13/05/2008

L'Europe selon Bronislaw Geremek

 Regardez cette interview, prise lors du rendez-vous des Européens à Lille. Vous comprendrez qu'on puisse avoir un élan d'affection et de respect réel pour cet homme-là. 

 Je suis entièrement d'accord avec lui. Sur les priorités concernant des politiques de solidarité, entre les états, et entre les hommes. Sur la nécessité d'un espace public. Il nous parle de jeunesse européenne, de la génération comme la mienne née dans l'Europe, qui a grandi dans une ambition d'Europe politique.

 Je crois en revanche qu'il se fourvoie sur Erasmus. J'ai énormément appris à Prague pendant un an. Hors de l'université surtout. Il est indéniable que les 52000 étudiants Français qui partent en Erasmus chaque année en reçoivent quelque chose, qui s'exprime sur court, moyen ou long terme. C'est une bonne chose: cela ne fait pas d'eux des suppôts de l'Union européenne, mais cela fait d'eux des pro-européens, qui cherchent à comprendre leurs voisins, et qui réfléchissent de manière décloisonnée. 

 J'ai tendance à penser que cette façon de penser mène à un soutien indéfectible, qui n'empêche cependant pas la critique, de l'Union européenne et des institutions communautaires.

  Mais il manque quand même quelque chose à Erasmus: c'est le travail. J'ai passé deux ans au cycle Est-européen de Sciences Po à Dijon, où nous étions exactement 50% de Français et 50% d'étudiants étrangers, qui travaillions ensemble, écrivions des exposés, des mémoires, des examens ensemble. Et c'était vraiment du travail.

 Cela nous a sans doute plus rapproché qu'une expérience Erasmus à faire la fête et à découvrir la gastronomie du pays d'accueil. Même si cela ne l'excluait pas, heureusement. Mais c'est ce qu'il manque à Erasmus: le travail. Ainsi, ce n'est pas seulement de l'extension du nombre d'étudiants qui partent dont il faut s'occuper, mais aussi de la qualité des universités d'accueil, et des cours proposés.

 Je vous rassure, tous les étudiants étrangers passés par Dijon sont effectivement incollables en décommunisation de la Bulgarie... mais ils le sont aussi sur la Cité de la Peur ou sur La Grande Vadrouille.

 Il faudra aussi admettre un jour que la population qui peut partir en Erasmus représente une minorité que l'on peut qualifier d'élite, et que construire un espace public européen, c'est aussi élargir le public qui peut s'approprier le sujet européen. Il faut penser à des échanges professionnels, à des échanges techniques, éventuellement, comme le proposait Nouvelle Europe, à des échanges entre journalistes, entre professeurs...

 C'est comme ça que la "solidarité" dont parle Geremek au début (je boucle la boucle) saura le mieux s'exprimer.

12/05/2008

Fête de l'Europe

free music
Fête de l'Europe - 9 mai

 Avec tout ça, on aurait presque oublié de fêter l'Europe proprement sur ce blog. Le 9 mai 1948, le Mouvement Européen naît à La Haye. Présidé par Winston Churchill, Léon Blum, Alcide de Gasperi, et Paul-Henri Spaak. Deux ans plus tard, Robert Schuman propose de mettre en commun les industries premières: le charbon et l'acier. Ces deux industries qui étaient les moteurs de la guerre, qui étaient la plupart du temps concentré dans des régions frontalières (Flandres, Moselle, Ruhr... plus à l'est, hors CEE, en Silésie), et qui étaient les ciments d'une relance de l'économie après que notre continent eut été détruit.

 Aujourd'hui il faut bien le dire, la paix on s'en fout un peu. Et d'ailleurs, cela fait 60 ans qu'on ne s'est pas mis sur la gueule dans notre bel espace européen. On aurait tort de penser à la guerre. On aurait tort en revanche de penser que c'est "naturel". D'ailleurs, plus que la guerre, l'Europe et la construction européenne permettent de solver des passés. Le manuel d'histoire franco-allemand est édité. Les second tome est en route. Un manuel d'histoire germano-polonais est sur les rails. Un manuel d'histoire commun aux pays des Balkans est réclamé!

 Qu'on ne me fasse pas croire que l'UE n'y est pour rien.

 Mais c'est relativement peu satisfaisant, la paix. Il y a tant de chantiers: environnement, respect de la personne humaine, pauvreté, solidarité, promotion des valeurs des Lumières dans le monde, co-développement... Quel insouciant imbécile peut donc penser qu'on peut se saisir de ces sujets en restant étriqué dans son espace national? Quelle influence politique, économique, culturelle, peut-on avoir aujourd'hui sans s'unir entre Européens? Et sans une autorité de régulation et de coordination, qu'est l'Union européenne?

 Mais revenons-en au 9 mai. A la Paix. En France, la paix se fête le 8 mai. En République tchèque, elle se fête le 9 mai. La paix a été signée à 22h le 8 mai avec les Alliés de l'Ouest. Elle a été signé avec un petit décalage à l'Est. Quel est le sens du 8 Mai aujourd'hui? Nous sommes-nous fait la guerre entre pays? Entre populations? Ou bien le 8 mai est-il la victoire de l'humanité sur la plus féroce et la plus insidieuse des barbaries? Le 8 mai n'est-il pas au fond une satisfation universelle de victoire sur le Mal? Et en cela ne diffère-t-il pas fondamentalement du 11 Novembre.

 Le 8 ou le 9 mai, quelle véritable différence? D'ailleurs, le Congrès de La Haye dont je parlais en début de billet, ne s'est-il pas tenu du 7 au 10 mai 1948 dans le but justement de solder ce combat de l'humanité sur la honte une fois pour toute, pour le remplacer par une construction fraternelle?

 Remplaçons le 8 mai par le 9. Le symbole serait tellement plus évident.

08/05/2008

Une semaine d'Européen.

