25/07/2007

Epilogue

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Après quelques remarques, notamment de Tonton et de Raph, je dois préciser un peu comme Versac l'a fait hier soir. D'abord il va de soi que je suis content de voir les 5 infirmières et le médecin Bulgares libres et revenus à Sofia. Il va de soi que Sarkozy n'a pas pillé l'oeuvre de la Commission.

 Je remarquais juste qu'il y avait dans la communication de victoire que l'on a subie pendant toute la journée d'hier trois mahonnêtetés majeures.

 La première a consisté à faire croire que l'action du Président Français a fait la libération des otages d'Etat Bulgares. Ceux qui ont construit cette libération, en donnant les moyens de plans d'action en Libye, c'est José Manuel Barroso, Benita Ferrero Waldner, et sans doute Louis Michel. Celui qui a sans doute le plus acheminé les négociations, c'est Tony Blair lors de son tour de présidence de l'UE.

 La seconde a été de présenter Cécilia Sarkozy comme une quasi diplomate ("dure en négociation", "elle s'en est très bien sortie", etc) alors que son voyage a été totalement improvisé, selon les propos de Nicolas Sarkozy rapportés par le Canard Enchaîné. Par ailleurs, je m'inquiète un peu de cette démonstration illusoire qui fait croire que le travail des diplomates ne sert à rien, et que tout, absolument tout, rentre dans le cadre du politique, ce qui est absolument faux et dangereux.

 La troisième a été de nous faire imaginer que ce dossier s'est réglé en dix jours.

 

 Au final que dénonçais-je? Les propos de deux journaux pourtant sérieux qui maniaient la prose de Paris Match, et ceux d'un secrétaire d'Etat (Christian Estrosi) nous prenant délibérément pour des abrutis, à moins que ce soit sincère de sa part, mais à ce moment-là je m'inquiète qu'il soit secrétaire d'Etat. 

 J'attends maintenant impatiemment que Cécilia Sarkozy soit auditionnée par la Commission des Affaires Etrangères de la représentation nationale, afin qu'au moins mes représentants puissent savoir le bien-fondé de cette expédition, menée à grands renforts de publicité.

24/07/2007

Sarkozy, margoulin?

 C'est du mensonge, c'est vil, et ce sera sans doute pourtant relayé par TF1 et consors:

 "Ce matin à 8h45 la Première Dame, Cecilia Sarkozy, qui était assistée de Benita Ferrero Waldner (à prononcer le plus indistinctement possible, en oubliant de mentionner sa fonction), a, dans l'avion présidentiel, accompagné sur le sol Bulgare les 5 infirmières et le médecin Palestinien retenus depuis 1999 en Libye. C'est un nouveau succès diplomatique pour notre Président, sans qui le dossier aurait sans doute encore stagné à cause de la bureaucratie Bruxelloise, le Président, qui place ainsi sa femme au centre des grands enjeux. Ces femmes se souviendront sans doute toute leur vie qu'elles doivent leur libération au Président Sarkozy et à Cécilia. Rendons grâce à Nicolas Sarkozy, que son nom soit sanctifié et son action bénie sur 8 générations"

 Préparez-vous, parce que je sens assez bien l'ouverture du 13h de Jean-Pierre Pernaud avec ces mots. Alors pour que l'on soit bien clair, nous allons récapituler.

 Les infirmières Bulgares sont retenues en Libye depuis 1999

9a2b5538a0c35ba9ef9f4b94446ae956.jpg Elles ont été condamnées une première fois à mort en 2004, date à laquelle la Commissaire aux relations extérieures Benita Ferrero Waldner se saisit du dossier et commence les négociations avec le tyran Libyen qui transforme l'affaire plus ou moins en chantage. Dans la même période les relations UE-Libye sont plus étroites (Processus de Barcelone, visite de Kadhafi à Bruxelles, activité diplomatique forte mais discrète de Tony Blair...)

 Le dossier avance, et l'idée de verser de l'argent pour dédommager les familles des victimes fait son chemin.

 Le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy est élu, et dans son discours de victoire, parle des infirmières Libyennes. L'émotion sans doute.

 Le 13 Juillet 2007 Cecilia Sarkozy s'incruste au dernier moment dans le voyage de Claude Guéant en Libye (source: le Canard Enchaîné du 18/07), après une "discussion intime la veille du départ" avec son mari. Gros plan de communication autour du "rôle surprise" de la première dame.

