19/11/2006

La République à l'école change de nature!

 Comme je vous en avais déjà parlé il y a peu, Sciences Po invite les étudiants de mamedium_in-cite.JPGster à s'organiser en projets collectifs, projets détaillés avec des engagements et objectifs que Sciences Po doit valider avant évaluation à la fin de la période établie par l'équipe du projet collectif.

  "La République à l'école" était l'idée de départ, comme je l'expliquais, nous voulions rapprocher des jeunes appelés à voter bientôt des décideurs, leur faire comprendre les institutions et les enjeux de la république, rencontres et visites à l'appui. Malheureusement, en face du manque d'enthousiasme, et surtout de la méfiance des directeurs d'établissements que nous avons contacté (du fait de la campagne électorale qui commence sans doute) nous avons du abandonner ce premier projet, et le modifier.

 

 Le second projet change de nom, il s'appelle In-CITe, et s'adresse donc à des associations de quartier, rassemblant des gens issus de l'immigration, des publics hétérogènes et volontaires à s'intégrer (pour différentes motivations), à la société Française et aux valeurs de la République. Nous avons préparé dans ce sens plusieurs thèmes d'intervention: les institutions de la République, le vote et les scrutins, le système juridique et la hiérarchie des normes, le droit du travail et les différents droits sociaux, et, en philigrane tout au long de nos interventions, l'Union européenne, ses institutions, ses compétences, son influence sur notre vie quotidienne.

 Nous préparerons à la fin de ces conférences étendues sur plusieurs associations, sur l'année entière un mémoire avec les conclusions, observations, témoignages et conclusions que nous aurons pu tirer de nos expériences.

 

 Vous trouverez ci-après la proposition de projet, ainsi que la maquette du projet que nous transmettons aux associations.

 Proposition_de_projet.pdf

Maquette_In-Cite.pdf

16/11/2006

Alea Jacta Est

 Depuis 15 minutes les bureaux de vote sont fermés aux militants du PS, et les dépouillements vont bientôt commencer... Espérons que pour le bien de l'Europe, de la démocratie, et pour un débat sain et intelligent contre l'UMP, le candidat qui sortira favori du second tour sera Dominique Strauss Kahn...

 J'ai trouvé nulle et non avenue les déclarations de Nicolas Sarkozy sur sa préférence pour Ségolène Royal "parce que le Tout sauf Ségolène occulte le Tout Sauf Sarkozy". Le mieux est encore de penser avant tout à la démocratie et à un bon débat, plutôt qu'à des stratégies de campagne...

 

12/11/2006

Les signatures du FN

 Dominique de Villepin, Gérard Longuet ou encore Hervé Novelli se sont émus hier du fait que le président du FN pourrait ne pas réunir ses 500 signatures, et ainsi ne pas pouvoir se présenter à la présidentielle. Seul Patrick Devedjian analysait sereinement la situation: "ce qui n'est pas bon pour la démocratie, n'est pas forcément mauvais pour Sarkozy". "Et puis, Jean-Marie Le Pen joue la comédie à chaque élection."medium_NON.jpg

 Ce n'est pas seulement que ce qui semble mauvais pour la démocratie sera bon pour les candidats démocrates (j'élargis un peu le point de vue de l'un des hommes politiques que je respecte le plus, je m'en excuse...), c'est peut-être aussi que ce qui ne semble pas bon à court terme pour la démocratie l'est peut-être à long terme: et si Jean-Marie Le Pen n'avait pas la possibité cette fois-ci de profiter du plus grand moment d'expression citoyenne en France pour faire passer ses idées qui rendent malade cette même démocratie, cela serait-il vraiment mauvais?

 

 C'est un débat qui nous emmènerait loin... Je résumerai ma position très simplement: dès lors qu'on dit que Le Pen doit figurer à l'élection présidentielle pour que la démocratie soit parfaite, alors elle doit l'être complètement, et le Conseil Constitutionnel devrait avoir le devoir de publier l'intégralité des signataires en faveur de tous les candidats (même ceux qui n'ont pas réuni les 500 suffrages), au lieu de se réduire à un tirage au sort de 500 noms de signataires publiés parmi tous ceux qui ont parrainé chaque candidat.

 

 Alors là, oui, Jean-Marie Le Pen comme tous les autres candidats aura mérité sa place dans la course à la magistrature suprême, et il n'y aura plus de place aux manoeuvres politiques et partisanes, les calculs, qui mettent en danger et jouent avec la démocratie.

 

 AJOUT: voici la listes de 530 signataires de Le Pen en 2002.

06/11/2006

les couacs internet de l'UMP

 Comme le rapporte Axel sur Page 2007, la consultation des adhérents UMP sur les idées guidamedium_5propositions.gifnt le programme législatif du parti de la majorité a été un gros fiasco technique et médiatique, puisqu'en fait n'importe qui pouvait participer à cette consultation qui se voulait démocratique; je ne vais pas entrer beaucoup dans les détails, les différentes notes de Christophe Carignano, et les débats qui les suivent sont déjà à mon sens assez éloquents.