 Faisant partie de l'équipe d'organisation du Rendez-Vous des Européens, j'ai goûté à plein mon jour férié. Mardi, arrivée à au boulot à neuf heures. Gérer les tracas de dernière minute: les déroulés des séances plénières, trouver une doublure à tel participant incertain. Téléphoner à tout va. Faire des rapports réguliers d'avancement. Partir à 17h pour la gare du nord, avec 20 minutes de retard sur l'horaire prévu. Arriver à 17h47 dans la gare pour retirer son billet et plonger dans le train de 17h58 pour Lille.

 Arriver à Lille à 19h, bosser jusqu'à 1h30. S'installer à l'hôtel, se doucher pendant 20 minutes. Dormir sans ouvrir les draps, se lever à 6h50. Passer 5 minutes sous une douche chaude, 5 minutes sous une douche froide. Briefing à 7h30 au petit dej qui commence finalement à 8h sur le chemin du Grand Palais.

 Puis tout se précipite, les premiers intervenants arrivent à midi, le public aussi, il faut gérer le buffet VIP qui commence à avoir chaud, les sensibilités de tel ou tel, ne pas rater les trajets gare/Grand Palais, qui prend la navette, qui prend la voiture VIP... Au final, je n'ai rien suivi de la journée des Européens.

 Je m'excuse déjà auprès d'Odanel, Luc, Marc, Fabien, Philippe, Thomas et tous les autres d'avoir à peine pu leur parler. Ceci dit ce fut un plaisir de pouvoir déjà mettre des visages sur Marc, Luc et Odanel. Un plaisir bref, mais intense.

 Le bon côté de se charger de l'accueil des intervenants au Grand Palais de Lille, ce sont les rencontres. J'avais brièvement rencontré Bronislaw Geremek à Varsovie pour la Schuman Parade de 2006. J'ai pu l'écouter un peu en séance et dans mes furtifs passages à la table ronde sur la mémoire. J'ai pu surtout l'accompagner jusqu'à son wagon. C'est un homme extraordinaire, simple, gentil, et d'une puissance intellectuelle qui fait presque sortir des larmes de reconnaissance et de joie. Anne-Marie Lizin ressemble à ma maman. Comme elle, elle réussit à avoir 3/4 d'heure de retard, et à arriver à 18h pour un plateau qui commence à 18h05. Inutile de parler des ministres et anciens ministes, qui se déplacent sous bonne escorte.

 C'est d'ailleurs étonnant, je trouve que ce furent les personnes les plus simples qui furent les plus intéressants, mercredi à Lille. Gottfried Langenstein, remplaçant Daniel Cohn-Bendit au pied levé, est très soucieux de précision. John Thornhill est... britannique. Agatha Ruiz de la Prada est d'une simplicité extraordinaire. Dominique Issermann aussi. Et que dire de Caroline de Camaret, d'Astrid Emerit, de Vladimir Vasak, animateurs d'ateliers!

 Comme tout rassemblement réussi, il y eut un petit buzz. Mais en même temps, comme ça fait quelques temps que Michel Rocard considère que l'Europe politique est morte (ça coïncide à peu près avec le moment où il s'est aperçu qu'il ne serait pas Président de la République), je pense que c'était surtout de sa part un gros pavé dans la mare pour inviter au débat. Dommage que ça ait raté, d'ailleurs.

 Comme tout rassemblement réussi, on va pouvoir tirer pas mal de leçons pour le prochain à Marseille, le 13 juin. 

 Ereintés le soir nous fûmes, mais heureux. Avec 800 personnes, de beaux plateaux, des générations très différentes, et des stands tenus par des associations qui proposaient vraiment beaucoup de contenus (la palme du nom d'association le plus drôle aux "Femmes Passerelles de l'Europe"), la journée est globalement un succès.

 Aujourd'hui, pantouflage relatif. Demain matin, j'écouterai avec application Versac nous dire comme internet est un média intéressant pour la constitution d'une identité européenne, à Sciences Po. Puis ensuite hop, au golf de Fourqueux, pour prendre de belles photos du "Trophée Européens": 27 trous - 27 pays - 81 compétiteurs. 

 Si vous avez raté la journée sur Public Sénat, retrouvez-la sur le site.

04/05/2008

Paroles d'Européens!

 Je disais dernièrement que je délaissais mon blog. Pour plein de raisons. D'abord j'en suis un peu las, et ensuite, je suis un peu en manque de temps. J'ai commencé un stage plutôt prenant dans la communication autour de la Présidence Française de l'UE, et me suis consacré avec plein d'autres personnes (d'ailleurs c'est rigolo comme les cercles européens se croisent et se recroisent, pour se recroiser encore!) à la préparation du "Rendez-vous des Européens" qui aura lieu mercredi 7 mai à Lille.

 L'objet du rendez-vous est de faire de l'Europe un enjeu grand public dans cette année un peu exceptionnelle pour la France en Europe. C'est aussi de saisir l'occasion pour parler dans le fond des choses du sujet, et que la réforme institutionnelle qui sera (sans doute) ratifiée par l'ensemble des pays européens d'ici fin 2009, soit bien comprise de tous. La réforme elle-même, et ses enjeux.

 Depuis 1979, le taux de participation aux élections européenne a été en baisse constante pour l'ensemble des pays de l'UE (prenez le temps de lire l'étude TNS Sofres, elle est super intéressante). Certes, en 2004, le très fort taux d'abstention des 10 nouveaux a singulièrement fait plonger la moyenne. Il n'empêche. La baisse de participation, au-delà d'être symptomatique à tous les genre de scrutins, est très révélatrice en ce qui concerne le scrutin européen: les gens ne savent pas pour quoi ils votent exactement.

 En 2004, même dans les pays qui organisaient un scrutin national en même temps que le scrutin européen, le taux de participation pour les élections européennes fut plus bas que l'autre. Seuls les pays où le vote est obligatoire, avec en plus d'eux l'Italie et Malte, ont eu des taux de participations satisfaisants.