 Elle repart avec Claude Guéant et Benita Ferrero Waldner dimanche soir, et fait risette aux photographes pendant que Claude Guéant obtient que les infirmières Bulgares soient rappatriées dans l'avion de la République Française.

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 Qui est assez candide pour croire que ce dossier s'est réglé en deux semaines, ou même en deux mois? La vérité c'est que la vraie monnaie d'échange a été concédée par la Commission européenne et les 27, en mettant en place en 2004 le processus de Barcelone qui inclut la Libye dans les relations de voisinage de l'UE, et en acceptant des programmes de santé pour la Libye (notamment contre le sida), et des politiques plus intégrées avec Tripoli.

 Le reste relève de l'anecdotique et de l'esbrouffe de notre Président, bien aidé par des médias complaisants. Et ça va finir par frôler la démagogie de haut vol. Que dis-je! La manipulation médiatique. 

 On ne peut pas dire à la fois qu'il faut rendre confiance en l'Europe, et piller toutes ses réussites! Sarkozy continue donc la politique usée de ses prédécesseurs: quand il y a une victoire qui se profile, c'est grâce à la France (enfin, grâce à Sarkozy), et quand c'est une baffe, c'est la faute à Bruxelles... Il suffisait pour ça d'écouter la conférence de presse de ce matin, entièrement prononcée à la première personne.

 

Dans la série "Prenez-moi pour un con":
 
Distante, froide, réservée, rebelle, indépendante, élégante, et aujourd'hui conquérante et célèbre : Cécilia Sarkozy joue avec les codes. "Si vous avez aimé Jackie Kennedy, vous allez aimer Cécilia Sarkozy", aurait confié Nicolas Sarkozy lui-même, lors du dîner de sa victoire électorale au Fouquet's.

Christophe Jakubyszyn (Le Monde)

 

CÉCILIA SARKOZY, la nouvelle Lady Di ? Son implication dans le dossier des infirmières bulgares lui assure d'ores et déjà une notoriété internationale qui fait de la première dame de France une vedette médiatique à la manière de la princesse disparue, égérie des grandes causes humanitaires dans les années 1990.

Bruno Jeudy (Le Figaro

 

Je constate une chose: cela fait 10 ans que tout le monde en parle, que tout le monde dit que c'est une situation inacceptable. Cela fait deux mois que le Président de la République s'implique personnellement sur ce dossier, et ce matin il y a la libération des infirmières bulgares.

Christian Estrosi

 

A lire également:

- Le billet de Nicolas

- Le billet de Lancelot.

- Le billet de Versac


21/07/2007

Marre des thonailleurs

41ec8f57c18957fee4f8c8aac80d4e36.jpg Le thon rouge en Méditerranée est en train de mourir. Tout comme d'ailleurs un tiers des poissons du globe, victimes de la non-réglementation de la pêche, ou de l'irrespect de la loi. Pour qu'ils se reproduisent en toute sécurité, il faudrait que le total des pêches de Méditerranée soit de 17000 tonnes, et la quota imposé par la Commission, et dénoncé par les thoniers, est tout de même de 32000 tonnes (officielles), dont 6300 pour les thoniers Français.

 A cela s'ajoute que pour garantir la reproduction de l'espèce, il faut impérativement empêcher des prises trop légères. Ainsi, le poids minimal de thon autorisé est passé de 10 kilos à 30 pour 2008 (le poids moyen d'un thon rouge est de 150Kg!!). Je pense qu'on peut tous comprendre la colère des pêcheurs, mais tout de même: en continuant à pêcher à courte vue et en réfléchissant sur le cours terme, leur métier ne sera pas plus garanti, bien au contraire...

 Par ailleurs, chacun commence à savoir que chaque règlement de la Commission européenne est d'abord précédé d'un long temps de consultations, avec les lobbies, les associations, les professionnels, les experts et les scientifiques. Les thoniers Français, et surtout Marseillais, n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes de s'être réveillés un peu tard et de n'avoir pas daigné pointer le bout de leur nez à Bruxelles lors de cette consultation, qui est la base première de tout acte législatif en Europe.

 

 A part ça, mon blog a un an depuis le 18 juillet.

