11.05.2008

Brèves

 Deux choses ces deux derniers jours.

Jospin veut décidément casser du Royal. Rocard aussi d'ailleurs. Pour ça il dénonce: "n'importe quel socialiste aurait fait 17 millions de voix!". La gauche souffre d'un mal dont la droite a su s'affranchir: l'UMP n'a plus de ces vieux barbons qui reviennent mettre leur grain de sel dans tout en pensant répondre à une attente quelconque des militants. Ce qui est d'ailleurs plutôt faux. J'ai beaucoup de respect pour Rocard. Moins pour Jospin. Mais quand même, être un bon député européen pour sa dernière année de mandat me semble un objectif bien assez honorable, plutôt que de jouer à la statue du Commandeur castrateur qui empêche au parti de vivre sa vie. On s'en fout que le PS aille à Delanoë, Royal ou Moscovici (même si Mosco ce serait mieux). L'essentiel c'est qu'il réussisse à faire son Mai 68 et à s'affranchir des vieilles figures tutélaires.

 De plus en plus sympathisant de certains au PS, le travail de Jospin, même si il est censé d'une façon ou d'une autres les aider (en barrant la route à Royal) est plus néfaste qu'autre chose. Nadine Morano avait raison tout à l'heure à "On n'est pas couché". Et c'est triste de le dire d'ailleurs. Le bilan de Sarkozy n'est pas si bon depuis un an. Néanmoins, celui de l'opposition non-plus. A part stigmatiser, à raison, ce n'est pas la question, l'exercice du pouvoir et la personnalité de Sarkozy, sans doute feraient-ils mieux d'esquisser l'ombre d'un projet politique. Allez Mosco, on est avec toi.

Le deuxième "événements", c'est Dominique Bussereau chez Ardisson. Dans "Salut les Terriens". Le pauvre homme m'a fait de la peine. Dominique Bussereau est secrétaire d'Etat aux transports auprès de Jean-Louis Borloo. On entend très peu parler de lui, ce qui jusqu'à présent et dans cet exercice nouveau du pouvoir, très médiatisé, était pour moi gage de qualité. Et bien Dominique Bussereau a passé une bonne partie de sa journée chez Thierry Ardisson, qui l'appelait "Dubusse", et qui le faisait chambrer par son public. Bussereau souriant et riant avec l'air navrant du bon con qui essaie de garder de la dignité.

 Thierry Ardisson est présentateur télé. Bussereau ministre. Comment peut-il supporter de se faire appeler "Dubusse"? On pourrait dire "oui, c'est de l'infotainment, mais il avait un message à faire passer aux Français..." Et bien soit le montage de "Salut les Terriens" a squizzé le message, soit Bussereau n'était là que pour faire de la figuration, parce que le seul message que j'ai vu, c'est que "Dubusse" est un pauvre type qui se laisse insulter au milieu de l'arène aux ordres de Sa Majesté Thierry Ardisson.

 A force de devoir être dans toutes les émissions grand public toutes les semaines, les ministres de Fillon finissent par vraiment donner l'impression de n'être là que pour porter des maroquins bleus et rose d'un air empressé à la sortie du conseil des ministres. Prenons-nous à rêver: il est possible que dans 4 ans cette exposition médiatique superflue, vulgaire et avilissante aura lassé les Français.

06.05.2008

366eme jour avec Nicolas Sarkozy

 Le 6 mai dernier, j'écrivais ceci:

 Sarkozy ce soir a rappelé ses grands chantiers. Les bons: le plein-emploi, la relance Européenne, l'environnement, une économie plus efficace, des soucis sociaux plus équitables. Les mauvais: "en finir avec la repentance", par exemple.

Aucun doute, la relance de l'UE, il y a contribué. Même si c'est Angela Merkel qui a hérité du Prix Charlemagne de la personnalité européenne de l'année. La fin de la repentance, cela semble malheureusement en bonne voie.

 Quant aux autres promesses, c'est mitigé. Le souci de l'environnement est devenu une priorité. La question est de savoir si c'est grâce au "Grenelle de l'Environnement", ou grâce au fait que l'on est en train de se rendre compte qu'il y a possibilité de faire du profit intéressant en développant des techniques d'économie d'énergie?