 Mercredi, avec le Rendez-Vous des Européens, puis encore le 13 juin à Marseille, puis le 21 juin à Lyon avec les Etats Généraux de l'Europe, puis encore les 10-11 octobre à Nantes, le but est de faire entrer dans les têtes que l'Europe, c'est utile. C'est utile pas seulement parce que ça contraint. C'est utile parce que ça ouvre l'esprit, parce que ça change la façon de gouverner aux niveaux national, régional, local. C'est utile parce que cela constitue un modèle alternatif; un modèle diplomatique, un soft power, mais aussi un modèle d'économie de marché mesurée.

 Mais un modèle à qui il manque encore nombre de qualités, et qu'il faut perfectionner. La plupart du temps, les perfections à apporter dépendent pour beaucoup des Etats nationaux. Parfois même, on a l'impression que si c'était le niveau communautaire qui gérait directement les choses, ça irait mieux. Comme pour le respect du calendrier de la stratégie de Lisbonne, qui vise à faire de l'Europe l'économie la plus performante et la plus à la pointe d'ici 2010. Comme pour le respect des engagements de Cotonou pour le développement des pays ACP.

 

 Mercredi, l'ordre du jour est aux valeurs des Européens. Avec des plateaux d'invités qui varient les sensibilités politiques aussi bien que les nationalités, l'accent est mis sur l'éducation, sur le respect de la personne humaine, sur la politique étrangère, sur l'environnement, sur nos passés différents en fait si semblables.

cohnbendit3.jpg Les tables rondes qui se dérouleront entre 16h et 17h30 iront plus au fond des sujets: mobilité en Europe, "Harvard Européen", médias et Europe, l'exportation de la culture européenne est-elle possible?, mémoire commune, internet et l'identité européenne... Les plateaux sont franchement de qualité, et le ton est mis pour que l'interactivité soit le maître-mot du jour.

 Les séances d'ouverture et clôture, ainsi que l'entretien de JP Jouyet avec Pierre Sled seront retransmis en direct sur Public Sénat.

 

A Lille, nous accueillons Bronislaw Geremek, Martin Hirsch, Rama Yade, Xavier Darcos, Lili Gruber, Michel Rocard, Anne-Marie Lizin, Philippe Starck, Daniel Cohn-Bendit, Philippe Cayla (Euronews), Gottfried Langenstein et Jérôme Clément (Arte), John Thornhill (Financial Times), Alexandre Heully (CaféBabel), Jean Quatremer, Richard Descoings (Sciences Po), Monique Canto-Sperber (ENS Ulm), Jean-Louis Subileau, Agatha Ruiz de la Prada, Dominique Issermann, Versac, et encore bien d'autres.

Photo: Olivier Roller

06/04/2008

Préférences nationales

 Oxfam en a fait l'amer constat: les aides au développement des pays riches s'est amenuisée en 2007. Notre bon président n'en saurait être complètement tenu pour responsable (le budget 2007 n'a pas été voté sous sa présidence). Néanmoins, il serait de bon ton que celui de 2008 épouse mieux les propos tenus par lui sur le co-développement.

 Les pays de l'OCDE ont baissé leur aide au développement de 8,4%, à 103,7 milliards de dollars. Tandis que cette aide n'aurait en toute logique du que s'accroître, du fait des engagements pris par les pays de l'UE lors des Accords de Cotonou. Pour mémoire, l'UE demande a ses Etats-membres d'augmenter leur aide jusqu'à 0,7% du PIB pour 2015. (voir l'article plus complet sur l'aide au développement que j'avais écrit l'année dernière).

 Dans ce paysage assez triste, la France ne fait pas office de très bon élève, passant de 0,47% à 0,39% de son PIB (objectif 2010 pour la Commission: 0,56% du PIB). La Grande-Bretagne heureusement nous permet d'avoir moins honte, en passant de 0,51% à 0,39% en 2007. Quelques pays semblent en revanche respecter leurs engagements, autant que faire se peut. Les pays scandinaves atteignent ou dépassent 1% de leur PIB à l'aide aux pays pauvres. Tandis que la France diminue de 16% son aide, l'Espagne augmente la sienne de 34%.

 On saluera notre ancien Président Chirac qui disait vouloir atteindre 0,7% du PIB pour le développement d'ici 2012 et qui en a baissé le taux dans le budget 2007. Et on souhaitera que Nicolas Sarkozy ne se dise pas que tout est flexible et qu'on peut toujours revenir sur sa parole, en remettant à plus loin le respect des engagements (gradués) de la France pour 2010 puis 2015.

 Pour rappel, le PIB de la France en 2004 était de 1744352 millions de dollars.

   
La Commission Européenne a rappelé les Etats-membres à leurs engagements cette semaine...

03/04/2008

La Pologne adopte le Traité de Lisbonne...

 ... Et Tusk et Kaczynski prennent les anti-européens Polonais pour des imbéciles. Enfin Tusk oui. En ce qui concerne Kaczynski, j'émets un doute sur ses facultés à se montrer plus intelligent que les autres.

 En effet, la Diète Polonaise, chambre basse (le Traité doit encore être approuvé par le Sénat) a voté à une très large majorité pour le Traité de Lisbonne (384 voix contre 56 e 12 abstentions). Très large majorité qui ne laisse pas de surprendre, vu que la Plateforme Civique de Tusk (libéral) ne compte que 209 députés, la gauche 53, le Parti Populaire 31... et PiS (parti des frères Kaczynski), 166!

 Le résultat sans appel vient d'un compromis entre Tusk et le Président Kaczynski, qui me fait bien marrer. Accrochez-vous bien, le parlement Polonais va voter une résolution stipulant que "la Constitution Polonaise est supérieure à la législation communautaire"!!

 Or cela fait environ 40 ans que la jurisprudence Européenne a consacré la supériorité du droit communautaire sur le droit national. Citons wikipedia au lieu de chercher dans mes cours de système juridique de l'UE:

Le principe de primauté a été consacré par l’Arrêt Costa contre ENEL de la CJCE du 15 juillet 1964 (aff. 6/64). L’apport de cet arrêt est primordial. En effet, la Cour va consacrer un principe non contenu dans les traités communautaires et pourtant fondamental puisqu’il signifie que la primauté bénéficie à toutes les normes communautaires et s’exerce à l’encontre de toutes les normes nationales.

