22/10/2007

Sarkozy au Bureau politique de l'UMP

 Hier se tenait le Bureau Politique de l'UMP, présidé conjointement par Patrick Devedjian et Nicolas Sarkozy. Je parle du bureau politique, pas de l'UMP. Si l'UMP était présidé par Nicolas Sarkozy, ça se saurait.

 Suis-je le seul à trouver choquant que le président de la République soit présent au Bureau Politique de l'UMP? Certains diront: "mais c'est normal, c'est son parti!". D'autres rappelleront que le Président de la République a entre autres tâches d'être la clé de voûte des institutions, d'être le gardien du Contrat Social, du Pacte Républicain, et de plein d'autres concepts qui en résumé finissent par être une antithèse globale et violente de l'engagement partisan dans un parti politique. 

 Voilà, le Président de tous les Français préside, assiste et contribue au bureau politique de l'UMP, cet organe qui, en gros, décide de la ligne du parti. Ne soyons pas dupes: Chirac présidait aussi la ligne du RPR (puis de l'UMP de Juppé). Mais il avait l'élégance et sans doute aussi la confiance pour laisser faire ses proches sans tout diriger. Cela ne me choque pas que des ministres assistent au bureau politique, ils sont l'émanation d'une élection nationale de représentants du peuple, qui se présentent avec des étiquettes. Le Président ne peut pas de résumer à ça. C'est bien supérieur.

 Et figurez-vous que ça m'inquiète un peu cette collusion si voyante et si évidente entre le chef de l'Etat et le chef du Parti. Cela rappelle un peu feu les Kaczynski (yessss!) en Pologne. Sauf que eux ils avaient besoin d'être deux, et que pour l'instant nous n'avons pas formellement prouvé que Sarkozy a un jumeau.

 Le propos d'hier était le Traité Simplifié et le Conseil Européen de la semaine dernière. Croyez-moi, si sur ce sujet Sarkozy devait absolument assister à un bureau politique, autant que ce soit au Parti Socialiste.

 

18/10/2007

"C'est pour la pétition UMP..."

 Je reçois un mail sur le divorce de notre couple présidentiel. Notre président continue à ne pas réussir à soutenir la ressemblance avec son modèle Tony Blair. Bref, je reçois ce mail sur gmail. Et à droite, que vois-je? Un lien sponsorisé pour soutenir Nicolas Sarkozy et la réforme des régimes spéciaux de retraite. De l'UMP.

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 Cela me fait penser que j'ai en effet reçu un mail m'invitant à aller signer une pétition, en ces termes:

Parce que la réforme des régimes spéciaux
vise à mettre les Français sur un pied d'égalité

La réforme des régimes spéciaux est guidée par un impératif d'équité. Pour que la solidarité soit acceptée, les règles de la durée de cotisation doivent être les mêmes pour tous.

Parce que l'effort de chacun est nécessaire
pour contribuer à sauvegarder la retraite de tous

Parce que la diminution des pensions n'est pas envisageable, seul l'allongement de la durée de cotisation est la solution acceptable socialement.

Parce que le statu quo corporatiste n'est plus acceptable
Alors que la réforme ne vise en aucune façon à opposer certaines catégories professionnelles à d'autres, les grévistes ne vont que stigmatiser leur spécificité.

Passons sur la forme. Il semble que Guaino dispense des formations rhétoriques aux stagiaires de l'UMP.

 J'avais reçu une réponse à cette invitation, réponse qui disait en substance d'arrêter de nous prendre pour de monstrueux crétins qui aboient dès qu'ils entendent le mot "fonctionnaire".

 Voici en gros la réponse qui était donnée à ce monumental foutage de gueule. Attention, je parle de cette pétition et ces motivations données par l'UMP. Pas de la réforme elle-même, que je soutiens.

 

   Tout d'abord, les régimes spéciaux ne sont pas que dédiés aux fonctionnaires: il y a plein de régimes spéciaux: tout employé de n'importe quelle boîte dont le patron se préoccupe de lui est sous le coup d'un régime spécial. Certaines PME fournissent une retraite complémentaire et permettent d'acheter des parts de la société, certains cadres négocient leur contrat, etc.
Ce n'est donc pas le terme générique "les régimes spéciaux" le problème.