16/07/2007

"Vivre et s'entraider en frères"

L'Ode à la Joie de Beethoven est devenu officiellement l'hymne Européen le 19 Janvier 1972. Je sais, en ce moment et depuis samedi mes billets sont un peu arides, mais en même temps, l'hymne à la joie est plus sympathique que Jean-François Knepper, le syndicaliste (FO) d'Airbus qui hurlait à la mort en interview ce matin à France Inter, devant l'emprise allemande sur EADS. A peine plus choquant que Kaczynski, avec un ton social-nationaliste (anti-allemand) à faire peur.
Et puis, il n'y a pas de petit symbole.   

"Etincelle, Oh ! Joie divine
Jaillie de l’Elyséum
L’allégresse nous anime
Pour entrer dans ton royaume.

Par ta magie sont unanimes
Des peuples jadis divisés,
Là où ton aile domine
Règne la fraternité.

Soyons unis comme frères
D’un baiser au monde entier
Amis bâtissons une ère
De paix pour l’humanité."

15/07/2007

Lettre à France

67e156e17db0da6dae9f56438764ea1f.gifC'est tout de même excellent internet... Il y a trois heures j'étais au Champ de Mars pour m'égosiller en groupe sur "On ira tous au Paradis", et en revenant, hop, Lettre à France disponible sur dailymotion...

 Je n'aime pas le 14 juillet, je n'aime pas vraiment le défilé militaire, ni cette façon de montrer une fierté désuette au monde tous les ans. Cette année pourtant, j'ai été très fier que ce soit mon pays le premier qui offre à l'Europe une si belle démonstration d'ouverture et d'union. Le défilé des 27 pays, l'hymne à la Joie avec les 28 portes-drapeaux étaient vraiment émouvants.


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13/07/2007

Europe, Libéralisme, et Mondialisation.

 Ces trois mots sont ceux autour desquels la campagne du NON a gagné, à mon avis. Il y a en France, et sans doute plus globalement dans quelques autres pays d'Europe un peu compliqués, type Italie, Slovaquie, Belgique, Pologne, ces mêmes thèmes qui reviennent sur le tapis, avec des modifications. En Pologne par exemple, le libéralisme est peu remis en cause. 

 Ce sont ces trois concepts assez mal définis, complètement anxiogènes, qui ont amené une majorité d'électeurs à écouter une minorité de faussaires de plus ou moins bonne foi, à voter NON le 29 mai dernier. Je ne dis pas qu'il n'y a que des mauvaises raisons à voter NON. Je peux concevoir qu'on soit souverainiste même si j'ai toujours de la compassion pour les espèces en voie de disparition. Mais en l'occurence, l'amalgame entre Europe, libéralisme et mondialisation est destructeur.

 Avant de commencer ce billet un peu structuré par rapport à l'habitude, je pense aussi utile de préciser que selon moi cet amalgame est surtout le produit d'une crise de confiance et d'identité assez typique des années 2002 à 2006 (21 avril à CPE), mais que je ne suis pas sûr qu'on le retrouverait aujourd'hui.

 Autopsie d'un phénomène:

 

 La mondialisation, et l’adhésion de plus en plus grande des élites (intellectuelles, financières) et de l’UE à la mondialisation aboutissent à la création de nouveaux clivages. Quels sont-ils?

-         Secteurs économiques protégés Vs secteurs économiques exposés.

Public et privé, en gros. Le principe est le suivant: les personnes qui travaillent dans le secteur économique exposé considèrent que le secteur protégé est un obstacle à leur compétitivité. On voit dans les sondages une différenciation entre le comportement électoral des personnes qui travaillent dans le secteur public (majoritairement à gauche) et celles du secteur privé (droite, ou extrême droite pour les petites entreprises et petits salariés).

En regardant 2005, on s'aperçoit que les salariés du secteur privé votent majoritairement pour le NON, et que ceux du secteur public sont encore plus majoritairement pour le NON (tandis qu'en 1992, le public était clairement pour le NON et privé clairement pour le OUI).

-         Personnes qualifiées Vs Personnes non-qualifiées

Ce clivage-ci s’explique par les théories économiques. Les ressources abondantes aujourd'hui sont les capitaux, et l’ouverture économique favorise les personnes qualifiées (qui votent OUI en référendum et sont extrêmement favorables à l’ouverture). Les personnes non-qualifiées sont graduellement en marge du système, qui s'ouvre, et on tendance à la protection.

