15/03/2007

"Ami, si tu tombes..."

medium_photo_christophe.jpg Nous étions une bonne trentaine, militants de Reporters Sans Frontières et blogueurs, à entrer le plus discrètement possible au Salon Mondial du Tourisme ce matin vers 10h30. Trois opérations quasi simultanées devaient alerter l'opinion publique sur trois destinations touristiques privilégiées des Français; Cuba, la Tunisie et l'Egypte, où a été condamné récemment pour 4 ans de prison Kareem Amer, pour avoir insulté l'Islam et le Président Egyptien Hosni Moubarak. En signe de solidarité et de protestation, nous avons accroché des souris barrées de rouge, et avons symboliquement collé des rubans noirs sur les affiches de promotion touristique de l'Egypte.

 


  Liste des blogueurs ayant participé à l'opération : Natacha Quester-Séméon (www.memoire-vive.org), Pierre Etienne Pommier (ipol.fr), Carlo Revelli (www.agoravox.fr), Fred de Mai (www.fdmai.com), Hélène Legastelois (http://monblogdefille.mabulle.com), Christophe Grébert (www.monputeaux.com), MRY (http://mry.blogs.com/), Cai Chongguo (http://caichongguo.blog.lemonde.fr), Pierre Catalan (http://pierrecatalan.hautetfort.com), Laureen Martin (www.leblogmedias.com).

 Merci à Christophe Grébert pour la photo.

 Musique; The March - Smooth.

14/03/2007

Au revoir Monsieur Chirac

 Une amie m'a dit hier "Moi j'ai grandit avec l'habitude que c'était Chirac qui gagne à la fin!". Comme Charles, l'élection de 1995 constitue mon premier souvenir politique. Enfin, le deuxième à vrai dire. Le premier c'est l'élection de Jean-Pierre Fourcade en mars 1995 à la mairie de Boulogne. A 10 ans, avec une mère figurant sur la liste DVD de l'époque, je me souviens parfaitement avoir fait le mariole sur le marché de Billancourt pendant que les deux listes de droite, celle de Graziani et celle de Fourcade, rivalisaient de créativité pour draguer l'électeur... jusqu'à chanter des airmedium_02_J_David_Chirac.2.jpgs d'opéra!

 Mais l'élection de Chirac, c'est quelque chose que je ne comprenais pas aussi bien. Il faut dire que mes parents avaient chacun leur candidat, et que c'est mon père qui a gagné le soir du premier tour. Jacques Chirac, j'en avais un vague aperçu aux Guignols. Et puis au fur et à mesure j'ai commencé à m'intéresser à ce monsieur qui a été omniprésent au fur et à mesure que je grandissais.

  Il a eu en 12 ans le temps de marquer son époque; la mienne. On dit de la "génération Mitterrand" qu'elle est la Bof Génération, que dira t-on de la génération Chirac? En attendant, j'ai l'impression d'un bilan mitigé, évidemment. Deux mandats plus tard, la fracture sociale s'est enrichie de nouveaux clivages: urbain/rural, jeunes/vieux, centre/banlieue, nord/sud, obèses/pas obèses, ce qui ont encore les moyens d'influer sur leur propre vie, et ceux dont le destin est déjà en pilote automatique. Avec comme points d'orgue de ces inégalités le 21 Avril 2002, le 29 Mai 2005, octobre-novembre 2005, et la crise du CPE. Chacun de ces événements a dévoilé des malaises profonds, des haines et des fractures sérieuses, au sein de la société Française.

 Face à ces fractures, Jacques Chirac a toujours su garder la dignité et les principes de notre République. Repoussant les appels du pied de la facilité et des bas instincts de l'extrême droite, en se plaçant en garant de l'identité républicaine (ne se fond t-elle pas avec l'identité Française?), en tentant de bousculer sans renverser. Mais avec quels résultats?

medium_i520170530-4Schrank.3.jpg Le 29 Mai 2005, c'est le grief que je peux porter à l'ensemble de la classe politique, qui semble, deux ans après, ne pas avoir encore compris ses erreurs. C'est l'échec du Chirac Européen, c'est l'échec de toute une classe politique qui a trop longtemps cru pouvoir instrumentaliser l'Europe. Le bouc-émissaire parfait; complexe, nécessitant de l'humilité et de la patience. Ils ont cru qu'il n'était pas besoin d'en parler, de lui consacrer sa place, sa bonne place, dans notre démocratie, et dans notre débat public. On dirait qu'encore aujourd'hui, aucune leçon n'a été tirée de l'échec référendaire.

 Le 5 Mai 2002, c'était l'occasion d'appeler au pouvoir un gouvernement plus ouvert, plus intégrateur. C'était aussi l'impérieuse nécessité d'être plus que jamais le président de tous les Français. C'est être Grand, mais c'est aussi être moins réformateur, moins volontaire, qu'on l'aurait espéré avant d'être confronté à l'extrême droite présente au second tour.

 2003, la Guerre en Irak, c'est le Président qui a réussi en menant l'opposition aux Etats-Unis à mettre l'honneur et l'humanité au premier rang des valeurs que l'on doit porter. L'humanité et l'honneur, c'est aussi les discours de reconnaissance de la responsabilité de l'Etat Français dans l'extermination des Juifs, c'est encore le remerciement aux Justes.

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 La présidence de Jacques Chirac aura compté beaucoup d'occasions manquées. De fleurs vénéneuses écloses de quelques graines semées imprudemment, à Cochin, par exemple. Elle aura aussi compté des valeurs inaliénables qui restent intactes après douze ans. La question est de savoir jusqu'où, pour mieux bousculer les conservatismes et les égoïsmes, comme Jacques Chirac l'appelle de ses voeux, on doit aller dans la remise en cause, le bouleversement, le changement de ces valeurs et des ces méthodes.

 Ce sera le choix du 22 avril.

08/03/2007

Les signatures des extrêmes

 Il faut dire qu'il y a des jours où c'est vraiment pas facile de soutenir Nicolas Sarkozy. C'était le cas hier lorsqu'il a cru bon de sortir du placard (sic) la citation archi-connue de Voltaire: "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.", et ce pour soutenir Jean-Marie Le Pen et Olivier Besancenot dans leurs quêtes respectives de signatures pour la présidentielle.