La Cour va déduire ce principe d’un raisonnement reposant sur trois arguments :

  • L’applicabilité immédiate (c’est-à-dire le fait que le droit communautaire s’intègre de plein droit et en tant que tel dans l’ordre juridique interne des États membres) ainsi que l’applicabilité directe ou effet direct (c’est-à-dire le fait que le droit communautaire crée dans le patrimoine des particuliers des droits que les juridictions nationales doivent sauvegarder) serait lettre morte si un État pouvait s’y soustraire en adoptant un acte législatif opposé aux textes communautaires.
  • le système communautaire est basé sur un principe de partage des compétences entre la CE et les États membres. De sorte que si les États pouvaient adopter des textes internes contraires au droit communautaire, et les faire primer, cela reviendrait à nier les partages de compétences qu’ils ont souverainement accepté.
  • si chaque État pouvait refuser l’application de normes du droit communautaire par l’adoption de normes internes, cela mettrait à mal l’indispensable uniformité d’application du droit communautaire.

La primauté est ainsi une « condition existentielle » (P. Pescatore) du droit communautaire qui ne peut exister en tant que droit qu’à la condition de ne pas pouvoir être mis en échec par le droit des États membres.

 

 Beaucoup de bêtises pour rien. L'impact de ce mensonge grossier aux anti-européens Polonais devrait être limité: selon un sondage récent, ils ne seraient que 14% à se prononcer contre le Traité de Lisbonne.

 7 pays ont jusqu'à présent ratifié le Traité de Lisbonne. L'article 88-1 de notre Constitution écrit désormais: "La République participe aux Communautés européennes et à l'Union européenne, constituées d'Etats qui ont choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d'exercer en commun certaines de leurs compétences. Elle peut participer à l'Union européenne dans les conditions prévues par le traité de Lisbonne modifiant le traité sur l’Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne, signé le 13 décembre 2007."

19/02/2008

Kosovo, à quoi ça rime?

073265edd13bb87378e0ae0ab9c84822.gif Voilà un sujet que j'avoue ne pas trop maîtriser, je me bornerai donc à des questions, de bon sens, évidemment.

 J'ai reçu coup sur coup sur facebook deux invitations, une pour accueillir un nouvel Etat européen, le Kosovo, une autre pour refuser l'indépendance de l'ancienne province Serbe, à minorité musulmane Albanaise. J'ai donc prudemment refusé les deux invitations.

 Je me demande comment le Kosovo, qui n'a aucune ressource propre, qui n'a pas d'administration durable, et qui vit sous perfusion internationale, peut proclamer son indépendance. En vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes?

 Comment peut-on concevoir une simple proclamation d'indépendance sur un coup de tête, parce que l'on s'est auto-proclamé "nation" kosovare?

 Dans quelle mesure cette indépendance peut-elle être durable, sachant la proximité du Kosovo avec l'Albanie, et le dénuement économique total de la région?

 Dans quelle mesure le gouvernement indépendantiste Kosovar est-il uniquement l'heureux objet d'une lutte entre Etats-Unis et Russie?

 Dans quelle mesure cette indépendance sortie du néant peut-elle destabiliser l'UE, notamment ses pays membres balkaniques à forte minorités (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie), ou bien pays au régionalisme très important (Espagne)?

 Comment les Serbes vont-ils ressentir cette humiliation? Cela va-t-il vraiment aider à assumer les horreurs serbes des quatre guerres de Balkans?

 En d'autres termes, à part une pagaille noire, qu'est-ce qu'un Kosovo indépendant peut bien nous apporter?

Si vous avez des réponses... 

01/02/2008

Pendant ce temps, en Serbie...

 J'ai la sensation que l'on revient doucement à cette période insupportable de l'avant 2005, où l'on avait totalement cessé de s'intéresser à nos voisins Européens, pour uniquement se regarder le nombril. Cela nous avait conduit d'ailleurs, comme en Pologne, par exemple, à renforcer les extrêmes et les partis qui cultivaient les peurs et les sujets anxiogènes, populistes, qui touchent au quotidien. En avait suivi ce référendum dont la campagne avait été dynamique, mais abordée de façon assez lamentable.

 Et après ce résultat du 29 mai si absurde, les Français s'étaient remis à s'intéresser hors des caricatures à la politique, dans sa profondeur, à s'intéresser aux outils permettant de réparer leurs soucis plutôt qu'aux soucis eux-mêmes, et un c49afbf88d7a33073d4eda8f300018d29.jpgertain esprit d'ouverture envers l'Europe, les cultures, etc, a pu émerger.

 Là, une crise de subprimes, une baisse de la bourse ridicule par rapport à sa croissance depuis 10 ans, et on a la sensation qu'il n'existe plus rien à part "le panier des Français". C'est sans doute l'un des problèmes du journalisme immédiat, du journalisme de la dépêche AFP, qui privilégie l'information sanguine à l'information de fond. Bref, au-delà de la frappante r7e3a11dc5e0a34a85456c47b505dec9f.jpgessemblance entre Tomislav Nikolic et Robert De Niro, la Serbie nous concerne au premier chef, et il serait intéressant d'étudier l'influence que peut avoir l'UE et la Commission Européenne sur le résultat des élections présidentielles en Serbie.

 Nikolic est un ultra-nationaliste, de ces Serbes qui refusent de reconnaître que les crimes commis par les dirigeants Serbes lors des différentes guerres des Balkans aient seulement existé. Boris Tadic, président sortant, n'est à vrai dire pas tellement plus honnête avec la reconnaissance du passé récent de la Serbie. Sans doute la doctrine de la "non-repentance" de Nicolas Sarkozy a pu les inspirer.

 En revanche, la grande différence reste dans l'attitude face à l'Union Européenne. Tadic est en faveur d'une adhésion proche à l'Union Européenne, et travaille dans ce sens pour que la Serbie satisfasse aux différents chapitres de négociation ouverts avec la Commission, et qui doivent mener au respect des 3 critères de Copenhague: le respect de la démocratie et des droits de l'Homme et des minorités, la capacité à entrer dans un marché commun concurrentiel, et la capacité à transposer l'acquis communautaire dans le droit national.