 Si ce que l'on entend par là ce sont "les régimes déficitaires qui se soutiennent par ponction du régime général", ce qui est généralement censé faire hurler tout le monde, ou en tout cas tous ceux qui ne profitent pas du régime déficitaire incriminé, alors pourquoi ne pas parler du régime des agriculteurs, de celui des artisans, tout aussi déficitaires et tout aussi parasiteurs pour le régime général?

 Enfin, nous goûterons le dernier paragraphe, sur ce corporatisme qui bloque la france, "à bas les fonctionnaires", etc. Vraiment ces grévistes qui osent faire la grève parce qu'ils sont minoritaires, c'est intolérable. Les députés, au nombre de 577, n'ont pas besoin de faire la grève pour se voter des régimes spéciaux. C'est quand même plus classe.

 Il faut effectivement résoudre ce cas particulier de régime déficitaire, mais c'est une goutte dans le déficit global. Alors prétendre qu'en soutenant cette pétition contre les régimes spéciaux (sic) on va sauver la france, c'est se foutre de la gueule du monde. Et je l'ai déjà dit, j'en ai marre que l'Etat et l'UMP se foutent de ma gueule.

10/10/2007

L'humanisme

 Si on devait résumer la présidence de Chirac, je crois que c'est ce mot que je choisirais en premier. C'est sans doute aussi dans l'humanisme que repose le plus gros de la rupture de Nicolas Sarkozy. L'esprit est bel et bien révolu, où l'on pensait que la France pourrait prendre exemple sur quelques pays plus grands qu'elle. D'une grandeur d'âme, d'humilité, j'entends. L'Allemagne travaille sa mémoire sur une première partie de XXe siècle bien sombre. Les Etats-Unis même, cherchent à retrouver cette image du melting pot qui soutenait la "porte dorée".

 Non, en France, on a oublié tout cela. Le repentir c'est pour les pédés, et la France n'est pas un Etat de fiottes. Je caricature la parole présidentielle. Saint Riton, pardonnez mes péchés. Non, en France, on porte gloire à un enfant de 19 ans qui s'est fait fusiller en résistant, mais on oublie que c'est à cause de l'Etat Français lui-même que Guy Môquet a rencontré les racines des paquerettes trop tôt. En France, ce n'est pas le colonialisme qui a empêché l'Afrique de connaître son printemps des peuples. Ce n'est pas le colonialisme qui a provoqué ces frontières absurdes et rectilignes, ce n'est pas le colonialisme qui a exacerbé les conflits sociaux, et élevé la culture politique dans la corruption, sans se soucier du développement de la démocratie. Oublions tous ces torts du colonialisme. Gardons les aspects positifs: grâce au colonialisme, les Africains ont des routes.

 Grâce à Hitler, l'Allemagne a de belles autoroutes. Et alors?

 L'humanisme. Aujourd'hui s'ouvrait la Cité Nationale de l'Immigration. Toujours retardée, puis finalement décidée par Jacques Chirac, et mise en oeuvre par Jacques Toubon, qui a réussi à vraiment construire un projet qui laisse la parole à chacun. A chaque origine, à chaque sensibilité politique. Un projet qui s'installe dans l'ancien musée colonial. Une occasion de comprendre qu'on peut retourner l'histoire et s'en servir pour faire quelque chose de courageux, au lieu de fuir et oublier nos responsabilités malheureuses.

 A-t-on vu un seul représentant de notre présidence de rupture toute neuve à cette ouverture? Non!! Voyons, cela aurait été perçu comme un affaiblissement de notre belle majorité.

 Je pense que c'est la société qui à la base forge les gouvernants qu'elle souhaite. C'est la société qui a forgé Sarkozy, parce qu'elle voulait un président qui lui fasse sentir qu'il restait à cette société quelque chose de significatif entre ses deux jambes. Qu'importe si leur contenu est pourri. L'apparence, c'est plus important.

 Alors nous ne sommes pas une société du repentir. Nous n'aborderons pas ces travaux de mémoire qui font que j'admire bien plus profondément nos voisins Allemands pour leur courage, que notre pauvre peuple Français en quête de douillets symboles, qui démontrent plus l'héroïsme et la crânerie que le vrai courage et l'humilité qu'il nécessite.