 Je crois que ce n'est pas au ministre de l'intérieur de lancer un tel encouragement aux maires de donner leur signature, et en ce qui me concerne, je ne trouve pas normal que le candidat d'un parti démocrate qui combat les extrêmes se laisse aller lui-même à une telle faiblesse. Que cela vienne de Brice Hortefeux, après tout c'est de son niveau; que cela vienne de Nicolas Sarkozy lui-même, ce n'est pas normal.

 

 Quel est le vrai problème, au-delà des calculs électoralistes des uns et des autres? Apparemment, les règles fixées en 1962 qui encadrent l'élection du président au suffrage universel empêchent certains candidats de se présenter. Pourtant, le collège des grands électeurs habilités à donner leurs signatures a augmenté depuis, avec notamment l'apparition des députés européens en son sein.

 Il semblerait que depuis 1995 Jean-Marie Le Pen a toujours du mal à rassembler ses signatures; pourtmedium_bete_immonde.GIFant cela n'a pas empêché les quelques 40000 grands électeurs de permettre à 16 candidats de se présenter en 2002, dont trois d'extrême gauche et deux d'extrême droite. Le vrai problème du système n'est pas tellement le nombre de signatures à glaner, ni que ces signatures soient à glaner du côté des élus, et pas directement des citoyens (cette dernière proposition qui revient svent de la part des candidats des extrêmes me semble complètement populiste). Le vrai problème c'est que depuis 25 ans Jean-Marie Le Pen accumule les déclarations qui empêchent les grands électeurs de donner sans scrupule leur signature au candidat, qui est contraint de respecter les règles démocratiques alors même que tout le monde sait qu'il a une vision de la démocratie pour le moins réductrice.

 Si l'on veut la signature de 500 grands électeurs, il suffit d'être démocrate. Il me semble que ce n'est pas trop demander en démocratie. Et que finalement les candidats qui émanent de dangereuses imedium_l_agitateur.jpgdéologies aient du mal à se présenter ou ne puissent pas se présenter, c'est plutôt rassurant.

 Les partis extrémistes jouent un rôle de soupape dans le système démocratique. Ils permettent à la société un espace de contestation qui est très exactement la liberté des démocraties, mais dans le même temps, ils confisquent la démocratie et les débats lorsque le système et la société cessent de fonctionner correctement (abstention, repli sur soi, inividualisme et communutarismes, etc.). La montée des extrêmes n'est pas l'illustration d'une adhésion aux extrêmes, c'est la matérialisation d'un malaise au sein même de la société: les voix de Le Pen ne lui apartiennent pas, celles de Besancenot non-plus. Ils ne sont représentatifs de personne, et à ce titre n'ont pas de traitement de faveur à recevoir pour l'élection. Rappelons-nous que l'arrivée au pouvoir de Hitler a été facilitée par les "démocrates" d'alors.

 

 Il aurait fallu qu'ils y pensent avant. Avant de s'engager dans la version "acceptable" de leurs totalitarismes.

(peinture: l'Agitateur, George Grosz, 1927). 

07/03/2007

Paroles 2007 - Observateurs (6)

 J'avais déjà posé ces quelques questions à PAC, l'autre rédacteur du Blog Libertés Réelles, voici Mael Mont-Menneu, étudiant lui aussi, à Normale Supérieure et à Sciences Po. Comme son compère, il a sa carte au PS, comme son compère il se demande comment développer des idées sociales-démocrates modernes, comme son compère, ses réponses sont passionnantes.

 

 L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Mael: On pourrait toujours espérer mieux. Je déplore la pauvreté des programmes et le manque d'audace concernant certains sujets qui ont pourtant si fortement marqués la dernière législature : comme si la proximité de ces événements était trop aveuglante pour que l’opinion veuille s’en saisir. L’échec du traité constitutionnel en mai 2005 ouvrait un boulevard pour redéfinir radicalement la politique européenne de la France. La crise du CPE, qui fut avant tout une crise de l’enseignement supérieur, faisait de la réforme de la gouvernance et de l’offre de formation universitaires, ainsi que la question de l'articulation des études avec le marché du travail, des problèmes cruciaux. La crise des banlieues aurait enfin justifié qu’on ouvre grand le dossier de l’intégration sociale et culturelle, ainsi que de la politique de la ville. Or ces thèmes sont demeurés au mieux sous-traités, au pire ignorés dans la campagne.
Pour autant, j’estime que le paysage politique connaît aujourd'hui une mutation profonde, tant sur la forme des débats que sur le fond, portée par les deux principaux candidats à cette élection, qui apportent des perspectives idéologiques nouvelles, poussent le pays à une introspection salutaire et à la remise en cause de certains dogmes ancestraux. On ne peut que s’en réjouir.

 

 Ton choix a t-il évolué depuis le début de la campagne? Pour quelles raisons?

Mael: Non. Je suis favorable à la candidature de Ségolène Royal. Même si, comme la plupart de ses sympathisants, j’ai éprouvé des doutes et des perplexités, j’adhère à ses idées qui régénèrent en profondeur le cadre idéologique de la gauche de gouvernement. Je suis séduit, sur la forme,
par son appel à une subsidiarité plus forte et à une plus grande proximité avec les acteurs de terrain, à des politiques sociales ciblées et calibrées aux besoins les plus urgents, à sa volonté de libérer les énergies des territoires et pas seulement des secteurs les plus capitalistiques de notre économie. Sur le fond, j’approuve son projet économique fondé sur une redistribution plus juste des richesses, la valorisation du capital humain, son engagement pour l’égalité des
chances réelle - en particulier pour les handicapés et en matière de formation – et pour la défense et la valorisation du tissu des petites et moyennes entreprises.

Et j’estime que le pays a besoin d’alternance, alors que le bilan de la présente législature est insatisfaisant en matière de chômage et de croissance, de sécurité et de cohésion sociale, de réforme de l’État. Le thème de la valorisation du travail porté par Nicolas Sarkozy n'est pas dénué de légitimité mais, outre qu'il masque un programme fiscal particulièrement injuste, il peine à suggérer des pistes originales de mobilisation économique. Je suis inquiet, cependant, par l’absence de prise de position de Ségolène Royal sur le pilotage du système de protection sociale, en particulier l’évolution financière des régimes d’assurance maladie et des retraites. J’attends également d’elle qu’elle hiérarchise plus nettement les priorités de sa politique et qu’elle clarifie la structure de son équipe.

 

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention?