-         Autochtones Vs étrangers au sein de la population non-qualifiée.

La mondialisation provoque le développement des migrations et le développement des délocalisations (même si celles-ci sont une part infime de l'économie). Il y a un sentiment au sein des catégories non-qualifiées autochtone d’une concurrence, voire d’une concurrence ethnique (qui explique le discours de Buffet lors du referendum de 2005, sur le plombier Polonais, sous couvert de dumping-social). Et on constate que les non-qualifiés de 2002 votent majoritairement à l’extrême droite. 

-        Ceux qui défendent une identité nationale exclusive Vs les cosmopolites, européistes, ou inclusifs.

Ce dernier clivage provoqué par la société de l'ouverture est plus un clivages de valeur que d’économie. La remise en cause des frontières est une menace pour l’identité nationale pour les premiers, mais pas du tout pour les seconds. Et on constate que le fâmeux "plombier Polonais" a été repris aussi bien par l’extrême droite que l’extrême gauche. Et en ceci je rejoins Philippe Val, qui n'a pas eu peur au lendemain du 29 mai, de dénoncer le social-nationalisme et le national socialisme de Buffet et Le Pen.

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 A ces clivages globalement partagés dans les pays développés et concernés par la mondialisation, s'ajoutent certains clivages qui eux sont générés par la construction européenne uniquement. Le premier est évident:

-         souverainistes Vs Européistes.

-         Antilibéraux Vs libéraux

Sur les débats sur le libéralisme économique, on constate deux types de positionnement:

Position sur l’intégration Européenne (acceptation d'une marche plus intensive ou pas ?)

Position sur les politiques Européennes (acceptation du libéralisme ou pas ?)

On constate de là 3 attitudes : les eurosceptiques (extrême droite et souverainistes de gauche), les européistes critiques opposés aux politiques libérales (Besancenot), et les Europhiles, favorables à l’approfondissement de l’intégration européenne et aux politiques de l’UE. Malakine est un eurosceptique, je suis un Europhile, par exemple.

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On en arrive donc à La question de l’assimilation de plus en plus grande entre mondialisation, construction européenne et libéralisme.L'introduction et les préliminaires étaient longs, mais je les crois utiles. Et puis de toutes façons c'est l'été, personne ne lira ce billet indigeste.

Pendant la campagne, on a entendu Nicolas Sarkozy dire: « l’Europe ne doit pas être un cheval de Troie de la mondialisation ». Etonnant de sa part, non?

On a eu toute la problématique des dumpings fiscal, environnemental, social des pays à plus bas salaires, avec ce débat lancinant sur les délocalisation ("interdire les délocalisations!"). Et cette proposition absurde de préférence communautaire.

Si les études d’opinions montrent que les Français gardent espoir que l’UE protège et maîtrise la mondialisation, il n'en reste pas moins que les deux premières craintes de nos contemporains Français sont justement les pertes d'avantages sociaux (précarité, emploi, protection sociale), et les délocalisations. 

Quelle est la réaction de l’opinion publique sur ces questions :

Trois réactions importantes :

-         crise du sens (direction et signification).

Les questions sont nombreuses, et il faut les résoudre pour restaurer la confiance: jusqu'où doivent aller les élargissements? Quelles frontières à l'UE?… La partie occidentale (historique) de l’UE est plutôt favorable à une pause dans les élargissements, tandis que l'Europe des 12 est moins sensible à ce sujet.

Cette crise du sens est aussi illustrée par une sorte de retour de l'obscurantisme: la peur des innovations scientifiques. On les voyait avant comme un progrès, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les débats sur le réacteur EPR, sur les OGM sont d'assez bons indices de cette crise de sens.

Ceci explique pourquoi les partis antisystème sont plus écoutés que les partis centraux que les partis républicains. La théorie du chaos prévaut, et les réponses les plus simples sont les plus audibles (souverainistes, socialistes radicaux, et libéraux radicaux). La complexité des réponses au centre est difficile, et donc rencontre moins de succès.

-        Sentiment d’insécurité.

Cette deuxième réaction de l'opinion publique est guidée par l'idée que l’ouverture remet en cause des situations acquises, et qu'elle est donc un facteur d’insécurité. C'est globalement ce qu'on a vu plus haut, avec une espèce de paranoia cultivée autour de l'idée de "paupérisation" de la société. On en vient dans la troisième réaction:

-         Sentiment de dépossession.

