24/08/2007

Sarkozy se défile


  Vous ne rêvez pas. En effet, les excuses pour expliquer les défilements de Mme Sarkozy commencent à trouver une plus grande consistance que "l'angine fulgurante". Cette fois-ci c'est une théorie assez personnelle du respect de la séparation des pouvoirs qui est invoquée pour empêcher la femme du Président de la République (première tête de l'exécutif) de s'expliquer devant la représentation nationale (pouvoir législatif et de contrôle sur l'exécutif) sur la libération des infirmières Bulgares.

 L'excuse selon laquelle le Président ne peut pas s'exprimer devant le parlement (irresponsabilité du Président de la République, contrairement aux membres du gouvernement), vaudrait donc aussi pour la femme du Président, du fait qu'elle a été lors de cette belle opération publicitaire en Libye "l'envoyée personnelle" du Président.

 Je ne tiens même pas à aller rechercher l'article de la Constitution qui irait renvoyer l'argument fallacieux au rayon des mauvaises excuses du petit garçon pris les doigts dans le pot à confiture.

 Je remarque trois choses:

1) la règle de séparation des pouvoirs invoquées pour les envoyés personnels du Président souffre apparemment d'une entorse, puisque Claude Guéant ira lui s'expliquer devant la Commission d'enquête parlementaire.

2) Nicolas Sarkozy n'a de cesse de vouloir une présidence "politique", avec des ministres "politiques" et des collaborateurs "politiques". Ce qui sous-entend en fait "super communication donnant l'illusion de l'action aux citoyens". Comment peut-on vouloir une présidence politique, mais refuser que sa femme (qui a joué un grand rôle en Libye, selon les mots de Sarkozy lui-même) soit entendue par une Commission d'enquête Parlementaire, et donc "politique"? 

3) Il me semblait que notre Président souhaitait réformer les institutions, et notamment permettre au chef de l'Etat de s'exprimer devant la représentation nationale. Certes, tant que nous n'aurons pas changé les institutions, ça restera impossible. Mais un signe "politique" fort, un signe de volonté et de courage, comme un premier pas vers le changement des institutions, ce serait de permettre à sa femme d'être entendue par la représentation nationale, non? 

 

 A moins évidemment que la réalité des mots de M. Sarkozy ne soit pas parfaitement en phase avec la réalité des actes. (Puis-je conclure que David Martinon ment vraiment très mal?). L'un de mes correligionnaires de Kiwis proposait un article de réflexion sur le courage en politique. En voici un assez bon contre-exemple.

23/08/2007

Les courses? c'est ma passion

 Alors que la coalition conservatrice, anti-européenne, réactionnaire et franchement anti-libérale, et pour tout dire anti-moderne, qui s'est formée en 2005 en Pologne commence à sérieusement battre de l'aile, du fait que la Ligue des Familles Polonaises s'en est retirée, j'ai testé pour vous "Faire du Vélib' à 2 heures du matin sous une pluie battante".

 Je ne parlerai donc pas des futures élections anticipées Polonaises, qui risquent fort de permettre aux Polonais (à condition qu'ils soient, cette fois-ci, un peu plus que 53% à se déplacer pour voter) de mettre un bon gros coup de pied aux séants des frères Kaczynski, et porter Donald Tusk au pouvoir, comme premier ministre, puis peut-être comme président en 2010. Tusk n'est apparemment pas un type particulièrement courageux, mais il est moderne, libéral et démocrate. Et pro-européen, ce qui, dans l'atmosphère ambiante, est franchement une bonne nouvelle. Je ne parlerai donc pas de lui, ni de Jaroslaw qui habite encore chez sa maman, ni de Lech qui a demandé une étude pour savoir si on ne devrait pas interdire les Télétubbies qui risqueraient de transformer tous les petits Polonais en sodomites patentés.

 J'ai donc fait du Vélib' dans la nuit et sous la pluie. Je ne me rappelle plus très bien pourquoi je voulais écrire une note dessus. J'ai quelques remarques:

Avez-vous remarqué qu'il n'y a presque aucun Vélib' dans les stations de la colline de Montmartre alors qu'il est impossible d'en garer un au pied du téléphérique?

Et pourquoi est-ce toujours à 3 heures du matin sous une pluie diluvienne que votre Vélib' ne veut pas se cliper à sa borne, et que quand enfin il se clipe, l'ordinateur ne vous le confirme pas, ce qui fait que vous allez vous endormir avec des sueurs froides en pensant aux 150€ de caution que vous risquez de vous faire sucrer injustement par la mairie de Paris?

 Bref, vous aurez compris que j'ai passé une excellente soirée à Montmartre, que l'actualité politique ne présente que peu d'intérêt, et que j'ai peur pour mon compte en banque, même si une charmante fille de Vélib' m'a bien confirmé que ce genre de malentendu arrive.  

07/08/2007

Bravitude

 Je suis en train d'étudier la meilleure façon de revenir de Montreal sans retraverser l'Atlantique, par quelques escales. Je me suis donc rendu sur le site de l'ambassade de la République Populaire de Chine en France, pour me renseigner sur l'obtention d'un visa

"Le délais d'obtention de visa est normalement de 5 jours ouvrables (en cas d'influence, le délai sera prolongé sans aucun préavis)."

 Hu, hu. Plutôt drôle, non? 

 Sinon, et plus sérieusement, Robert Ménard et trois responsables de RSF ont subi une descente de police dans leur hôtel à Pékin, après avoir tenu une conférence de presse improvisée et non-autorisée. J'espère que même à l'ombre des cocotiers artificiels de Paris-Plage (vous avez vu que le maire de Paris fait outrageusement arroser à longueur de journée du gazon inutile et éphémère sur Paris-Plage?), on n'oubliera pas que les JO 2008 sont très exactement l'occasion d'ouvrir sensiblement encore la porte de la démocratie et du libéralisme (politique) en Chine...  