 Nous sommes dans un nouveau paysage politique, où l'on dirait qu'il est offensant et dégradant de reculer sur un projet imbécile, par exemple. Nos mâles gouvernants devraient savoir qu'il n'y a jamais d'imbécilité ou de faiblesse à capituler devant une loi ou une doctrine bête et dangereuse qu'on a produit. Il y a de la grandeur à savoir changer d'avis. Et il est encore temps.


09/10/2007

Fadela Amara lache ses comms!

 Fadela Amara a donc exprimé son avis sur les tests ADN, en des termes scientifiques et choisis: "y en a marre qu'on instrumentalise à chaque fois l'immigration, pour des raisons très précises. Je trouve ça dégueulasse!»
 
 Bon, sur le fond elle a raison, sur la forme, on peut être plus circonspect, venant d'une secrétaire d'Etat (d'ailleurs j'en ai marre de ce "parler vrai, parler simple"). Là où ça devient drôle, c'est quand on lit les réactions de nos amis de l'UMP, indignés qu'on puisse traiter les parlementaires de la majorité de cette façon. Même François Goulard, qui pourtant pendant la campagne présidentielle, a prouvé qu'on pouvait être très méchant envers le candidat de son parti, sans utiliser un vocabulaire aussi fleuri: «Qu'est-ce qu'elle fait au sein du gouvernement: Si on juge que certains membres du gouvernement ont un comportement dégueulasse, une seule conclusion: on en part.»
 
 Patrick Devedjian vole au secours de ces braves députés, notamment Mariani, qui ont fait le sale boulot à la place de Hortefeux: «elle injurie les députés de la majorité, c'est-à-dire ceux qui soutiennent le gouvernement». Ne trouvez-vous d'ailleurs pas rigolo ce changement de comportement du-dit gouvernement, d'abord offusqué comme il se doit dans les médias par l'amendement Mariani (je parle de Hortefeux et Fillon, là), avant d'être prudent ("période d'essai", "affiner le projet"...), et au Sénat finalement, ainsi que dans la Commission mixte paritaire, le défendre bec et ongles, un peu comme si c'était leur bébé? Quitte à le qualifier de détail.
 
 D'ailleurs Fillon doit avoir raison, cet amendement n'est pas très important. Si nous revenions sur l'amendement 69, réduisant le délai de recours de un mois à quinze jours? Où en est-il, celui-là?
 
 Au final, Fadela Amara démontre bien une chose: elle est invirable du gouvernement, et elle a bien raison d'en profiter pour dire ce qu'elle pense. L'ouverture, ça a du bon. 

 

Non M. BHL! Henri Guaino n'est pas raciste!

c6e37fe03d980488750fe82fccaafdb6.jpg... Il est juste con!

Rappel des propos de BHL: «Guaino, il est raciste. C'est lui qui a fait le discours de Dakar, que le président Sarkozy a prononcé (en juillet, ndlr) et qu'il a dû découvrir dans l'avion parce que Sarkozy n'est pas raciste. Discours ignoble où l'on disait que si l'Afrique n'était pas développée c'était parce qu'elle n'était pas inscrite dans l'histoire(...). Dire cela en effaçant complètement la colonisation, la destruction du pays par cette époque honteuse du colonialisme, c'est du Guaino et c'est du racisme (...). Ce discours est un discours raciste, celui qui l'a écrit est donc vraisemblablement un raciste».b5300568ea6180a2bbbfe408fad8e18f.jpg

Quelle audace! Oser critiquer le grand Chaman protecteur du temple de la pensée présidentielle! Arriver à le faire sortir de ses gonds pour que cette critique ne provoque comme envolée lyrique qu'un pauvre "BHL est un petit con prétentieux!". On s'attendait plutôt à "BHL est comme un souffle de mistral sur les champs de lavande de notre belle provence à nous que notre belle armée Française a repris aux Allemands génocidaires en 1944: il n'est qu'un coup de vent dans un désert de pensée!" Mais non. On a juste "petit con prétentieux". Désappointement.