Les peuples ont l'impression qu'ils ne maîtrisent plus leur destin. De là l’idée que des instances non-élues détiennent le pouvoir au détriment du peuple. Cette paranoïa, très présente sur le site par exemple d'Etienne Chouard, fait des ravages: de Besancenot à Le Pen, chacun pendant la campagne s'est attaqué à au moins l'une de ces cibles, BCE, grandes entreprises (CAC40), bourse, actionnaires…

 Ce qui accompagne ce sentiment de dépossession est évident: l’impression que  les représentations élues n’ont plus de pouvoir grandit, et le sentiment que les décisions de ce gouvernement mondial sont irréversibles ("gravées dans le marbre"). Qu'il y a donc manipulation du pouvoir.

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-         Quelques raisons d'être optimiste:

Il y a des spécificités des Français sur ce sujet de l'Europe et de la mondialisation. Systématiquement, les Français sont la population la plus réticente à la mondialisation. Ils répondent NON à la question de savoir si le monde va dans la bonne direction, et ils sont les plus pessimistes pour les générations futures.

Pourtant, et unanimement, les populations les plus favorables à la mondialisation paraissent être celles qui en profitent le plus (Brésil, Chine, et en Europe, Irlande, Scandinaves). Les Français en sont plutôt bénéficiaires mais la perçoivent comme une menace malgré tout.

Tout ceci semble en fait assez être une question de confiance: les débats sur le libéralisme, sur l'entrée de la Turquie, sont finalement révélateurs du bien-être d'une population. En Europe, les Français sont les plus défavorables à la mondialisation, tandis que les Suédois et les Estoniens sont les plus confiants.

 

 Et il y a corrélation entre la confiance et la critique: les Français sont plutôt critiques vis-à-vis de leur modèle, et sont persuadés qu’ils ne peuvent pas s’adapter à la mondialisation, ou bien que cette adaptation serait négative.

Pour comparer, les Italiens sont parmi les plus favorables à la construction Européenne puisqu’ils estiment que c’est justement un moyen pour leur pays de se moderniser de l’extérieur (ce qui traduit le peu de confiance en l’Etat des Italiens).

 

 Au final on va en revenir à cette belle phrase de Tocqueville: "Les Français veulent l'égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l'esclavage."

 Encore un chantier de Sarkozy: rendre les Français plus indépendants de l'Etat, et leur rendre confiance en leurs moyens d'adaptation en interne. 

10/07/2007

Sarkozy devrait arrêter de jouer avec l'Europe

 Sarkozy devrait arrêter de jouer avec l'Europe, c'est dangereux.

 D'un côté, je peux comprendre. Tout est prévu pour 2010. La stratégie de Lisbonne? 2010. Les Accords de Cotonou et l'aide au développement augmentée? 2010. La stabilité des comptes et du déficit public? 2010. C'est un peu compliqué, surtout quand on est la France, d'augmenter aussi sensiblement les dépenses (nouvelles technologies, recherche et développement, tertiaire, co-développement, coopérations, programmes spatiaux...), tout en demandant dans le même temps de réduire les déficits.

 D'un autre côté, il y a des pays qui sont très bien partis pour atteindre ces objectifs. Surprise, ce sont les pays scandinaves, qui ont par exemple d'ores et déjà atteint les objectifs de Cotonou, et si mes souvenirs sont bons, également l'objectif de la part de PIB consacrée à la recherche. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, ces pays n'ont pas pour autant proposé des réformes fiscales assez dogmatiques sur la remise en circulation de l'argent de certains impôts pour créer de la croissance. Les impôts sont plus élevés dans les pays scandinaves qu'en France. Là je deviens évidemment de mauvaise foi: la population est plus petite, l'économie est moins diversifiée, et le territoire est plus petit. Cela doit rendre les choses plus simples.

 Mais en même temps, notre cher nouveau Président nous explique que l'euro fort fait perdre de l'argent aux Etats Européens et gangrène les échanges. Je me demande, alors que les pays Européens sont de loin les premiers partenaires commerciaux de la France (Allemagne et Italie en tête), représentant en 2000 60% des échanges, comment l'euro peut avoir une si forte incidence sur notre économie... Surtout qu'étrangement, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne, ça n'a pas l'air d'aller si mal que ça, le commerce.