Mael:
La campagne présidentielle française connaît une certaine américanisation de ses thèmes : elle est davantage centrée sur la politique économique, les candidats s’affrontant sur la question de l’optimisation de notre économie de marché. La préoccupation du chiffrage et de la faisabilité des programmes traduit une maturité nouvelle en la matière. La question de l’organisation politique et sociale du pays, celle de la rénovation des institutions, en particulier du pouvoir législatif, est également une composante importante des débats, quoiqu’insuffisamment approfondie par le candidat de l’UMP à mon avis. Enfin, comme je l’ai déjà dit, il existe des thèmes sous-exploités, l’Europe, l’intégration, les universités qui traduisent une insuffisance de réflexion sur ce sujet, chose qu’il est difficile de masquer à l’heure de l’élaboration des programmes.

 

 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Mael:
Sur le fond, l’absence de certains thèmes traduit une insuffisante structuration institutionnelle du champ de la proposition et de la prospective politique dans notre pays : nous manquons de think tanks et de groupes de pression faisant valoir des solutions innovantes.
Le développement de débats participatifs, de jurys et de panels dans le cadre des émissions télévisées est intéressante dans la mesure où elle traduit le renforcement d’une conception concrète de la responsabilité politique, se rapprochant de ce que les anglo-saxons appellent l’accountability. Malgré certains impairs et une tendance réelle à la dramatisation, les débats participatifs et l’immixtion des préoccupations de la vie quotidienne dans les débats n’ont pas, à mon avis, appauvri la campagne dans la mesure où les candidats parviennent à se faire entendre sur des sujets de haute politique en d’autres occasions. Au contraire, ils ont ravivé l’intérêt des citoyens et soutiennent une pratique plus authentique de la délibération démocratique.

 

 Quel est ton principal message ?

Mael: Que les débats ne cèdent pas à la tentation de la vulgarité et de l’invective facile ; que soit abordé de manière plus courageuse le thème de la place de la France dans l’Europe et dans le monde. Et puis, attention au Front National.

06/03/2007

Bayrou, débat démocratique et société

 En fait, la note d'avant-hier sur la démocratie et les relents de totalitarisme de certains candidats de cette présidentielle constituait le premier volet de la décantation promise après la conversation que Charles et moi avions eue à la dernière République des Blogs. Nous nous inquiétions notamment du discours et de l'idéalisme de François Bayrou face à l'exigence de la démocratie, et surtout sa fragilité.

medium_Aristote.jpg En fait, nous établissions qu'on peut, avec pourtant les meilleurs sentiments du monde, faire beaucoup de mal à la démocratie. Et nous nous demandions si ce ne serait justement pas le cas de Bayrou. Vu comme ça la République des Blogs ça a l'air un peu prise de tête mais je vous assure, c'était une discussion vraiment intéressante, comme vous allez le voir.

 J'ai déjà dit que la société provoque de fait des oppositions, des inégalités en son sein. Certains naissent fort, d'autres faibles, par exemple. Il y a eu dans l'histoire plusieurs stratagèmes pour faire en sorte que la démocratie ne concerne qu'une société ultra homogène qui organiserait parfaitement le pouvoir. J'ai parlé de la "Politique" d'Aristote, mais au XIXe siècle en France le vote censitaire constituait lui-même une façon d'homogénéiser la société concernée par la démocratie: seuls les pesonnages les plus riches, instruits, de la société pouvaient voter. Les ouvriers constituaient en quelque sorte les esclaves de la république Athénienne de Platon, et les femmes n'avaient pas le droit de vote.

 Pourtant, il n'y a qu'une seule façon de gérer pacifiquement les inégalités et les fractures que provoque toute société humaine, c'est la démocratie, c'est la confrontation sans concession, musclée et volontaire, mais respectueuse, des idées. Dans le contexte démocratique aujourd'hui, nous avons des néo-totalitaires qui n'ont aucune envie de régler pacifiquement les conflits de la société (voir la note du 4 mars), et il y a les démocrates.

 Et ce que Charles et moi craignons, c'est que la présidence Bayrou, sans utiliser évidemment les mêmes moyens, ait les mêmes effets qu'un totalitarisme. Que ça provoque la dilution des conflits, des débats, dans une espèce d'ennui, de consensus mou et établi à minima, qui ne ferait que larver les conflits en attendant qu'ils explosent, façon crise des banlieue, mais de plus diversifiée. 

 

 La seule façon en fait de briser les clivages et rendre la société raisonnable c'est un débat honnête, emprunt d'humilité et de franchise. Sans justement faire de la grande union à la Bayrou, les politiques devraient reconnaître que ce qui est fait par leurs collègues de l'autre bord n'est pas complètement mauvais, qu'il y a des choses à conserver. C'est l'honnêteté. L'humilité ça consiste à accepter qu'on ne peut pas tout savoir et tout organiser seul, qu'on a besoin d'expertise et de conseil de la part de la société civile, des groupes d'intérêts et d'association. C'est une vraie bonne gouvernance dans tous les domaines de gouvernement.

 Dire cela, ce n'est justement pas la Grande Union. C'est vouloir conserver l'alternance, le débat, le combat démocratique, le rendre sain et passionnant, humble et honnête. Permettre à chacun de s'y impliquer, si ce n'est pas par le biais du parti, par le biais d'un engagement associatif qui a un sens réel.

04/03/2007

Le pire régime à l'exception de tous les autres.

 Je crois que nous avons tous à un moment ou à un autre de cette campagne déjà bien avancée maudit tout ce que la démocratie permet de passer comme bornes: c'est en effet le seul régime dans lequel on doit laisser la parole aux démagogues et à ceux qui annoncent des contre-vérités. Le credo "pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie", c'est un peu une solution de facilité.

 Il n'en demeure pas moins qu'on a tous un jour maudit le vote des Français, ou bien leur perméabilité à des discours stupides, démagogiques, ou haineux. Ce comportement semble naturel; et c'est sur celui-ci que se base toute l'ambiguité de la démocratie. C'est un idéal à poursuivre et à respecter coûte que coûte, et pourtant, abandonner le moindre pouce de terrain de cet idéal, c'est déjà abandonner la démocratie, par faiblesse. C'est bien le pire régime à l'exception de tous les autres; c'est le plus complexe, celui qui nécessite le plus de respect et le plus d'efforts en terme d'éducation et d'exigence personnelle. C'est aussi le seul régime qui garantit une résolution pacifique et raisonnée des conflits que la société génère en son sein. C'est pourquoi la démocratie d'admet pas la médiocrité.

