20.04.2007

Paroles 2007 - PS (3)

medium_neel.JPG Néel est militant au Parti Socialiste, et ce sera avant le premier tour le dernier interviewé de la rubrique Paroles 2007. N'y voyez pas engagement de ma part, j'ai publié trois entretiens de militants de l'UMP et seulement deux pour le PS. Je dois avouer un manque cruel à l'UDF, mais vraiment ce n'est pas de ma faute.

 Néel est étudiant à Sciences Po, et il est à quelques semaines du Grand Oral du master Affaires Publiques. En attendant, il use des nerfs et du temps à la campagne de Ségolène Royal, et il répond à mes quelques questions. C'est long, mais c'est bourré de fond!

 

 L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?medium_sego.2.jpg

Néel: Oui. Il me semble d'ailleurs que les présidentielles sont bien plus suivies qu'il y a cinq ans et que les questions de programmes, de personnes et de valeurs y jouent un role plus intéressant. Je suis même plutôt satisfait des débats, et très content de mon propre parti et de sa candidate, Ségolène Royal. Evidemment, on aurait pu espérer plus d'ambitions, dans tous les partis et sur tous les sujets (Europe, éducation et universités, banlieues, intégration sociale et culturelle, pour ne citer qu'eux), mais un "vent nouveau" semble se lever.
 
 Que dire sur l'ensemble des candidats et de leurs partis? Ce n'est quand meme pas à moi de dire qui doit participer à cette campagne, bien que mes idées politiques suffisent à dire que je suis en désaccord avec bien des candidats! Il y a un côté ridicule à la division de la gauche de la gauche, qu'ils en tirent seuls les conséquences. Je peine à comprendre la candidature Nihous, également. Enfin, si je regrette le duo Villiers - Le Pen, c'est à nous, partis démocratiques, de trouver des solutions sérieuses et respectables pour ramener à la raison des électeurs que j'ose encore croire égarés.
 
 
 Pourquoi soutiens-tu Ségolène Royal depuis le début? As-tu eu des doutes sur la campagne de ta candidate?
 
Néel: J'ai voté Royal aux primaires, alors même que, sur un vote de congrès j'aurais soutenu une ligne plus "social-démocrate" et strauss-kahnienne. Je n'ai pmedium_Sego2.jpgas voté ainsi sur la foi de sondages de toutes facons aléatoires - qui plus est à six mois de l'élection - mais sur une personne et sur programme. Non, je n'ai pas été touché par la grâce de Ségolène. Mais l'élection présidentielle est pour moi bien différente d'une élection législative. Pour moi, choisir un Président, c'est choisir la personnalité qui représente la France aux yeux de ses concitoyens et des pays étrangers, et choisir une personne capable de donner de grandes orientations y compris novatrices, d'être à l'écoute du pays dans son ensemble et de faire des choix lorsqu'ils sont nécessaires. Ségolène Royal dépasse les courants du PS, et je trouve dans son appel à la démocratie participative une vraie source de rénovation pour l'espoir dans notre pays, tout comme l'accent qu'elle met sur les politiques régionales pourrait réveiller notre gestion quotidienne du pays. Ce doit être mon aspect "deuxieme gauche" qui parle :-)

 Des doutes? Bien entendu, comme chaque militant a pu en avoir, quel que soit son candidat. La période des "forums participatifs", enthousiasmante pour beaucoup de militants, était un risque, parfaitement négocié à mon sens. Quant aux "bourdes", elles m'ont moins fait douter qu'elles ne m'ont exaspéré face à une presse qui ne relayait pas celles, ausssi importantes, de Sarkozy ou de Bayrou, et ne replaçait pas les mots dans leur contexte. J'ai un regret : la campagne interne a laissé des traces, bien que les échanges aient souvent été courtois. Pourtant, je vois bien autour de moi le PS uni derrière sa candidate, et la position de Fabius et de DSK me satisfait compte tenu des directions prises par la candidate du PS qui réveille et modernise des pans entiers de notre cadre idéologique.
 
 Un regret donc plutot qu'un doute: j'aurais aimé une plus hiérarchisation des priorités plus claire et une équipe de campagne plus visible et plus structurée.
 
 
 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux que l'on a raté?
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Néel: Je me réjouis que la campagne ait porté sur des questions économiques et, dans une moindre mesure, sociales. Le PS n'a pas à rougir de sa gestion de l'économie, de l'emploi, de l'investissement, de l'éducation. Au contraire : je le trouve, sur bien des points, bien plus pondéré et bien plus favorable à la situation de l'ensemble des acteurs économique que l'UMP ou l'UDF, trop dogmatiques et se refusant à voir les limites d'un libéralisme économique non maitrisé. Hélas, la validité des chiffrages, pourtant bien critiquables au niveau de leur méthodologie, a trop peu été commentée, sauf par l'OFCE qui a su prendre là une position responsable : le chiffrage, bien qu'intéressant, ne légitime que les politiques appuyées sur les mêmes modèles que lui. Et il ne légitime aucun choix à lui seul.
 
 Par exemple, je me réjouis que Ségolène Royal, en cela parfaite héritère de Jaurès, ait clairement montré la confiance de notre parti dans l'entreprise et notre détermination à soutenir l'activité des PME innovantes ou qui emploient, tout en luttant contre les "patrons voyous", grands ou petits. Je me réjouis aussi qu'elle se soit prononcée en faveur d'un assainissement des relations sociales en entreprise. tout comme de sa conception du travail et de l'emploi, face à des politiques ne favorisat que les entreprises et les salariés en place. Enfin, sa position sur la "Sécurité sociale professionnelle" est cohérente et emporterait une amélioration de chacun, chomeur ou non.
 
 Bien évidemment, tout est important, et des points auraient gagné à etre plus discutés, de l'environnement à l'Europe en passant par nos institutions. S'il ne me faut exprimer qu'un regret, c'est que les questions de solidarité, horizontale, verticale ou intra-générationelle aient si peu été abordées. C'est aussi là-dessus que se fait un choix de société.
 
 
 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle? De l'évolution des débats?
 