 Le plein-emploi, ahahah. Il ne semble pas que l'on soit sur la bonne voie. Cela peut être une mauvaise nouvelle bien sûr, mais aussi une bonne: un taux de chômage en hausse peut signifier que nous sommes bien entrés dans un processus de réforme du marché du travail (forcément long et douloureux). Réforme du marché du travail nécessaire à un retour de la croissance de façon durable, et, surtout, plus prévisible.500px-Economics_Gini_coefficient.svg.png

 Je passe sur le reste. C'est évident. Nous sommes en train de faire la même erreur que Bush aux Etats-Unis. On développe ce pays en faisant en sorte que les riches soient encore plus riches plus vites, et les pauvres toujours plus pauvres, plus facilement. Il y a un outil pour mesurer la redistribution sociale dans un pays: l'indice de Gini. La courbe à droite est une courbe de Lorentz. En abcisse la population, en ordonnée, le revenu global. Si la courbe est une ligne droite à 45°, la redistribution est parfaitement égale. Généralement, elle est plutôt en courbe incurvée.

 De cette courbe de Lorenz on tire l'indice de Gini, qui oscille entre 0 et 1. 0 étant le plus égalitaire, 1 le plus inégalitaire. Depuis 1968, l'indice de Gini pour les Etats-Unis est passé de 0,38 à 0,47. En France il est à 0,36. Il sera intéressant d'observer son évolution dans les prochaines années.

 

 D'un point de vue civique, nous avons un président dont la légitimité est incontestable, avec 85% de participation. Pourtant, la démobilisation civique n'a jamais paru aussi rapide. Un an après, la participation aux élections municipales atteint péniblement 60%. Le débat national n'a jamais semblé aussi déconnecté de la population, pour n'être que celui d'une certaine élite.

 D'un point de vue d'image internationale, notre président est considéré comme un clown par tous les journaux sérieux en Europe, et se fait régulièrement hacher menu par la presse américaine. Les infirmières Bulgares ont été libérées, grâce à un travail de fond de l'UE et de Tony Blair, et Sarkozy y a mis la dernière main, certes. Bétancourt est toujours dans son cachot végétal. Kadhafi a été reçu comme un prince pour aucun résultat tangible. On a vite oublié les droits de l'homme face aux intérêts économique.

 Les histoires des Balkany, le cynisme affiché par les membres de la majorité, la succession de monarque à Neuilly, ... la République n'a rien d'irréprochable.

 Et pour 2010: aucun respect de la stratégie de Lisbonne, aucun respect des Accords de Cotonou, aucun respect du Pacte de Stabilité. C'est à prévoir, c'est presque certain.

01.05.2008

Le Bureau politique de l'UMP... à l'Elysée.

C'était déjà choquant, le 22 octobre, de voir Nicolas Sarkozy intervenir au Bureau Politique de l'UMP. On vient de passer un cap supplémentaire, avec la réunion du dernier Bureau Politique de l'UMP... au Palais de l'Elysée.

 Rien que ça.

burpolumpwx9.jpg

 Rien n'oblige, dans la Constitution, à faire du Président de la République un être au-dessus des partis. Rien ne lui interdit évidemment de continuer à s'investir dans la marche d'un parti politique qui participe, à condition de respecter "les principes de souveraineté nationale et de démocratie" (art.4), au débat public.

 Toutefois, on aurait pu trouver meilleur message, en ces temps de désavoeu de la politique Sarkozienne, alors que le Monsieur dit vouloir être plus modeste. Et Thierry Solère, la mine enfarinée du bon fat céans, d'afficher promptement sur son blog la photo publiée dans le Figaro Magazine. Sans doue parce que c'est tout naturel?

 Jacques Chirac avait une façon détournée de conduire la marche de son parti. Il propulsait des hommes de main qui exécutaient ses ordres. Juppé, Séguin, un échec en 1999 avec Delevoye (c'est MAM qui vainquit). Sarkozy, lui, place des portes-flingues, fait en sorte d'attiser les ambitions pour les annuler toutes, mais semble en plus vouloir continuer à s'occuper lui-même de tout.

 Et quand on lui résiste un temps soit peu, on est suspendu, à l'image de Jean-Pierre Fourcade, candidat dissident à Boulogne ayant réuni 35% des suffrages, ou bien Arnaud Teullé à Neuilly. A ce rythme, il n'y aura bientôt plus de membres de l'UMP que ce "Bureau Politique".

