05.11.2008
Oui, on peut... espérer
66% de participation, 52% à Obama, une victoire très large, tant en terme de grands électeurs que de voix gagnées. Et que dire? Ce peuple de gros beaufs qui se gavent de hamburgers à longueur de journée ne serait-il pas vraiment celui qu'on pensait être?
Un bouleversement de notre vision de l'Amérique
L'élection de Barack Obama nous surprend: voyons, l'homme est noir, il n'a jamais polarisé la campagne, ni insisté trop violemment sur une identité. Il s'est fait l'incarnation du melting pot, du pragmatisme teinté de "Yes we can" réformiste qui va bien. C'est en cela l'inverse des deux précédentes victoires de la présidentielle américaine, qui ont vu le triomphe du conservatisme exacerbé, et les questions des moeurs et de la religion très présentes dans le débat public.
Question de conjoncture en grande partie, la campagne s'est faite sur des questions de fond, sur une vision nouvelle de la société. Obama c'est le choix d'une plus grande activité de l'Etat dans l'économie et le modèle social. C'est le refus de "l'autorégulation". Et l'inspiration, globalement, d'un modèle qui fait la force de l'Europe dans un monde globalisé qui partage le système capitaliste: l'économie sociale de marché.
La question s'est faite, en toile de fond, sur une question d'image. L'élection était attendue partout dans le monde. De La Paz à Djakarta, en passant par Paris, Berlin, Jérusalem, Nairobi... le monde avait les yeux rivés sur les électeurs américains. Je n'étais pas aux Etats-Unis, je n'ai aucune idée de la présence de cet état de fait dans les journaux américains qui font l'opinion des électeurs. Mais je vois dans une telle mobilisation et dans un choix si unanime comme un message lancé au monde: "on en a fini avec l'espèce d'obscurantisme de ces huit dernières années. Nous avons envie de vous faire retrouver le visage généreux des Etats-Unis, que vous aviez oublié, dont nous avons besoin".
En cela, cette élection s'apparente à celle de Franklin Delano Roosevelt en 1932. Après la présidence de Wilson, achevée en 1920 par un désavoeu humiliant du Sénat sur la participation des Etats-Unis à la SDN, le pays est entré dans une longue période de fermeture au monde. Et a changé assez radicalement de cap avec l'élection de 1932. La référence au "New Deal" par Barroso dans ses félicitations à Barack Obama est ainsi assez juste, de mon point de vue.
A cette envie de redémarrer sur de nouvelles bases, s'ajoute la sensation que ce que les électeurs américains ont voulu montrer, c'est tout simplement un autre visage de l'Amérique. Un visage cultivé par Hollywood, celui des films comme "Collision", ou "Bobby". Ce pays de mélanges aspirant les cultures dans une grande lessiveuse et qui en produit quelque chose de particulier: le melting pot. L'inverse du tout hégémonique, de la culture unique de la période Bush: unilatéralisme en diplomatie, conservation des intérêts seuls des Etats-Unis, refus de reconsidérer l'impératif environnemental... Les Etats-Unis en 2008, différemment qu'en 1932, sortent de leur isolement.
Nouveau départ
La présidence d'Obama n'aura pas les moyens de radicalement changer le système américain en profondeur. Il n'en a pas les moyens financiers, et se heurtera vite à des contradictions entre son souci de discipline budgétaire et son plan de réforme du système social.
Elle incarne néanmoins un nouveau départ, dans le sens où enfin, l'Amérique va incarner une globalisation positive. Jusqu'à présent, l'Europe a eu le beau rôle sur la scène internationale sur des sujets alarmants comme la régulation économique et financière, la redistribution des richesses, le souci du réchauffement climatique, l'utilisation pacifique du pouvoir. Beau rôle accentué par la surdité de l'administration Bush.
Désormais, on peut espérer que Barack Obama va incarner un pouvoir américain plus positif, et moins caricatural. Sur certains sujets, McCain l'aurait d'ailleurs sans doute lui même incarné. Par exemple, sur le climat et la signature du Protocole de Kyoto: Barack Obama promet un plan de réduction des gaz à effet de serre de 80% pour 2050. Pour le premier pollueur mondial, c'est un engagement à la hauteur de l'exemplarité que l'Europe a essayé d'inspirer.
Concernant la diplomatie, Barack Obama semble vouloir démontrer un repositionnement vers l'écoute, le dialogue, et le respect des institutions internationales. Le multilatéralisme semble devenir le credo de la géopolitique désormais. Comment imaginer que les tensions puissent demeurer si fortes si l'acteur principal de la diplomatie mondial devient inclusif?