Néel: Les débats ont eu l'intérêt de porter sur de nombreux points, et en cela la différence avec l'élection de 2002 est appréciable. Par ailleurs, j'ai ressenti autour de moi un intéret biien plus grand pour la chose politique qu'il y a cinq ans, et je me réjouis de ce que la politique ait retrouvé un caractère plus public, moins élitiste. Si les candidats n'ont pas réellement pu se parler entre eux, leur confrontation, plus importante qu'avant, à des citoyens a été intéressante - dans la mesure de ce qu'il fallait en attendre, du moins.
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 Faire une comparaison ambitieuse des programmes et des personnes est extrêmement difficile, et je ne le sais que trop bien pour m'y être essayé avec ma section. Les débats ont été difficiles, en particulier parce que certains candidats n'ont toujours pas dit clairement ce qu'ils entendaient faire s'ils étaient élus, surfant sur une incrédulité face à une classe politique où ils sont pourtant particulièrement intégrés.
 Ils ont également été difficiles parce qu'ils ont été pollués par des échanges de "petites phrases" hélas trop médiatiques ou de captations d'héritages ne reprenant que les mots sans adhérer à l'esprit des modèles invoqués.
 Enfin, les déclarations scandaleuses de M. Sarkozy lui ont, à mon avis, surtout servi à éviter toute confrontation de fond. Personellement, j'auraais aimé un débat entre les 3 ou 4 "grands" candidats, non par mépris pour les autres mais pour que les Francais aient une vision claire du choix qui leur est proposé au premier tour.
 
 Ségolène Royal a pris des risques, en allant sur des terrains où la gauche est souvent trop timide. Je la suis volontiers sur la plupart d'entre eux: non, la Nation n'a pas a etre abandonnée à l'UMP ou au FN, et je me sens parfaitement européen en me sachant tres français. Non, la fermeté à l'égard des délinquants n'est pas une terahison de nos valeurs, des lors qu'elle s'accompagne d'une politique active d'éducation, d'amélioration du niveau de vie et de mesures depolice préventive. Oui, je reste fermement socialiste, et mes valeurs sont compatibles avec une prise de position sur tous les terrains, meme ceux les plus minés. Et ces transgressions apparentes ont le mérite d'etre honnetes, face à un candidat dont on ne sait plus s'il est libéral, lepeniste, chiraquien ou carrément communiste !Au final, je suis heureux de l'élan que j'ai pu sentir en tractant dans les rues, meme si les déébats entre candidats n'ont hélas jamais pu réellement avoir lieu.
 
 Le PS, j'en suis convaincu, y aurait largement gagné. En revanche, je serais heureux que la recherche de solutions innovantes se développe en France de façon plus importante - y compris dans des think tanks - et que les sujets qui ont trop peu été discutés puissent l'etre dans les prochaines années, tant par les "experts" que par chacun d'entre nous. C'est par là que l'on revalorisera réellement le débat politique.
 
 
 Quel est ton principal message ?
 
Néel: A l'évidence, il s'adressera aux électeurs tentés par le candidat UDF. Qu'ils lisent ou relisent sn programme en gardant en tete sa pratique du pouvoir - il l'a eu, meme durant ces 5 ans. Il me semble que toutes les "invocations" sonnent comme des préoccupations de gauche, mais que les rares mesures proposée sont toutes de droite. Le PS et sa candidate sont les seuls, selon moi, à pouvoir concilier l'efficacité économique et la justice sociale parce qu'ils ont compris que ces notions marchent main dans la main. Alors que les inégalités s'accroissent en France, nous ne pouvons oublier personne. Cette ambition ne nous interdit pas une gestion efficace de l'existant et une vision riche pour le futur de notre pays, bien au contraire.

Paroles 2007 - Vu de l'étranger

medium_Alice.JPG Alice est étudiante Tchèque à l'IEP de Paris, et actuellement, elle passe sa troisième année à Paris, en stage au centre Tchèque, situé à saint-Germain des Prés. En Juin dernier avaient lieu les élections législatives en Tchéquie. Elle n'est pas d'accord avec le président Vaclav Klaus (photo plus bas), conservateur, atlantiste et libéral-protectionniste, mais a voté pour son parti, l'ODS. Quelques questions.

 

 Que penses-tu de la campagne Française?

 Lorsque j´étais à Paris il y a 5 ans, la campagne me paraissait beaucoup plus agressive, pointue, conflictuelle qu´aujourd´hui.

Concernant Ségolène Royal et le PS je trouve assez comique de voir la différence entre la non cohésion du parti le jour de l´annonce de sa candidature, et le soutien pseudo-unanime d'aujourd'hui.

Je crois que les candidats jouent aussi un peu la comédie en se déplaçant dans les divers trous perdus de la France pour "débattre" avec les citoyens. On dirait une animation de façade. Et à chaque fois les trajectoires des adversaires se croisent et se copient. Un jour Le Pen arrive à Lille, le lendemain c'est Sarkozy qui y est, et vice versa dans toutes les combinaisons possibles...

Concernant les débats à la télévision je ne pourrais pase prononcer, car j´ai essayé d´en regarder un, mais je me suis endormie lorsque Philippe de Villiers s'est mis à parler, et à constamment accuser l´UE d´avoir causé tous les malheurs de la France d´aujourd´hui. C'est écoeurant.

 

  Comment les médias tchèques parlent-ils de la campagne et des candidats?

medium_Sarkozy.jpgJ´ai la légère impression que les médias tchèques ont tendance à croire que c'est Sarkozy qui va gagner. A chaque fois qu´ils parlent des élections, il y a une photo de Sarkozy à côté, et on parle peu de Ségolène Royal, à part pour souligner que c'est une femme... Néanmoins ils ne sous-estiment pas le rôle de Bayrou en prenant en compte la proposition de Rocard de former une alliance contre Sarkozy. Ils ouvrent ainsi la voie pour dire que Bayrou, peut-être, nous surprendra tous.

C´est-à-dire qu´ils disent que si Bayrou arrive à passer au second tour, il gagnera sans doute. Les autres candidats ne nous intéressent pas.