 Pour ceux qui auraient raté l'épisode, l'UMP et ses stratèges internet ont décidé dans la logique de transparence de l'UMP de proposer au vote (consultatif) des adhérents les différentes propositions retenues lors des conventions, et qui forgeront le programme législatif du parti. Pour voter rien de plus simple: entrer les 9 chiffres de son n° d'adhérent. C'est ainsi que le site a été "cracké" plusieurs fois par des gens inventant avec succès un numéro.

 

 J'aimerais quand même juste savoir quelque chose, à la fin: la démocratie au sein de l'UMP est-elle réelle? Si oui, est-elle une fin ou un moyen? Si non, est-elle un argument marketing ou bien quelque mesure sordide pour très intelligemment museler ceux qui voudraient provoquer le débat et jeter des pavés dans la mare, en présentant contre leurs arguments le très facile "les adhérents trancheront".

 Comme le souligne Axel de Page 2007, n'est-ce pas la direction de l'UMP elle-même qui donne leur code aux adhérents pour qu'ils puissent voter en ligne la réforme des statuts ou bien le candidat à la présidence de l'UMP?

 

 Sur ces sujets, il serait bon de pouvoir entendre les conseillers exécutifs de l'UMP chargés de l'internet faire amende honorable. Parce que si on veut la démocratie, il faut aussi que les "responsables" rendent des comptes...!

01/11/2006

Démocratie participative

medium_S_gol_ne_Royal.Pr_sidente_sinon_rien.jpg On parle beaucoup de démocratie participative ces temps-ci. Le fait que la démocratie représentative ne suffirait peut-être pas, et qu'il faudrait inventer de nouvelles institutions pour résoudre le problème de la démocratie en France; le fait qu'un tiers des Français ne votent pas, et qu'un autre tiers vote pour les extrêmes.

 Je vais tenter de faire court et synthétique sur le sujet, mais rien ne m'exaspère plus que d'entendre des hommes politiques présents depuis déjà longtemps dans le paysage politique Français s'interrogermedium__20_20_20_20sarkozy.jpg avec démagogie d'un problème pour la résolution desquels existent déjà nombre d'instruments démocratiques. Ces responsables à vrai dire contribuent à la méfiance des Français à l'égard de ceux qui les administrent. En effet, selon un sondage (sic), 70% des Français disent se méfier des responsables politiques Français (ce sondage dégage une tendance qui certes ne veut rien dire: a t-on déjà vu Français content de ceux qui le gouvernent?).

 Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, pour ne pas les nommer, contribuent à cette confusion plus ou moins malgré eux. Sous couvert de vouloir rendre la vie politique plus intéressante, ces deux-là ne font qu'adapter leurs discours, ce qui a pour conséquence une perception d'attraction/répulsion à lur égard de la part des citoyens, qui ne fait rien pour rendre le débat politique intéressant, mais qui en revanche continue à politiser les Français sans leur donner les outils permettant, avec exigence intellectuelle, d'entrer dans le débat d'idées.

 

 Mais je m'écarte un peu du sujet: ainsi, comment fonctionne la démocratie en France, et pourquoi le problème de la démocratie participative est un faux problème?

 Cemedium_systeme.2.JPG graphique, qui est une théorie sociologique de la gouvernance, montre assez bien quel est notre système politique. Le système repose sur le fait que le gouvernement, pour exercer son pouvoir, reçoit de la part des citoyens, de leurs représentants, ainsi que des associations citoyens ce que l'on appelle des "inputs", qui sont en gros des réclamations, suggestions, doléances, etc, pour rendre ensuite des "outputs", qui sont des politiques et des lois, le gouvernement ayant le pouvoir d'attribution des ressources.

 Au niveau Européen, le système est encore plus vertueux, prenant un peu pour exemple le système de dialogue social scandinave, en le poussant encore plus loin, puisque les rédactions de directives sont faites par la Commission avec le concours et les suggestions des personnes concernées, issues de la société civiles et rassemblées en assocations, syndicats ou lobbies.

 Il existe en plus de cela en France ce que l'on appelle le Conseil Economique et Social, qui a exactement pour tâche de donner au système repésentatif ce pendant participatif qui est nécessaire a bon fonctionnement du sytème politique.