 Nikolic lui, se sent plus proche de Moscou, dans une construction de pensée que nous connaissons bien, puisque nous l'avons assez entendue dans la bouche de Le Pen ou de De Villiers, sur l'indépendance et la grandeur de la nation. Schéma simpliste: pour rendre à la Serbie a grandeur, agenouillons-nous devant Vladimir Poutine, plutôt que profiter des fonds structurels et des aides Européens pour enrichir la population.

 Le problème, c'est que si Nikolic a une certaine cohérence dans son schéma simpliste, ce n'est pas du tout le cas de Tadic. Parce que voilà, Tadic veut satisfaire au critère des droits aux minorités, mais en revanche refuse, en campagne en tout cas, l'indépendance du Kosovo, province déjà à moitié sortie du giron de Belgrade (mise sous contrôle de l'ONU). Alors que l'immense majorité Albanaise du Kosovo demande et prépare son indépendance, on aurait du mal à imaginer comment concilier une volonté d'adhésion à l'UE, le respect des minorités, et une sorte de négation des crimes Serbes sur les minorités musulmanes de Serbie.

 Au mieux, Tadic ment pour conserver sa popularité et être élu (et éviter Nikolic, c'est à dire le pire). Au pire, c'est le choix entre un incapable et un type dangereux que les Serbes ont à faire. Bon courage à eux.

20/01/2008

Remise en cause des quotas de pêche?

 Nous avons décidément un président démagogue (l'arrêt de la pub sur France2, "parce qu'on ne peut pas imposer de la pub aux contribuable sur une chaîne publique" est un autre exemple), et finalement, irresponsable. A quoi sert l'annonce hier de la remise en cause des quotas de pêche acceptés par les 27 pays de l'UE en Conseil?

 Le président est-il en tel désarroi depuis l'annonce de sa baisse de popularité continue, qu'il va dire n'importe quoi pour la faire remonter auprès de telle population, puis auprès de telle autre? Cela s'appelle du clientélisme.

 Alors pour les quotas de pêche précisément, que compte faire le président? Et bien profiter de la présidence Française de l'UE pour tout simplement réviser les quotas qui ont été accepté le mois dernier. Lesquels quotas avaient été déjà singulièrement baissés par rapport aux recommandations de l'Union Européenne, qui elle-même avait un peu sous-estimé les recommandations des scientifiques. Et bien donc Sarkozy veut empirer les choses.

 Regardez bien le tour de passe-passe: d'un côté il est censé être le président de l'environnement, de la prise de conscience globale de l'enjeu climatique. Avec images à l'appui Al Gore au Grenelle de l'Environnement, ainsi que des phrases péremptoires type "je suis le président qui a le plus fait bouger les choses en matière de réchauffement climatique" (ce qui n'est pas faux d'ailleurs). Et de l'autre, pour 70000 Français vivant de la mer (dont 24000 de la pêche), il promet de réviser des quotas qui DEJA aujourd'hui ne sont sans doute pas suffisants pour assurer la pérennité du cabillaud dans les mers du nord, et du thon dans la méditerranée. Et ce d'autant que les quotas ont pour tradition d'être établis pour être dépassés. Malgré les efforts de la justice.

 Voilà, notre président Janus, qui pour quelques points de sondages de popularité va dire n'importe quoi devant les marins Français. Et à Michel Barnier, qui mène son ministère avec un véritable esprit de responsabilité et un vrai souci de concertation avec ses partenaires européens, de manger son chapeau. 

 Quand l'idée de faire rêver les Français avec un feuilleton "Amour, Gloire et Beauté" au quotidien sur la vie sentimentale du président ne marche pas, il vaut mieux revenir aux bonnes vieilles recettes: déclarations à l'emporte-pièce et clientélisme.

18/12/2007

Le Traité de Lisbonne et le déficit démocratique

 Sébastien se fend d'un billet sur le Traité de Lisbonne. Il revient sur la construction de l'UE, ce modèle libéral qui tente avec son marché intérieur de pousser un modèle d'économie sociale de marché. Après son rapide historique et son rapide inventaire des avancées, il en vient au débat.

982daa73a388850ba945d8001b836912.jpg C'est bien le problème. Le débat, ce n'est pas les avancées du texte, mais uniquement son mode de ratification. J'en veux beaucoup à plusieurs de mes correligionnaires blogueurs d'intégrer de suite l'idée que "de toutes façons le fond est trop complexe pour qu'on en parle". Ce n'est que démagogie et paresse que de dire cela. Le fond n'est pas complexe. Qui sait lire la Constitution Française sait lire un traité des Communautés Européennes (attention, je ne parle pas du traité sur l'Union Européenne, qui comporte toutes les politiques prévues dans les 3 piliers, mais bien du traité sur les dispositions institutionnelles).

 Alors certes, les parties 1 et 2 du TCE étaient plus faciles à lire. Mais bon, on n'est pas là pour parler de ça. Le problème du débat actuel en France sur l'adoption du traité est profond et trouve ses racines dans les ruines du Mur de Berlin (approximativement). Je vais essayer de faire court.

 En 1986, l'Acte Unique européen décide de l'achèvement du marché intérieur: l'objectif est double, d'abord achever un objectif posé dès 1957, pour ensuite commencer une intégration politique; Avec l'euro, et avec une démocratisation de l'Europe, timidement amorcée avec l'élection au suffrage universel des députés européens en 1979. Le problème c'est que cette volonté de démocratisation va être mise en branle en plein bouleversement international, en plein changement de paradigme des citoyens de l'Europe entière, et en plein chamboulement de l'organisation de l'UE conséquente.

 Entre 1989 et 1995, l'Europe se tape la fin de son alter-ego de l'ombre, le Bloc Communiste de l'est. Elle se prend aussi en pleine face l'instabilité à ses frontières, les guerres d'indépendance de la Slovénie, de la Croatie, et de la Bosnie. Elle doit gérer les difficultés financières de l'Allemagne, qui accueille dans un élargissement qui n'en est pas un la RDA en 1990, alors qu'on prépare l'euro. Elle doit préparer un élargissement à des pays pauvres, qui vont immaquablement bouleverser le quotidien des 15 "riches".