 

 Vois-tu des similitudes entre les législatives Tchèques et cette campagne Française?medium_klaus.jpg

Les élections législatives tchèques de juin dernier étaient assez démagogiques, basées sur le principe de nier complètement les idées du parti adverse. Ce n'était qu'attaques personnelles, et vraiment parfois c'était intolérable, ce qui n´est le cas ici maintenant. En République tchèque on n'a pas cédé au sentiment anti-Européen, d'ailleurs l'Europe a été mentionnée encore moins souvent qu´en France. L´essentiel se passait vraiment au niveau de conflits personnels entre le chef des socialistes (premier ministre sortant, Jiri Paroubek) et le chef d´ODS (Premier Ministre actuel, Mirek Topolanek).

Les grands sujets, à part les attaques personnelles, ont surtout été la réforme des retraites et la santé.

 

 Si tu votais dimanche...medium_Bayrou.jpg

Je suis partagée entre François Bayrou et Nicolas Sarkozy. J'ai beaucoup de sympathie pour le Centre-droit, mais il y a vraiment la nécessité de réformer l'énorme bureaucratie Française, et de remédier hors frontières et in frontières au problème de l'immigration. Je suis plutôt contente de ne pas avoir ce choix à faire.

 C'est un dilemme qui est un peu le même qu'en République tchèque. Klaus ne nous convient pas, c'est un menteur, il est anti-Européen, mais on vote ODS parce que c'est le parti qui a les pieds sur terre.  En France  c'est pareil avec Sarkozy et l'UMP. Sauf que je fais plus confiance à Sarkozy qu'à Klaus.

 Dans l'idéal j'aimerais que ce soit une femme qui devienne Présidente en France, mais vraiment medium_villepin.jpgRoyal c'est pas possible pour moi. On a l'impression qu'elle ne comprend même pas ses discours. Personnellement je préferais Villepin.

07.03.2007

Paroles 2007 - Observateurs (6)

 J'avais déjà posé ces quelques questions à PAC, l'autre rédacteur du Blog Libertés Réelles, voici Mael Mont-Menneu, étudiant lui aussi, à Normale Supérieure et à Sciences Po. Comme son compère, il a sa carte au PS, comme son compère il se demande comment développer des idées sociales-démocrates modernes, comme son compère, ses réponses sont passionnantes.

 

 L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Mael: On pourrait toujours espérer mieux. Je déplore la pauvreté des programmes et le manque d'audace concernant certains sujets qui ont pourtant si fortement marqués la dernière législature : comme si la proximité de ces événements était trop aveuglante pour que l’opinion veuille s’en saisir. L’échec du traité constitutionnel en mai 2005 ouvrait un boulevard pour redéfinir radicalement la politique européenne de la France. La crise du CPE, qui fut avant tout une crise de l’enseignement supérieur, faisait de la réforme de la gouvernance et de l’offre de formation universitaires, ainsi que la question de l'articulation des études avec le marché du travail, des problèmes cruciaux. La crise des banlieues aurait enfin justifié qu’on ouvre grand le dossier de l’intégration sociale et culturelle, ainsi que de la politique de la ville. Or ces thèmes sont demeurés au mieux sous-traités, au pire ignorés dans la campagne.
Pour autant, j’estime que le paysage politique connaît aujourd'hui une mutation profonde, tant sur la forme des débats que sur le fond, portée par les deux principaux candidats à cette élection, qui apportent des perspectives idéologiques nouvelles, poussent le pays à une introspection salutaire et à la remise en cause de certains dogmes ancestraux. On ne peut que s’en réjouir.

 

 Ton choix a t-il évolué depuis le début de la campagne? Pour quelles raisons?

Mael: Non. Je suis favorable à la candidature de Ségolène Royal. Même si, comme la plupart de ses sympathisants, j’ai éprouvé des doutes et des perplexités, j’adhère à ses idées qui régénèrent en profondeur le cadre idéologique de la gauche de gouvernement. Je suis séduit, sur la forme,
par son appel à une subsidiarité plus forte et à une plus grande proximité avec les acteurs de terrain, à des politiques sociales ciblées et calibrées aux besoins les plus urgents, à sa volonté de libérer les énergies des territoires et pas seulement des secteurs les plus capitalistiques de notre économie. Sur le fond, j’approuve son projet économique fondé sur une redistribution plus juste des richesses, la valorisation du capital humain, son engagement pour l’égalité des
chances réelle - en particulier pour les handicapés et en matière de formation – et pour la défense et la valorisation du tissu des petites et moyennes entreprises.

Et j’estime que le pays a besoin d’alternance, alors que le bilan de la présente législature est insatisfaisant en matière de chômage et de croissance, de sécurité et de cohésion sociale, de réforme de l’État. Le thème de la valorisation du travail porté par Nicolas Sarkozy n'est pas dénué de légitimité mais, outre qu'il masque un programme fiscal particulièrement injuste, il peine à suggérer des pistes originales de mobilisation économique. Je suis inquiet, cependant, par l’absence de prise de position de Ségolène Royal sur le pilotage du système de protection sociale, en particulier l’évolution financière des régimes d’assurance maladie et des retraites. J’attends également d’elle qu’elle hiérarchise plus nettement les priorités de sa politique et qu’elle clarifie la structure de son équipe.

 

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention?

Mael:
La campagne présidentielle française connaît une certaine américanisation de ses thèmes : elle est davantage centrée sur la politique économique, les candidats s’affrontant sur la question de l’optimisation de notre économie de marché. La préoccupation du chiffrage et de la faisabilité des programmes traduit une maturité nouvelle en la matière. La question de l’organisation politique et sociale du pays, celle de la rénovation des institutions, en particulier du pouvoir législatif, est également une composante importante des débats, quoiqu’insuffisamment approfondie par le candidat de l’UMP à mon avis. Enfin, comme je l’ai déjà dit, il existe des thèmes sous-exploités, l’Europe, l’intégration, les universités qui traduisent une insuffisance de réflexion sur ce sujet, chose qu’il est difficile de masquer à l’heure de l’élaboration des programmes.

