20.05.2007

Babel Minute Zero

medium_babel.2.jpgAvez-vous déjà réellement une fois sorti la tête d'un livre, le souffle coupé, avec le besoin irrépressible de faire une pause, d'aller un peu prendre l'air pour vous en remettre? Cela ne m'est pas arrivé souvent, et après avoir lu Babel Minute Zero de Guy-Philippe Goldstein (Alias Julia du "Journal de la Guerre qui vient"), je me suis demandé moi-même quand cela avait bien pu m'arriver. De lire un livre, et d'en être scotché de la première à la dernière page. Sans doute pour un ou deux Mankell, certainement pour La Mort est mon Métier de Robert Merle, peut-être aussi pour Hotel New Hampshire de John Irving, ou bien pour la Ligne Verte ou Carie de Stephen King. Pour tous, cette impression que les dernières pages brûlent les doigts, tellement on veut savoir. Savoir la fin. 

 Quelle est l'histoire de Babel Minute Zero? La guerre, qui arrive, qui rampe inéluctablement, profitant de tous les points de fragilité du monde: les relations tendues, plus ou moins amicales, mais marquées de suspicion, entre la Chine et Taïwan, l'Inde et le Pakistan, Israël et la Syrie, les Etats-Unis et l'Europe, la Russie et ses fédérations... Tout cela un jour va s'embraser pour la simple et bonne raison que la globalisation nous a rendus inter-dépendants les uns et des autres, et que chez les dirigeants, la logique, ce qui doit être, l'a priori en somme, a remplacé le doute et la prudence. Focalisés qui sur l'un, qui sur l'autre, personne ne peut comprendre que chacun est victime d'un perturbateur généralisé, d'une arme utilisée avec trop peu de précaution: l'intox. 

 Tout commence avec l'assassinat d'un journaliste démocrate en Chine, commandité par une faction un peu zélée du Parti Communiste. Pour gérer les manifestations monstres qui ont lieu partout dans le pays et mettent en danger le régime, le Premier Ministre va devoir détourner l'attention des affaires intérieures. Le bouc-émissaire parfait? Taïwan et ses velléités d'indépendance. Parallèlement, des conflits invisibles, informatiques, commencent à dégénérer, sans que l'on sache exactement d'où viennent les attaques, toujours plus agressives. Dans ce climat de tension, des conflits larvés, et dans des sociétés où l'informatique détermine la marche d'un pays, le jeu devient dangereux.

 Ce que veut dire Guy-Philippe Goldstein, c'est que rien n'est jamais acquis. Ni la démocratie, ni la paix, ni la parole que l'on peut engager. Les apparences dans Babel Minute Zéro sont trompeuses, et le jeu politique entre chefs d'Etats, parsemé de hontes et de tractations peu avouables. Si la guerre depuis 100 ans ne s'est jamais déclarée entre démocraties, ce n'est pas pour autant que l'on est pas entraîné à longueur de temps dans des conflits invisibles mais très sérieux, même entre partenaires.

 Après avoir lu Babel Minute Zéro, on se sent tout de même mal. La vision du monde est plutôt pessimiste, et alors que je pense profondément en moi que les interdépendances et les échanges sont des facteurs d'appaisement et d'ouvertures, de marche vers la démocratie, Guy-Philippe Goldstein me montre une vision apocalyptique de ce monde, justement. Je ne tire de Babel Minute Zero, où l'UE est très peu unie, qu'une seule certitude. Nous devons approfondir et continuer les solidarités de fait entre Européens, les projets politiques, industriels et économiques communs, les élargissements et notre zone d'influence.

 L'UE doit continuer à être ce "Soft Power" pacificateur, favorisant comme nul autre le développement de la démocratie et de la richesse dans les pays écartés de la mondialisation.

 

 Car en 2014, dans Babel Minute Zero, il y a deux grands absents. L'UE comme un tout, et l'Afrique.

 

Et bravo pour ton travail, c'est colossal.