 Rappel de la brillante conclusion de Versac sur le profil psychologique de Riton: "Mais Guaino, c'est plus qu'un encenseur de la France. Guaino, c'est la figure du prêtre qui peut dire dans son immense sermon permanent à la France à la fois tout, son contraire, le contraire du contraire et le tout sans jamais avoir l'impression de se renier. [...] Je sais que je ne doute plus d'une chose : Guaino, lui, ne s'améliorera pas. Il sombre doucement dans une folie coupée du monde, enrobé dans son verbe."

 Guaino n'est pas raciste. Il est juste de ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part;

"Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire

Contre les étrangers tous plus ou moins barbares

Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre,

Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part." 

08/10/2007

Pendant ce temps là, en Russie...

5858bed68f0db630dda4034694941f61.jpg Hier, Vladimir Poutine a fêté ses 55 ans. C'est incroyable comme il est jeune, en fait. J'ai toujours vu Poutine comme un homme sans âge, mais tout de même, pas du même âge, ou presque, que notre super-président à nous. Je crois que cette impression d'interminable règne sur la Russie, alors que cela ne fait finalement que huit ans, vient de ce que ce règne est extrêmement pénible.

 Ainsi, pendant que Vladimir Poutine et ses amis fêtaient à l'avenir radieux du futur ex-président néo-premier ministre, futur re-président de Russie, dans d'autres lieux, on rendait hommage à Anna Politkovskaïa, un an exactement après sa mort. Quel zélé admirateur de Vladimir Poutine a bien pu lui offrir ce beau cadeau l'année dernière?

 

Dessin de Riber, Courrier International, 13/04/07 

28/09/2007

MonElyseeamoiquejai.fr

1cea08ac98a03a3134d4afa33c43a114.jpg Je voulais me bidonner et partager consternation et inquiétudes, sur le nouveau site de la présidence, qui devient le site du président, avec sa photo de campagne, et sa frappante ressemblance avec le site sarkozy.fr.

 On s'interrogera sur la personnalisation d'une fonction au-dessus des partis, sur l'aspect très "infotainment" du truc, sur l'accumulation de vidéos, sur cet aspect de campagne permanente, tout cela au détriment du fond. Ici la place est à la campagne sans fin du président, c'est à dire tout dans la forme, rien dans le fond. Au moins, l'ancien site de la présidence n'était pas qu'un interface publicitaire, il permettait de trouver des articles pédagogiques de fond.

 Luc a déjà joué au jeu des 7 différences, alors allez le lire. Je ne peux m'empêcher de me demander si ce cher François de la Brosse (à reluire) se fout consciemment de notre gueule ou pas. 

 Pour plus de questions sur le "bénévolat" De la Brossien, lire Diner's Room.

 Pour une critique sur la nullite du site, lire Versac, ici et . Comme en conclut notre maître à tous, le point positif c'est qu'on va pouvoir évaluer plus souvent la masse de gomina sur la tête de David Martinon.

 

Dessin; Pancho. 

Collectif Sigismond

0d831ef59bf92a238186d6f60db6943c.jpg Je ne suis pas franchement un fan des collectifs et autres groupes pétitionnaires. Mais la loi Hortefeux, les amendements Mariani, la façon bête, cruelle et cynique de les défendre de la part des députés UMP, et surtout cette façon d'adopter cette loi, en procédure d'urgence, une nuit, en petit comité, qui marque le manque de courage de députés, ou leur total désintérêt à leur charge, m'a mis en colère.

 Le Collectif Sigismond rassemble des gens de divers horizons. Le but est d'arriver à évincer complètement l'amendement ADN de cette loi. Si cela pouvait s'étendre à quelques autres mesures, comme le délai de recours devant la Commission des Recours des Réfugiés, ce ne serait pas plus mal.

 C'est juste une conception de l'homme que nous partageons, ça ne s'inscrit pas dans une logique d'opposition de principe, type "c'est Sarkozy et c'est l'immigration, donc c'est caca". Le Collectif Sigismond est transpartisan, et cherche juste à rappeler qu'il est légitime de parfois penser à la morale dans l'élaboration du droit...

 Soutenir notre démarche, c'est simple comme un e-mail.