 

 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Mael:
Sur le fond, l’absence de certains thèmes traduit une insuffisante structuration institutionnelle du champ de la proposition et de la prospective politique dans notre pays : nous manquons de think tanks et de groupes de pression faisant valoir des solutions innovantes.
Le développement de débats participatifs, de jurys et de panels dans le cadre des émissions télévisées est intéressante dans la mesure où elle traduit le renforcement d’une conception concrète de la responsabilité politique, se rapprochant de ce que les anglo-saxons appellent l’accountability. Malgré certains impairs et une tendance réelle à la dramatisation, les débats participatifs et l’immixtion des préoccupations de la vie quotidienne dans les débats n’ont pas, à mon avis, appauvri la campagne dans la mesure où les candidats parviennent à se faire entendre sur des sujets de haute politique en d’autres occasions. Au contraire, ils ont ravivé l’intérêt des citoyens et soutiennent une pratique plus authentique de la délibération démocratique.

 

 Quel est ton principal message ?

Mael: Que les débats ne cèdent pas à la tentation de la vulgarité et de l’invective facile ; que soit abordé de manière plus courageuse le thème de la place de la France dans l’Europe et dans le monde. Et puis, attention au Front National.

03.03.2007

Paroles 2007 - PS (2)

medium_luc_2.jpg Luc Mandret est militant parisien du Parti Socialiste de 23 ans, mais il est plus connu sous le nom de Lancelot. Un militant qui tape à volonté sur Ségolène Royal d'ailleurs, et c'est peut-être un peu pour ça que j'aime bien aller lire son blog. "Ambitieux et réaliste", "simple et utopiste"... Finalement nous partageons bien des contradictions, malgré des positions politique un peu dfférentes. Ses déconvenues et ses espoirs sur la campagne dans les lignes qui suivent:

 

 L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Luc: Non ! Certes il peut sembler trop tôt pour être aussi clair, ne connaissant pas encore la liste définitive des candidats, mais je trouve le menu très peu appétissant. Et principalement pour le militant de gauche que je suis.

Au PS, nous nous retrouvons avec une candidate social-démocrate, ne partageant pas du tout la notion que je me fais de la politique. Son blairisme se rapproche pour moi plus du centrisme de Bayrou ou de Prodi que du socialisme.

A sa gauche, nous voyons que les autres militants anti-libéraux, dont j'aurais pu me rapprocher, se divisent pour des questions d'égo. Retrouver chez eux les travers des professionnels de la politique, voilà de quoi être déçu !

A droite, peu de surprise, tous les candidats attendus sont dans les starting-blocks, prêts pour le sprint final, contrairement à la gauche, ce qui explique le très mauvais score du "bloc de gauche" dans les sondages.


 Ton choix a t-il évolué depuis le début de la campagne? Pour quelles raisons?

Luc: Je n'ai jamais eu de choix précis, d'ailleurs je ne sais toujours pas pour qui je voterai, et si mon bulletin sera blanc ou non. Depuis l'investiture de Ségolène Royal, je sais que je ne voterai pas Ségolène Royal. Mais j'ai encore le temps de changer d'avis, sait-on jamais ! Une belle réponse de normand ...

 

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui  devraient retenir notre attention?

Luc: Les sujets majeurs, ce sont ceux que les médias veulent bien faire naître. Alors en 2002, on nous a parlé de l'insécurité, encore et toujours. Mais, bien que la situation ne se soit pas amélioré (doux euphémisme), ce sujet est absent du débat, préférant celui du pouvoir d'achat et du logement. Je n'ai rien contre ces sujets, imedium_luc.jpgls méritent d'être abordés, mais le problème selon moi est que l'on ne nous laisse pas le choix !

Parlons de la politique internationale le lundi ! De la culture le mardi, de l'immigration le mercredi, de l'éducation le jeudi, de la lutte contre la pauvreté le vendredi, d'environnement le samedi, de la balance commerciale le dimanche. Nous pouvons trouver un thème différent chaque jour jusqu'au premier tour !

En outre, l'un des principaux sujets de la pré-campagne sont les signatures ! Et elles occupent une place bien trop importante : changeons une bonne fois pour toutes de procédé, en préconisant le soutien citoyen. Il n'est pas normal que José Bové, Olivier Besancenot ou Jean-Marie Le Pen trouvent des difficultés à obtenir les signatures. Une fois débarrassé de ce sujet, nous aurions plus de place pour aborder d'autres sujets.

 

 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Luc: Il n'y a pas de débat ! Il y a du réchauffé de propositions, des petites phrases, des oeufs pourris, de la people-politique. Evidemment, vu de l'extérieur pour les initiés que nous sommes, cela prête à rire. Et je m'amuse à compter les points, comprendre les origines et objectifs de ces petites phrases de dépêches AFP. Mais j'attends un vrai grand débat ! Pas des ersatz comme nous le proposent TF1 et France Télévision ! Des face-à-face thématiques, que les français identifient les tenants et aboutissants des programmes ! On parle du "pacte présidentiel", mais qu'y a-t-il dedans ? Aucune pédagogie pour le faire connaître à ceux qui ne feront pas l'effort de le parcourir. On rabâche que Sarkozy a changé, mais son programme ultra-libéral lui n'a pas changé.

 

 Quel est ton principal message ?

Luc: Vivement la 6e République ! Que le rôle et les pouvoirs du président soit moindres. Ces élections sont néfastes à la bonne marche de notre pays : pendant 6 mois la France se retrouve sans véritable gouvernement (que devient et que fait Dominique de Villepin ?). La personnification de la campagne nuit aux brassages d'idées, moteur pour faire progresser notre société.

01.03.2007

Paroles 2007 - UMP (3)

medium_Sophie_Devedjian.JPG  Trop modeste, elle ne pensait pas pouvoir intéresser les internautes! Sophie Devedjian, simple, charmante et souriante a bien voulu me faire le plaisir de répondre à mes petites questions sur la campagne. Diplômée de Sciences Po et titulaire d'un DES d'études politiques, elle se consacre depuis bientôt vingt-cinq ans à la ville d'Antony, et depuis bientôt quarante à son "porte-flingue Sarkozyste" (comme il est souvent qualifié de façon réductrice) de mari. Merci encore à elle pour sa rapidité et sa disponibilité.

 

 Que traduit selon vous l'offre politique pour ces élections ? Que pensez-vous des principaux candidats, que traduisent-ils de l'évolution de l'opinion publique en France?