 

 Aujourd'hui, parler de démocratie participative comme le fait Ségolène Royal, c'est nier que le système représentatif marche bien, et c'est se bercer d'idées à propos d'une forme de démocratie sans doute possible au niveau d'un canton Suisse, mais qui ne peut en aucun cas remplacer notre système représentatif. La République Française a été créée sur le principe du mandat représentatif des représentants du peuple, et non du mandat impératif (comprendre; on vote pour un candidat non pour qu'il porte nos idées, mais parce que je partage les siennes). Il me semble que ce qu'il manque surtout à la démocratie Française, c'est de l'éducation civique des citoyens, ainsi qu'un changement de mentalité des responsables politiques (en Norvège, tout est public, jusqu'aux listes des membres de la franc-maçonnerie ou les déclarations d'impôts de chaque citoyen...)

 

 Peut-être les responsables politiques ont-ils compris l'attente de démocratie des citoyens Français. Mais nos deux favoris des sondages (démocratie d'opinion) ont décidé d'y apporter la réponse la plus simple, et la plus dangereuse, justement. Peut-être la hauteur de la tâche d'éducation et d'information est-elle trop élevée pour eux...


 

27/10/2006

Génial Pancho!

Image Hosted by ImageShack.us

 Pancho, dans Le Monde, vient de démontrer l'absurdité de la proposition de Ségolène Royal sur les jurys citoyens.

 

Ceci dit, pouvait-on s'attendre à une logique, et à de l'exigence morale, de la part de quelqu'un qui, par calcul ou par paresse intellectuelle, donne dans le populisme? 

25/10/2006

Troisième rencontre "République des Blogs"

 Merci beaucoup Thiébaut, grâce à toi j'ai pu aller à la 3eme rencontre "République des Blogs", initiée par Versac. La crème du blog politique se réunissait à côté des Halles, il fallait donc y être... ;)

 Rencontre surprise dès le début de la soirée avec Alexei, avec qui j'ai passé un an à Dijon au cycle est-européen, et qui depuis bosse pour Dominique Voynet, puis rencontres plus impromptues et très enrichissantes, avec Farid Taha, puis avec la charmante Quitterie Delmas, l'UDF à visage humain.

 J'ai aussi pu faire la connaissance de Laurence Thurion, jeune active de l'UMP trublionne à souhait et qui sort allègrement de la discipline de parti: tout ce que j'aime, et que l'on peut retrouver sur son blog Eklectik.

 

 Enfin, dans des perspectives un peu moins partisanes mais tout aussi engagées, observateurs du monde politique et promoteurs de l'avenir, je vous invite à consulter le très bon blog de réflexion "Libéral ou Social?", ainsi que le blog de réflexion sur les médias d'Eric Mainville "Crise dans les médias".

 

 Las, but not least, un mouvement que je ne connaissais pas du tout, NEWROPEANS, présent dans 11 pays de l'UE et qui souhaite entre autres présenter en 2009 une liste transnationale et véritablement Européenne pour les élections au Parlement européen. Leur Blog Parisien ici!

 

 Bref, Versac m'a fidélisé.

23/10/2006

Un Populisme Royal

medium_medium_250S_gol_ne_Royal.Pr_sidente_sinon_rien.2.jpg Wikipedia: "Le populisme est une attitude politique et un style rhétorique qui tiennent que l'élite de la société trahit les intérêts de la plus grande partie de la population, et qu'il y aurait donc lieu de retirer l'appareil d'Etat des mains de cette élite égoïste voire criminelle pour le "mettre au service du peuple" tout entier. Un populiste dans une démocratie supposée affirme donc que cette démocratie fonctionne mal, qu'elle ne tient pas ses promesses de servir "le peuple", ou même qu'elle ne peut pas les tenir étant donné les institutions existantes."
 
 Récemment, nous avons pu entendre Ségolène Royal continuer à s'exprimer sur un sujet qui lui tient à coeur: la démocratie participative. En théorie, et hors de la bouche de Ségolène Royal, la démocratie participative, c'est d'ores et déjà plus ou moins ce que l'on appelle la "gouvernance". C'est à dire l'exercice du pouvoir avec l'aide d'associations, syndicats ou lobbies (cf. Gouvernance de la Commission européenne). La démocratie participative, c'est aussi le pouvoir de pétition, et même, moins officiellement, ce qui se passe sur le web aujourd'hui: les blogs.
 
 Hélas, s'il fallait admettre que la démocratie participative existe déjà à bien des égards en France et en Europe, Ségolène Royal se trouverait bien ennuyée, avec un thème-force de moins à brailler dans son opération séduction des Français. Laquelle opération séduction est basée sur les sondages, et ce que l'on appelle la "démocratie d'opinion", une démocratie tronquée qui induit des débordements démagogiques (bien oui, comment peut-on connaître l'opinion des Français sur la Turquie aujourd'hui, hors des sondages?).
 