Concernant la régulation économique et financière, l'Europe et l'Asie trouvent un demi-allié. Obama est certainement convaincu de la nécessité d'un outil de régulation de la prise de risque financière qui puisse être pris au sérieux (le FMI), aura-t-il le pouvoir politique d'imposer un système de régulation national, et aura-t-il l'envie de faire du FMI un instrument contraignant alors qu'il tentera une politique de relance de l'économie?
Qu'en sera-t-il du codéveloppement? L'administration Bush a indéniablement beaucoup avancé dans ce domaine de l'aide directe au développement. L'administration Obama avancera-t-elle dans la réforme des échanges mondiaux qui permettraient aux PED de construire et solidifier leurs industries?
Quoiqu'il en soit, on mesure aussi maintenant le peu de temps qu'un mandat de quatre ans laisse pour permettre de porter des réformes. Ce que Obama a entamé, et qui a une véritable durée, reste le changement de perception que les Américains ont d'eux-mêmes. L'ouverture d'un pays où la quasi totalité des informations est nationale, et qui ne se sent pas concerné par le reste du monde. C'est un changement de paradygme dont l'élection d'Obama est le premier effet, après deux ans de campagne et de présence dans les médias et le quotidien des citoyens américains.
Mais en attendant...
Il ne faut pas trop s'attendre à un brusque changement de ton, plus certainement concernant la politique économique et financière. Le sommet du G20 du 15 novembre auquel assistera le 44e président des Etats-Unis Barack Obama ne débouchera vraisemblablement sur rien de bien concret. Il faudra encore attendre quelques mois pour que la matière à réflexion soit assez travaillée pour obtenir un accord au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement.
-----
Sur un tout autre plan, la palme de la déclaration à la con à l'inénarable Roger Karoutchi, qui semble encore croire en ses chances de mener l'UMP aux régionales d'Île de France: "La victoire d'Obama est celle de la rupture. En cela, elle rappelle celle de Nicolas Sarkozy en mai 2007". Ahahah!
17:37 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : barack obama, usa, etats-unis, élections, crise économique, crise financière
Nous sommes tous Américains!
07:29 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : obama
08.08.2008
Pendant ce temps-là, en Ossétie du Sud...
Vraiment, vraiment incroyable aujourd'hui au bureau. Cela fait à peu près une heure et demie que la Géorgie et la Russie sont en état de guerre, à peu près 24h que ça menacé d'exploser et que les combats font rage entre Ossètes et Géorgiens... et ici, tout le monde a le nez sur la cérémonie d'ouverture des JO.
"ça a commencé, déjà?"
"Ouais, ouais, tu peux la voir sur le site de Canal +"
...
Donc voilà, la Géorgie a, plus ou moins pertinemment, violé l'intégrité de la province séparatiste géorgienne, dont le gouvernement n'est reconnu par personne: ni par l'ONU, ni par la Géorgie, ni par la Russie... mais qui est pourtant un puissant outil de destabilisation du pouvoir de Saakachvili, le président géorgien réformateur et pro-occidental.
Sentez le truc: la province n'est pas reconnue par la Russie, qui pourtant entretient des contacts avec elle (comme avec l'Abkhazie, autre province séparatiste), et a même rétablie des relations officielles avec la province en avril dernier. Dans le même temps, Saakachvili, pro-occidental et proche de l'UE, a été élu en 2003, et cherche à faire sortir son pays de l'influence russe. Ajoutez à cela que la grande majorité des Ossètes du sud possèdent un passeport russe, et qu'ils ont été plus de 90% à voter pour l'indépendance de la province en 2004, et vous avez globalement le fond du problème qui mène, à 15h01 aujourd'hui, un responsable de la sécurité nationale géorgien, à dire que la Russie et la Géorgie sont "au bord de la guerre".
15:36 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : géorgie, ue, europe, russie, saakachvili, guerre, abkhazie
04.06.2008
Yes we can!

De très belles photos de Barack Obama sur flickr.
10:12 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : obama, barack obama, usa
01.06.2008
Semaine française sur CNN
CNN lance une semaine sur la France, à partir de lundi. Je dois dire que je regarde peu CNN, mais la chaîne a lancé un appel à contribution, et après tout, c'est l'occasion de se poser des questions amusantes. Et puis c'est surtout l'occasion de suivre la ligne éditoriale d'un média américain qui parle de la France, et qui essaie de faire l'échos d'avis différents.