 On peut en effet douter des 300000 adhésions de l'UMP qui se maintiennent (officiellement) depuis Juin 2007 contre vents et marées, et contre même le bon sens: les élections sont passées, il serait sociologiquement normal d'assister à un recul du soutien partisan (par un non-renouvellement de l'adhésion). De plus le contexte est mauvais et la cote de popularité plus en baisse que jamais: on doute que cela n'ait aucun impact sur les adhésions au parti.

 Mais voilà, à l'image du Parti Communiste, l'UMP décrète son nombre d'adhésion, et refuse obstinément de le prouver en exhibant les listes des adhérents. D'ailleurs, l'UMP serait-il si endetté (20 millions d'euros), si il pouvait compter sur 300000 adhésions multipliées par 35€, soit 10,5 millions d'euros?

 Outrance, mensonge et sans-gêne: bienvenue dans la France d'après.

 

PS: jeu, sauras-tu trouver le jeu de mots particulièrement grossier à l'égard de Thierry Solère dans ce texte? Indice: homophone.

21.04.2008

Bertrand Delanoe est en campagne

 Et ce n'est pas son meilleur rôle, franchement.

 Déjà, lors du passage de la flamme olympique à l'Hôtel de Ville, on pouvait rire. En direct devant les caméras, Bertrand Delanoë s'insurge: "il ne veulent pas rester ici et accueillir la flamme. Mais il y a des valeurs avec lesquelles Paris ne transige pas". Je vous retranscris ça un peu au débotté. Toujours est-il que l'impression que donnait son intervention, c'est que lui monsieur le Maire, était bien content d'avoir embêté les officiels Chinois.

 On apprit plus tard en fait que les-dits officiels Chinois avaient décidé de se passer de la Cour de l'Hôtel de Ville de Paris, excédés, et que le pauvre Bertrand Delanoë n'y a pu que mais. En revanche, une petite sortie devant les caméras à la mode "Que l'on touche à la liberté, et Paris se met en colère", ça fait toujours bien.

 Surtout quand on ambitionne de saisir la tête du PS en laissant peser les doutes. Doutes sur la capacité de Royal à être à la hauteur, doutes sur les capacités des autres, Bartolone et Moscovici en tête, à rassembler à l'intérieur du parti.

dalai%20lama.jpg Bertrand place donc ses pions, et ses petites actions d'éclat. La dernière en date: faire du Dalaï Lama actuel Tenzin Gyatso un citoyen d'honneur de la ville de Paris.

 Il est bien des sujets sur lesquels je suis en profond désaccord avec Mélenchon. Tous, à vrai dire. Sauf un. Le régime politique du Dalaï Lama se démocratise, lentement. Mais c'est loin d'être la panacée. Les femmes sont écartées de tout, à peine bonnes pour l'éducation. L'anglais y est quasiment proscrit, de même que l'enseignement du Chinois. C'est un projet culturel en fermeture presque totale, et si ce n'était sur le terrain de la violence et de la répression, le régime du Dalaï Lama a en fait assez peu à envier à feu celui des Talibans, en ce qui concerne le progrès social.

 Mais voilà, le Dalaï Lama a une bonne tête avec de chouettes lunettes, et Bertrand, lui, veut être premier secrétaire du PS.

13.04.2008

Vers la fin de l'article 88-5?

L'article 88-5 de notre Constitution, voté en février 2005 pour rallier à l'adoption du Traité les Français perméables à l'argument selon lequel TCE = Turquie dans l'Europe, va t-il être enfin supprimé?
 Voilà ce que cet article disait:

Article 88-5 :

Tout projet de loi autorisant la ratification d'un traité relatif à l'adhésion d'un Etat à l'Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République.

[l'article 88-5, dans sa rédaction en vigueur jusqu'à l'entrée en vigueur du traité établissant une Constitution pour l'Europe, n'est pas applicable aux adhésions faisant suite à une conférence intergouvernementale dont la convocation a été décidée par le Conseil européen avant le 1er juillet 2004]

 J'en avais déjà parlé l'année dernière presque jour pour jour. Cet article est bête, pour deux raisons. La première relève plus ou moins du respect de nos institutions, la seconde concerne plutôt la pratique politique. 
 
 L'inconvénient grand de cet article était en premier lieu qu'il imposait au Président le référendum, alors que la constitution lui donne évidemment le choix entre le vote des représentants du peuple réunis en Congrès, et le référendum. On peut imaginer d'ailleurs qu'il est des sujets si complexes qu'un référendum ne pourrait trancher en parfaite connaissance de cause, et c'est pourquoi le choix entre ces deux solution équivalentes est important. Je veux dire par là que la Constitution Française ne stipule pas de hiérarchie de valeur démocratique entre le référendum et la consultation des deux Assemblées en Congrès.
 