 
 Donc Ségolène Royal  est allée de sa petite phrase samedi à la Sorbonne, que je cite de mémoire: "Qu'y a t-il de mal à partager l'opinion des Français sur la Turquie? Si mon opinion est celle des Français et que vous la remettez en cause, alors vous êtes contre la démocratie participative!". Un peu gros comme rhétorique, mais on dirait qu'aujourd'hui, en France, plus c'est gros, plus ça passe. Parce que si le premier souci est que l'opinion des Français à laquelle se fie Ségolène Royal à propos de la Turquie est basée sur des sondages, le plus grave c'est que ces sondages ne peuvent rien dire sur la motivation des Français à faire ce choix. Et pourtant, le premier devoir du politique est bien d'expliquer des motivations, et non d'exprimer des avis...
 medium_lcproyal3.2.jpg
 
 Ce qui dévoile à mon avis le mieux la pente résolument populiste qu'a adopté la candidate Royal, c'est cette proposition de jury citoyen qui jugerait les mandats et les mensonges des hommes politiques. (Pourquoi pas un Comité de Salut Public tant qu'on y est?)
 
Ceci est dangereux à deux égards: 
1) Cela sous-entend que les politiques sont naturellement corrompus et menteurs et que le contrôle démocratique "naturel" (le rapport majorité/opposition ainsi que l'engagement associatif et citoyen) n'est pas suffisant.
2) C'est un appel direct au peuple pour qu'il se mobilise contre une élite qui le trahi, et ça, c'est du véritable populisme
 
Par ailleurs j'aimerais bien savoir sur quelles bases de droit véritable condamner pour malhonnêteté intellectuelle un responsable politique. Cette condamnation par le jury citoyen ne peut être que politique, donc elle ne doit pas échapper à la démocratie. Mieux vaut encore améliorer la démocratie locale à cet effet...
 
 
 medium_lcpdsk1.jpg
 On peut donc faire une constatation au PS aujourd'hui.
 
Il y a un candidat qui rassemble les intelligences (Badinter, Rocard, Bockel, Moscovici...), qui est Dominique Strauss Kahn,
Il y a une candidate qui rassemble les ambitieux et les opportunistes (Peillon, Montebourg...), qui est Ségolène Royal,
Et  y a un candidat à qui échoit les restes (Mélenchon), qui est Fabius.
 
 
Si Ségolène Royal est cooptée pour être la candidate du PS, ce sera une mauvaise nouvelle pour la démocratie... 

21/10/2006

La République à l'école

medium_viens_rachid.jpg Entrés en Master de Sciences Po, les étudiants qui le souhaitent peuvent organiser ce que l'on appelle des projets collectifs. Le nombre d'étudiants varie selon l'ambition du projet, mais globalement les groupes sont composés de 4 à 6 étudiants. Simulation d'Assemblée Générale des Nations Unies, Concours international de création d'entreprise, cycles de conférences... Les projets ne manquent pas.

 

 Avec six autres étudiants de l'IEP de Paris (Sciences Po), nous sommes en train d'organiser un projet que l'on pourrait résumer comme étant "La République à l'école", et qui serait assez similaire à ce qu'organisent les élèves de l'Ecole Nationale de Magistrature dans certains lycées de ZEP. L'objet est de suivre deux classes de villes différentes, simultanément tout au long de l'année, et de présenter aux élèves tous les échelons du pouvoir qui régissent leur vie quotidienne, et qu'ils ne connaissent pas bien. Du Conseil Général au Parlement européen, présentations et visites ont pour but de leur présenter l'institution, ses tâches, les élus, et de leur faire comprendre de quelle façon on peut influer sur les décisions de l'organe démocratique qu'on leur présente. 

 Nous voulons suivre deux classes de secondes, de différentes villes et composées d'élèves issus de milieux socio-culturels différents. Nous recherchons donc un lycée de Zone d'Education Prioritaire de banlieue parisienne, ainsi qu'un autre lycée de banlieue moins "complexe".

 Partant de la constatation que l'ignorance mutuelle est la source de la plupart des incompréhensions qui se sont manifestées des pires des manières en hiver dernier, l'idée est évidemment qu'il est possible d'instaurer un contact avec la politique et les politiques à condition de savoir qui ils sont et ce qu'ils font. Le but est de parler purement de l'organe politique et de ses compétences, sans entrer dans les querelles ou débats partisans.

 

 Notre groupe rassemble des étudiants issus de différents pays (Français, Roumaine, Letton, Tchèque), étudiant dans des masters différents (Métiers de l'Europe, Affaires Publique, Droit économique, Recherche), et d'obédiences politiques différentes.

 A la fin de l'année, les expériences que nous auront acquises, les obstacles et les besoins axquels nous aurons été confrontés, ainsi que nos interventions rédigées, accompagnées d'une évaluation par les élèves de ce que nous leur auront apporté seront archivés dans un carnet de bord qui pourra servir à celui qui le demandera.

 

 Elus locaux, professeurs ou responsables associatifs intéressés par notre projet, veuillez s'il vous plaît me contacter.