25/07/2007

Epilogue

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Après quelques remarques, notamment de Tonton et de Raph, je dois préciser un peu comme Versac l'a fait hier soir. D'abord il va de soi que je suis content de voir les 5 infirmières et le médecin Bulgares libres et revenus à Sofia. Il va de soi que Sarkozy n'a pas pillé l'oeuvre de la Commission.

 Je remarquais juste qu'il y avait dans la communication de victoire que l'on a subie pendant toute la journée d'hier trois mahonnêtetés majeures.

 La première a consisté à faire croire que l'action du Président Français a fait la libération des otages d'Etat Bulgares. Ceux qui ont construit cette libération, en donnant les moyens de plans d'action en Libye, c'est José Manuel Barroso, Benita Ferrero Waldner, et sans doute Louis Michel. Celui qui a sans doute le plus acheminé les négociations, c'est Tony Blair lors de son tour de présidence de l'UE.

 La seconde a été de présenter Cécilia Sarkozy comme une quasi diplomate ("dure en négociation", "elle s'en est très bien sortie", etc) alors que son voyage a été totalement improvisé, selon les propos de Nicolas Sarkozy rapportés par le Canard Enchaîné. Par ailleurs, je m'inquiète un peu de cette démonstration illusoire qui fait croire que le travail des diplomates ne sert à rien, et que tout, absolument tout, rentre dans le cadre du politique, ce qui est absolument faux et dangereux.

 La troisième a été de nous faire imaginer que ce dossier s'est réglé en dix jours.

 

 Au final que dénonçais-je? Les propos de deux journaux pourtant sérieux qui maniaient la prose de Paris Match, et ceux d'un secrétaire d'Etat (Christian Estrosi) nous prenant délibérément pour des abrutis, à moins que ce soit sincère de sa part, mais à ce moment-là je m'inquiète qu'il soit secrétaire d'Etat. 

 J'attends maintenant impatiemment que Cécilia Sarkozy soit auditionnée par la Commission des Affaires Etrangères de la représentation nationale, afin qu'au moins mes représentants puissent savoir le bien-fondé de cette expédition, menée à grands renforts de publicité.

17/07/2007

Troy Davis

 Alors qu'un Américain,  Troy Davis, vient de se voir accorder un sursis de 90 jours avant de se faire assassiner par l'Etat de Georgie, on peut revenir au discours de Robert Badinter (extrait ci-dessous). Il a été retranscrit à l'écrit en entier par la Documentation Française. On peut y lire du coup les réactions des députés RPR de l'époque.

 

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13/07/2007

Europe, Libéralisme, et Mondialisation.

 Ces trois mots sont ceux autour desquels la campagne du NON a gagné, à mon avis. Il y a en France, et sans doute plus globalement dans quelques autres pays d'Europe un peu compliqués, type Italie, Slovaquie, Belgique, Pologne, ces mêmes thèmes qui reviennent sur le tapis, avec des modifications. En Pologne par exemple, le libéralisme est peu remis en cause. 

 Ce sont ces trois concepts assez mal définis, complètement anxiogènes, qui ont amené une majorité d'électeurs à écouter une minorité de faussaires de plus ou moins bonne foi, à voter NON le 29 mai dernier. Je ne dis pas qu'il n'y a que des mauvaises raisons à voter NON. Je peux concevoir qu'on soit souverainiste même si j'ai toujours de la compassion pour les espèces en voie de disparition. Mais en l'occurence, l'amalgame entre Europe, libéralisme et mondialisation est destructeur.

 Avant de commencer ce billet un peu structuré par rapport à l'habitude, je pense aussi utile de préciser que selon moi cet amalgame est surtout le produit d'une crise de confiance et d'identité assez typique des années 2002 à 2006 (21 avril à CPE), mais que je ne suis pas sûr qu'on le retrouverait aujourd'hui.

 Autopsie d'un phénomène:

 

 La mondialisation, et l’adhésion de plus en plus grande des élites (intellectuelles, financières) et de l’UE à la mondialisation aboutissent à la création de nouveaux clivages. Quels sont-ils?

-         Secteurs économiques protégés Vs secteurs économiques exposés.

Public et privé, en gros. Le principe est le suivant: les personnes qui travaillent dans le secteur économique exposé considèrent que le secteur protégé est un obstacle à leur compétitivité. On voit dans les sondages une différenciation entre le comportement électoral des personnes qui travaillent dans le secteur public (majoritairement à gauche) et celles du secteur privé (droite, ou extrême droite pour les petites entreprises et petits salariés).

En regardant 2005, on s'aperçoit que les salariés du secteur privé votent majoritairement pour le NON, et que ceux du secteur public sont encore plus majoritairement pour le NON (tandis qu'en 1992, le public était clairement pour le NON et privé clairement pour le OUI).

-         Personnes qualifiées Vs Personnes non-qualifiées

Ce clivage-ci s’explique par les théories économiques. Les ressources abondantes aujourd'hui sont les capitaux, et l’ouverture économique favorise les personnes qualifiées (qui votent OUI en référendum et sont extrêmement favorables à l’ouverture). Les personnes non-qualifiées sont graduellement en marge du système, qui s'ouvre, et on tendance à la protection.

-         Autochtones Vs étrangers au sein de la population non-qualifiée.

La mondialisation provoque le développement des migrations et le développement des délocalisations (même si celles-ci sont une part infime de l'économie). Il y a un sentiment au sein des catégories non-qualifiées autochtone d’une concurrence, voire d’une concurrence ethnique (qui explique le discours de Buffet lors du referendum de 2005, sur le plombier Polonais, sous couvert de dumping-social). Et on constate que les non-qualifiés de 2002 votent majoritairement à l’extrême droite. 

-        Ceux qui défendent une identité nationale exclusive Vs les cosmopolites, européistes, ou inclusifs.

Ce dernier clivage provoqué par la société de l'ouverture est plus un clivages de valeur que d’économie. La remise en cause des frontières est une menace pour l’identité nationale pour les premiers, mais pas du tout pour les seconds. Et on constate que le fâmeux "plombier Polonais" a été repris aussi bien par l’extrême droite que l’extrême gauche. Et en ceci je rejoins Philippe Val, qui n'a pas eu peur au lendemain du 29 mai, de dénoncer le social-nationalisme et le national socialisme de Buffet et Le Pen.