Sophie: D’abord un vrai renouvellement générationnel, très positif  et très attendu : il me semble que le 21 avril 2002 a été, en partie, la conséquence d’une usure des deux principaux candidats ressentis comme « décalés » par rapport aux attentes des Français.

Avec la génération des « quinquas »  qui se présente, on est davantage en phase avec les enjeux d’aujourd’hui : challenge de la mondialisation, confrontation entre l’individualisme et les solidarités, développement durable, etc…

Ce sont aussi des candidats qui ont une communication plus directe et plus moderne dans leur langage comme dans leurs modes de communication (audiovisuel, internet).

Je pense que l’opinion publique l’apprécie et c’est la raison du regain d’intérêt que suscite cette campagne.

Sur l’offre politique proprement dite, elle est classique, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche et reflète assez bien les différentes sensibilités de notre pays. Evidemment il est très rare qu’un candidat soit exactement ce que l’on souhaite : on vote toujours au premier tour pour celui qui est le plus proche et au deuxième pour le « moins pire », rien n’a changé depuis André Siegfried, la démocratie reste l’art du compromis entre la raison et le cœur.

 Quelles sont les priorités premières de Nicolas Sarkozy, à mettre en chantier directement après son éventuelle élection?

Sophie: Le point central du projet de Nicolas Sarkozy c’est la valeur qu’il donne au travail : dans le monde actuel, notre pays ne s’en sortira pas sans que  chacun d’entre nous n’apporte sa contribution, son énergie. Ce qui est en même temps une raison d’optimisme pour tous : car Sarkozy refuse la « société bloquée », il pense profondément que chacun a son avenir entre ses mains et doit avoir sa chance.

La priorité me semble donc être de faciliter et d’encourager le travail : l’encourager, donc il faut qu’il rapporte plus (heures supplémentaires défiscalisées par exemple), le faciliter donc simplifier la réglementation qui est devenue d’une lourdeur et d’une complexité kafkaïennes (quand on voit ce qui est demandé aux entreprises, notamment aux petites, on se dit qu’il faut avoir une énergie peu commune pour continuer à les créer et à les faire vivre !).

D’une manière générale, notre société a besoin d’air et de simplicité pour que tout le monde s’y sente partie prenante.

 Quels sont les autres sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention mais dont on parle peu ?

Sophie: Le sujet majeur pour moi c’est que nous prenions conscience du monde dans lequel nous vivons et dans lequel, surtout, vivent et vivront nos enfants et nos petits-enfants : un monde ouvert, concurrentiel, dur, inquiétant parfois, auquel il faut savoir s’adapter avec courage et énergie tout en gardant nos valeurs de liberté et de fraternité, et une attention constante aux plus faibles.

Cela implique que les candidats doivent dire la réalité et en même temps donner l’espoir, et susciter l’énergie pour que nous en sortions par le haut : la France a beaucoup d’atouts, elle devrait cesser de pleurer sur elle-même et ses misères, et regarder l’immense chance qu’elle offre aujourd’hui en matière de santé, de cadre de vie, d’éducation, de possibilités d’épanouissement individuel : c’est exceptionnel si l’on considère l’histoire  et la géographie ! Cela doit nous rendre responsables, et pas « enfants gâtés », vis à vis du reste du monde.

 Que pensez-vous de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Sophie: Ce n’est pas si mal. On parle de vraies questions dans les réunions publiques comme sur les sites des candidats : l’éducation, l’Europe, l’emploi, le co-développement, … et si on prend le temps, on peut se faire une idée réaliste des projets des uns et des autres. Même si le problème, comme toujours, c’est l’afflux d’informations qu’il faut trier : cela demande un effort de s’informer pour voter avec discernement, pour comprendre les enjeux. La démocratie, c’est comme la vie, on n’a rien sans rien !

 Quel est votre principal message, si vous en avez un?

Sophie: La liberté et la solidarité sont totalement complémentaires. Ne nous laissons pas prendre au seul registre de la compassion qui peut vite se transformer en démagogie.

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Vous pouvez lire un portrait de Sophie Devedjian sur le site de l'Express

12.02.2007

Paroles 2007 - à l'UDF

 Grande première pour moi! A côté de mes interviews écrites, que je continue à trouver plus intéressantes globalement qu'une vidéo, je me lance quand même dans les vidéocasts. Considérez s'il vous plaît le progrès pour un garçon préhistorique comme moi... Mais je continuerai les interviews écrites, qui sont plus le produit de la réflexion que des interview "en live".
 Pour cette première en vidéo donc, François-Régis Babinet, un jeune militant centriste rencontré auprès de Dorothée Pineau, qui rassemble des soutiens de la gauche à la droite, et qui me parle de François Bayrou, ses singularités, son message.

08.02.2007

Paroles 2007 - Elus

 Jean-Marie Albouy-Guidicelli, premier maire-adjoint de la ville de Montereau en Seine et Marne a bien voulu inaugurermedium_jmag.jpg ce questionnaire pour les élus, sur la campagne 2007. Jmag a 36 ans, et est élu de Montereau depuis 1995, dans l'équipe d'Yves Jego. Jeune élu local travailleur et attentif aux problèmes de terrain, et des transports, il répond à mes quelques questions sur la campagne et ses débats.

 
En tant qu'élu local, et compte-tenu de ton affection pour Jacques Chirac, quel sera ton choix pour 2007?

JMAG: Mon choix ne sera pas guidé par mes mandats électifs, mais par le souci que doit avoir chaque électeur de confier la barre au bon capitaine. Indéniablement Nicolas Sarkozy est le seul candidat parmi ceux actuellement en lice qui a les qualités pour exercer la fonction présidentielle. Pour autant, des débats tenus en 2006 au sein de l'UMP ne m'ont pas éclairé sur certaines de ses positions notamment sur la réforme de la loi 1905, le droit de vote des étrangers aux élections locales et la discrimination positive. Pour l'élu local que je suis, c'est d'ailleurs 3 questions très importantes qui touchent autant aux finances de la commune qu'à la cohésion républicaine. Sur ces 3 points, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont eux été très clairs et ont rappelé l'impérieuse vigilance qu'il convenait d'avoir afin de ne pas remettre en cause certains fondements de notre République et de notre Nation au risque de faire éclater la France et d'en faire un territoire miné par le communautarisme. Pour le moment, je suis attentivement la campagne et attend la déclaration de Jacques Chirac.