 Ainsi, tandis que l'UE s'apprêtait à organiser doucement une démocratisation pour en finir avec "l'ambiguïté constructive" qui a fait son succès sans les peuples jusqu'alors, elle se retrouve face à la fin du consensus permissif: les citoyens demandent une démocratisation, et comme tout ce qui relève de l'expression des citoyens, ils demandent à ce que cette démocratisation soit rapide.

 Plus facile à dire qu'à faire, d'autant que les hommes politiques nationaux ne sont pas toujours à la hauteur de la tâche pour expliquer les enjeux et politiques de l'UE à leurs concitoyens. La Convention sur l'Avenir de l'Europe présidée par VGE n'est convoquée qu'en 1999, pour réfléchir, en partie, à des solutions à ce déficit démocratique ainsi provoqué.

 La chose à retenir, c'est que l'UE n'y peut que mais des revendications de démocratie des citoyens. Elle pensait pouvoir, à l'image des etats-nation du printemps des peuples, profiter d'une période de longue transition, pour construire sa démocratie européenne, avec son espace public européen. Hélas, la Chute du Mur a rendu complexe la question de l'identité et des frontières de l'Europe. Elle a rouvert le débat des élargissements, qui semblent sans fin. Et les citoyens ont du mal à comprendre le subtil équilibre entre élargissement, et approfondissement.

 De même qu'ils ont du mal à comprendre l'esprit qui anime cette construction. C'est un peu Hibernatus en somme. Le monde et les institutions Européennes ont évolué depuis 1957. Et un beau jour de 1992, les Européens se sont réveillés, et ont paniqué en voyant ce monde qui ne ressemble en rien à une démocratie représentative nationale. Est venu donc le temps de la méfiance, envers une UE qui a besoin de l'OTAN pour régler les guerres des Balkans. Méfiance envers une UE qui un ennemi à ses portes (URSS, crise des euromissiles). Cet ennemi tyrannique et communiste perdu, les citoyens ont oublié que le libéralisme est politique avant d'être libéral, et n'ont désormais que méfiance envers une construction qui leur semble "libérale", et rien d'autre.

 Et aujourd'hui, alors que le Traité de Lisbonne propose des mécanismes institutionnels pour sortir de ce cercle vicieux (plus de pouvoirs aux parlements nationaux, généralisation de la co-décision, simplification de la prise de décision, institutionnalisation du Conseil Européen), nos braves nonistes dénonçant le manque de démocratie en Europe, dénonçant ce complot des élites, se figurent qu'avec un référendum national en France (et un référendum pour dire non, qui plus est), on pourrait "restaurer" la démocratie en Europe. Le chemin me semble bien plus long et passe sans doute plus par une adaptation acculturation des citoyens à l'Europe, que le contraire (même si c'est aux institutions de mieux coller aux réalités sociales).

 Enfin bref, simplisme, quand tu nous tiens...

Lisez également Toréador.

La Hongrie, la force du symbole

 Ferenc Gyurscany (prononcer Guïurchagne) soigne son image de bon élève européen. Et ce malgré une dette publique monstrueuse. Hier la Hongrie a donc été le premier Etat Européen à ratifier le Traité de Lisbonne! Avant les deux turbulents Français et Polonais, les députés Hongrois ont approuvé à une écrasante majorité de 325 sur 386 membres

 Saluons donc ce pays qui déjà avait tenu à rapidement ratifier le TCE, et qui n'oublie pas, sans doute grâce à son histoire, au sein de l'Empire Austro-Hongrois, dans ses relations avec la Slovaquie, dans ses 50 ans de communisme, dans la répression violente de 1956, que l'Europe apporte beaucoup plus qu'un simple marché intérieur, et qu'il convient pour l'apprécier de ne pas se regarder uniquement le nombril.

 "L’histoire européenne nous dicte que la réponse aux problèmes historiques est une entente historique" a dit le premier ministre Hongrois lors de son discours. La France ne sera donc pas la première, ni la Pologne, à ratifier le traité, symboles pour les deux pays d'un "retour à l'Europe". C'est peut-être mieux ainsi: la ratification hongroise est sans doute un meilleur symbole. Moins cosmétique, plus volontaire.

10/12/2007

Soyons très polis avec Kadhafi

 Oui, je sais le jeu de mot est lamentable. Il y a tout de même un bon paquet de coïncidences dans la vie.

8200a0f326379be4daafaec83fbb3589.jpg Kadhafi arrive pour 5 jours de visite officielle au même moment que la journée internationale des Droits de l'Homme. Kouchner peut prétexter un dîner avec son homologue Allemand pour sécher le dîner officiel avec le tortionnaire dont il s'est "résigné" à la venue, Fillon goûte aux joies de l'Amérique du Sud et du Président Uribe, et évite ainsi d'avoir à serrer la pogne de Kadhafi sous la tente qu'on lui a installée après petit caprice dans les jardins de l'hôtel de Marigny...

 Tout était réuni pour laisser à Sarkozy l'entière responsabilité de la venue de Kadhafi à Paris. Il faut dire que ça a un peu des allures de mauvaise blague. Vous savez, le genre de film où le type encombrant s'invite à la maison, et où tout le monde se débine en se refilant la patate chaude.

52dadf43ba0720c56e548cec2cba80e1.jpg Il en a, du courage, Sarkozy, à assumer Kadhafi tout seul pendant cinq jours. A renvoyer Rama Yade dans les cordes alors qu'elle a été la seule à tenter de redorer un peu le blason d'une diplomatie souillée, en rappelant que "la France n'est pas qu'une balance commerciale". Et en ajoutant que "Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort." (oui, j'aime de plus en plus Rama Yade).