Allez, passons aux questions.
1) Pensez-vous que la France ait changé d'image? Comment définiriez-vous ce nouveau visage? S'agit-il pour vous d'un concept médiatique ou d'une réalité?
L'image me semble par nature un concept médiatique. Néanmoins, je pense qu'il y a un réel changement entre la France de 2002 qui écarte Jospin de la course à la présidentielle et qui porte Le Pen au second tour, et celle de 2007, qui vote avec un taux de participation de 85%, et pour plus de 75% en faveur des trois principaux candidats démocrates (Bayrou, Royal et Sarkozy). Il y a aussi un changement entre la France de 2005 qui s'étripe sur le sujet européen, et celle d'aujourd'hui, qui n'a jamais témoigné plus de confiance et d'intérêt pour l'action de l'Union européenne.
Mais ce visage n'est pas non-plus celui de l'appaisement, il me semble. On a beaucoup trop cru et misé sur l'action de Nicolas Sarkozy, qui aujourd'hui déçoit. Il ne faut pas non-plus que la critique soit caricaturale et uniquement source de rejet systématique. Les expériences de 2002 et 2005 étaient l'expression d'une grosse caricature de la politique, de la façon de régler les problèmes. Il ne faudrait pas que la déception soit source d'un nouveau cycle de ce type. Dans ce contexte, les médias français ont un vrai rôle un jouer. De manière générale, tous les acteurs du débat en France (politiques, journalistes, intellectuels). Or, j'ai l'impression que leurs réactions sont très peu mesurées. Se vautrant dans une complaisance à la limite de l'insulte à l'intelligence, ou bien systématiquement critique et pessimiste, à l'encontre parfois du bon sens.
Ce visage n'est en tout cas pas stabilisé.
2) Comment voyez-vous la France dans 10 ans? Pensez-vous que le pays jouera un rôle prépondérant sur la scène internationale ou qu'il sera amené à s'effacer?
La France seule ne jouera évidemment qu'un rôle à la marge sur la scène internationale dans 10 ans. Posséder l'arme nucléaire et un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU ne fait pas une autorité dans la diplomatie internationale. Il y a la puissance économique, la puissance à faire partager ses valeurs, à les sauvegarder aussi. La France seule en sera parfaitement incapable, comme elle l'est d'ailleurs depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Alors de temps en temps, pour sauvegarder les apparences, la "patrie des Droits de l'Homme" fait des effets de manche. Mais cela n'a rien à voir avec de la diplomatie. La seule condition pour la France de participer au jeu international et à la résolution des crises mondiales (qu'elles soient politiques, culturelles, ou bien alimentaires), c'est de le faire au sein de l'Union européenne. De jouer le jeu du Haut Représentant à la politique étrangère prévu par le traité de Lisbonne, de participer pleinement à l'établissement d'une puissance économique européenne, en respectant la stratégie de Lisbonne, et d'oeuvrer à une défense européenne. Tout en continuant à construire l'Europe en tenant compte de cette dimension unique, celle d'un laboratoire de la sagesse, de l'humanisme, et de la mesure.
3) Pensez-vous que la culture française soit encore vivante et dynamique? Certains commentateurs ont souligné récemment la mort de la culture Française, cela est-il justifié?
La "culture française", je serais bien incapable de la définir. Comment se manifeste t-elle? Est-ce la "french touch" de Wax Tailor, ou Daft Punk, en électro? Sont-ce les films d'Arnaud Desplechin? Ou bien cette pratique générique dans l'art d'une mise en situation sociale, intellectuelle?
Il y a une culture de consommation et de masse, dans laquelle la France à sa part. Et dans cette culture de masse, il y a une façon française de produire de la culture. Pour autant, le France aurait bien tort de s'attribuer la palme de ce genre de culture, à la marge d'une culture "américaine" honnie. C'est Lars Von Trier qui a créé Dogme95, et c'est aujourd'hui à New-York que se fait l'art (si vous y passez, faites un tour au PS1). Et non à Paris, comme dans l'entre-deux guerres. Ce que je veux dire par là, c'est que l'on est bien incapable de définir une culture française. Et même sans doute une culture européenne. On peut en dégager des spécificités. Et décrocher une palme d'or à Cannes n'est pas l'expression la plus probante d'un leadership de l'art.
4) Quels sont à vos yeux les Français les plus influents?