 Le second inconvénient, c'était l'essentiel du contenu de l'article de l'année dernière, est lui plus prosaïque. Jean Quatremer le formule admirablement: "Pourquoi supprimer un tel référendum ? Tout simplement parce que l’ensemble de l’Union européenne et les pays candidats sont devenus les otages du peuple français dont la décision n’obéira pas qu’aux intérêts diplomatiques de la France, mais sera surdéterminée par des considérations de politique intérieure." Et d'ajouter que si la question de l'adhésion de l'Albanie, de la Bosnie ou de la Turquie, pays de population musulmane, se pose, la campagne du référendum d'adhésion français risque d'être encore pire.
 
 Imaginons un court moment les effets diplomatiques d'une campagne référendaire française sur l'adhésion de la Turquie à l'UE. Les clichés, les haines et les réflexes xénophobes d'un pays qui vote et débat en méconnaissance totale de la société dont le pays demande l'adhésion à l'UE...
 
 Si un référendum avait été organisé en France pour savoir si la Roumanie devait entrer dans l'UE, le sujet principal aurait-il été "les petits Roumains qui dégradent nos horodateurs"? Est-ce bien là le type de débat démocratique que nous voulons montrer à nos amis Européens, à qui par ailleurs nous sommes si prompts à donner des conseils?
 
 Ce serait donc parfait que la révision de la Constitution fasse sauter cet article rédigé dans un seul but électoraliste, et que de nouveau la décision de l'organisation d'un référendum ou de la consultation du Parlement réuni en Congrès soit rendue à la discrétion du Président de la République.
 
 Pour cela, il faut réunir les trois cinquièmes des membres du Congrès. Quel dommage qu'on ne puisse pas voter les différents chapitres de révision de la Constitution séparément.
 
 Le plus drôle restant évidemment que ce sont, à peu de chose près, les mêmes députés qui ont voté l'article en 2005, qui voteront son abrogation en 2008. Encore une raison de les tenir en très haute estime...

07.04.2008

Olympisme, Tibet, Luther King

 Les militants démocrates à Londres ont réussi leur coup. Quelle image retiendra-t-on du passage de la flamme Olympique en Grande-Bretagne? Celle-ci:

2393858348_bba5c9d46b.jpg?v=0

Tout autour de cette charmante relayeuse qui devait imaginer autrement sa parade dans la capitale des Jeux Olympiques de 2012, une vingtaine de policiers. A l'image du régime de Pékin et de ces Jeux?

 

 Demain, la flamme Olympique Pékinoise s'échoue à Paris. 28km de relais vont donc permettre à tous ceux qui veulent autre chose qu'un petit macaron tout pourri pour exprimer leur désaprobation seront donc ravis. En cours une bonne partie de la journée, je me contenterais d'un beau dessin, et d'un discours qui semble au premier abord n'avoir rien à voir. Il est de Martin Luther King. Prononcé en 1966,"We Shall Overcome" parle des souffrances par lesquelles passer avant d'accéder à une démocratie de pleins droits...

 

 

pekin2008rf6.jpg

 

Oh, before the victory is won, some of us will lose jobs, but we shall overcome. Before the victory is won, some will have to get thrown in jail but we shall overcome. Before the victory is won, even some of us will have to face physical death. But if physical death is the price that some must pay to free our children from a permanent psychological death, then nothing shall be more redemptive. Before the victory is won, some would be misunderstood and called bad names and dismissed as rabble rousers and agitators, but we shall overcome.

 And I tell you why: We shall overcome because the arc of the moral universe is long but it bends towards justice. We shall overcome because Carlisle is right, “No lie can live forever.” We shall overcome because William Cullen Bryant is right: “Truth crushed to earth will rise again.” We shall overcome because the bible is right: “You shall reap what you sow.”

 

02.04.2008

Interlude

 Bon, notre président ayant décidé de suivre les journaux qui parlaient de moins en moins de lui, et de moins en moins gentiment, l'actualité et les billets d'humeur deviennent moins facile à écrire. Qu'on se le dise, après 10 mois de tâtonnements, nous y sommes! Sarkozy adopte une attitude de Président.