26/09/2007

Vive le Sénat!!

 Dire que mon prof de droit constitutionnel en première année parlait de supprimer le Sénat...

La commission des lois du Sénat a amendé le projet de loi sur l'immigration qui lui a été adressé par l'Assemblée Nationale après avoir été voté de façon plutôt confidentielle, en :

- réaffirmant le principe selon lequel les ressources exigées pour bénéficier du regroupement familial doivent être égales au SMIC;

- et en rétablissant à un mois le délai de recours contre les décisions de l'OFPRA devant la Commission de Recours des Réfugiés qui avait été réduit à 15 jours, rendant de fait ce recours purement théorique.

Elle a également écarté l'amendement Mariani dit "amendement ADN" du projet qui va être soumis en assemblée plénière aux sénateurs le 2 octobre prochain.

 Tout n'est pas gagné évidemment puisque le texte va retourner à l'Assemblée Nationale, qui pourra toujours remodifier le texte. Si nous sommes bien en démocratie, le gouvernement pourra demander la constitution d'une commission paritaire mixte (7 sénateurs, 7 députés) pour s'entendre sur un texte définitif.

 Comme quoi tout de même, le mode de scrutin d'une élection pèse tout de même pas mal sur l'indépendance et le courage d'un élu...

Le régime très spécial des élus


 
 Grâce à Ipol, nous pouvons reparler du traitement très spécial de nos élus. Empilement des retraites en même temps que les fonctions, ça peut choquer. Ce qui est choquant, c'est l'accumulation amalgamique des retraites (retraite professionnelle de la Cour des Comptes cumulée avec des retraites de mandats locaux et nationaux). Et, surtout, la retraite du député. Le maire a une charge importante et déjà à mon sens très mal payée. Mais être représentant de la nation, c'est une charge, et non un métier. L'indemnité de la charge est déjà importante (5177€ sans même avoir obligation de faire acte de présence ou de travailler), mais en plus ces messieurs, pour une charge, jouissent donc d'une retraite proportionnelle au nombre d'années passées dans l'hémicycle. Pour mon député Pierre-Christophe Baguet par exemple, dont le moins que l'on puisse dire c'est que ses mandats le nourrissent, ayant cessé de travailler depuis 1997 (à 42 ans), la retraite de député est déjà assurée à 3000€. Et 4500€ en 2012. Pfiou!
 
 Je ne sais pas ce qui m'ennuie le plus: savoir que ce système politique ne favorise pas la valeur et le travail de ceux qui s'occupent de la Cité, mais plutôt leur servilité et leur mesquinerie? Ou savoir que ce système est si incohérent, entre ses belles paroles et la réalité très terre à terre du traitement d'un élu. Je crois que c'est le deux. De parfaits incapables peuvent être réélus députés uniquement parce qu'ils auront fait preuve, le temps d'une campagne présidentielle (qui précède de quelques semaines la leur, ça participe à l'inféodation), de mesquinerie et de capacités à retourner leur veste. De bons députés travailleurs ne seront eux pas reconduits parce qu'ils n'auront pas prêché à la bonne chapelle du parti. Et ces émoluments scandaleusement chers payés, en comparaison à la médiocrité moyenne de la classe politique intermédiaire, ira dans la poche de ceux qui justement, participent à l'extrême médiocrité du système.
 
 Je suis dur, mais je n'aurai qu'un exemple: où étaient les élus locaux, députés en tête, pendant la campagne 2005 du référendum? A 100% sûr et pour chacun de nous, en vacances. Mais pas en campagne. 
 
 Etat Ubu. 

20/09/2007

La République honteuse

5d89e741857282149a44f7beb06f077f.jpg Cette chose est passée. On pouvait s'y attendre. C'était gagné d'avance. Mais pourquoi dans la nuit entre mercredi et jeudi, à 4h30 du matin? Votée par 23 députés. Sébastien (qui s'énerve enfin!) relève que 23 de 577, ça fait 4% de la représentation nationale (ah, on me signale qu'ils auraient en réalité été 91 à voter pour, et 45 à voter contre l'amendement ADN).