J'aimerais bien dire que ce sont des hommes politiques. Dominique Strauss-Kahn parmi eux évidemment. Nicolas Sarkozy aussi, ainsi que Pascal Lamy. J'espère que les Français les plus influents ne sont pas ceux que l'on entend le plus. J'espère parmi eux le Prix Nobel Jean Jouzel ou bien Jacques Delors. Mais je vois aussi bien Christophe de Margerie (PDG de Total), Anne Lauvergeon (Areva), ou bien Henri Proglio (Veolia).
En France, on pourrait citer Olivier Besancenot, José Bové. Mais il y a aussi un bon nombre d'acteurs de la société civile, ou bien de fonctionnaires, français, qui jouent un rôle considérable. Dans leur poids pour l'élaboration des livres blancs qui annoncent des textes législatifs européens. Dans leur action au sein de la Direction Général "commerce", "élargissement", de l'Union Européenne.
5) Que signifie pour vous être Français?
Je n'aime pas du tout ceux qui prétendent à une spécificité d'être Français. La France n'est pas la "Patrie des Droits de l'Homme", mais la patrie où ils ont été rédigés. J'ai des valeurs que j'espère universelle, et sur lesquelles je n'ai aucune prétention et aucun regard tutorial. Il y a aussi la question du patrimoine, architectural par exemple. Cet héritage est typiquement national, et fait partie de mon identité et me distingue, parce que j'aime cette façon de concevoir la ville. J'ai bien conscience de la chance que j'ai eue de naître Français, pour autant je n'en tire aucun sens profond, ni aucune fierté particulière. Même si je n'échappe pas, ponctuellement, aux accès de chauvinisme qui nous étreignent quand Tsonga est en finale à l'Open d'Australie, ou quand l'équipe de France de football/rugby fait un beau parcours en coupe du monde.
C'est l'une des forces de la construction européenne d'avoir réussi à faire partager aux populations de plusieurs dizaines de pays (ceux de l'UE avant tout, mais aussi les membres du Conseil de l'Europe) des valeurs profondes et structurantes. Je me sens à l'évidence plus proche d'un Tchèque ou d'un Portugais que d'un Américain. Et lorsque je voyage, comme récemment au Canada ou bien en Chine, c'est à l'Europe que je me réfère, plutôt qu'à la France.
Il y a sur le sujet une très bonne étude de l'Eurobaromètre.
21:07 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cnn, france, culture, influence, sarkozy, dsk, europe
06.04.2008
Préférences nationales
Oxfam en a fait l'amer constat: les aides au développement des pays riches s'est amenuisée en 2007. Notre bon président n'en saurait être complètement tenu pour responsable (le budget 2007 n'a pas été voté sous sa présidence). Néanmoins, il serait de bon ton que celui de 2008 épouse mieux les propos tenus par lui sur le co-développement.
Les pays de l'OCDE ont baissé leur aide au développement de 8,4%, à 103,7 milliards de dollars. Tandis que cette aide n'aurait en toute logique du que s'accroître, du fait des engagements pris par les pays de l'UE lors des Accords de Cotonou. Pour mémoire, l'UE demande a ses Etats-membres d'augmenter leur aide jusqu'à 0,7% du PIB pour 2015. (voir l'article plus complet sur l'aide au développement que j'avais écrit l'année dernière).
Dans ce paysage assez triste, la France ne fait pas office de très bon élève, passant de 0,47% à 0,39% de son PIB (objectif 2010 pour la Commission: 0,56% du PIB). La Grande-Bretagne heureusement nous permet d'avoir moins honte, en passant de 0,51% à 0,39% en 2007. Quelques pays semblent en revanche respecter leurs engagements, autant que faire se peut. Les pays scandinaves atteignent ou dépassent 1% de leur PIB à l'aide aux pays pauvres. Tandis que la France diminue de 16% son aide, l'Espagne augmente la sienne de 34%.
On saluera notre ancien Président Chirac qui disait vouloir atteindre 0,7% du PIB pour le développement d'ici 2012 et qui en a baissé le taux dans le budget 2007. Et on souhaitera que Nicolas Sarkozy ne se dise pas que tout est flexible et qu'on peut toujours revenir sur sa parole, en remettant à plus loin le respect des engagements (gradués) de la France pour 2010 puis 2015.
Pour rappel, le PIB de la France en 2004 était de 1744352 millions de dollars.
02:46 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, co-développement, pib, europe, ue, cotonou, politique
19.02.2008
Kosovo, à quoi ça rime?
Voilà un sujet que j'avoue ne pas trop maîtriser, je me bornerai donc à des questions, de bon sens, évidemment.