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 A ces clivages globalement partagés dans les pays développés et concernés par la mondialisation, s'ajoutent certains clivages qui eux sont générés par la construction européenne uniquement. Le premier est évident:

-         souverainistes Vs Européistes.

-         Antilibéraux Vs libéraux

Sur les débats sur le libéralisme économique, on constate deux types de positionnement:

Position sur l’intégration Européenne (acceptation d'une marche plus intensive ou pas ?)

Position sur les politiques Européennes (acceptation du libéralisme ou pas ?)

On constate de là 3 attitudes : les eurosceptiques (extrême droite et souverainistes de gauche), les européistes critiques opposés aux politiques libérales (Besancenot), et les Europhiles, favorables à l’approfondissement de l’intégration européenne et aux politiques de l’UE. Malakine est un eurosceptique, je suis un Europhile, par exemple.

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On en arrive donc à La question de l’assimilation de plus en plus grande entre mondialisation, construction européenne et libéralisme.L'introduction et les préliminaires étaient longs, mais je les crois utiles. Et puis de toutes façons c'est l'été, personne ne lira ce billet indigeste.

Pendant la campagne, on a entendu Nicolas Sarkozy dire: « l’Europe ne doit pas être un cheval de Troie de la mondialisation ». Etonnant de sa part, non?

On a eu toute la problématique des dumpings fiscal, environnemental, social des pays à plus bas salaires, avec ce débat lancinant sur les délocalisation ("interdire les délocalisations!"). Et cette proposition absurde de préférence communautaire.

Si les études d’opinions montrent que les Français gardent espoir que l’UE protège et maîtrise la mondialisation, il n'en reste pas moins que les deux premières craintes de nos contemporains Français sont justement les pertes d'avantages sociaux (précarité, emploi, protection sociale), et les délocalisations. 

Quelle est la réaction de l’opinion publique sur ces questions :

Trois réactions importantes :

-         crise du sens (direction et signification).

Les questions sont nombreuses, et il faut les résoudre pour restaurer la confiance: jusqu'où doivent aller les élargissements? Quelles frontières à l'UE?… La partie occidentale (historique) de l’UE est plutôt favorable à une pause dans les élargissements, tandis que l'Europe des 12 est moins sensible à ce sujet.

Cette crise du sens est aussi illustrée par une sorte de retour de l'obscurantisme: la peur des innovations scientifiques. On les voyait avant comme un progrès, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les débats sur le réacteur EPR, sur les OGM sont d'assez bons indices de cette crise de sens.

Ceci explique pourquoi les partis antisystème sont plus écoutés que les partis centraux que les partis républicains. La théorie du chaos prévaut, et les réponses les plus simples sont les plus audibles (souverainistes, socialistes radicaux, et libéraux radicaux). La complexité des réponses au centre est difficile, et donc rencontre moins de succès.

-        Sentiment d’insécurité.

Cette deuxième réaction de l'opinion publique est guidée par l'idée que l’ouverture remet en cause des situations acquises, et qu'elle est donc un facteur d’insécurité. C'est globalement ce qu'on a vu plus haut, avec une espèce de paranoia cultivée autour de l'idée de "paupérisation" de la société. On en vient dans la troisième réaction:

-         Sentiment de dépossession.

Les peuples ont l'impression qu'ils ne maîtrisent plus leur destin. De là l’idée que des instances non-élues détiennent le pouvoir au détriment du peuple. Cette paranoïa, très présente sur le site par exemple d'Etienne Chouard, fait des ravages: de Besancenot à Le Pen, chacun pendant la campagne s'est attaqué à au moins l'une de ces cibles, BCE, grandes entreprises (CAC40), bourse, actionnaires…

 Ce qui accompagne ce sentiment de dépossession est évident: l’impression que  les représentations élues n’ont plus de pouvoir grandit, et le sentiment que les décisions de ce gouvernement mondial sont irréversibles ("gravées dans le marbre"). Qu'il y a donc manipulation du pouvoir.

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-         Quelques raisons d'être optimiste:

Il y a des spécificités des Français sur ce sujet de l'Europe et de la mondialisation. Systématiquement, les Français sont la population la plus réticente à la mondialisation. Ils répondent NON à la question de savoir si le monde va dans la bonne direction, et ils sont les plus pessimistes pour les générations futures.

Pourtant, et unanimement, les populations les plus favorables à la mondialisation paraissent être celles qui en profitent le plus (Brésil, Chine, et en Europe, Irlande, Scandinaves). Les Français en sont plutôt bénéficiaires mais la perçoivent comme une menace malgré tout.

Tout ceci semble en fait assez être une question de confiance: les débats sur le libéralisme, sur l'entrée de la Turquie, sont finalement révélateurs du bien-être d'une population. En Europe, les Français sont les plus défavorables à la mondialisation, tandis que les Suédois et les Estoniens sont les plus confiants.

 

 Et il y a corrélation entre la confiance et la critique: les Français sont plutôt critiques vis-à-vis de leur modèle, et sont persuadés qu’ils ne peuvent pas s’adapter à la mondialisation, ou bien que cette adaptation serait négative.

Pour comparer, les Italiens sont parmi les plus favorables à la construction Européenne puisqu’ils estiment que c’est justement un moyen pour leur pays de se moderniser de l’extérieur (ce qui traduit le peu de confiance en l’Etat des Italiens).

 

 Au final on va en revenir à cette belle phrase de Tocqueville: "Les Français veulent l'égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l'esclavage."

 Encore un chantier de Sarkozy: rendre les Français plus indépendants de l'Etat, et leur rendre confiance en leurs moyens d'adaptation en interne. 

11/07/2007

Est-ce que ça clive toujours vraiment?