 On autorise donc le prélèvements d'ADN pour contrôler l'immigration. 4% de la représentation nationale ayant formé une majorité (d'au moins 2,01% de l'Assemblée Nationale, donc), pour voter l'amendement. Après discussions depuis le début de la semaine, certes. Au-delà des calculs, deux questions sont posées: pourquoi avoir fait voter le texte devant 23 députés? Les 554 autres sont-ils bien dignes de leur mandat? 

 Question subsidaire: M. Baguet fera t-il une lettre pour expliquer pourquoi il était absent?

 

NB: Alors que nous glosons sur les prélèvements ADN, Maître Eolas nous dévoile un autre article scandaleux de cette loi, sur les recours face à un refus d'asile politique qui passent de 30 à 15 jours... Que font les journalistes? 

 Quant à moi c'est bon, j'ai soigneusement évité de renouveler à l'UMP cette année.

Ségolène Royal à l'Université de Montréal (2)

 C'était donc bien une confirmation. Je suis atterré, et vraiment je n'étais pas venu dans l'esprit de l'être. 45 minutes d'attente, que la Diva se fasse désirer, avant qu'elle arrive finalement dans un amphi de 800 places bondé (la queue pour entrer faisait le tour de l'étage!). Le conférence porte sur la francophonie. C'est un enchaînement de citations, avec quelques mots qui n'ont aucun sens au milieu. Elle a pillé la page "francophonie" du dictionnaire de citations, sans peut-être d'ailleurs toutes les comprendre (notamment une référence à Edouard Glissant sur la "Mondialité" sur laquelle je veux bien des éclaircissements, j'y reviendrai).

efa980c874f0fc5e508802567b7886e1.jpg Au menu de cet exposé à peine digne d'un étudiant de première année de Sciences Po qui a brodé son boulot en trois heures la veille de le présenter, des citations de Boutros Boutros-Ghali, de Champlain, de Senghor, de Fernand Braudel... Elle n'en a raté aucun. Allant jusqu'à détourner (et c'est là que je veux bien un éclaircissement sur la pensée de Glissant) le concept de "mondialité" d'Edouard Glissat (écrivain Créole très à la mode en ce moment, qui aimerait bien être le Senghor des Îles) en (accrochez-vous) "Mondialité juste".

 Comme le discours n'avait aucune ligne directrice, à part quelques messages un peu classiques type défense de la langue Française, dialogue des culture et développement, et qu'en plus il était mal lu, avec des ponctuations aux mauvais endroits(vidéo ci-dessous), je me suis juste attaché à noter les citations les plus drôles.

"Il faut saluer aujourd'hui Québec ton courage!" 

"Il faut dans ce monde une solidarité vraie et une mondialité juste!"

"Les artistes sont les fantassins de ce lien francophone"

et autres platitudes sur ce "XXIe siècle, cimetière des langues" et clichés sur l'esprit de la mondialisation, cette "concurrence du tous contre tous", etc. Sans jamais aller plus loin que la succession de slogans pondus par une équipe que je suspecte d'être des bras cassés.403e658b3a286a3464c4644a597ff180.jpg

 Bref, c'était d'un ennui extrême, et même le type venu en t-shirt rouge "Avec Ségolène Royal, l'égalité des droits!" avec un drapeau des MJS se faisait chier. Les questions? Au nombre de trois, pas plus. Sur la deuxième sur l'autorisation de traduction des brevets déposés en Français, elle répond ce qu'attend son interlocuteur, visiblement souverainistes Québécois: "mais oui monsieur, c'est une question très importante qui fait débat en France. Ce serait dommage d'affaiblir la langue Française dans les brevets face à l'anglais". Je rappelle que deux minutes avant elle parlait de dialogue des cultures et de cette mondialisation et de "son esprit de concurrence du tous contre tous". Ne riez pas. Elle est comme ça Ségolène.

 

 Au final j'aurai tout de même été d'accord avec elle sur un point: "c'est en ouvrant ses fenêtres sur l'intelligence des autres que le PS va pouvoir se réformer". Et, qui sait, en observant l'intelligence des autres, oublier la vacuité de la Jeanne d'Arc de service.


17/09/2007

Au Canada, on ne prélève pas l'ADN des immigrés.