 Pauvre Rama Yade, interdite de voyage en Chine, au profit de la ministre de la justice (dont on se demande bien ce qu'elle pouvait apprendre de la justice Chinoise...), réprimandée sur les sans-papiers, tenue de la fermer sur Kadhafi... Pourtant, après vérification, son secrétariat d'Etat est bien lié au ministère des affaires étrangères, et pas à celui de l'économie et des finances.

 Mais compères de Kiwis réagissent différemment. Sebastien se réfugie dans un bien pratique "La Philosophie très peu pour moi", tandis que M. Pingouin s'offusque et que Toréador explique la raison d'Etat, et cherche un milieu entre un cynisme sordide et quelques valeurs qui devraient nous être chères. Saluons au passage l'éloquent et pudique silence de la blogosphère UMP sur le sujet.

 Je parlais dans un précédent billet de la PESC. J'expliquais notamment que l'UE pouvait être une puissance normative, ne disposant pas d'une diplomatie ni d'une armée tournées vers la menace ou la dissuasion. Elle pouvait l'être parce que le monde et la politique marchent globalement par benchmarking: on prend les meilleures recettes trouvées chez les voisins et on essaie d'en faire quelque chose. Cela s'appelle l'influence. Il y a peu d'influence sans crédibilité.

 Oh, évidemment, être une puissance sage, normative, cela implique le long terme, de penser loin. A l'opposé de l'agitation Sarkozienne, qui provoque des actes et des décisions qui n'ont pas l'air d'être inscrites dans la durée. En fait, Sarkozy me fait un peu penser aux Américains qui empiffraient Ben Laden d'argent lors de la guerre entre l'URSS et l'Afghanistan, et qui se sont rendus compte après qu'ils avaient pas prévu les effets d'une politique de si courte vue sur le long terme. 


 Alors voilà, on a signé des contrats pour 10 milliards de dollars, on a mis nos principes bien profond dans une poche, on a décrédibilisé le message de démocratie et de droits humains que l'Europe véhicule "par nature", puisque c'est la caractéristique de sa puissance. Je ne dis pas que l'on ne doit pas parler avec Kadhafi. Discuter et ramener un Etat dans le concert des nations est important, et il n'y a sans doute rien de pire que le refus de dialogue avec un autre Etat, quel qu'il soit. Néanmoins, il y a cette impression amère que notre pouvoir actuel se fiche pas mal de l'intégrité intellectuelle.

 La chute n'en sera que plus dure. Espérons qu'elle n'entraîne que Sarkozy, et pas l'ensemble des Français.

08/12/2007

Publius: la PESC et le Traité de Lisbonne

7d13c8845daf6e88153c0107c4d3dbc5.jpg Voilà, mon premier billet sur Publius est disponible sur ce blog de débats sur l'Europe. Je voudrais remercier la production, le directeur de casting et mes partenaires rédacteurs, sans qui tout cela n'aurait pas été possible.

 

 Depuis l'échec de la Communauté Européenne de Défense en 1954, voulue par la France et fichue en l'air par la France, il est un transfert de compétences régaliennes particulièrement difficile à faire admettre à certains pays, et c'est bien la diplomatie et la politique étrangère. En même temps, il est inimaginable de l'initier sans ces pays, justement. Récemment, le coup de téléphone en porte-à-faux de Sarkozy à Poutine nous a bien rappelé que certain pays tiennent à montrer qu'ils préfèrent continuer à aborder la diplomatie à leur manière plutôt que de se concerter avec leurs partenaires. C'est d'ailleurs plutôt étonnant, au moment où David Miliband (ministre des Affaires Etrangères Britannique) s'attache à remettre au goût du jour l'idée d'une défense européenne.

Il n'y a pas que la diplomatie en politique étrangère, fort heureusement. Revenons rapidement sur les différentes formes de politique étrangère, et ce qui relève de quelle compétence (communautaire ou intergouvernementale).

Pourquoi a-t-on voulu une PESC? Il y a trois principales raisons:
- Tout d'abord, et dans un monde globalisé et très concurrenciel dans tous les domaines, l'union fait la force. C'est le cas de façon très évidente en matière commerciale.
- Ensuite, il a fallu des la création de la Communauté Européenne prendre en compte les héritages historiques. 4 des 6 pays du Traité de Rome étaient de puissances coloniales: les Accords de Lomé de partenariat avec les pays d'Afrique datent de 1975.
- Enfin, il y a les contraintes extérieures: la Guerre Froide, les guerres de Yougoslavie, la volonté de stabilisation des régions voisines, et le partenariat Euro-méditerranéen.

Nous avons donc plusieurs formes de politique étrangère européenne.
Les deux premières donnent un poids conidérable à la Commission européenne, ce sont la politique commerciale (négociations à l'OMC, politique de concurrence) et l'aide au développement (respect des Accords de Cotonou, par exemple). La Commission dispose également d'une direction générale des Relations Extérieures, mais qui ne dispose pas à vrai dire d'un poids politique: elle gère essentiellement les conflits commerciaux (la pêche Portugaise trop proche des eaux territoriales Canadiennes, par exemple).
Et puis il y a la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense) et la PESC, qui forment le second pilier institué par le Traité de Maastricht, et qui fonctionnent de façon totalement intergouvernementale.

A ces prérogatives et domaines d'activité correspondent différentes visions de ce que devrait être la politique étrangère Européenne. Doit-elle être juste un Soft Power, une puissance civile incitatrice, travaillant essentiellement sur le long terme? (aide au développement, compétence communautaire). Ou bien doit-elle être une Europe Puissance, se dotant de capacités diplomatiques et militaires, et laissant plus de poids aux Etats qui ont le plus de capacités? Ou bien doit-elle de toutes façons revoir à la baisse ses ambitions et imaginer juste une Puissance nomative qui influencerait le monde en restant fidèle à ce qu'elle est, ce qui impliquerait que des capacités militaires, et de dissuasion, ruineraient cette attraction d'un modèle de Puissance Sage Européen.

Il y a trois ambitions, et tous les Etats ne sont pas d'accord entre eux sur l'ambition que peut avoir l'UE sur ce sujet; la Suède neutre depuis 200 ans n'a pas la même idée de la politique étrangère que la France, par exemple.