 

Pierre Catalan,

Au nom du projet "République à l'école". 

14/10/2006

Bayrou, Baguet, l'UDF, la démocratie...

medium_baguet.jpg Mardi dernier, François Bayrou, président de l'UDF, a décidé avec la complicité des derniers Mohicans retranchés au sein de son parti de bannir Pierre-Christophe Baguet du groupe UDF de l'Assemblée Nationale, avant d'enfoncer le bouchon et de l'exclure tout bonnement de l'UDF. Qu'avait donc fait Pierre-Christophe Baguet pour mériter ça? Il s'est pris pour De Robien alors qu'il ne l'est pas et a crié à qui voulait l'entendre qu'il voterai Sarkozy au premier tour, et ce sous le motif fallacieux d'un désaccord avec la stratégie de l'UDF, ainsi que sa position sur les "drapeaux en berne à la mort du Pape" (sic), alors qu'en réalité, l'enjeu consistait à s'assurer la garde de son siège à Boulogne-Billancourt, tout comme ça l'avait déjà été en 2002. Eh oui, parce que le gros souci de Pierre-Christophe Baguet c'est qu'en dehors de ses mandats.

 C'est tout de même l'occasion de saluer la vision de la démocratie qu'ont le président de l'UDF et son ancien camarade tombé en disgrâce pour intelligence (euh...?) avec l'ennemi.

 

  Le premier critiquait il y a peu les relations de Nicolas Sarkozy avec la presse et l'industrie, arguant que c'était peu rassurant pour la démocratie, et sort un livre digne d'Arlette Laguiller, où il dit, en gros, "medium_Bayrou.2.JPGFrançais, on vous exploite, vous êtes redevenus le Tiers-Etat, je serai votre Danton!". L'interview par Jean-Michel Apathie de Bayrou à la sortie de son livre, que j'ai mis à votre disposition dans la colonne de droite, dévoile bien le propos démagogique de l'auteur.... édité par Lagardère!

 Le second, lui, est soit un grand naïf, soit quelqu'un qui prend décidément ses électeurs pour des imbéciles, dans la droite ligne de ce que dénonce son président dans un livre, je l'espère, longuement pensé (ce qui signifie donc qu'entre théorie et pratique chez Bayrou, il y a un grand fossé). En 2002 déjà, après avoir quitté aimablement l'équipe municipale pour la laisser travailler, et outre son cumul avec un mandat de conseiller général, Pierre-Christophe Baguet se représentait sous l'étiquette UMP pour changer d'avis trois jours après sa victoire au premier tour.

 

 Espérons maintenant que l'UMP aura compris qu'on ne peut pas jouer le mauvais cheval deux fois sans être parfaitement ridicule. L'UMP n'a rien à gagner à ecourager des carriéristes qui la décrédibilisent et ne s'agitent pour eux-mêmes sans souci du bien commun, ou sans souci de convictions. 

27/09/2006

Ferenc Gyurcsany: la difficulté de gouverner les démocraties.

 Ferenc Gyurcsany a présenté hier ses excuses au peuple Hongrois pour lui avoir menti pendant la campagne sur ses rmedium_ferenc_pancho.2.jpgéelles intentions pour la réélection du parti social-démocrate. Après avoir promis un meilleur engagement de l'Etat et des baisses d'impôts pendant la campagne, le premier ministre sortant (arrivé en cours de mandature après avoir pris la place de Peter Medgyessy) a révélé avoir menti, en dévoilant les hausses d'imôts et désengagements de l'Etat dans plusieurs domaines, dont les services publics.

 Hier Ferenc Gyurcsany a donc dit Nous pensions que le courage de faire les choses était plus important que la nécessité d'en parler. Je ne pensais pas que les gens, nos électeurs, comprendraient un discours aussi direct". C'est quelque chose de révélateur que de pouvoir lire que le peuple, lors du vote, ne peut pas entendre, ou comprendre certaines choses, sous peine de condamner le candidat à une défaite certaine et à une baisse de popularité suicidaire.

 On a souvent vu lors de précédents scrutins, en France comme ailleurs, le débat public tourner de plus en plus à la manipulation de l'opinion publique par certains, qui faussent la démocratie.

 Que dire des mensonges selon lesquels le TCE aurait privé les femmes du droit d'avorter? Ou bien qu'il remettait en cause la laïcité?

 Que dire de la bataille rangée autour de l'héritage de Solidarnosc en Pologne lors des dernières élections présidentielles, qui a pris une allure de campagne de dénigrement infantile entre les deux candidats, l'étiquette Solidarnosc étant gage de popularité? (Lech Walesa a d'ailleurs quitté Solidarnosc après que ses dirigeants ont soutenus Kaczynski)

 Que dire des campagnes mensongères sur "l'islamisation de la France", les chiffres erronés laissés par le FN ou le MPF, dont la peur de l'étranger est le fond de commerce?