 Il y a un décalage assez extraordinaire entre les propos de campagne de Nicolas Sarkozy et la réalité de ses premières mesures au pouvoir. Qu'il y ait un décalage entre un discours de campagne et une politique exercée un ou deux ans plus tard, c'est normal. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je considère que ce n'est pas trahir les gens que de modifier son opinion quand les événements changent.

 Mais là ça ne fait pas deux ans, ni un. Cela fait 4 mois. Seulement. Le discours de Nicolas Sarkozy sur l'immigration, pendant la campagne, n'était pas si violent. Il était même plutôt intéressant. Il consistait à dire que bien, pour détendre les conflits dans la société liés à l'immigration, et pour faire en sorte de mieux préparer les arrivées sur le territoire, il allait falloir établir des règles. Des règles strictes. Qui peut-on recevoir, qui ne peut-on pas, sous quelles conditions, et de qui a-t-on besoin.4d4f63e2889645bc9be368629a302772.jpg

 La notion du "besoin" avait fait hurler. "Immigration jetable!". Ce n'était pas si gênant. Il y avait du bon sens là dedans. Comment accepter des immigrés si on les condamne à la pauvreté, et, surtout, si on n'arrive pas à gérer les choses de façons à ce que le mélange catastrophique entre immigration, rejet social, racisme et pauvreté soit enrayé? Cette proposition pouvait remédier à ce problème social qu'est l'immigration. Problème qui n'est pas qu'économique. A l'époque, le Canada était pointé comme une référence de bonne gestion de l'immigration.

 Mais le voilà au pouvoir, et voilà désormais qu'on veut prélever l'ADN des immigrants afin d'être bien sûr que le regroupement familial en soit un. Le problème est-il bien dans les faits -que le regroupement familial en soit bien un- ou bien n'est-il pas plutôt dans les attitudes? 

 Je suis à Montréal. Certes, le Canada est un pays qui s'est construit sans communauté pré-politique. Les Européens sont arrivés là sans être chez eux. Le siècle de l'humanisme avait changé notre vision de l'homme, celui des Lumières accompagnait la création du Canada, avec ses notions de Contrat, et de démocratie. Le Canada n'est pas une puissance anciennement colonisatrice, et n'a pas une histoire d'amour-haine avec l'immense majorité des pays d'où viennent les immigrants actuels.

 Le Canada est éloigné de tout pays pauvre, et pendre une barque pour traverser le Pacifique vers Vancouver depuis quelque pays du Sud-est Asiatique est impossible.

 C'est plus facile au Canada, d'imaginer l'immigration, c'est vrai. Parce que l'identité du Canada, c'est l'immigration. Mais les gens dans la rue... Ils sont ouverts, mélangés. Je ne pense pas que quiconque ait l'impression d'être un intrus dans le métro. Il n'y a pas de contrôle d'ADN au Canada. Ma collocataire vient du Zimbabwe, elle a voulu travailler au Québec, et au bout d'un certain temps, après avoir eu un visa de travail provisoire, elle a eu un visa permanent, et n'est plus qu'à ça de la double-nationalité. 

 Est-ce que toute cette histoire d'immigration ne se résume pas à des attitudes?

 J'entends Brice Hortefeux dire qu'il veut être le ministre des immigrés légaux. Je me retiens de le traiter de crétin. "Le ministre des immigrés légaux". Ils vont donc rester marqués ainsi toute leur vie en France, sans possibilité de devenir des citoyens de première zone, comme les autre?

 Peut-être qu'au lieu de penser à des prélèvements ADN on devrait faire en sorte de s'assurer simplement d'un état d'esprit, comme le suggérais dans ses discours Nicolas Sarkozy. C'est facile de mon point de vue, je ne suis pas au pouvoir. Mais depuis le 6 mai, les attitudes ne sont que manichéennes en ce domaine comme dans beaucoup d'autres.

 

Mais l'opinion a construit son président. Elle voulait se doter d'un bel attribut viril qui donne des coups de menton ici et ailleurs. Qu'importent les effets dans les relations entre les gens. Mais vous, accepteriez-vous un prélèvement ADN lors de votre entrée sur le sol Américain, après avoir vu la Statue de la Liberté au travers des hublots de l'avion?