 Il faudrait que les candidats à cette élection, leurs partis et les dirigeants locaux de ces partis n'oublient pas cela. On a trop souvent tendance à prêcher la démocratie alors même qu'au sein des partis au niveau local s'étalissent des baronnies et des systèmes d'essence autoritaire, où le débat n'a pas lieu, et pour cause: il remettrait en question l'efficacité du Baron. C'est ce que je vis à Boulogne, c'est ce que d'autres vivent ailleurs, et pas qu'au sein des partis. La démocratie locale est le premier lieu où notre régime si chèrement acquis devrait se donner en un exemple irréprochable. Demandez à Christophe comment il le voit de Puteaux.

 Alors même que les partis aménagent le débat si utile à la résolution des problèmes de la société, ils le confisquent en monopolisant l'influence, les médias, la parole. On ne peut imaginer de démocratie pleinement satisfaisante lorsqu'on est 60 millions d'individus, différents, parfois opposés, fracturés. On pourrait s'étendre sur la décentralisation mais la note deviendrait vraiment trop longue.

 Aristote avait imaginé une société parfaitement homogène à Athènes, et la démocratie y étaimedium_laguiller.jpgt donc parfaite; les citoyens étaient tous issus d'un milieu social similaire, et ils étaient peu nombreux. Les esclaves et les femmes n'étaient pas considérés comme des citoyens, ce qui rendait la société très unie et permettait donc de tirer au sort parmi un petit groupe de gens très semblables et dont l'éducation était très organisée, pour déterminer lesquels d'entre eux administreraient la société. Le tirage au sort aujourd'hui dans notre société à nous, ce serait une erreur monumentale d'interprétation de ce qu'est la démocratie. Il reste d'ailleurs aujourd'hui à imaginer une gouvernance vraiment équitable et satisfaisante.medium_Jean-Marie_Le_Pen.jpg

 Staline a lui aussi imaginé un système pour résoudre les conflits de la société. Dans le même temps, Mussolini et Hitler élaboraient le leur. La poursuite de leur but en ce domaine consistait à dissoudre les conflits de la société en éliminant les citoyens susceptibles de créer les débats. Le totalitarisme, c'est la domination absolue d'une idéologie et de son créateur (Guide, Duce, Petit Père des Peuples...), et c'est la destruction de la diversité de la société. C'est l'établissement d'une société unitaire et uniforme, c'est l'annihilation de la diversité individuelle. C'est pourquoi le régime totalitaire ne peut se passer d'ennemis à stigmatiser.

 Sans sombrer dans la caricature, j'aimerais qu'on écoute les discours des candidats à cette présidentielle. Ceux d'Arlette Laguiller, d'Olivier Besancenot, de José Bové d'un côté, qui ont trouvé en "les patrons", les "grande multinationales financières", et autre "libéralisme", des bouc-émissaires, des ennemis qui flattent la paresse intellectuelle, et aussi ceux de Jean-Marie Le Pen, de Philippe De Villiers, qui ont trouvé en "l'islamisation de la France", "les étrangers", les "néo-Français", "l'immigration", autant de responsables qu'il est trop aisé de montrer du doigt.medium_bove2.jpg

 Certes ce sont autant de personnes et de partis en dehors du système qui jouent en démocratie un rôle de soupape. Mais quand la soupape atteint 33% des Français aux élections de 2002, il y a des questions à se poser.

 

 Ces discours d'extrême gauche, d'extrême droite, Olivier Besancenot invité chez Ardisson, "Arlette" chez Karl Zero, Clémentine Autain omniprésente dans les médias, Le Pen racontant son enfance chez Moatti... Faites attention à ne pas banaliser les totalitarismes: ils ne peuvent pas avoir de visage humain!

03/03/2007

Paroles 2007 - PS (2)

medium_luc_2.jpg Luc Mandret est militant parisien du Parti Socialiste de 23 ans, mais il est plus connu sous le nom de Lancelot. Un militant qui tape à volonté sur Ségolène Royal d'ailleurs, et c'est peut-être un peu pour ça que j'aime bien aller lire son blog. "Ambitieux et réaliste", "simple et utopiste"... Finalement nous partageons bien des contradictions, malgré des positions politique un peu dfférentes. Ses déconvenues et ses espoirs sur la campagne dans les lignes qui suivent:

 

 L'offre politique pour ces élections te satisfait-elle ?

Luc: Non ! Certes il peut sembler trop tôt pour être aussi clair, ne connaissant pas encore la liste définitive des candidats, mais je trouve le menu très peu appétissant. Et principalement pour le militant de gauche que je suis.

Au PS, nous nous retrouvons avec une candidate social-démocrate, ne partageant pas du tout la notion que je me fais de la politique. Son blairisme se rapproche pour moi plus du centrisme de Bayrou ou de Prodi que du socialisme.

A sa gauche, nous voyons que les autres militants anti-libéraux, dont j'aurais pu me rapprocher, se divisent pour des questions d'égo. Retrouver chez eux les travers des professionnels de la politique, voilà de quoi être déçu !

A droite, peu de surprise, tous les candidats attendus sont dans les starting-blocks, prêts pour le sprint final, contrairement à la gauche, ce qui explique le très mauvais score du "bloc de gauche" dans les sondages.


 Ton choix a t-il évolué depuis le début de la campagne? Pour quelles raisons?

Luc: Je n'ai jamais eu de choix précis, d'ailleurs je ne sais toujours pas pour qui je voterai, et si mon bulletin sera blanc ou non. Depuis l'investiture de Ségolène Royal, je sais que je ne voterai pas Ségolène Royal. Mais j'ai encore le temps de changer d'avis, sait-on jamais ! Une belle réponse de normand ...

 

 Quels sont les sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui  devraient retenir notre attention?

Luc: Les sujets majeurs, ce sont ceux que les médias veulent bien faire naître. Alors en 2002, on nous a parlé de l'insécurité, encore et toujours. Mais, bien que la situation ne se soit pas amélioré (doux euphémisme), ce sujet est absent du débat, préférant celui du pouvoir d'achat et du logement. Je n'ai rien contre ces sujets, imedium_luc.jpgls méritent d'être abordés, mais le problème selon moi est que l'on ne nous laisse pas le choix !

Parlons de la politique internationale le lundi ! De la culture le mardi, de l'immigration le mercredi, de l'éducation le jeudi, de la lutte contre la pauvreté le vendredi, d'environnement le samedi, de la balance commerciale le dimanche. Nous pouvons trouver un thème différent chaque jour jusqu'au premier tour !