Le Traité de Lisbonne change beaucoup la configuration actuelle de la politique étrangère Européenne, qui souffre énormément de ce dualisme incohérent entre communautaire et intergouvernemental (et au sein de l'intergouvernemental, des différentes visions et égoïsmes des Etats).

En réalité, l'introduction d'un Haut Représentant à la politique extérieure chamboule pas mal cette organisation. Même si, on va le voir, cela dépendra beaucoup des Hommes, et non des textes... Tout d'abord, ce Haut Représentant aura la maîtrise de l'agenda, en président le Conseil des Ministres des Affaires Etrangères. Jusqu'à présent, ce type de conseil était partie du Conseil "Affaires Générales", et au mêm titre que les autres Conseils des ministres, était présidé par le ministre de l'Etat exerçant la présidence tournante de l'UE. La présidence de ce nouveau Conseil exclusivement consacré à la politique étrangère donne pas mal de légitimité et de pouvoir sur l'agenda au Haut Représentant.

Par ailleurs, le Haut Représentant sera aussi membre de la Commission (une Commission rationnalisée à 18 membres pour 27 Etats), et à ce titre portera les portefeuils de l'Action Extérieure et de l'aide au développement. Cela signifie qu'il y aura une plus grande cohérence entre les politiques de court et de long terme, et entre le premier et le second pilier.

Le Service Européen pour l'action extérieure, décidé par le Traité de Lisbonne, crée un embryon de service diplomatique: les représentations de l'UE à l'étranger, jusqu'à présent très centrées sur les politiques commerciales, vont élargir leurs champs d'action.

Reste à savoir en vérité lequel des deux piliers aura le plus d'influence sur ce nouvel outil fédérateur. C'est en cela que le choix du Haut Représentant sera intéressant à suivre, ainsi que ses premières orientations. Comme souvent en politique, les institutions ne sont qu'un cadre relativement flexible. Aux hommes de changer l'histoire.

04/12/2007

L'Europe, Poutine et Sarkozy.

 ... Ou comment comprendre que Sarkozy se fiche pas mal de ses partenaires européens. Bon, il y a les choses dont il se targue d'être le (pro)moteur, et ce n'est sans doute pas sans fondement. Le Traité de Lisbonne par exemple. Ce mieux que rien de rattrapage que je vais essayer de détailler dans les semaines à venir (Allô, Nicolas?).

 Et puis il y a les actes, le genre qui révèlent quel est le fond européen en Sarkozy, où se place son réflexe. En diplomatie par exemple. La diplomatie c'est souvent un bon exemple pour bien évaluer l'esprit de quelqu'un. La politique étrangère est l'un des domaines encore largement dépendants des Etats (si l'on exclut la concurrence et l'aide au développement, qui sont des formes importantes de diplomatie). Quand, par exemple toujours, il y a une élection dans un pays pas trop démocratique, et que l'on se doute bien que le suffrage a été bidouillé, on peut dire que les réaction de protestation relèvent de la diplomatie.

 Tiens, justement, c'était le cas ce week-end avec les élections législatives de Poutinie: ce pays de près de 150 millions d'âmes qui n'ont en vérité pas vraiment vécu la démocratie dans leur histoire. Il est devenu évident pendant la dernière semaine de campagne (détentions préventives et arrestations façon "lettres de cachet"), comme au cours du scrutin, comme en constatant son résultat, que les élections n'étaient pas bien équitable.

 Dans ces conditions, l'Europe, voisin de la Russie, partenaire diplomatique, économique (pour la moitié des pays Européens, le gaz russe contribue à plus de 80% de la consommation de gaz), se devait tout de même de réagir. D'autant que l'Europe promeut ses valeurs et un certain esprit démocratique, à la façon d'une puissance sage. Et ce parce qu'elle n'a pas du tout encore les moyens d'établir une véritable politique étrangère, doublée d'une diplomatie Européenne (qui dit diplomatie dit leviers de pression et possibilité de démonstration de force - que nous n'avons pas).

 Et il se trouve que depuis quelques années les Etats européens et les institutions (Parlement et Commission en tête) sont vraiment insistants face aux viols démocratiques successifs de Poutine. Nous protestons à chaque fois, et à chaque fois avec un peu plus de véhémence. Oui, la protestation ça fait très "esprit Munichois", mais que voulez-vous, le jour où nous aurons une PESC digne de ce nom...

 Voilà que dans ce contexte, alors que Socrates le premier ministre Portugais président de l'UE, alors que Merkel, Brown, Pöttering (président du Parlement européen), et même les USA demandent des explications à ce scrutin, notre petit Nicolas Sarkozy lui, téléphone à Vladimir Poutine pour le féliciter chaleureusement de sa victoire.

 A tous ceux qui diront "ben il fait ce qu'il veut", ou bien "la PESC n'oblige pas de se concerter", etc, je rappellerai que depuis 1970 nous avons une diplomatie gouvernée par un principe: la CPE (Coopération Politique Européenne). La CPE oblige la concertation en politique étrangère afin « d’assurer par une information et des consultations régulières une meilleure compréhension mutuelle sur les grands problèmes de politique internationale ; de renforcer leur solidarité en favorisant une harmonisation des points de vue, la concertation des attitudes, et, lorsque cela paraît possible, et souhaitable, des actions communes » et recommande davantage de coopération « sur les questions de politique étrangère, chaque état s’engage en règle générale à ne fixer définitivement sa propre position sans avoir consulté ses partenaires ».

 Comme quoi, même en 37 ans, il y a toujours des types qui n'ont pas pris d'habitus Européen. L'ennui c'est quand ils sont Français, président, et qu'ils félicitent un dictateur. A moins juste que en réalité, Sarkozy se fiche éperdument de l'UE et de ses partenaires. Ce qui est bien possible aussi.

 Il faudrait que cesse cette enflure de l'égo Sarkozien. A force de ne s'admirer que le nombril avec satisfaction, on oublie de regarder où l'on va.