24/08/2007

Dieu reconnaîtra les siens

 Nouvelle sortie de notre cher Président. Pour ceux qui commencent à se dire que je fais une fixette sur Nicolas Sarkozy, on ne peut que répondre que ce n'est pas plus mal de rester attentif et de garder un peu de distance. En plus que ça compense l'idolâtrerie niaise de nos journaux, je trouve important de rester critique. D'autant que pour l'instant aucune vraie réforme de l'Etat et vraie mesure budgétaire n'a été passée.

 Notre Président veut remettre à contribution Rachida Dati, pour réfléchir à la possibilité de traduire devant un tribunal pénal une personne irresponsable. Personne irresponsable, ça signifie je crois, une personne incapable de mesurer le sens, la portée, de ses actes. Par ailleurs, il me semble qu'en cas de légitime défense on est irresponsable. Mais je n'en suis pas sûr. L'article 122-1 du code pénal précise en tout cas que "n'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes".

 En d'autres termes, Nicolas Sarkozy voudrait que l'on puisse traiter de la même manière une personne sensée et douée de raison, et un individu que la raison a abandonné. Que l'on peut trivialement appeler un malade mental. Actuellement, les meutriers irresponsables ne sont pas traduites devant un tribunal, mais reçoivent un traitement dans une maison spécialisée.

 J'imagine qu'on peut se demander si tous les citoyens ne devraient pas être traités de la même manière, si l'on ne devrait pas penser à une forme de justice adaptée à chacun, même aux irresponsables. Ce n'est pas du tout ma vision du monde, mais pourquoi pas.

 Mais à ce moment-là, il faudrait pouvoir le motiver par des arguments juridiques, ou au minimum philosophiques, même si philosophie et politique n'est pas toujours un mariage très heureux.

 

 Mais non. Nicolas Sarkozy motive son idée autrement, et c'est ça qui la rend dangereuse à mon sens. Je cite: "En tant que chef de l'Etat, je dois veiller à ce que les victimes aient le droit à un procès où le criminel, où les experts, où chacun devra exprimer sa conviction. Je ne suis pas sûr que le mot non-lieu soit parfaitement compréhensible pour un mari dont on a égorgé la femme ou par une sœur dont on a décapité la tête"

 Nous ne relèverons pas la magnifique redondance ("décapiter la tête"). En revanche on peut finir par se demander quel type de régime (ou de responsable politique) peut multiplier les références à la souffrance, aux victimes, manier le pathos et la pitié pour motiver des décisions politiques pour une société.

 Le drame et les sentiments n'ont rien à voir avec les décisions d'un responsable politique démocrate, je pense. Lorsqu'on motive des changements dans la loi par des références sentimentales, alors on sort du champ de la démocratie. Il est des drames qui remuent les sentiments d'une nation, mais si un homme politique les utilise pour motiver ses décisions, alors c'est qu'il est un démagogue.

 Par ailleurs j'ai toujours le sentiment que ce type de proposition ou de réflexion relève plutôt de la loi du Talion que de l'esprit républicain. 

 Heureusement, Nicolas Sarkozy a ajouté: "L'irresponsabilité, ce n'est pas un sujet pour un ministre de l'intérieur ou un président de la République, ce n'est pas à nous de la prononcer". On a failli sombrer dans le scénario d'horreur. Ouf.

 

 Je voudrais finir en disant qu'il n'y a pas si longtemps, quelqu'un que je connaissais a eu un coup de folie. Il a assassiné sa voisine, gravement blessé son mari, avant de se donner la mort. Je ne suis pas sûr que j'aurais parfaitement compris qu'on le confonde avec un meurtrier de sang-froid. Il n'était pas lui-même. Il s'est puni seul et s'il n'était pas mort, il se serait tout de même puni seul. C'est comme ça. On ne me fera pas penser qu'un homme qui a perdu la raison est plus heureux qu'un homme parfaitement sensé mais condamné à perpétuité. Perdre sa raison, c'est n'avoir aucune notion de qui l'on est. C'est la mort de soi. C'est pire que tout.

 (Lire Eolas)