9dd81d5ac4b1cd41c2875bbe66c895fa.jpg Avec les copains de Kiwis, on s'est dit que ce serait sympa de proposer de temps en temps à la sagacité des lecteurs des petits billets comparés sur thèmes communs. Parce que à Kiwis nous avons des ambitions de production de contenu, et ouais. Pour l'instant il semble que nous soyions sept (avec Toreador, Fred, Politoblog, Seb de çaréagit!, Malakine, et Bastogi) sur un petit thème d'actualité, qui mériterait un bouquin dirigé par Dominique Reynié, sur le sens du clivage droite/gauche aujourd'hui.

 82%. Ils sont selon un sondage 82% de Français à approuver la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy. Ils étaient déjà près de 7 millions à voter pour un candidat qui rassemble par le centre la droite et la gauche "raisonnables". Il devient tout de même pertinent de se demander si le clivage droite contre gauche est toujours aussi structurant en France...

 Sur le sujet je suis un peu partie prenante, parce que ça fait quelques temps, depuis le référendum sur le TCE de 2005 en fait, que je me dis que le clivage droite/gauche est obsolète tel qu'il est. J'avais trouvé à l'époque que Besancenot et Montebourg avaient bien plus à partager que Montebourg et DSK, que Dupont-Aignan et De Villiers était une histoire bien plus crédible que Dupont-Aignan et Borloo, et la une de je ne sais plus quel magazine avec Hollande et Sarkozy ne m'avait pas choquée, bien au contraire. J'avais même trouvé que Buffet et Marine Le Pen ne s'entendaient pas si mal, pour peu que l'on inverse chez l'une le national-socialisme de l'autre.be9ce52cea81de61a1563289e41a884e.jpg

 Je distribuais moi-même des tracts pour le OUI publiés par le Mouvement Européen, et n'hésitais pas à donner aux gens les tracts PS, Verts, UDF et UMP en supplément, et en même temps. J'avais vu dans l'attitude par rapport à l'Europe, à la mondialisation, et au libéralisme économique (en gros les trois thèmes autour desquels se sont axés la campagne de 2005) un clivage bien plus marquant que les anciens clivages fossilisés: principes moraux progressistes ou conservateurs, libéralisme économique ou socialisme et redistribution... Liberté ou Egalité, en somme (ah, Tocqueville, je t'aime!).

 Face à la mondialisation, il y a le repli sur soi. Dupont-Aignan, Chevènement, De Villiers, Le Pen: nos souverainistes de base avaient un point commun important.

 Face au libéralisme, il y a une méfiance et un culte de la théorie du complot: Fabius, Besancenot, Dupont-Aignan, Laguiller étaient faits pour s'entendre.

 Au final, face à l'Europe, il y a le volontarisme et les attitudes nobles, ou le fait de cultiver la peur (peur du libéralisme, peur de la mondialisation, peur d'une société cosmopolite...). Les nonistes cultivaient la peur.

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 Je les tenais pour profondément archaïques. Je continue. Je voyais le clivage majeur se structurer entre les archaïques et les progressistes. Les conservateurs et les volontaristes. Et je voyais l'affrontement droite/gauche surtout promu et cultivé par les archaïques, qui n'osaient pas pour autant quitter leur parti si douillet, pour assumer leur dissidence. C'était flagrant pour Dupont-Aignan, et ça l'était pour Mélenchon et autres "crétins" du PS (comme définis par Philippe Val). Je crois à la réflexion que cet édito de Philippe Val (cliquez précédemment) est une assez bonne synthèse de ce que je pensais alors du découpage politique. Les traîtres d'un côté, pragmatiques, et les crétins de l'autre, crétins, et surtout, intellectuellement prisonniers de la doctrine et incapables de modernité. Aussi bien à gauche qu'à droite.

 Puis la campagne de la présidentielle est arrivée, et cette considération un peu autoritaire des clivages structurant le débat politique s'est modifiée. Bayrou a considérablement augmenté son score par rapport à 2002. Comment? En sortant d'une identité de "centre-droit étriqué", et en jouant admirablement bien sur le rejet et la déception envers les autres candidats. L'électorat de Bayrou? Jeunes et éduqués, urbains en  majorité.

 En quoi l'idée d'un clivage Archaïques/Progressistes est-il alors bénéfique à la société et à notre pays? Immanquablement, on se retrouve avec les progressistes au pouvoir, et avec une influence grandissante des archaïques dont le discours est plus simple, plus sentimental. Et comme nous sommes en démocratie, et pour schématiser, c'est comme ça qu'on se retrouve avec une démocratie nivelée par le bas.

 

 Je n'ai pas cru à Bayrou. J'ai été tenté, au vu de mon traumatisme du 29 mai, de mon engagement dans une association transpartisane, le Mouvement Européen, mais je n'y ai pas cru, parce que j'ai trouvé l'idée de supprimer le clivage droite/gauche dangereux.

 

 Il faut garder ce clivage, et moderniser la droite et la gauche, de sorte que leur opposition s'articule sur d'autres critères que ceux qui font la différence entre les responsables politiques convenables, et les démagogues. Acceptation du libéralisme économique, de la mondialisation, d'une société cosmopolite, hétérogène. Sur ces bases communes, on peut bâtir un rapport de force, un clivage intelligent entre une droite et une gauche.

 Restent les noms. "Droite" et "Gauche", voilà bien un concept passé, qui n'a de sens désormais que dans l'hémicycle, face à Bernard Accoyer. Il va falloir sans doute imaginer aussi bien à l'UMP qu'au PS une refondation, une nouvelle base idéologique. Le pire pour la démocratie serait que l'UMP ne se trouve comme identité que celle du soutien au Président, et que le PS ne finisse par se définir qu'en opposition à l'action du Président.

 

 C'est un peu confus, j'écris de façon hachée, trois lignes de temps en temps. Mais voilà au final la dernière piste que je lance: le recul de la démocratisation de l'UMP, et le départ de DSK de la politique nationale sont-ils des bonnes choses pour un bon rapport de majorité à opposition?