En outre, l'un des principaux sujets de la pré-campagne sont les signatures ! Et elles occupent une place bien trop importante : changeons une bonne fois pour toutes de procédé, en préconisant le soutien citoyen. Il n'est pas normal que José Bové, Olivier Besancenot ou Jean-Marie Le Pen trouvent des difficultés à obtenir les signatures. Une fois débarrassé de ce sujet, nous aurions plus de place pour aborder d'autres sujets.

 

 Que penses-tu de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Luc: Il n'y a pas de débat ! Il y a du réchauffé de propositions, des petites phrases, des oeufs pourris, de la people-politique. Evidemment, vu de l'extérieur pour les initiés que nous sommes, cela prête à rire. Et je m'amuse à compter les points, comprendre les origines et objectifs de ces petites phrases de dépêches AFP. Mais j'attends un vrai grand débat ! Pas des ersatz comme nous le proposent TF1 et France Télévision ! Des face-à-face thématiques, que les français identifient les tenants et aboutissants des programmes ! On parle du "pacte présidentiel", mais qu'y a-t-il dedans ? Aucune pédagogie pour le faire connaître à ceux qui ne feront pas l'effort de le parcourir. On rabâche que Sarkozy a changé, mais son programme ultra-libéral lui n'a pas changé.

 

 Quel est ton principal message ?

Luc: Vivement la 6e République ! Que le rôle et les pouvoirs du président soit moindres. Ces élections sont néfastes à la bonne marche de notre pays : pendant 6 mois la France se retrouve sans véritable gouvernement (que devient et que fait Dominique de Villepin ?). La personnification de la campagne nuit aux brassages d'idées, moteur pour faire progresser notre société.

02/03/2007

L'Appel du Net

Une lettre ouverte circule en ce moment, et elle est véritablement de bon sens. je l'ai reçue grâce à Charles. Elle remet en jeu les vrais débats qui verra notre société s'intégrer, ou non, dans un avenir brillant, elle souligne la paupérisation des débats, et met au centre des enjeux le débat public, citoyen, confisqué ou dévoyé.
Elle propose enfin aux candidats de s'engager à respecter une certaine éthique, certains objectifs pendant cette campagne. Cette éthique? Ces objectifs? Une meilleure démocratie: faire voter en connaissance de cause, se présenter avec réalisme, abandonner les petites phrases pour un débat de fond...
Il me semble à moi que ces engagements pourraient s'appliquer à tous ceux qui rendent leur parole publique. J'essaye ici à mon petit niveau de respecter ce réalisme, cette impérative transparence et une intégrité intellectuelle nécessaire.
A vous; Engagez-vous, rengagez-vous! 
 
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Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle
L’Appel du Net (ADN) à Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy

Parmi les différents candidats qui se sont déclarés prêts à concourir la prochaine électionprésidentielle, vous êtes les plus crédibles pour accéder à la magistrature suprême en raison de votre expérience, de votre crédibilité ou des intentions de vote. Dans quelques mois, l’un ou l’une d’entre vous s’inscrira dans une longue lignée de dirigeants qui prend sa source avec Clovis.

Nous sommes des blogueurs anonymes, des citoyens intéressés par le monde et la politique, soucieux de l’état de leur pays. Nous nous efforçons, par nos analyses et nos commentaires, d’éclairer les enjeux, d’apprécier vos propositions et de dégager le sens de cette campagne. Si la plupart d’entre nous ne sont pas engagés dans un parti politique, nous sommes en revanche tous des observateurs attentifs et exigeants du débat public. Votre début de campagne, où chacun d’entre vous promettait, qui le changement, qui la rupture, nous a donné l’occasion de parler réellement de politique.

Hélas, nous constatons que cette campagne perd chaque jour un peu plus en substance et nous craignons qu’elle ne finisse par s’enliser dans la tourbe qui a perdu tant de précédents rendez-vous électoraux. Le débat se résume de plus à plus à des petites phrases, des dénigrement sectaires et systématiques de vos adversaires, et à une multiplication de discours catégoriels destinés à flatter vos clientèles supposées, tout en faisant l’impasse sur les grands enjeux de ce début de siècle.

Vous être en train de vous laissez aller à une «starcadémisation» de la compétition électorale, soigneusement entretenue par des médias, plus soucieux de stimuler leur audimat que de contribuer à la formation du jugement du citoyen.

 

La suite à lire en PDF.

 

01/03/2007

Paroles 2007 - UMP (3)

medium_Sophie_Devedjian.JPG  Trop modeste, elle ne pensait pas pouvoir intéresser les internautes! Sophie Devedjian, simple, charmante et souriante a bien voulu me faire le plaisir de répondre à mes petites questions sur la campagne. Diplômée de Sciences Po et titulaire d'un DES d'études politiques, elle se consacre depuis bientôt vingt-cinq ans à la ville d'Antony, et depuis bientôt quarante à son "porte-flingue Sarkozyste" (comme il est souvent qualifié de façon réductrice) de mari. Merci encore à elle pour sa rapidité et sa disponibilité.

 

 Que traduit selon vous l'offre politique pour ces élections ? Que pensez-vous des principaux candidats, que traduisent-ils de l'évolution de l'opinion publique en France?

Sophie: D’abord un vrai renouvellement générationnel, très positif  et très attendu : il me semble que le 21 avril 2002 a été, en partie, la conséquence d’une usure des deux principaux candidats ressentis comme « décalés » par rapport aux attentes des Français.

Avec la génération des « quinquas »  qui se présente, on est davantage en phase avec les enjeux d’aujourd’hui : challenge de la mondialisation, confrontation entre l’individualisme et les solidarités, développement durable, etc…

Ce sont aussi des candidats qui ont une communication plus directe et plus moderne dans leur langage comme dans leurs modes de communication (audiovisuel, internet).

Je pense que l’opinion publique l’apprécie et c’est la raison du regain d’intérêt que suscite cette campagne.

Sur l’offre politique proprement dite, elle est classique, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche et reflète assez bien les différentes sensibilités de notre pays. Evidemment il est très rare qu’un candidat soit exactement ce que l’on souhaite : on vote toujours au premier tour pour celui qui est le plus proche et au deuxième pour le « moins pire », rien n’a changé depuis André Siegfried, la démocratie reste l’art du compromis entre la raison et le cœur.

 Quelles sont les priorités premières de Nicolas Sarkozy, à mettre en chantier directement après son éventuelle élection?