J'ai reçu coup sur coup sur facebook deux invitations, une pour accueillir un nouvel Etat européen, le Kosovo, une autre pour refuser l'indépendance de l'ancienne province Serbe, à minorité musulmane Albanaise. J'ai donc prudemment refusé les deux invitations.
Je me demande comment le Kosovo, qui n'a aucune ressource propre, qui n'a pas d'administration durable, et qui vit sous perfusion internationale, peut proclamer son indépendance. En vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes?
Comment peut-on concevoir une simple proclamation d'indépendance sur un coup de tête, parce que l'on s'est auto-proclamé "nation" kosovare?
Dans quelle mesure cette indépendance peut-elle être durable, sachant la proximité du Kosovo avec l'Albanie, et le dénuement économique total de la région?
Dans quelle mesure le gouvernement indépendantiste Kosovar est-il uniquement l'heureux objet d'une lutte entre Etats-Unis et Russie?
Dans quelle mesure cette indépendance sortie du néant peut-elle destabiliser l'UE, notamment ses pays membres balkaniques à forte minorités (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie), ou bien pays au régionalisme très important (Espagne)?
Comment les Serbes vont-ils ressentir cette humiliation? Cela va-t-il vraiment aider à assumer les horreurs serbes des quatre guerres de Balkans?
En d'autres termes, à part une pagaille noire, qu'est-ce qu'un Kosovo indépendant peut bien nous apporter?
Si vous avez des réponses...
20:15 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : kosovo, balkans, europe, UE, USA, russie
10.02.2008
La France ne peut pas accueillir toute la misère intellectuelle du monde
Ayaan Hirsi Ali réclame la nationalité Française pour trouver un refuge dans notre beau pays contre les méchants extrémistes qui la menacent, après ses propos et actes contre l'Islam. Elle est soutenue d'ores et déjà par une petite brochette d'activistes et intellectuels, dont Bernard-Henri Lévy. Qui devrait prendre du repos.
Ayaan Hirsi Ali est une forme d'extrême droite. De ces gens qui stigmatisent l'Islam et les immigrés qui pratiquent cette religion, dans des pays qui n'ont pas, le plus souvent, accompagné ce changement sociologique de changements sociaux. En d'autres termes, elle et Theo Van Gogh (assassiné en 2004) sont de ceux qui confondent islamisme, immigration, problème sociaux, et intégrisme. Et c'est pervers, parce que cette dame a souffert, excisée à 5 ans en Somalie, forcée de quitter son pays pour le Kenya, puis l'Allemagne, puis les Pays-Bas (où elle s'illustre dans sa collaboration avec Theo Van Gogh pour la réalisation de "Soumission", un film sur le statut des femmes dans certains pays islamiques, qui verse allègrement dans l'amalgame avec les immigrés en Hollande).
C'est pervers parce que ses prises de positions sont une forme d'appel à la haine, une caricature permanente d'une population qui souffre plus de problèmes sociaux que de problèmes religieux. Et ce n'est pas parce qu'elle se réclame d'un laïcité à la française que cela en fait quelqu'un de bien. Méfiez vous de l'article qui lui est consacré sur wikipedia, très partial et très régulièrement modifié. Enfin bref, ça me gêne, je ne voudrais pas moi non-plus verser dans la caricature, mais cette femme n'est pas vraiment ce que l'on pourrait appeler quelqu'un de compétent. C'est une révoltée qui a basculé d'un extrême à un autre.
Cela arrive, son enfance a été traumatisante. Ce n'est pas une raison pour que la France accueille toute la misère intellectuelle du monde. Surtout qu'en la matière, elle a déjà plus que sa part, jusqu'au plus haut niveau de l'Etat.
Lire Lomig, qui la soutient, et Le Chafouin, qui partage plutôt mon avis.
22:10 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (49) | Envoyer cette note | Tags : ayaan hirsi ali, france, islam, pays bas, politique
03.02.2008
"Yes we can"
Superbe clip de campagne de Barack Obama, trouvé via le Zapping su Web, et lancé cette semaine comme une bombe sur internet et vue déjà plusieurs centaines de milliers de fois depuis sa mise en ligne avant-hier. L'idée est d'avoir repris un discours d'Obama, pour le mettre en musique, et superposer la voix de stentor du candidat avec celles de quelques célébrités du monde des Arts engagées à ses côtés. On y retrouve Scarlett Johanson, Harold Perrineau Jr (pour ceux qui ont aimé Oz ou Matrix), Amaury Nolasco (Prison Break), Will. I. am (Black Eyed Peas), John Legend, ou encore Kate Wlash (Grey's anatomy).