 Peut-être que les partis aujourd'hui ont besoin de devenir des think tanks, de réflexion sortant de l'actualité partisane et contraignante, de la politique quotidienne et sans horizon. Peut-être est-ce au pouvoir en place de provoquer ce changement par électrochocs. Mais à ce moment-là, nous revenons au même problème: comment établir une refondation des clivages politiques partisans si la seule référence à ces clivages est la politique et la personne de l'exécutif en place?

 

 Nous donnerons en conclusion quelques mots d'ordre à un bipartisme moderne et démocratique: une pratique scientifique de la politique, un respect des idées et des politiques prévues par l'adversaire, une humilité face aux solutions proposées par les autres, une identité constante de laboratoire d'idées des partis, une écoute multipliée de la société civile, des think tanks, et des experts...

 La considération qu'il "n'existe pas de politique de gauche ou de politique de droite, mais des politiques qui marchent et des politiques qui ne marchent pas". Comme disait Tony Blair.

07/07/2007

Gouvernator?

e95f924cd80846b3562b14236ca9abfa.jpg J'ai remarqué que c'était un peu la mode ces derniers temps de dénoncer, l'air inquiet ou résistant, l'hyper-présidentialisation de la pratique politique, depuis le 6 mai. D'ailleurs Toreador nous fait un joli état des lieux, en concluant sur le "Coup d'éclat permanent".

 Il faut dire qu'à s'activer très médiatiquement, Sarkozy la met mauvaise au pauvre Jacques Chirac, qui pensait qu'on le regretterait rapidement. Il y a cette démonstration permanente d'une part: super-activité diplomatique (pour peu de résultats pour l'instant, je persiste), et la faiblesses des contre-pouvoirs d'autre part.

 Super-activité politique, sur les universités, sur la fiscalité, dans les jogging... Est-ce à dire que Chirac ne fichait absolument rien dans sa grande maison entre 1995 et 2007?2ceb0431ea7830d9b27eb950b7fe9e1d.gif

 Sarkozy est le premier président qui maîtrise la pratique des médias. Chirac est né sans télévision, Sarkozy si. Chirac n'a pas eu le besoin de s'intéresser aux ordinateurs, Sarkozy si. Chirac a grandi en politique dans un monde où les médias n'étaient pas consommés, comme des produits normaux, mais Sarkozy si. Chirac a été un président du vieux XXe siècle dans une période charnière de globalisation, de nouvelles technologies, de changements médiatiques et démocratiques, et en a été distancé. Sarkozy semble, plus qu'acompagner le phénomène, le favoriser, le pousser.

 Sarkozy a bien compris le parti que l'on pouvait prendre du changement de l'attente des citoyens. En vérité, le citoyen lambda se fiche complètement d'être en démocratie ou non, du moment que le système politique lui garantit un bonheur suffisant, correspondant à ses attentes. Je ne vais pas refaire du Tocqueville 150 ans après, mais oui, Sarkozy peut devenir un despote doux. Le gouvernant qui utilise la fatigue démocratique des citoyens, leur désintérêt pour la chose publique, leur unique obsession du bonheur individuel, pour faire ce qu'il veut.

 Je ne dis pas qu'il va le devenir, je dis qu'il le peut, dans les faits, dans les démonstrations politiques. J'ai une impression ambivalente sur ce début de présidence. Je suis content de l'ouverture, je suis content globalement de l'intérêt que les agitations de Sarkozy suscitent dans l'opinion, du regain d'esprit politique qui naît. Mais je suis inquiet quand je vois le manque de recul qui étreint les "militants", de droite comme de gauche, que je peux rencontrer. Quand je constate que l'on est vraiment dans une logique de rejet ou de support total, et évidemment caricaturale.

 

 Je suis inquiet aussi quand j'observe à quel point Sarkozy a atomisé les contre-pouvoirs. Certes, la présidence de la Commission des finances échoit à un socialiste. Néanmoins, voilà un homme qui a commencé à détruire tous les contre-pouvoirs possibles, dans le camp d'en face comme dans le sien.

 Dans le camp d'en face, si l'ouverture me réjouit, je crains que Sarkozy, en écartant les éléments modernes du PS, et en n'y laissant que des nonistes et des incapables, ne soit en train de durablement couler l'opposition. DSK promu pour la tête du FMI, cela va aussi dans ce sens.

 L'ouverture, c'est l'entrée de socialistes au gouvernements, à des postes consensuels, mais assez bridés dans leur influence politique. Là je suis en total désaccord pourtant avec ceux qui dénoncent un Sarkozy qui musèle ses ministres de gauche, soit-disant placés sous surveillance: pour exemple, Jean-Pierre Jouyet secrétaire d'Etat aux affaires Européennes n'a certes que peu d'influence, mais il a les moyens de beaucoup promouvoir l'Europe, et ce d'autant qu'il n'est pas concerné par une discipline de parti, et que son statut de PS dans le gouvernement rend un évenuel renvoi de l'équipe gouvernementale assez difficile à justifier politiquement.

 Dans l'UMP, plus de présidence. Plus de désignation démocratique des dirigeants. Et, en plus, suprême ingéniosité du Président Sarkozy, l'envoi à la tête du parti de deux fidèles qui ne peuvent pas se supporter: Devedjian et Raffarin. Il évite ainsi les couacs politiques du type Chirac favorable à la Turquie, et Juppé contre, par exemple. Il évite aussi qu'un jeune aux dents longues ne soit inspiré par un outil de guerre aussi performant, comme Sarkozy l'a été en 2004.

 Au centre évidemment, bel étouffement de Bayrou, qui a voulu en créant le MoDem s'inspirer de "l'antipolitique" de Vaclav Havel. Le mouvement politique ancré dans la société civile et cherchant à sortir des canaux habituels d'expression politque: le mouvement est mort-né, l'espace médiatique est rongé, et les responsables politiques du MoDem sont contraints par la pratique politique de Sarkozy.