Sophie: Le point central du projet de Nicolas Sarkozy c’est la valeur qu’il donne au travail : dans le monde actuel, notre pays ne s’en sortira pas sans que  chacun d’entre nous n’apporte sa contribution, son énergie. Ce qui est en même temps une raison d’optimisme pour tous : car Sarkozy refuse la « société bloquée », il pense profondément que chacun a son avenir entre ses mains et doit avoir sa chance.

La priorité me semble donc être de faciliter et d’encourager le travail : l’encourager, donc il faut qu’il rapporte plus (heures supplémentaires défiscalisées par exemple), le faciliter donc simplifier la réglementation qui est devenue d’une lourdeur et d’une complexité kafkaïennes (quand on voit ce qui est demandé aux entreprises, notamment aux petites, on se dit qu’il faut avoir une énergie peu commune pour continuer à les créer et à les faire vivre !).

D’une manière générale, notre société a besoin d’air et de simplicité pour que tout le monde s’y sente partie prenante.

 Quels sont les autres sujets majeurs de l'élection ? Quels sont ceux qui devraient retenir notre attention mais dont on parle peu ?

Sophie: Le sujet majeur pour moi c’est que nous prenions conscience du monde dans lequel nous vivons et dans lequel, surtout, vivent et vivront nos enfants et nos petits-enfants : un monde ouvert, concurrentiel, dur, inquiétant parfois, auquel il faut savoir s’adapter avec courage et énergie tout en gardant nos valeurs de liberté et de fraternité, et une attention constante aux plus faibles.

Cela implique que les candidats doivent dire la réalité et en même temps donner l’espoir, et susciter l’énergie pour que nous en sortions par le haut : la France a beaucoup d’atouts, elle devrait cesser de pleurer sur elle-même et ses misères, et regarder l’immense chance qu’elle offre aujourd’hui en matière de santé, de cadre de vie, d’éducation, de possibilités d’épanouissement individuel : c’est exceptionnel si l’on considère l’histoire  et la géographie ! Cela doit nous rendre responsables, et pas « enfants gâtés », vis à vis du reste du monde.

 Que pensez-vous de la qualité des débats pour cette présidentielle?

Sophie: Ce n’est pas si mal. On parle de vraies questions dans les réunions publiques comme sur les sites des candidats : l’éducation, l’Europe, l’emploi, le co-développement, … et si on prend le temps, on peut se faire une idée réaliste des projets des uns et des autres. Même si le problème, comme toujours, c’est l’afflux d’informations qu’il faut trier : cela demande un effort de s’informer pour voter avec discernement, pour comprendre les enjeux. La démocratie, c’est comme la vie, on n’a rien sans rien !

 Quel est votre principal message, si vous en avez un?

Sophie: La liberté et la solidarité sont totalement complémentaires. Ne nous laissons pas prendre au seul registre de la compassion qui peut vite se transformer en démagogie.

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Vous pouvez lire un portrait de Sophie Devedjian sur le site de l'Express

20/02/2007

L'UMP Boulogne brouille l'écoute

 Le Blog UMP Boulogne continue de nous désespérer. Sa rédaction est confisquée par une petite poignée de médiocres qui préfèrent la crachat à la réflexion, et qui ont agressé grossièrement Dorothée Pineau en éclaboussant ses sympathisants.

 L'UMP est un mouvement démocratique et pourtant, je suis sur le blog Boulonnais interdit de débat et, insulté, interdit de réponse. Toute personne qui n'est pas un affidé est systématiquement sali. Quant à moi, je leur laisse accès à mon blog; ils ne se privent d'ailleurs pas d'y déposer leurs besoins.

 En lisant le blog administré par Thierry Solère et ses quelques sbires, vous pourriez croire que la France d'Après nous prépare un avenir totalitaire avec son cortège de censure, de vulgarité et de violence, mais c'est faux et je resterai à l'UMP pour le prouver! 

Appels du pied à gauche de Bayrou

 Je ne comprenais pas trop pourquoi medium_bayrou_ifop.gifBayrou s'était laissé aller à dire que pour le moment seules des personnalités de gauche lui convenaient pour le poste de futur premier ministre. J'ai compris ce matin en prenant connaissance des deux sondages qui font encore état de sa montée au premier tour (16%, ce qui signifie un score compris entre 13% et 19%), ainsi que de sa victoire au second quel que soit son adversaire.

 Ces sondages reflètent en fait ce que Versac disait sur mon blog, et qui a ensuite été confirmé par d'autres; le vote des Français sera en grande partie un vote par défaut. On ne votera pas enthousiasmé pour un candidat, mais plutôt pour empêchemedium_bayrou.pngr un autre d'être élu.

 Et quoi que l'on puisse dire, je veux éviter une victoire de Royal tout comme la plupart des sympathisants de gauche veulent empêcher une victoire de Sarkozy. La différence entre les deux candidats, c'est que l'une s'effrite dangereusement, tandis que le second maintient la cohérence dans son camp. D'ailleurs vous remarquerez que le PS cesse de dénoncer l'esprit de clan de l'UMP, après l'ostracisme qu'a subi Eric Besson.

 Bref, Bayrou a bien raison d'appeler du pied les sympathisants de gauche désabusés par Royal, en faisant miroiter un retour éventuel de DSK ou autre poids lourd sensé du PS aux responsabilités en cas d'élection. Comme le sondage sur le second tour montre une victoire de Bayrou sur Sarkozy, le vote utile change de camp, alors que dans le même temps Royal prend 10 points dans les dents par Sarkozy en cas de second tour entre les deux.

 Dans l'enthousiasme, les sympathisants UDF oublient bien évidemment que Bayrou est le candidat bénéficiant de l'assise électorale la plus fragile, et que son embellie n'est pour l'instant que conjoncturelle, et qu'il manque la confirmation parmi les hésitants qui disent aujourd'hui voter Bayrou mais qui sont encore tiraillés par la bipolarisation du spectre politique.

 Pour conclure, je me demande si on peut tirer quelque chose de bon d'une "grande coalition" qui aura trouvé ses racines dans le choix par défaut et la discorde.

 

 Ah, oui. Et puis je suis un peu déçu que Bayrou se laisse aller à un tel calcul. N'est-il pas censé être le candidat de la franchise face à la duplicité des grands médias, des grands candidats, des grands méchants loups?

 

18/02/2007

M. Besson quitte l'équipe Royal

 Apparemment Eric Besson compte expliquer son départ la semaine prochaine... J'ai l'impression que comme beaucoup d'autres il a eu trop d'honneur pour accepter encore et toujours qu'on lui marche dessus et qu'on ignore ses doléances quant à la façon dont est menée la campagne.