 Que dire des campagnes absolument navrantes de la gauche conservatrice et réactionnaire Française, qui proclame "le libéralisme nous tue", alors qu'ils savent pertinemment que tous les régimes socialistes, sans l'ombre d'un furent des dictatures, et que la seule voie à l'épanouissement des individus reste le libéralisme, autant politique qu'économique?

 Que dire de ceux qui critiquent l'Europe, la PAC, et le libéralisme dans un joyeux mélange pour décérébrés, mais qui, agriculteurs faucheurs, sont tout de même bien heureux de profiter des subventions européennes?

 Que dire des ces internationalistes qui tout de même n'auraient pas trop envie que le PAC soit attribuée aux pays qui en ont vraiment besoin: Pologne, Slovaquie, Roumanie, par exemple? Les illustrations sont encore nombreuses...

 

 La lâcheté de Gyurcsany est compréhensible: face à des campagnes de plus en plus démagogues, peut-être vaut-il mieux endormir un peu le peuple et réformer avec courage une fois élu... Être populaire pour être élu, et impopulaire pour réformer, en quelques sortes.

 

 Je crois que c'est une mauvaise idée. Que l'on arrivera jamais à rien en tirant les exigences des gens par le bas, en tirant le débat par le bas et en occultant la vérité aux administrés. Cela ne fait que désintéresser encore plus les citoyens à la politique, monter l'abstention, et de ce fait la mobilisation pour les extrêmes.

 Je suis sur ce point d'accord avec Nicolas Sarkozy, dont la première des faiblesse serait de ne plus respecter cette ligne directrice: faire ce qu'on dit, dire ce qu'on fait, et rendre le débat intéressant et sans tabou pour faire reprendre le goût de la politique aux Français.


 Et, bien entendu, l'enjeu de l'éducation... Rendez-vous pour celui-ci le 4 octobre à la maison de la Mutualité: Jean-Robert Pitte, dont l'excellent livre "Jeunes on vous ment" entame le sujet, et Alain Renaut, qui a beaucoup collaboré avec Luc Ferry dans ces problématiques de la crise de la démocratie et de l'identité citoyenne, pourraient nous en apprendre beaucoup.

20/09/2006

Ferenc Gyurcsany, l'homme qui voulait être populaire pour être réélu.

 Si vous suivez les actualités, vous n'avez pas pu manquer ces images vraiment violentes de manifestations des medium_hongrie2.jpgpartisans du parti de Droite (FIDESZ), et des électeurs rendus fous de rage par un enregistrement secret diffusé par les média Hongrois, où l'on entend le premier ministre fraîchement réélu (c'était la seule bonne nouvelle d'Europe centrale et orientale ce printemps pour l'UE et la démocratie...) révéler que lui et son équipe ont menti tout le long de la campagne électorale sur la politique économique et sociale que le parti social-démocrate appliquerait une fois élu.

 En effet, la campagne électorale a plutôt été celle des promesses de réduction d'impôts et d'augmentation des dépenses publiques au service du citoyen...

 

 La réalité est toute autre: la gestion de l'économie Hongroise a mené le pays à un deficit public églisant 10% du PIB cette année. Résultat, demande expresse de l'Union européenne, qui a averti que ce deficit devait absolument être comblé afin d'adopter l'euro, comme le veulent les sociaux-démocrates. Les promesses de Ferenc Gyurcsany ne pourront donc pas être tenues, et même, la réalité de la politique du gouvernement ira sans doute à l'extrême opposé de celle préchée au printempsmedium_hongrie1.jpg (donc hausse des impôts et baisse de aides publiques).

 Ferenc Gyurcsany a donc été selon moi pris en otage par la phrase qui vous accueille sur ce blog, mais surtout le concept qui se cache derrière: "Comment gouverner les démocraties s'il faut être populaire pour être élu et impopulaire pour réformer?"

  

 Et ce parce que même si c'est complètement indigne d'un démocrate de mentir aux électeurs (je déteste et méprise assez les extrêmes en France pour imaginer faire deux poids, deux mesures pour un homme politique envers qui j'ai plus de sympathie), je me contenterais tout de même de soulever trois questions:

 1) Ferenc Gyurcsany avait-il le choix de mentir ou pas? Le pays aurait-il été en de bonnes mains avec Viktor Orban, ex-premier ministre du FIDESZ de droite ultra-conservatrice et eurosceptique?

 2) Viktor Orban n'a-t-il pas lui non-plus menti pendant la campagne, sachant pertinemment la situation économique du pays et développant les mêmes images d'avenir doré à la Hongrie?medium_ferenc_pancho.jpg

 3) Dans quel genre de démocratie vit-on, où les hommes politiques doivent mentir aux électeurs pour espérer une élection? Ne sommes-nous pas déjà entrés de plein pied dans une "démocratie populiste", pour reprendre l'idée chère à mon coeur d'Aristote?