 Au sein de l'exécutif, pas une tête qui dépasse, pas un brin de désordre. A l'image des cheveux bien lissés de François Fillon, les ministres n'ont pour liberté de ne dire que ce qui a été mis au point dans les consignes données le mercredi du conseil des ministres. Le premier ministre n'est plus qu'un relais, même pas un chef de majorité. Il y a deux grands ordonnateurs de l'exécutif, de l'UMP, et du ministère de l'intérieur: Sarkozy et Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée.

 

 Mais soyons optimistes. Qu'arrivera t-il lors des premières contestations un peu vives? Tout ce spectacle n'est-il pas le fruit d'une euphorie post-élections, qui s'estompera avec la fin de l'état de grâce?

 Tant que les institutions ne sont pas modifiées, par une réunion du Parlement en Congrès, nécessitant un vote aux 3/5eme des représentants du peuple, tout ceci n'est que pratique politique, aisée à remettre en cause.

0ed018e12d28e9d8fc80ba03bac1bbda.jpg Les médias n'échappent pas aux effets de mode. Aujourd'hui, elle est à la micro-information. Les vrais pourvoyeurs d'information sont les dépêches AFP, et plus les analystes. Demain, si les citoyens demandent une plus grande insolence, une information plus complète, qui va au derrière des cartes, les médias leur donneront cette information, quelle que soit la volonté du pouvoir.

 Encore faut-il entretenir la flamme de l'exigence démocratique, de l'intégrité morale, intellectuelle. J'en reviens à Tocqueville, il va falloir faire fleurir la société civile et son influence; les associations, les contributions citoyennes au débat politique.

 C'est en tout cas l'un des chantiers à une meilleure démocratie, à un meilleur exercice de la citoyenneté.

06/07/2007

La suite au prochain épisode

 Valéry Giscard d'Estaing a l'air d'avoir compris comment fidéliser les lecteurs et les tenir en haleine. Effet de teasing aujourd'hui sur son blog... En effet, si ni l'Allemagne ni la France ne voulait abandonner le concept d'un texte unique fondant tous les traités existants, d'où vient l'initiative?

 Et, en l'occurence, j'ai du mal à distinguer à qui profite le crime. A part à la Chine, aux Etats-Unis, et à tous nos autres concurrents commerciaux et politiques mondiaux.

 

03/07/2007

3% du PIB à la recherche

 Quelle bonne idée d'avoir pour objectif 3% du PIB à la recherche, comme l'a proclamé Fillon cet après-midi! Comme c'est novateur! Il faut dire que les budgets Jospiniens puis Raffariens de la recherche avaient été diminués comme peau de chagrin entre 2001 et 2004, passant de 2,20% du PIB à 2,16%.

 Mais heureusement, le couple exécutif est volontariste. Mais n'allez pas penser que sur ce sujet précisément (je n'ai encore fait que lire le très très synthétique résumé du monde.fr sur le discours de politique générale), Sarkozy et Fillon sont des novateurs. Le Conseil Européen de Lisbonne listait déjà en 2000 parmi les objectifs énoncés le principe des 3% du PIB pour la recherche.

 Ce sujet précisément me fait penser que si le président Français, quel qu'il soit, se bornait (ou s'était borné) à suivre les recommandations de l'UE, notre pays irait bien mieux aujourd'hui.

 

 Sur le sujet d'une réforme en profondeur des institutions, avec un pouvoir législatif plus fort (notamment dans la nomination de hauts postes de la fonction publique), Fillon précise que la majorité pensera tout ça en total accord avec l'opposition... En même temps, quand on ne peut pas rassembler plus des deux tiers du Parlement sur des réformes constitutionnelles, on a intérêt à avoir l'esprit d'ouverture. Je pense notamment à l'idée de faire s'exprimer le Président de la République devant la représentation nationale, idée qui me répugne assez car elle signifierait vraiment l'entrée dans un régime présidentiel.

25/06/2007

Le Kiwis est mûr

4f77e9a91e28be1f48a6e66e73b874e9.jpg Tout a commencé par un mail de Toreador, encore lui. La présidentielle venait de se finir, et la blogosphère gonflée à bloc dans les (d)ébats partisans allait se dégonfler doucement, laissant des asociaux patentés, nez fourré sur leur ordinateur, de plus en plus seuls. Sale histoire. 

 "Voilà le topo, coco, me dit Toreador entre deux banderilles, la Présidentielle se terminant, je pense que la blogosphère, telle une galaxie s'étant déployée pendant des années lumières, va subitement se rétracter avant de se mettre à regrossir, plus tard. Face à ce phénomène, et pour continuer à rester visible, l'union fera la force. Or, face au foisonnement actuel de la blogosphère, il serait intéressant de fournir aux lecteurs un "parcours" lui permettant de se repérer entre blogs politiques qui ne sont pas forcément du même bord mais qui se reconnaissent des affinités de principe."

 Toreador s'était déjà chargé de commencer le recrutement. Frednetick, Pensées d'outre-Politiques, Nico-Politique, Ca réagit!, le Politoblog et moi-même formions le sextet composé autour de Yul Toreador Brynner. Encore fallait-il nous trouver un nom. Que de débats! Civitas, Republica Nostra, Bloggipolis, Tout-Monde, Politeia, KiwiBlog, Kiwis... Politeia sortit du dernier virage d'une courte tête, mais fut battu par Kiwis sur la ligne.

c4915cc65b15e77211a98908e25218fa.jpg Kiwis, le cercle des blogueurs disparus, ça a une Charte. Originalité, esprit critique et prise de recul, humour, indépendance éditorial loin de tout esprit partisan réducteur, intérêt pour la politique, qualité de rédaction et surtout, tolérance des points de vue, donc fermeture aux extrêmes. Nous avons eu un débat: faut-il nécessairement avoir voté OUI en 2005 pour être dans Kiwis? Non.