 On pouvait déjà observer les défections, plus ou moins volontaires, des personnages vraiment honorables du PS dans cette campagne; manifestement pas de "M. Europe" vraiment compétent comme aurait pu l'être Moscovici, par exemple, des silences assez criants et des mises à l'épreuve et humiliations permanentes, jusqu'au Secrétaire du PS François Hollande.

 Nous avons d'un côté l'UMP qui met la pédale de frein aux promesses économiques de Nicolas Sarkozy, et je dois dire que je m'en réjouis, parfois ça devenait dur à défendre, et de l'autre le départ de Besson de l'équipe de Royal. Je constate que dans un cas, par dialogue et réalisme, le candidat UMP accepte qu'on le corrige, personne n'est parfait et il est bon d'admettre qu'on a exagéré les traits jusqu'à l'impossible, et de l'autre une candidate qui a l'air d'entretenir un climat délétère dans une maison où elle détient seule la vérité et où les contradicteurs, même constructifs, sont poussés vers la porte.

 Néanmoins, je m'inquiète de l'affaiblissement du PS de Mme Royal, causé par cette candidate colgate; Passera-t-elle le premier tour? Si non, va t-on encore une fois rater un débat primordial et un moment de démocratie vraiment déterminant, au bénéfice d'un Le Pen au second tour, une nouvelle fois? Va t-on assister à un renforcement de la gauche extrême et noniste et à une implosion du courant social-démocrate un tant soit peu moderniste (hors période de campagne) du PS?

 Va t-on affaiblir le clivage droite/gauche au bénéfice des extrêmes, au final?

 

14/02/2007

L'Europe dans le programme de Mme Royal

 Bon, je ne m'attarderai pas sur le reste, j'en ai le temps de toutes façons, et d'autres le font très bien à ma place, notamment Eolas par exemple sur le chapitre justice du-dit programme. J'ai l'impression globmedium_sego.jpgalement que grâce à Ségolène Royal on a une campagne qui devient assez claire dans les textes et les intentions, même si son coup de tête anti-libéral démago à mort de la semaine dernière reste inexpliqué au vu de ce qu'elle a montré dimanche dernier.

 En gros, ça donne tout de même la sensation de deux programmes bien distincts dans l'appréciation des recettes à appliquer à une France affaiblie qui doit faire face à plusieurs enjeux, et c'est mieux comme ça.

 Sur l'Europe de Mme Royal donc, article par article:

 

 88- Construire une Europe plus protectrice et plus en phase avec les besoins de ses citoyens : mettre en place rapidement des politiques communes ambitieuses sur les enjeux majeurs :  recherche/innovation, énergie, environnement ; préserver, par une directive-cadre le développement de services publics de qualité.

 Alors ça c'est intéressant, car jusqu'à présent les politiques communes en matière de recherche traînent des pieds; notamment le grand projet Galileo. Ceci dit des méthodes ouvertes de coordination sont lancées dans les domaines de la recherche et de l'innovation. Ces "MOC" ont le gros inconvénient de n'être pas contraignantes, mais garantissent des promesses électorales à moindre coût: en effet, elles fixent des objectif que l'UE aide à atteindre.

En ce qui concerne l'environnement, heureusement que l'UE n'a pas attendu Mme Royal pour commencer à voter des directives et des normes de qualité exigentes en matière environnementales, qui depuis une vingtaine d'années globalement ont indirectement beaucoup contribué à notre qualité de vie. Par ailleurs, la Commission s'assure fréquemment que la France respecte les objectifs progressifs du protocole de Kyoto, en n'hésitant pas à l'alerter quand elle est trop mauvaise élève. Car oui, la France est mauvaise élève de l'Union dans bien des domaines et ce n'est pas la faut uniquement du méchant gouvernement de droite: ça l'a été de tout temps, et il serait bon que Ségolène Royal n'oublie pas ce qu'impliquent semedium_ue_elargissements2003.jpgs propositions de campagne pour l'avenir, quand elle ne manquera pas de dénoncer la rigidité des textes Européens.

Enfin sur la préservation de services publics de qualité, la proposition est complètement démagogique, et ce pour plusieurs raisons: elle ne parle pas de quels services publics (évidemment la Communauté n'a pas à gérer les services publics de bien commun type éducation ou santé), et ensuite elle sait pertinemment que les services publics comme les services postaux vont continuer à être progressivement soumis à la concurrence d'ici 2011. Bref, la proposition est du type à faire voter "non" au prochain traité constitutionnel, et ce ne sera pas alors la faute de l'Europe, mais comme toujours celle des responsables incompétents du type de Mme Royal qui promettent ce genre d'imbécilité. 

  

89- Inscrire dans les statuts de la Banque centrale européenne l’objectif de croissance emploi ; créer un gouvernement de la zone euro.

C'est globalement une proposition intéressante, mais il va falloir pour ça harmoniser la fiscalité européenne au moins sur les sociétés, et donc faire passer la fiscalité en domaine communautaire, ce qui nous prépare des réjouissances particulières entre Suède, Royaume-Uni, France et Roumanie, par exemple. Mais bon, si la volonté de "dialogue" de Mme Royal réussit à persuader nos 26 amis Européens en moins de 5 ans d'arriver à ça (au détour d'un nouveau traité, puisqu'il n'existe pas de clause passerelle, établie dans le TCE rejeté), elle aura fait beaucoup pour l'Europe.

Le gouvernement de la zone euro existe déjà, merci Madame, et sa présidence est donnée à M. Juncker, premier ministre Luxembourgeois. Encore en effet faudrait-il lui donner un quelconque pouvoir (qui formaliserait la notion de gouvernement), mais pour ça, je vous propose de vous réferrer au paragraphe précédent. 

  

90- Tirer vers le haut le niveau de vie et la protection sociale dans tous les pays européens grâce à un protocole social.

Je vous rassure, Ségolène Royal ne vous prend pas pour des billes, même si ça en a tout l'air. Ce qui m'intéresse c'est de savoir dans quelle mesure la gauche Française de Mme Royal (c'est à dire la gauche la plus archaïque d'Europe à l'exception de la gauche Slovaque) va bien pouvoir faire admettre à ses partenaires d'aller plus loin que la Charte des Droits fondamentaux. Enfin bref, j'aimerais bien qu'elle nous donne un peu de contenu, même si il semble évident que son protocole n'atteindra jamais le niveau de protection social Français. Mais en République tchèque par exemple, ça serait utile, même si ça passe encore en grosse majorité par le biais de décisions nationales.