Si vous en reconnaissez d'autres... Auraient pu y figurer aussi George Clooney, Ben Affleck et Matt Damon. Le vrai discours ici, est poignant (merci Hajar!).
Enfin, une pensée quand même, pour ces Américains qui, à chaque fois que l'on croit avoir trouvé un produit révolutionnaire, nous la mettent minable en trouvant mieux. On trouvait Sarkozy nouveau, moderne, prometteur, réformateur? Ils ont Barack Obama. On se trouvait super originaux à être la première grande et vieille démocratie à avoir une femme prête à accéder à la magistrature suprême? Ils ont la même, mais compétente en plus.
Enfin, vous l'aurez compris, je suis plutôt Obama que Clinton. Parce que comme le disait le chroniqueur de Newsweek (dont je ne me souviens plus le nom) fin décembre, la vraie rupture ce n'est pas le sexe ou la couleur de peau, c'est que Obama, dont le père est Kényan, qui a grandi à Hawaii, au Kenya et en Indonésie, sait ce que c'est que de ne pas être Américain. Il sait la capacité d'attraction comme de déception que ce grand pays inflige au monde depuis plus de 50 ans.
19:50 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : obama, clinton, USA, 2008, élections américaines, barack obama
27.12.2007
Question de point de vue
Souvenez-vous, en 2001. Les journaux, les hommes politiques, chacun comprenait que Musharraf ait besoin de diriger impitoyablement son pays. Le péril Taliban et Al Qaeda était si grand. Sous le coup de l'émotion de 2001, on a découvert un pays où la population était asservie à des extrémistes religieux.
Bien sûr, de temps en temps un magazine "Géo" était consacré au Général Massoud, qui aurait pu être architecte si le sort et la Guerre Froide ne s'étaient pas abattus sur son pays. Parfois même, on rappelait que en 1975 encore à Kaboul, certaines femmes avaient adopté la mini-jupe. Puis le 11 septembre a tout justifié. Musharraf était nécessaire pour vaincre les Talibans, donc sa dictature militaire était nécessaire. Quel qu'en soit le prix, même des répressions permanentes et un conflit larvé avec l'Inde.
Question de point de vue, aujourd'hui, Musharraf est le méchant. Et Benazir Bhutto morte, les yeux se tournent vers lui.
Je suis allé voir mardi soir un film excellent: la Guerre selon Charlie Wilson. C'est l'histoire d'un simple membre du Congrès Américain, qui, en 1980, alerté par une femme qui fait du lobbyisme intensif pour alerter sur la situation en Afghanistan, va réussir à lever des fonds et armer les moujahiddhins qui résistaient aux soviétiques.
A la fin, la guerre est gagnée. Mais 60% de la population Afghane en 1988 a moins de 14 ans. Ils n'ont pas d'école, pas d'infrastructures, pas de route. Pour gagner la Guerre d'Afghanistan en 1988, il aurait fallu continuer l'effort économique sur l'Afghanistan, et construire de quoi échapper aux Talibans (qui à l'origine sont des écoles coraniques). Mais la guerre finie contre l'URSS, le Congrès n'a plus mis un sou dans l'Afghanistan. Jusqu'à 2001.
Un agent de la CIA joué par Philip Symour Hoffmann raconte une histoire vers la fin du film:
"Un jeune garçon dans un village reçoit un cheval pour son anniversaire. Tout le village est heureux: 'c'est formidable, il a un cheval!'. Alors le Sage dit: 'nous verrons'. Un an plus tard, le jeune garçon tombe de cheval et se casse une jambe. Tout le village est triste: 'Quel malheur, il s'est cassé la jambe!'. Alors le sage dit: 'nous verrons'. Trois mois plus tard, la guerre est déclarée, et tous les hommes sont mobilisés, sauf le jeune garçon, qui a sa jambe cassée. Tout le village dit alors: 'quel bonheur, il va pouvoir rester parmi les siens'. Et le Sage dit: 'nous verrons'."
Il y a des élections au Pakistan le 8 janvier. L'assassinat de Bénazir Bhutto est odieux. Mais peut-être cela permettra t-il aux Pakistanais de réveiller leur conscience. C'est un grand malheur, pour la démocratie, pour ce que nous portons de valeurs de respect. Mais... nous verrons.
18:55 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Pakistan, benazir bhutto, musharraf, massoud, afghanistan