 En somme, il s'est rendu compte qu'il était un peu piégé à son propre jeu: comment dépoussiérer la fonction sans la dévaluer? Comment rendre la démocratie moins formelle, le débat plus vivant, sans tomber dans l'ad-hominem systématique et les commentaires politiques de petite envergure? En gros, comment être un président jeune et proche sans aller trop loin, c'est à dire sans nous priver de la petite couche de solennel nécessaire à la démocratie.

 Qu'un type dise à un président "touche-moi pas tu me salis", c'est relativement commun. Qu'un président soit l'objet systématique des critiques du fonctionnement de toutes les institutions de ce pays, ça l'est moins. Donc, moins de médiatisation, plus de sobriété (autant que faire se peut).

 Sommes-nous prêts néanmoins à lui laisser une seconde chance et à oublier tout ce que ces 12 derniers mois nous ont appris de la psychologie, de la vision de la démocratie, de la petite préoccupation sociale, et des petites capacités étrangères (dossiers et langues étrangères) de notre régime et président nouveaux? Il le faudra bien. Les prochaines élections seront européennes, et ce serait bien de ne pas les utiliser comme un punching-ball ou un moyen de soutien irréfléchis. Pour ça au pire il y a les régionales en 2010.

 Le bon côté c'est que les écrans de fumée vont se raréfier, ou changer de style peut-être, eux aussi. Que les vrais sujets vont peut-être reprendre le devant de la scène: la réforme du marché du travail, l'élaboration du Grand Paris, la continuation de la décentralisation, l'amélioration institutionnelle qui devrait nous permettre une meilleure démocratie, etc.

 

 En attendant tout cela, je vous présente quelques photographies de voyage que j'avais gardées pour moi jusqu'à présent. Cliquez dessus pour les agrandir.

New-York:

Brooklyn factory Central Park loneliness Manhattan

 

Hawaii:  

End of the day on Waikiki Sunset on the Pacific Ocean Hawaii Port

 

Chine -Guang'an et Pékin 

"Luck" - Guang'an Labyrinth Budhist Temple - Guang'an

20.03.2008

"Respecter la vie"

 "Les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit". Je pense que la loi devrait leur permettre de déterminer ce qui devait être leur dignité jusqu'au bout de leur vie. Il n'y a pas de honte à vouloir mourir lorsque la vie n'est plus digne. Et la position de gens comme la ministre du logement des solidarités est honteuse. Christine Boutin, sur un antenne radio, a dit ceci au sujet de Chantal Sébire (avec propos indignes en gras): "Mais pourquoi veut-elle mourir? Parce qu'elle dit qu'elle souffre, mais il y a les médicaments, qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme, mais la dignité d'une personne va au-delà de l'esthétique de cette personne."

 C'est une grande hypocrisie, surtout quand on est bien-portant, de refuser l'euthanasie sous prétexte de "respecter la vie". On relèvera la petite perfidie dans la tournure des phases: "parce qu'elle dit". Sous-entenu, "elle vous prend par les sentiments. Avoir une tumeur grosse comme un pamplemousse dans la tête, ce n'est pas si terrible". Et ça, c'est digne, madame le ministre?

 Respecter la vie, ce devrait être en respecter tout le déroulement, et surtout la fin. Or, si la fin de la vie est trop pénible, c'est la respecter aussi, que d'autoriser ceux qui en souffrent de l'abréger.

 Restent évidemment à savoir dans quelle mesure on peut changer d'avis. Dans quelle mesure on peut dire un jour, bien-portant, "si ça devient trop pénible, aidez-moi à mourir", et devant le fait accompli, vouloir faire marche arrière. Mais Chantale Sébire avait toutes ses facultés mentales, toutes ses capacités d'élocution. Elle avait en revanche une tumeur dans le visage si grande, que les battements de son coeur résonnaient chaque seconde dans sa tête, comme une torture que seul l'arrêt du coeur pouvait arrêter.

 Du haut de mon petit blog, je suis profondément heureux pour Chantal Sébire et sa famille, qu'elle ait pu décider elle-même hier soir de mourir. Sans hypocrisie, libre de ses choix, pas enfermée dans les dogmes de tel ou tel. 

 

Pour en savoir plus, le site de l'ADMD

25.02.2008

L'homme le plus classe du monde

 2002. Dans je ne sais plus quelle cité de banlieue, alors que la campagne "Sécurité, première des libertés" de Chirac était à son comble, Jacques Chirac vient visiter des jeunes. Il essuie molards, insultes et violence. Il sourit, sort un mouchoir, se le passe sur le visage, souillé, et continue sa route en serrant des louches, en ignorant les crachats.