 

91- Négocier un traité institutionnel soumis à référendum pour que l’Europe fonctionne de manière plus démocratique et plus efficace.

Alors ça c'est super: sur quelles bases? Celles du plan B de la gauche du non de Fabius? Heureusement que l'Europe fonctionne déjà de manière très démocratique, et surtout de façon bien plus transparente que la France, par exemple. Cela nous permet de constater qu'il existe certes un déficit démocratique Européen, et d'ailleurs une fois qu'on a posé le dagnostique, on se rend compte que le TCE de 2005 le résolvait assez bien. C'est l'efficacité qui est à améliorer surtout, et sur ce point, à part les ultra-minoritaires souverainistes, je pense que tout le monde était d'accord sur la partie I du traité (et quelques articles de la partie III ainsi que du protocole). Allez Marie-Ségo, dis-le que tu te rallies à la proposition de mini-traité de Sarkozy!

 

92- Lancer avec nos partenaires européens une initiative pour une Conférence internationale de paix et de sécurité au Proche Orient.

Bon, ça c'est gentillet et je pense que le ménage moyen doit trouver la proposition super courageuse. Ce qui aurait été intéressant, c'est de proposer que la politique Européenne de voisinage puisse favoriser des collaborations entre les pays de la région, par la création de solidarités de fait, par un plan d'action particulier. Mais bon...

 

Voilà, c'est fini pour le chapitre Europe. J'espère que vous avez aimé, c'était court mais intense.

 Ceci dit elle s'est gourré, parce qu'elle propose dans le chapitre d'après (France dans le monde) des politiques qui sont déjà menées au niveau Européen, notamment en matière de co-développement:

 96- Réviser notre politique d’aide au développement : passer à un véritable co-développement en favorisant les projets concrets associant directement les bénéficiaires.

 Bon, alors pour sa gouverne, c'est déjà le cas dans le cadre des Accords de Cotonou, signés en 2000 alors qu'elle était membre du gouvernement quand même...  

 

 En conclusion, je reste quand même sur l'impression frappante de l'inefficacité de ses débats participatifs, qui donnent des idées aussi banales, et surtout irréalisables ou déjà en cours de réalisation. On rencontre les limites du participatif; il n'y a aucune expertise et la candidate s'enfonce dans un marasme de propositions ni faites ni à faire qui entachent sérieusement sa crédibilité.

 Je suis aussi effaré par le manque de convictions total qui transparaît dans cette partie du document (je n'ai pas lu le reste, mais elle doit avoir des convictions quelque part. Sur les femmes battues par exemple). J'ai l'impression qu'elle se contente de se faire le porte-voix de propositions dont elle ne saisit ni le sens ni la portée. Français, ne votez pas Ségolène Royal, achetez-vous un mégaphone, ce sera plus efficace.

11/02/2007

Un gouvernement d'union nationale?

 Quand on cherche à résoudre les problèmes des Français en sortant des cadres partisans et des dogmes, il y a le plus souvent deux solutions. La première est souvent conduite par la contrainte électorale, c'est les gouvernements de grande union, la seconde consiste plus à ouvrir un gouvernement, c'est généralement les appels du pied à la société civile et les ouvertures vers des partis plus diversifiés.medium_sarko.jpg

 Aujourd'hui en France, il semblerait que la thématique d'un gouvernement pas trop politicien, qui sache mettre de côté les dogmes et les idéologies pour appliquer au pays des solutions pragmatiques qui marchent semble être la plus demandée par les électeurs. Cela ne veut pas pour autant dire que c'est un projet nécessaire ou utile, mais il est repris, à l'origine par François Bayrou (comment justifier le centrisme autrement?), puis maintenant par Nicolas Sarkozy. J'oublie volontairement Rachid Nekkaz.

 medium_bayrou.jpgLe problème d'un gouvernement de grande coalition est multiple, et je lui reprocherai en tout premier lieu d'annihiler l'opposition parlementaire droite/gauche pour une opposition globale "réformateurs contre conservateurs". Même si je suis totalement persuadé que j'ai plus à voir avec Dominique Strauss Kahn qu'avec Nicolas Dupont-Aignan, même si je suis certain que des clivages transversaux type l'Europe forgent en tout premier lieu l'identité politique aujourd'hui, je ne pense pas qu'il soit temps d'imaginer un gouvernement de grande coalition de la façon dont François Bayrou le propose.

 Tout d'abord, le gouvernement de grande coalition est une illustration du fonctionnement des démocraties où le scrutin législatif est proportionnel, ce qui n'est pas le cas de la France, même si on peut toujours changer les règles.medium_pb_jorg_20haider_20alenka_20zavbi.jpg

 Mais si on les changeait, il ne faudrait pas oublier que la multiplicité de partis et la fragmentation des électorats et des votes posent problème à l'exercice du pouvoir; voyons l'Italie, voyons l'Allemagne, et voyons ce à quoi les "grandes coalitions" qui ont échoué ont conduit: souvenons-nous de Jörg Haider, et plus récemment du gouvernement brun/rouge de Slovaquie.

 Car justement, le problème de la Grande coalition, c'est qu'elle ne laisse pas de porte à l'échec. On s'engage sans parachute, et l'échec laisse presque sans aucun doute la place aux extrêmes. Et j'en suis d'autant plus sûr que comme le disait Charles dans mon interview, ni la droite, ni la gauche Françaises n'ont clairement établi leur identité, social-démocrate moderne pour les premiers, libérale pour les seconds. Les hésitations des uns à clairement assumer un champ politique provoque un espèce de masse d'idéologies plus ou moins marquées, qui nous permettent d'entendre Royal louer Tony Blair et dénoncer le libéralisme en même temps, et Nicolas Sarkozy défendre un contrat unique de flexi-sécurité type CNE un jour pour l'abandonner ensuite.

 En Allemagne, la Grande coalition s'est faite en le corps défendant de la CDU et du SPD, qui ont tous deux des identités vraiment évidentes. Est-ce bien la même chose en France?

 

 Réfléchissons bien à ce que nous voulons, et à ce qui risque d'arriver si la belle identité du centrisme global échoue lamentablement. En attendant, la volonté de Nicolas Sarkozy d'appeler des personnalités ouvertes pour gouverner avec lui s'il est élu me semble la plus sage pour notre démocratie.