 
 Quels retours as-tu de la campagne sur le terrain? Quels sujets "prennent" le mieux?

 JMAG: Bizarrement peu de personnes m'en parlent. C'est encore aujourd'hui une affaire de militants ou personnes intéressées par le mauvais côté de la politique. Cependant il y a une forte attente sur le pouvoir d'achat qui peut englober aussi bien la thématique du travail que celle du logement. Personne ne me parle de sécurité ce qui tranche avec la campagne 2002. Intéressant aussi, on parle dorénavant du travail et non plus de l'emploi qui est une notion plus vague et qui parle moins de sa propre situation. La thématique de Nicolas Sarkozy passe bien : d'abord les gens veulent gagner plus avec le travail qu'ils font aujourd'hui, ensuite les gens veulent être libre de travailler plus pour gagner encore plus. Aujourd'hui la droite c'est le travail, la gauche c'est l'assistanat !

 
 A ton sens, quels sont les grands sujets de cette campagne? Et lesquels doivent retenir notre attention?

JMAG: 6 sujets : le travail et le pouvoir d'achat, le logement, l'éducation nationale, l'environnement et la justice.

 Le travail, sa valorisation et ses conséquences financières (le pouvoir d'achat) sont au coeur de notre avenir commun. J'ai le sentiment que les Français, y compris une partie de ceux qui vivent grâce aux minimas sociaux, ne veulent plus d'assistanat. Ils savent aujourd'hui que la situation actuelle perdure depuis trop longtemps et qu'il convient de revaloriser le travail tout en responsabilisant chacun. Pour le moment Nicolas Sarkozy fait un sans faute !

 Le logement, avec la hausse de l'immobilier, est devenu une préoccupation. Certains se sont endettés, d'autres envisagent des prêts à 30 ans, voire plus, les loyers flambent et l'envie de devenir propriétaires pour les vieux jours et se sentir chez soi répondent aux attentes que j'entends. Là aussi le candidat UMP répond positivement.

 L'éducation nationale: Quels doivent être ses missions et ses objectifs ? Il s'agit là d'un sujet de fond car l'unanimité n'est pas de rigueur. Certains la veulent dispenser un savoir et d'autres transmettrent des connaissances professionnelles. Au final, j'ai l'impression qu'on ne réussit ni l'un ni l'autre et que tout le monde est mécontent.

 L'environnement est un sujet épineux car tous s'en préoccupent mais peu veulent agir personnellement pour que ça change. Nicolas Hulot a beaucoup de succès médiatique mais pour autant les mauvaises habitudes des peuples occidentaux de pays industrialisés sont bien ancrées. Comme le tabac, il faudra bien un jour que les élus agissent par la contrainte si le préventif et l'éducatif ne fonctionnent pas...

 La justice que beaucoup considèrent "injuste", "inefficace", "lente" mérite aussi bien des moyens qu'une réforme de fond. J'entends souvent des remarques contre la Police, à tort ou à raison, mais la Justice est quant à elle constamment dénigrée. C'est d'autant plus inquiétant qu'elle rend ses décisions au non du Peuple Français et que ce dernier se sont de plus en plus exclu et étranger de son fonctionnement et désapprouve les conséquences bien vécues sur le terrain (impunité des mineurs entre autres).


  Quelle appréciation as-tu des premiers débats de la campagne?

JMAG: Je pense que le traitement médiatique de la campagne est calamiteux et transforme cette campagne entre un remake de "Dallas" et une "télé-réalité". Les personnes qui m'en parlent, hors sympathisants UMP, sont désabusées par la politique et toute la boue actuelle ne les encourage pas à s'y intéresser. Est-ce fait pour faire le lit de Le Pen ? Les débats à la Télé sont minables et prennent toujours des allures de café du commerce. Finalement on se demande si Internet n'est pas le média d'avenir. Certes, il n'y a pas débat mais on peut aller sur les sites des différents candidats et prendre le temps d'écouter et de comprendre. Ce n'est pas forcément la contradiction du genre "vous n'avez rien compris, c'est faux, vous êtes un menteur" qui fait avancer les idées ! Je trouve surtout qu'on manque souvent de pédagogie. Le procédé de Nicolas Sarkozy répond d'ailleurs souvent à cela : il pose le problème et termine par une question puis donne sa réponse. Mais je reconnais qu'en meeting cela peut paraître difficile lorsqu'on parle d'économie mais c'est aussi notre devoir d'élu de vulgariser ce qui peut paraître inabordable.
 
 
 Tu as un blog; quel est ton message d'élu de terrain blogueur?

 JMAG: Que tous doivent garder "tête froide et raison gardée". Nous avons la chance d'habiter un pays formidable et medium_jmag2.jpgnous sommes souvent victimes de nos propres caprices. Les blogs sont un outil de rencontres et d'échanges dès lors qu'on est ouvert aux autres et qu'on s'interdit des jugements à l'emporte pièce ou les invectives. J'ai vu d'ailleurs ton initiative sur l'Europe avec d'autres blogueurs non UMP et t'en félicite. Je trouve que le blog est un outil supplémentaire pour échanger et promouvoir ses idées et ses actions à la condition qu'ils ne deviennent pas un champs de mines façon "armée numérique de Ségo" ! Mon message pour les blogs, pour la campagne et pour nous tous peut se résumer en un mot : "respect".  

07.02.2007

Paroles 2007 - Observateurs (5)

 Back again, avec Charles André, actif sur plusieurs blogs, notamment "Jusqu'ici tout va bien", où il est l'un des co-rédacteur avec entre autres Alexandre Missoffe, mais aussi Agoravox, et énergies2007 (blog de Christian Blanc), ce qui oriente un peu son observation, mais franchement ça ne se voit pas. Il s'est engagé auprès de Christian Blanc spontanément et par conviction, en lui envoyant une lettre pour lui demander comment participer à la campagne de 2007.