 

 J'ai la très désagréable impression que Sarkozy joue. Avec l'Europe, et avec le feu. D'ailleurs je ne suis pas le seul. C'est très publicitaire de débouler au milieu d'une réunion de l'Eurogroupe pour plaider un peu de souplesse (alors que la Commission est déjà très souple avec les "Grands" pays de l'UE), et c'est très vendeur, on l'a vu avec les résultats de la présidentielle, de critiquer la BCE et l'euro fort. 

 J'ai pourtant la faiblesse de croire qu'à force de se présenter comme un super-héros à qui rien ne résiste, Nicolas Sarkozy va provoquer encore plus d'euro-scepticisme qu'il n'en existe déjà. Tous ces dossiers pour lesquels il plaide et pour lequels il est le seul à plaider, sont Européens. Ils nécessitent donc un peu d'esprit d'équipe, un peu d'humilité, et surtout, un peu de diplomatie. Nicolas Sarkozy va à Bruxelles à la hussarde, en prenant les responsables Européens en otage comme un vulgaire Kaczynski. Le message est en substance celui-ci: "faites ce que je demande, assouplissez les règles, sinon les Français vont devenir encore plus méfiants envers vous qu'ils ne le sont déjà, et ce ne sera pas de ma faute parce que moi j'ai compris leurs attentes".

 C'est pourtant Nicolas Sarkozy qui veut faire comprendre aux Français que pour vivre en société il faut des règles strictes et sévères, et que ce sont ces règles qui restreignent la liberté qui permettent l'établissement de la liberté (en gros, les feux rouges ou les radars restreignent nos libertés, mais permettent qu'on puisse vivre en société avec le maximum de liberté routière). L'UE est un grande société d'Etats, dans laquelle il y a des règles, afin que chaque Etat puisse jouir de libertés et de bonheurs supplémentaires (si 62% de nos exportations sont à destination Européenne, c'est grâce au marché intérieur...).

 Il faut que la France, au même titre que Malte, la Suède ou la Pologne, respecte ces règles. Et ce n'est pas responsable, alors que dans cette "société des nations" (au sens Kantien) chacun fait preuve d'esprit communautaire, de faire renaître l'Europe des intérêts particuliers ("I want my money back!").  Aujourd'hui Sarkozy demande deux ans de sursis, demain Kaczynski demandera encore 5 ans de système de Nice.

 

 Notre président nous prouve donc qu'il n'a encore rien pigé à l'esprit européen. Le plus étonnant, c'est que lorsque c'est Kaczynski qui use d'une diplomatie à la hussarde chacun dénonce la politique du pire, mais lorsque c'est Nicolas Sarkozy, c'est que la France est de retour pour modeler l'Europe. Etonnant, non?

 Ah oui, je me souviens pourtant du titre d'un livre écrit par un premier ministre que nous connaissons bien: "La France peut supporter la vérité". Mais en la matière, n'oublions jamais: "Comment gouverner les démocraties s'il faut être populaire pour être élu, et impopulaire pour réformer?". Le premier qui place le mot démagogie dans une phrase a perdu...

09/07/2007

Le Pont Charles fête ses 650 ans!

 J'ai passé une année à Prague. Je n'ai je crois que peu de souvenirs qui égalent la beauté d'un lever de soleil un petit matin de juin sur le Pont Charles.

 La première pierre du Pont a été posée en 1357, le 9 juillet à 5h31. Parce que le Roi Charles IV était perfectionniste, il a imaginé une suite parfaite pour symbole du pont. Relisez la date, cela donne 135797531. C'était pour l'anecdote.

 

Pont Charles Prague petit jour

Potins communautaires

a4fb8b19db4c9f8ec5b480e12f11c009.jpg Berlaymont, c'est le nom du (charmant) bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles. Un assez beau bâtiment tout lisse qui fait un peu "monstre froid" vu de l'extérieur.

 Berlaymonster, c'est un blog, rédigé par on-ne-sait-qui, mais vraisemblablement des fonctionnaires Européens pleins d'humour. Au menu: petits potins, gentilles moqueries et quotidien d'un fonctionnaire de la Commision Barroso... Je vous conseille tout spécialement leurs descriptions des staffs des Commissaires Européens, en trois parties:

Partie 1

Partie 2

Partie 3 

 

06/07/2007

La suite au prochain épisode

 Valéry Giscard d'Estaing a l'air d'avoir compris comment fidéliser les lecteurs et les tenir en haleine. Effet de teasing aujourd'hui sur son blog... En effet, si ni l'Allemagne ni la France ne voulait abandonner le concept d'un texte unique fondant tous les traités existants, d'où vient l'initiative?