 

 Voilà en tout cas de quoi nous faire réfléchir, alors que nous allons en novembre entrer de pleins pieds dans la campagne de l'élection présidentielle...

03/08/2006

Un blog: une responsabilité.

 Je l'ai dit déjà une fois, le blog est un outil merveilleux, sous certaines conditions. Le blog politique peut être un moyen de rendre chacun gagnant/gagnant. Le politique, qui ne monte pas un blog par hasard; cet outil lui servira d'auto-promotion et permettra de répondre, sans doute parfois avec un esprit un peu démagogue, aux questions de ses visiteurs. Le visiteur lui, pourra demander des comptes à celui qui l'administre ou qui porte des responsabilité sur son quotidien.

 Le principe du blog, comme le dit Loïc le Meur, c'est de démarrer des discussion, d'échanger, le postulat de départ étant que n'importe qui a des choses intéressantes à dire. Mais le blog, a fortiori le blog politique, est un outil qui peut être dangereux, parce qu'il peut n'être que l'objet de l'auto-promotion et du souci de popularité. L'équilibre qui pourrait faire de ce système un jeu gagnant/gagnant est faussé par le pouvoir du blogueur, qui peut modifier, censurer, ne pas publier , ou publier avec du retard des commentaires. C'est une méthode très subversive: le seul moyen de dénoncer l'abus étant de le porter au public par... un autre commentaire.

 

 Je ne sais en fait pas exactement combien de blogueurs s'adonnent à ce genre d'enfantillages. La censure et la modification de commentaires est utile. Je m'y suis moi-même adonné, lorsqu'un blogueur en série d'extrême droite identitaire est venu poster des commentaires chez moi: j'ai alors décidé de laisser son texte, mais de supprimer le lien vers son blog.

 Mais je ne m'attends pas à un haut niveau de respect de l'information et des visiteurs de la part d'un militant d'extrême droite, ou d'extrême gauche. En revanche, d'un militant UMP oui. Et ce d'autant plus que c'est mon parti, et que j'entends y rencontrer des gens qui assument leurs idées, leurs défauts, et leurs approximations, sans complaisance, et avec honnêteté.

 J'ai été donc assez content de voir l'initiative d'un blog qui reprenne intégralement les notes d'Alexandre-Guillaume Tollinchi, un jeune populaire un peu agité et surtout très approximatif, très auto-promotionnel, et peu enclin à la critique, et de permettre tout commentaire sur celles-ci.

  Gag; Alexandre-Guillaume Tollinchi a décidé de faire fermer le-dit blog. Il est vrai que la démocratie est un apprentissage long et pénible. D'ailleurs je me demande si je fais bien d'en parler: en vaut-il la peine?

 

 Je suis sans doute un peu naïf encore en terme de politique. Mais je n'arrive pas à m'imaginer qu'un blog (sur lequel un politique peut faire quasiment tout ce qu'il veut, puisque le blogging n'est pas réglementé ni compter comme des temps de parole), puisse ne servir qu'à de l'auto-promotion. C'est la marque des médiocres.

 

EDIT: Le blog Tollinchi-le-off a du s'arrêter, le petit monsieur visé par cette tentative de contournement de sa censure ayant trépigné beaucoup et menacé de procès l'administrateur du blog, avant de s'en prendre ensuite à moi, entre autres.

"Quand le sage monre les étoiles, l'imbécile regarde le doigt." : le blog d'AGT n'a pas changé sa politique de censure d'un iotat.

  

27/07/2006

Le vote à la proportionnelle.

Avant d'entamer cette note sur le scrutin propotionnel et tout le mal que j'en pense, je voudrais remercier Thibault et Pierre-Antoine, administrateurs du blog des Jeunes populaires Grandes écoles, d'avoir publié sur le blog ma note sur "Stars et politique". 
 
 
 
Le vote à scrutin proportionnel. C'est un sujet que j'ai déjà abordé au travers de mes notes sur la Slovaquie et la Pologne. En effet, je tiens en grande partie ce type de scrutin pour responsable des dérives populistes que subissent ces deux pays, tout comme il est reponsable de l'incohérence de la vie politique italienne ou bien autrichienne. Je m'explique.
 
Existent deux principaux types de scrutin usités, le majoritaire et le proportionnel. En France, nous avons accepté en 1958 par referendum la fin de ce type de scrutin, qui rimait avec le régime des partis et la dictature des petits, et non avons donc adoptés le scrutin majoritaire pour nos élections législatives, celles de la chambre haute. Depuis lors les travers de la IVeme République, son instabilité gouvernementale (relative pourrait-on dire, puisque si les gouvernements changeaient, les ministres restaient fréquemment les mêmes), et sa complexité décisionnelle, ont été oubliés. 
 