 Charles et moi avons au moins une autre passion commune, Prague, où il a passé son semestre de stage de fin d'études de l'IEP de Paris. En ce qui concerne l'interview, c'est très dense, mais ça ouvre beaucoup de réflexions. Bonne lecture.medium_Carolus.jpg

 

L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Charles: Non. Pour des raisons proches de celles exprimées par Versac dans ses réponses à ton questionnaire :

  • Bayrou trop institutionnel, dans une posture dénonciatrice facile
  • Royal qui, piégée par sa volonté de ménager la chèvre et le choux du oui et du non au TCE change d'avis comme de tailleur, qui ne propose aucune vision et, quand elle en propose une, ne me séduit absolument pas car conservatrice ; enfin, contrairement à ce que j'ai pu croire à un moment, elle ne sera pas le Tony Blair français car elle est prisonnière de son électorat et des chimères vendues par un PS qui n'a pas pu/voulu régler une fois pour toutes sa position par rapport au marché.
  • Un Sarko qui pêche gravement en matière de réforme des institutions et de démocratie (renouvellement et des pratiques politiques, au-delà de son style personnel) et ne prend pas suffisamment à bras le corps le problème de la dette… Il me semble néanmoins être le seul véritable réformateur des 3 et il propose un projet de société assez clair.

 En termes d'image et de personnalité, qui sont des composantes de l'offre politique dans une élection portant sur une personne :

  • Royal est le contraire de ce qu'elle voudrait paraître  : elle est en réalité cassante et autoritaire, semble avoir une revanche à prendre contre tant de monde…
  • Sarko semble, lui aussi, obsédé par l'idée de prendre une revanche face à Chirac. Je n'aime pas la personnalisation à outrance du pouvoir qu'il représente ; la démagogie à laquelle il se livre par moments (sur les baisses d'impôt par exemple : ce peut être un objectif, mais il devrait clairement dire que ce n'est pas faisable aujourd'hui) : "dire ce que je fais, faire ce que je dis", "annoncer avant pour pouvoir faire après" : il s'en écarte encore beaucoup trop.
  • Bayrou est mou et cherche trop le consensus pour que j'aie confiance en sa capacité et sa volonté réformatrice.

Je me réjouis quand même que, malgré certaines promesses fumeuses, la droite propose un projet de droite (travail, responsabilisation et valorisation de la réussite…). Une droite clairement à droite et une gauche de gouvernement clairement sociale-démocrate serait utile à la clarté du débat démocratique. Sinon on entre dans un dilemme du prisonnier, c'est-à-dire que je trouve que la surenchère rhétorique antilibérale au PS est un gros obstacle à une droite franchement libérale (Sarko veut lutter contre les délocalisations, parle de préférence communautaire, etc.). Et vice-versa : les positions pas toujours nettes d'un Chirac ou d'un Sarko vis-à-vis du libéralisme et de la mondialisation n'aident pas le PS à tourner franchement le dos à la "rupture avec le capitalisme".

 J'espère donc que le fait que le champion de l'UMP propose un projet franchement de droite est le point de départ d'une clarification des positions de chacun face au marché. Idéalement, l'antilibéralisme ne devrait se trouver qu'aux extrêmes.

 
 Qu'est-ce qui pourrait te décider à voter pour l'un des candidats pour qui ton coeur balance ?

Charles: Mon vote n'aura, hélas, rien à voir avec le cœur. Si je me surprends parfois à m'emballer pour les tribuns pleins d'énergie, les désillusions passées tempèrent vite mes poussées d'enthousiasme…medium_energies2007.JPG

 Mon vote ira au candidat ayant délivré un projet de société global, cohérent et fondé sur des propositions solides et crédibles. Je veux quelqu'un qui donne suffisamment envie de demain pour qu'on arrête avec la nostalgie d'un passé magnifié (Amélie Poulain…). Les personnes-clés de la campagne de chacun constitueront aussi un indicateur qui pourra m'influencer. Le soutien exprimé récemment par Christian Blanc à Sarko m'a influencé : je pense que s'il a passé ce cap, c'est qu'il a testé sa crédibilité.

 

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention?

Charles: Comment renouer avec une croissance forte et mettre en place un modèle favorable à l'innovation (réforme de notre système de recherche et de ses liens avec l'entreprise) et, au bout du compte, rénover notre enseignement supérieur pour qu'il offre des débouchés à tous (en particulier : rapports de l'Université avec le marché du travail). La question environnementale doit être traitée sous l'angle de l'innovation.

  • La réforme de l'Etat (avec la dette comme indicateur de l'urgence d'une réforme très profonde) et de la protection sociale : restaurer l'efficacité de l'action publique, moins de pouvoir aux corporatismes, une sécurité sociale (et leurs pendants : les prélèvements obligatoires) qui se fonde plus sur des situations individuelles de + en + mouvantes.
  • L'égalité des chances, le lien social (solidarités et intégration) : comment résoudre la fracture générationnelle, comment mettre fin aux positions sociales héritées (lien avec la réforme de l'enseignement, en particulier supérieur), quelles solutions à la surpuissance de la finance, comment mettre fin aux ghettos socio-ethniques, quel rapport à "l'autre" ;  le logement.
  • Les réformes institutionnelles : pour + de contrepouvoirs (justice et Parlement), + de démocratie (referendum, renouvellement de la classe politique, que les perdants soient sanctionnés).
  • La relance de la construction européenne, le rapport à l'élargissement (aux Balkans notamment) ainsi qu'à la Russie, le rapport avec le monde en développement (Afrique en particulier).

Les 2 premiers sujets me semblent conditionner le reste (la réforme de l'Etat, par exemple, conditionne la rénovation de nos solidarités ; le retour à une France économiquement dynamique restaurera sa place en Europe et, partant, la place de celle-ci dans le monde). Mais les propositions précises sur les autres sujets "accessoires" révèlent les valeurs de chacun.

 

  Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Charles: Pas du bien. Après une phase de bouillonnement programmatique, on ne parle désormais que des personnes, des intrigues, on se contente de postures ou de valeurs. Je ne vois pas la situation s'améliorer. Trop d'éléments sont en jeu pour, que dans une société médiatisée à l'outrance, on puisse réellement débattre du fond.