 Ainsi, nous sommes de droite, de gauche, et il y a même des petits malins toujours inclassables, genre Le Chafouin ou Politoblog. Nous partageons tous le fait qu'on n'aime pas trop être mis dans des cases, et accessoirement que ce que nous apprécions dans la blogsophère, c'est la liberté de pensée, l'indépendance, le décalage, l'humour. Dit comme ça, ça n'a pas l'air très drôle non? Heureusement, Toreador nous donne des noms d'animaux.c4e092c274a9895aa4cb98c3bbae9a4c.jpg

 Ce petit cercle est géré par un Shadock Wabinet de 7 membres fondateurs, qui ont d'ores et déjà été rejoints par le sémillant Malakine, les enthousiaste rédacteurs de Criticus, et les très attachants (et un poil plus analytiques) blogueurs de Libertés Réelles.

 Au final, c'est un peu ça la démocratie: pourquoi faire simple, alors qu'on peut faire compliqué?

19/06/2007

Fillon II, un peu de déception

c8eb16a0a654d587c9d47dd9f6ef8dc8.jpg Il était taillé pour Juppé ce ministère. Il était le seul vrai transversal. Le ministre d'Etat Juppé était le seul à avoir une autorité suffisante pour s'imposer aux corps dépendants de son ministère, notamment à celui des Mines. Il préparait le sujet depuis quelques temps, malgré ce que les simplets qui s'arrêtent aux ballades à vélos publicitaires du Maire de Bordeaux peuvent dire. Il aurait encore été convenablement coupé pour le très reconnu Hubert Védrine. Il aurait été intéressant d'y voir Barnier (sous-employé à l'agriculture). Au lieu de ça on y met Borloo, avec le titre qui donne l'impression que c'est une promotion, alors que c'est un camouflet. Ce ministère partait tellement bien avec Juppé... Voilà qu'il ressemble presque à un placard!

 Quelles sont les affinités de Borloo avec l'environnement, à part que comme vous et moi il doit préférer les douches aux bains et un chauffage pas trop élevé avec un bon pull? Il a fondé Génération Ecologie avec Brice Lalonde. C'est globalement plus politique qu'expert.

 Pour le reste, je n'ai que peu d'avis, même si je suis bien content de voir arriver une génération neuve, qui donne au secrétariat d'Etat un côté un peu "pépinière de talent": Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, et Rama Yade. Sur la dernière j'ai la sensation que le symbole est plus fort que la charge (secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme dans un monde où ces questions se règlent plutôt entre diplomates, chefs d'Etat, et échanges économiques).

 Je me demande bien pourquoi Jean-Marie Bockel est rattaché à Kouchner pour son secrétariat d'Etat à la Coopération, alors que le co-développement a échu à l'hideux ministère de Brice Hortefeux. Ce devait être une condition sine qua non d'entrée au gouvernement.

 A part ça, on n'échappe pas au système des copains, malgré tout et malgré la "rupture avec les pratiques anciennes": Estrosi est de retour au gouvernement, Santini, mis en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts, devient secrétaire d'Etat pour permettre à Frédéric Lefebvre de devenir député des Hauts de Seine (je vous jure, dans le 92 on est servi...), et le bon serviteur Marleix aux anciens combattants.

 Un peu moins d'enthousiasme dans ce gouvernement que dans le précédent...

 

Composition du gouvernement:
Jean-Louis Borloo : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

Christine Lagarde : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Michel Barnier :  ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Hervé Morin : ministre de la Défense

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Laurent Wauquiez : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, Porte-parole du Gouvernemen

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

Valérie Létard : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, chargée de la Solidarité

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Nathalie Kosciusko-Morizet : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie

Christian Estrosi : secrétaire d’Etat auprès de la ministre del’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, chargé de l’Outre-Mer

André Santini : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, charge de la Fonction publique

Jean-Marie Bockel : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie

Hervé Novelli : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé des Entreprises et du Commerce extérieur

Fadela Amara : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Ville et du Logement, chargée de la Politique de la ville

Alain Marleix : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

Rama Yade : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme

Luc Chatel : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé de la Consommation et du Tourisme

Martin Hirsch : haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Bernard Laporte : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse et des Sports (à compter de fin octobre 2007)

17/06/2007

Législatives, second tour

 On dirait que Laurent Fabius peut s'auto-congratuler (qui le ferait pour lui?) d'avoir envoyé la TVA sociale sur le tapis entre les deux tours. Estimations la semaine dernière des sièges de l'UMP: 400. Aujourd'hui, on en compte à peu près 360 si on leur ajoute ceux des UDF présentés sous l'étiquette Nouveau Centre, et les divers droite, dont deux MPF, et, sans doute, Jean-Christophe Lagarde, qui ne siègera pas avec le MoDem.

 Ce n'est pas pour autant une gifle électorale pour l'UMP, heureusement. Mais c'est une fin d'état de grâce un peu morose. D'autant plus morose qu'Alain Juppé est battu. Juppé battu, cela signifie un homme d'Etat et d'influence en moins pour un ministère qui nécessite une personalité vraiment forte. Alain Juppé battu, cela augure du retour d'un grand absent de ce premier gouvernement Fillon: Michel Barnier, ancien ministre de l'environnement, des affaires étrangères, forte figure Européenne. Goûtez-vous tout de même tout le confort qu'il y a à l'UMP à pouvoir avoir l'embarras du choix (sans jeu de mot), entre Juppé et Barnier? Enfin... C'est quand même mieux qu'un dilemme Voynet/Lebranchu, par exemple. Je constate au passage avec satisfaction qu'Alain Carignon s'est fait étaler à Grenoble, et avec amertume que Renaud Donnedieu de Vabres s'est fait souffler sa circonscription.


 Pour ce qui est du reste, cela semble assez évident: une participation qui reste la même qu'au premier tour, avec sans doute une fatigue électorale bien explicable après les spectacles des deux élections successives. Les électeurs de droite, certains d'une majorité Sarkozyste, se sont démobilisés, assez pour donner de l'envergure à la remobilisation de la gauche, et au report de voix du MoDem favorable aux candidats de la majorité présidentielle.