 Et, en l'occurence, j'ai du mal à distinguer à qui profite le crime. A part à la Chine, aux Etats-Unis, et à tous nos autres concurrents commerciaux et politiques mondiaux.

 

05/07/2007

Let's come tög€thé® (depuis 1957)

81876f76c98acb6a9120a5fceca06843.jpg Margot Wallström doit être la seule membre de la Commission Barroso à être vraiment jeune. Je veux dire jeune, pas comme Barroso lui-même qui est techniquement l'un des benjamins de l'équipe, à 51 ans, mais jeune dans les méthodes, dans la tête.

 Dans la suite de l'idée "l'Europe s'occupe de vous et vous continuez à la craindre, bande de cloportes boursouflés d'indifférence, d'ingratitude et d'ignorance crasse", Margot, qui en plus est une blogueuse confirmée, a innové. Sans la Commission en effet, il faut savoir que la plupart des bouffées de chaleur qui ont formé, forment et formeront les petits pré-pubères Européens n'auraient jamais existé. Parce que l'UE finance le cinéma Européen très activement, par exemple.

 Je ne me hasarderai évidemment pas à faire de lien douteux entre le fait de ne pas connaître ces scènes mythiques et instructives du 7eme art et de voter NON au TCE (où d'adopter une quelconque attitude eurosceptique). Mais en cherchant bien, il doit y en avoir un... 

 

02/07/2007

Alors, Bruxelles...

bf4923eab4da3b07c2f17ba71f9ac9cb.jpg Etonnante idée d'aller à Bruxelles en Eurolines alors que le Thalys proposait des prix très avantageux... Je suis revenu vendredi soir, puis j'ai été malade après avoir fait orgie des moules marinière et frites, couplées de bières aux noms improbables: Fruit Défendu, Charles Quint et autres Geuze et Kriek.

 Bruxelles, une ville pas franchement jolie ni franchement envoûtante, du moins en trois jours dont un enfermé à la Commission pour des conférences. Quelques charmes de l'endroit, voir par hasard Angela Merkel et Jose Manuel Barroso, se promener dans les petites rues du centre, rester fasciné devant les éclairages de nuit de la maison municipale. Et puis évidemment, de l'Europe partout, et pas que dans le quartier "Européen". Les gens sont au coeur de l'Europe et ça leur tient à coeur, justement. Ils sont curieux des autres et ouverts au monde. Une société assez différente que nos bons parisiens, en fait.

 Et aujourd'hui, mal de ventre tenace, ce premier jour de stage chez... spintank. Un stage qui va me permettre d'aborder des dossiers de façon plutôt militante, en rapport avec l'Europe. Et puis, si ça marche, je crois qu'on ne manquera pas de le faire savoir. 

 

27/06/2007

Bruxelles 3 jours

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 Je pars ce matin trois jours à Bruxelles. Je suis théoriquement censé suivre des conférences et les débats d'une Commission parlementaire (Strasbourg n'est le siège du Parlement que pour les séances plenières). D'ici vendredi soir, à moins d'un internet café quelque part et d'un peu de temps, je n'écrirai donc pas.

 En attendant, vous écouterez Gabriel Rios en boucle.

26/06/2007

L'Europe en "Moi majeur"

c0e2d91e444efcaaa8b1661cde456435.jpg Longtemps, on a cru que l'Europe allait pouvoir uniquement avancer par la bonne volonté de la méthode intergouvernementale. Longtemps, on a cru que la seule légitimité des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE allait suffire pour donner à la CEE, puis à l'UE, le rythme à prendre pour avancer. Cela a fonctionné très bien à 6. Il faut dire que l'on partait de loin, que nous étions tous ruinés, et que le marché commun et tous les règlements et directives qui le suivent n'étaient encore que peu développés. Cela a pu encore fonctionner à 9 avec la Grande-Bretagne, le Danemark, et l'Irlande, puisque l'Europe restait une Communauté Economique avant tout. Cela a fonctionné à 12 parce que nous accueillions des pays plus démunis, et surtout, en quête de démocratie et de paix. Cela a même pu encore, difficilement certes, fonctionner à 15, parce que l'Europe des 15 était un corps relativement homogène. Une assemblée de pays riches.