 Je profite de la question pour formuler un souhait qui me tient de plus en plus à cœur : on ne résoudra cela (plus l'élection approche plus on se focalise sur l'anecdotique, l'individuel) qu'en passant à un système parlementaire, avec un Président symbolique comme la Reine d'Angleterre (avec, en plus, peut-être, un rôle dans les relations internationales), les présidentielles pourront légitimement se focaliser sur les valeurs et les personnes. Le moment décisif de la vie de la démocratie serait les élections législatives, qui seront l'occasion de débats projets contre projets.


 Quel est ton principal message ?

Charles: Sortons des archaïsmes, des pensées toutes faites, des isolements claniques. Je suis frappé, en fréquentant désormais quelques sphères militantes dont je m'étais jusqu'ici tenu très éloigné, par le sectarisme de toutes les "familles" politiques.

05.02.2007

Paroles 2007 - Observateurs (4)

 On ne ralentit pas la cadence... Et c'est Alexandre Missoffe, du blog Jusqu'ici tout va bien qui répond cette fois-ci aux questions du débat (sic) de la campagne et du candidat qui le satisferait le mieux. Alexandre a passé une année à voyager, entre la Nouvelle Zélande, la Thaïlande ou encore le Pérou, et en est revenu avec la conviction "que la France ne peut pas repartir avec les mêmes pour un tour."
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  L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Alexandre: Plutôt, oui. Ce n'est pas parfait certes, mais il me semble qu'il y a tout de même plus de projets qu'en 2002. "L'offre politique" n'est pas pour moi dans le nombre de candidats (2002 serait le record) mais dans l'exposé de vrais programmes qui ne soient pas des slogans mais des projets de gouvernements. A ce titre je suis plutôt satisfait, même si ceux qui auraient sans doute été mes candidats favoris ne sont pas présents.

 Qu'est-ce qui pourrait te décider à voter pour l'un des candidats pour qui ton coeur balance ?

Alexandre: Un engagement ferme sur les mesures qu'il prendrait et l'explication précise de comment il compte agir pour atteindre cet objectif.

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention?

1er Point : Croissance-Recherche-Environnement et la manière d'articuler les 3 pour qu'ils se soutiennent les uns les autres.

2ème point : Solidarité et Education. Quel rôle l'Etat veut-il tenir dans les choix de sociétés; Quelle impulsion, à partir de la croissance retrouvée dans le point 1, donner par les pouvoirs publics aux chantiers de notre quotidien (Logement, Education, Sécurité)

3ème point: L'Europe et les institutions. Mais, hélas, je n'attends plus grand-chose de la France sur l'Europe pendant quelques temps. Sur les institutions j'attends, aussi un peu sans grand espoir, une réorganisation qui tournerait les pouvoirs publics et l'action des collectivités vers l'efficacité (Mandat unique des parlementaires/transfert des compétences des départements vers les régions/Délégation aux Régions de compétences nationales)

 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Alexandre: Pas de débats à ce jour. Sauf entre les partisans sur les blogs dont quelques  uns (de débats) sont très valables et m'ont parfois conduit à évoluer à partir mes positions initiales.

 Quel est ton principal message ?

Alexandre: Que les programmes ne soient pas des slogans mais des vrais projets qui seront réellement mis en oeuvre.

03.02.2007

Paroles 2007 - UMP (2)

 Mathieu Pellerin est militant des Jeunes Populaires dans le XVe arrondissement; un jour d'octobre dernier je le croise à une réunion des Jeunes européens... Sans savoir d'où je peux bien le connaître. Il anime avec maestria et souci du détail, avec quelques autres, le blog des Jeunes Populaires du XVe. Il répond à mes quelques questions sur la campagne...medium_mathieu.JPG

 

 L’offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Mathieu: Oui globalement. Ce qui est éloquent, c’est que tous les candidats font campagne sur une rupture avec la façon de faire de la politique. Pour Sarkozy et Royal (qui a aussi parlé de « rupture ») il s’agit d’une rupture avec des méthodes éprouvées, et quant à Bayrou et Le Pen, ils prônent une rupture avec ceux qui sont « responsables » de l’état de la France aujourd’hui. D’ailleurs, on peut s’interroger sur la légitimité de Bayrou sachant qu’il a été ministre de l’éducation nationale

 
 Quel candidat soutiens-tu ?

Mathieu: Je soutiens Nicolas Sarkozy, depuis maintenant deux ans et je ne cesse de me réjouir de sa présence

 
 Quels sont les objectifs de ton candidat pour ces élections ?

Mathieu: Je souhaite avant tout qu’il demeure fidèle à la position qu’il défend depuis son élection à la tête de l’UMP. Il a été obligé de se recentrer pour les besoins de la campagne, mais ce qui me rassure c’est qu’à l’occasion de son discours du 14 janvier, il a réaffirmé toutes ses positions originelles, y compris les plus contestées.

 
 Donne-moi trois raisons qui te font voter pour ce candidat 

Mathieu: A mon sens, Nicolas Sarkozy est le candidat qui a aujourd’hui le projet le plus crédible, et celui qui correspond le plus aux besoins de la société. C’est également le plus déterminé pour mener à bien ses réformes. Enfin, et ce n’est pas négligeable, il s’agit du candidat de la « diplomatie de la transparence », notamment envers la Russie. Il est également le seul, avec François Bayrou, à ne pas considérer les Etats-Unis comme nos ennemis. Il n’est toutefois pas inféodé, son soutien à Chirac sur l’intervention en Irak en témoigne.

 
 Quel est son principal message ?

Mathieu: J’en aurais deux si cela est possible… « La France ce n’est pas terminé », et « être jeune, c’est être révolutionnaire ». Le progressisme n’est pas l’apanage de la gauche.

 
 Dis moi ce qui pourrait le faire perdre

Mathieu: L’illusion d’une démocratie participative de Royal qui s’apparente davantage à du populisme…Je ne pense pas que Sarkozy puisse s’effondrer…cela fait maintenant deux ans qu’il se voit crédité de plus de 25% d’intentions de vote au premier tour.

 

 Quel est ton principal message ?

Mathieu: Je voudrais m’adresser aux rares indécis qui liront mes propos. Ne tombez pas dans le piège que certains vous tendent, qui consiste à voir en Nicolas Sarkozy un atlantiste, un ultra libéral ou un fasciste en puissance…Ce ne sont que des inepties infondées et démagogiques. 

 

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