 2008. Salon de l'agriculture. Un type dit à Nicolas Sarkozy "ah non, touche-moi pas". Le Président de la République Française répond "casse-toi pauvre con".

 

 La République est de plus en plus irréprochable décidément.

05.02.2008

Sarko syndicaliste

 "Monsieur le Président, tout de même, vous avez perdu 13 points en moins d'un mois... C'est pas brillant, je suis navré de le dire et je ne voulais pas vous froisser mais il faudrait réagir..."

 "Bien Troufion n°1. Je vais demander à Troufion n°2 de me trouver un petit déplacement dans la France qui se lève tôt et qui est dure à la peine qu'affectionne Guaino, et ça va marcher comme toujours; un petit mot et hop, emballé c'est pesé. Bon, là je te laisse, j'ai un shooting pour Paris Match. Tu as vu mes Ray-Ban Aviator?"

 

  Ce qui est rigolo avec notre président, c'est que non seulement sa vie privée est affichée de manière super caricaturale, mais même ses interventions publiques le sont devenues. A Gandrange, en Moselle, c'est la meilleure caricature de démagogie qu'on ait vu depuis longtemps (enfin depuis la semaine dernière). Une usine emploie 1100 salariés dans l'acier. L'acier n'est à vrai dire pas un secteur d'avenir, dans un pays qui plonge de plein pied dans le tertiaire, et qui songe même à se lancer avec un peu plus de volonté dans l'économie numérique. Sur ces 1100 salariés, 600 sont menacés de chômage forcé, et a priori durable, l'acier n'étant pas un secteur d'activité où la qualification soit particulièrement élevée, et si elle l'est, c'est, encore une fois, pour des métiers qui n'ont plus d'avenir en France.

 Que ferait un homme politique normal dans cette situation? Il dirait comme Jospin que l'Etat ne peut pas sauver une usine menacée de fermeture. Surtout si cette usine est partie d'une industrie qui n'a strictement aucun avenir en Europe. Il dirait que si l'Etat doit verser de l'argent, ce n'est pas pour racheter des parts de l'usine et la soutenir peine perdue, mais plutôt pour payer des formations aux salariés mis à la porte, histoire qu'ils s'adaptent à un marché du travail qui évolue plus vite que l'acierie. Ce serait expliquer bêtement comment l'économie fonctionne: aujourd'hui, la Chine a un avantage comparatif bien plus grand que la France dans l'industrie de l'acier, et nous devrions lui laisser cette industrie pour consacrer notre argent à la formation tout au long de la vie, et à une économie plus moderne.

 Que fait un homme politique comme Sarkozy? Il prétend que l'Etat peut faire "comme Alstom", investir et racheter beaucoup de parts de l'entreprise pour lui permettre de durer. Alstom n'est pas une acierie de Moselle. C'est une entreprise qui produit des trains et des véhicules de relativement haute technologie.

 Et donc voilà, un discours qui doit sans doute rendre l'ouvrier heureux quelques jours, quelques semaines, avant qu'il se rende compte qu'il a été cocufié, et qui n'a rien d'une rupture, ni d'un sens des responsabilités.

 C'est du mensonge, du maquillage, des mots. Et des mots qui prétendent faire croire que l'acier a encore un tantinet d'avenir dans un pays comme le nôtre. A force de promesses intenables, de promesses non-tenues, et de discours qui prennent délibérément les Français pour des cons, Sarkozy va chuter lourdement.

 Bien, ce n'est pas pour me déplaire. Mais Sarkozy a aggripé tellement de choses avec lui, la Commission, sa Présidence de l'UE, nos partenaires Européens, des grandes entreprises publiques, que ce n'est pas lui seul qui va chuter. Mais bien plus que ça.

 A quoi cela sert-il de faire voter le Traité de Lisbonne par le Parlement si à côté on dit n'importe quoi et on continue à alimenter cette phobie du libéralisme, par lâcheté. Parce que ce genre de discours accrédite l'imbécilité selon laquelle l'Etat peut tout.

 c'est faux, au cas où certains ne s'en seraient pas aperçus. L'Etat ne peut pas tout. Tout juste peut-il permettre à Sarkozy de faire joujou. Et encore, plus très longtemps...

Toutes les notes