 Cela a pu fonctionner parce que toujours, nous avons suivi les élargissements d'approfondissements institutionnels. Cela a pu fonctionner tant que les citoyens ne saisissaient pas à quel point l'Europe était un ef60b1af87438b50e9997d31b8b438db2.gifnjeu politique.

 Aujourd'hui en 2007, nous n'avons toujours pas d'équivalent institutionnel aux élargissements de 2004 et 2007, si ce n'est le Traité de Nice, peu convainquant. Aujourd'hui en 2007, ce que l'on a appelé le "consensus permissif", cette confiance relative en les techniciens et les politiques de la part des citoyens pour tout ce qui relève de la politique étrangère, est rompu. Rompu depuis le début des années 90, parce que la globalisation provoque ce sentiment que la politique étrangère, c'est déjà la politique nationale. Bush père n'a pas été réélu parce que le campagne de 1992 s'est beaucoup centrée sur l'ALENA. Maastricht est passé difficilement en France, et a du être soumis à un second vote au Danemark et en Irlande.

 Aujourd'hui en 2007, nous avons déjà vu deux conventions se saisir d'enjeux Européens pour créer des textes. Le premier était la Charte des Droits fondamentaux, le second le Traité établissant une Constitution pour l'Europe. Aujourd'hui en 2007, il y a une opinion publique Européenne, confuse, peut-être élitiste, sans doute incomplète, sans doute déséquilibrée selon que l'on se situe parmi les anciens membres ou les nouveaux, et selon qu'on se situe parmi les gens qualifiés ou peu qualifiés.

 Aujoud'hui en 2007, les hommes politiques, même Britanniques, et pour peu qu'ils soient honnêtes et peu démagogues, reconnaissent tous plus que jamais les bienfaits de l'Europe. Gordon Brown, ministre Anglais de l'économie penant 10 ans, a sans doute plus fait pour l'Europe que Pierre Bérégovoy en son temps.

 Aujourd'hui en 2007, la "politique de la Chaise vide" (De Gaulle, 1965), ou le fâmeux "I want my money back" de Thatcher, sont difficilement concevables. Malgré quelques désaccords sur la PAC.

 Aujourd'hui en 2007, de quelque sujet que l'on parle, on se rend bien compte de la place que prend l'Europe dans nos vie. Environnement, Diplomatie, Paix, Recherche, Education, Emploi, taxes...

 

 Et pourtant, les 27 nous ont offert un spectacle de régression. Depuis quelques années, on sentait un esprit de construction, de bonne volonté, souffler sur l'Europe. La Conférence Intergouvernementale réunie après la Convention pour amender le texte n'avais presque rien touché. Les dirigeants Européens, jusqu'à Tony Blair, faisaient de leur mieux pour faire passer le message de l'enjeu, des règles, de l'humilité que l'on doit accepter pour co27ea4852cf7660d866d3e72b9890c095.jpgnstruire en équipe.

 Ce dernier sommet a vu Lech Kaczynski sortir des horreurs à Angela Merkel sur la seconde guerre mondiale ("sans l'Allemagne, il y aurait beaucoup plus de Polonais, il faut en tenir compte!"). Nous avons vu les Pays-Bas et la Grand-Bretagne réclamer une Europe à la carte, notamment sur la Charte des Droits, qu'ils ont pourtant signée. Nous avons vu Nicolas Sarkozy jeter aux ordures ce qui a construit et continue de faire la prospérité de nos pays: l'objectif d'une concurrence libre et non-faussée (ce serait tellement mieux une concurrence bridée, étatisée et manipulée...).

 Nous avons vu les symboles de l'UE disparaître des textes, alors que ces mêmes chefs d'Etat et de gouvernement reprochent à l'Europe de s'éloigner des citoyens.

 Mais nous savons qui sont les grands Européens aujourd'hui. Ils sont trois: Romano Prodi, Guy Verhofstadt, et Jean-Claude Juncker. Les autres ont oeuvré, bon gré, mal gré, à la mise à mal de l'idéal Européen.

 Comment le justifieront-ils face à leurs peuples, au moment de ratifier de traité complexifiant?