 Remobilisation qui sauve certains ténors du PS, comme Dray ou Montebourg, comme DSK (et là c'est heureux vu l'énergumène qui se présentait pour l'UMP en face!), mais qui a un poil failli à Vincent Peillon, qui perd de 150 voix. Une remobilisation qui va sans doute retarder la restructuration de ce parti qui a vraiment un pied dans la modernité, un pied à l'arrière, bien à l'arrière, et une Ségolène Royal, dont je ne saisis toujours pas le bienfait pour le parti.

 Ce soir donc, du soulagement, parce que je ne voulais vraiment pas d'une chambre bleue au trois quarts. De la tristesse pour Alain Juppé, pour un PS qui va remettre à plus tard ses questionnements. De la déception de voir Maire-George Buffet bien contente. Mais de l'admiration pour Jean Lassalle, réélu député (avec 3 compagnons MoDem) dans la triangulaire de l'élection, et qui nous montre, après le mercato politique de la présidentielle, que fidélité est tout de même encore récompensée.

11/06/2007

Des bleus à l'âme

27b44b81b0c6a877ba5bcc1e5c502a79.jpg Il convient évidemment de féliciter Nicolas Sarkozy d'avoir aménagé une vague bleue aussi forte, et d'avoir aussi bien réussit le début de son mandat, en plein état de grâce. En plus, depuis qu'on l'a vu un poil éméché en conférence de presse du G8, il apparaît beaucoup plus humain qu'il n'était jusqu'à présent.

 Il convient aussi de féliciter les députés réélus dès le premier tour; au premier rang desquels François Fillon, Jean-Louis Borloo, Eric Woerth, Hervé Morin, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, ministres. Il convient de féliciter Pierre-Christophe Baguet, qui a été réélu hier malgré nos efforts depuis 4 mois. Il aura sans nul doute réussi à mieux parler aux Boulonnais. Même si au cours de cette campagne j'ai pu constater que je n'avais pas que des désaccords de personne avec notre député, mais aussi des profonds désaccords politiques. Il est contre le mariage homosexuel, pour l'inscription des racines chrétiennes de l'Europe dans un traité constitutionnel, il est globalement très conservateur et très "tradi"... En plus d'être complètement incapable sur un sujet important comme l'ISF, où il ne réussit qu'à apporter un lustre de connaissances, émaillé d'anecdotes d'hémicycle qui doivent impressionner les retraités de Boulogne, son électorat de base.

 

 Il convient aussi de tirer des conclusions plus générales sur le système politique Français après cette élection et cette abstention record, qui est l'exacte opposée de l'élection précédente: pas ou peu de débat public, absence totale dans les médias ou presque, désintérêt évident des citoyens pour le sujet... Jamais la réaction des citoyens aura été aussi dérisoire par rapport à l'importance de l'élection. Et jamais nous n'aurons eu confirmation de la tendance globale des Français, qui sont légitimistes.

 On voit bien la présidentialisation du régime: le président élu, les Français non seulement votent un mois plus tard pour la majorité présidentielle, mais s'abstiennent en masse, ce qui est un fort révélateur de la perception de l'importance de l'élection pour l'opinion. Cela ne laisse que peu de place aux candidats challengers, cela ne laisse que peu de place à l'appréciation de la qualité des candidats qui se présentent.8c4bef6e88e38c818c0f2cd90c6d2592.jpg

 Là ce qui compte, c'est l'étiquette. Le seul argument de la campagne sera, pour les uns: "je suis avec le Président que vous avez choisi", pour les autres "laissez nous un espace démocratique pour organiser une bonne opposition!". Dans ce contexte, difficile d'exister quand on est un candidat qui n'est pas étiquetté, et qui préfère avancer des arguments d'un programme, que d'avancer une figure.

 C'est à dire qu'hier, une chèvre avec le label UMP aurait pu être élue. Aujourd'hui, un collègue UMP avec qui nous avons pu avoir de gros différends, me l'a confirmé: "objectivement, je trouve que la campagne de Dorothée était bonne, mais on ne peut pas lutter contre l'investiture UMP à Boulogne. Elle a eu le mérite d'animer la campagne". Et de confirmer que le système actuel favorise la médiocrité... en m'informant qu'Eric Raoult est en ballotage plus que favorable au Raincy.

 Concernant notre campagne, voilà: nous avons publié des tracts, avec des textes, des choses importantes à lire. Nous avons mené campagne en expliquant, en parlant et en essayant de sortir du débat d'étiquette. En face, l'UMP a fait plus efficace, avec une équation simple: Baguet = Sarkozy = majorité présidentielle. En s'appropriant le monopole de la majorité présidentielle, ils ont tout dit: le reste de la campagne n'a été que dénigrement, auquel nous avons répondu de notre mieux.

 Hier soir, j'ai donc été triste de voir que nous avons raté notre objectif premier: mettre Pierre-Christophe Baguet en ballotage. Nous avons fait 11%, ce qui, au creux de la vague bleue, est honorable, mais nous n'avons pas réussi à persuader l'électeur de l'importance de l'élection, du courage et de la compétence que doit avoir un député. M. Baguet a gagné en cultivant la paresse intellectuelle de l'électeur, en adhérant complètement à la médiocrité du système. Nous avons eu à coeur de considérer que l'électeur avait droit à une meilleure appréciation de la démocratie. Et manifestement, l'avenir n'appartient pas à ceux qui considèrent que la politique et la campagne, c'est élever le débat, et le citoyen.

 L'abstention a favorisé le sortant, dont l'électorat s'est apparemment beaucoup plus mobilisé que celui du centre ou de la gauche, par rapport à la présidentielle. Nous verrons maintenant si le député Baguet saura expliquer les lois qu'il vote, surtout au moment où commenceront les frictions sociales et les malaises.

 D'ici-là, l'image d'hier soir, c'est Pierre-Christophe Baguet montant les marches de la mairie sous les cris "bienvenue chez toi!" (il a été viré de l'équipe municipale en 2001 pour voir toujours oeuvré contre le maire dont il était premier adjoint) "Baguet/Solère à la mairie!"... Les médiocres ont déjà la tête à l'année prochaine.

 La déconfiture démocratique continuera t-elle longtemps?