilia Sarkozy s'incruste au dernier moment dans le voyage de Claude Guéant en Libye (source: le Canard Enchaîné du 18/07), après une "discussion intime la veille du départ" avec son mari. Gros plan de communication autour du "rôle surprise" de la première dame.

 Elle repart avec Claude Guéant et Benita Ferrero Waldner dimanche soir, et fait risette aux photographes pendant que Claude Guéant obtient que les infirmières Bulgares soient rappatriées dans l'avion de la République Française.

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 Qui est assez candide pour croire que ce dossier s'est réglé en deux semaines, ou même en deux mois? La vérité c'est que la vraie monnaie d'échange a été concédée par la Commission européenne et les 27, en mettant en place en 2004 le processus de Barcelone qui inclut la Libye dans les relations de voisinage de l'UE, et en acceptant des programmes de santé pour la Libye (notamment contre le sida), et des politiques plus intégrées avec Tripoli.

 Le reste relève de l'anecdotique et de l'esbrouffe de notre Président, bien aidé par des médias complaisants. Et ça va finir par frôler la démagogie de haut vol. Que dis-je! La manipulation médiatique. 

 On ne peut pas dire à la fois qu'il faut rendre confiance en l'Europe, et piller toutes ses réussites! Sarkozy continue donc la politique usée de ses prédécesseurs: quand il y a une victoire qui se profile, c'est grâce à la France (enfin, grâce à Sarkozy), et quand c'est une baffe, c'est la faute à Bruxelles... Il suffisait pour ça d'écouter la conférence de presse de ce matin, entièrement prononcée à la première personne.

 

Dans la série "Prenez-moi pour un con":
 
Distante, froide, réservée, rebelle, indépendante, élégante, et aujourd'hui conquérante et célèbre : Cécilia Sarkozy joue avec les codes. "Si vous avez aimé Jackie Kennedy, vous allez aimer Cécilia Sarkozy", aurait confié Nicolas Sarkozy lui-même, lors du dîner de sa victoire électorale au Fouquet's.

Christophe Jakubyszyn (Le Monde)

 

CÉCILIA SARKOZY, la nouvelle Lady Di ? Son implication dans le dossier des infirmières bulgares lui assure d'ores et déjà une notoriété internationale qui fait de la première dame de France une vedette médiatique à la manière de la princesse disparue, égérie des grandes causes humanitaires dans les années 1990.

Bruno Jeudy (Le Figaro

 

Je constate une chose: cela fait 10 ans que tout le monde en parle, que tout le monde dit que c'est une situation inacceptable. Cela fait deux mois que le Président de la République s'implique personnellement sur ce dossier, et ce matin il y a la libération des infirmières bulgares.

Christian Estrosi

 

A lire également:

- Le billet de Nicolas

- Le billet de Lancelot.

- Le billet de Versac