Le scrutin majoritaire a permis de profiter avec cohérence de la croissance de Trente Glorieuses, il a permis des gouvernements qui n'eurent pas besoin de coalition impossible pour exercer le pouvoir législatif. Et de fait, en France, on peut dire que le désintérêt des Français pour la politique a d'autres causes. Elles sont multiples, et on peut en citer quelques unes dans une liste non exhaustive: promesses non tenues, mauvaise situation économique, des gouvernements qui n'ont jamais su choisir entre libéralisme et social-démocratie, un débat politique qui n'est plus populaire (au peuple), la montée d'un scepticisme exploité par des leaders qui n'ont pas peur de mentir au peuple...
 
Qu'en est-il en revanche de ces pays où les gouvernements constitués de populistes entrent en fonction? En Slovaquie la participation a été de 54,67%, en Pologne de 38% aux législatives, et de 51% aux présidentielles. En République tchèque, où le résultat a nécessité finalement une grande coalition gouvernementale à l'Allemande, la participation de près de 65% fut un résultat inattendu et inespéré.
 
Les précédents gouvernements dans ces pays furent des gouvernements de coalition, ou bien des gouvernements minoritaires, qui n'ont jamais sur réellement établir une politique autrement que par le consensus avec ses partenaires. Que ce soit la République tchèque où le parti social-démocrate allié aux Chrétiens-démocrates a su gagner une majorité de 102 sièges sur 200 en 2002, que ce soit la Slovaquie de la même année, où les deuxièmes et troisièmes de élections (centre-droit et parti Hongrois) ont du s'alliers pour gouverner. Que ce soit, enfin, en Pologne, où le parti social démocrate et la plateforme civique du centre-droit avaient du s'allier en 2001 pour former un gouvernement.
 
Ces alliances ont rendu les partis politiques de ces pays mous et ont totalement désintéressé les électeurs. Pour preuve ces affiches que l'on a pu voir lors des élections de 2006 en République tchèque: "que vous votiez Social-démocrate ou ODS (libéraux), c'est la même chose!". La baisse constante de la participation dans ces pays témoigne de la médiocrité du système proportionnel, qui additionné aux affaires de corruption et au mécontentement face aux réformes de l'après-communisme (sécurité sociale et retraites notamment) a poussé les électeurs à peu à peu bouder les urnes, tout comme il les avait poussé à quitter en masse les partis politiques issus de la dissidence.
 
De l'anti-politique prônée par Vaclav Havel contre le régime communiste, nous sommes arrivés aujourd'hui à l'anti-civisme. 
 
 
L'Italie n'est pas en reste. Certes, la participation est en hausse, mais ce n'est pas qu'à la participation que l'on évalue la santé d'une démocratie. Si la gauche italienne a décidé de faire se prononcer les sympathisants de gauche pour savoir qui guiderait la coalition des législatives, ce n'est pas un hasard: les partis politique italiens sont désertés de leurs adhérents, ce qui crédite la thèse de Nicolas Sarkozy: pour intéresser les gens à la politique, faites que la politique ait un intérêt.
 
Le système proportionnel a poussé les leaders italiens à chercher des alliances honteuses et déshonnorantes. Que cesoit Romano Prodi vers l'extrême gauche, ou bien, à mon sens plus grave, puisque je me pense de droite, Berlusconi vers la Ligue du Nord homophobe et xénophobe, ou bien cette année vers les néo-fascistes de Mario Monti et Alessandra Mussolini. 
 
Ces alliances n'ont pas lieu d'être en démocratie. Je ne peux concevoir qu'un démocrate, pour l'accès au pouvoir, puisse transiger avec ses idées, et surtout avec les valeurs éternelles que sont l'humanisme et le libéralisme politique. Le scrutin proportionnel, en empêchant une majorité claire de se dégager et en intronisant la dictature des petits partis qui empêche une polarisation salutaire pour le jeu démocratique qui intéresse de moins en moins de citoyens, détruit peu à peu les fondations de la démocratie même.
 
 
En France, aux dernières élections législatives de 2002 (qui étaient particulières, elles suivaient les élections présidentielles et étaient donc fortement influencées), l'UMP a totalisé 33% des voix, et le PS 24%. Le Front National 11%, l'UDF 4,85%, le PCF près de 5%, les Verts 4,5%, et le MPF 3,65%.
 
 
Faites le compte: quelle coalition faudrait-il pour gouverner la France? Et quelles en seraient les conséquences?
 
 
 
Alors que les Français s'intéressent à la politique, et sont très politisés (malheureusement surtout dans un combat contre, et non dans une perspective constructive) on voudrait encore complexifier et rendre encore plus incompréhensible l'exercice du pouvoir avec l'introduction du scrutin proportionnel?