23/09/2006

Jeunes Européens Sciences-Po

 medium_rubon12.gifAujourd'hui à 14h a lieu l'Assemblée Générale des JE-ScPo, pour les initiés Jeunes Européens Sciences-Po. Il faut évidemment vous expliquer que les Jeunes Européens sont assez bien organisés au niveau local, avec une direction nationale, et des groupes locaux dans différentes villes de France (Bordeaux, Dijon, Caen, Rouen, Toulouse, Besançon, Strasbourg, Lyon, Tours...) ainsi que dans les écoles et universités: Sorbonne, Assas, Sciences Po.

 C'est pourquoi je travaille dans le même temps dans les Hauts de Seine avec le Mouvement européen (qui a beaucoup plus de groupes locaux) et à Paris avec les JE Sciences Po. Notre principale activité en tant que Jeunes Européens reste les interventions Europe à l'Ecole, des présentations de l'Europe, de son fonctionnement et de ses défis aux élèves du primaire à la terminale, dans les lycées généraux ou techniques. Notre objectif étant bien évidemment de passer la petite ceinture de Paris afin d'atteindre les élèves qui ont le moins de chance d'entendre parler et de débattre d'Europe dans leur famille et/ou salle de classe.

 D'ailleurs nous devons souvent affronter la méfiance de certains professeurs qui craignent de la propagande pro-européenne, pro-TCE, ou fédéraliste, alors que nous ne faisons que de l'information (ce qui m'amène d'ailleurs à penser que lors du referendum sur le TCE, le OUI ne faisait qu'informer, le NON que désinformer...)

 

 Cette Assemblée Générale va donc être l'occasion de revoir les responsabilités de l'Europe à l'école ainsi que de l'organisation d'autres manifestations plus ponctuelles, et de la Commission Politique des Jeunes Européens, ainsi que de la rédaction du Taurillon.

 

20/09/2006

Ferenc Gyurcsany, l'homme qui voulait être populaire pour être réélu.

 Si vous suivez les actualités, vous n'avez pas pu manquer ces images vraiment violentes de manifestations des medium_hongrie2.jpgpartisans du parti de Droite (FIDESZ), et des électeurs rendus fous de rage par un enregistrement secret diffusé par les média Hongrois, où l'on entend le premier ministre fraîchement réélu (c'était la seule bonne nouvelle d'Europe centrale et orientale ce printemps pour l'UE et la démocratie...) révéler que lui et son équipe ont menti tout le long de la campagne électorale sur la politique économique et sociale que le parti social-démocrate appliquerait une fois élu.

 En effet, la campagne électorale a plutôt été celle des promesses de réduction d'impôts et d'augmentation des dépenses publiques au service du citoyen...

 

 La réalité est toute autre: la gestion de l'économie Hongroise a mené le pays à un deficit public églisant 10% du PIB cette année. Résultat, demande expresse de l'Union européenne, qui a averti que ce deficit devait absolument être comblé afin d'adopter l'euro, comme le veulent les sociaux-démocrates. Les promesses de Ferenc Gyurcsany ne pourront donc pas être tenues, et même, la réalité de la politique du gouvernement ira sans doute à l'extrême opposé de celle préchée au printempsmedium_hongrie1.jpg (donc hausse des impôts et baisse de aides publiques).

 Ferenc Gyurcsany a donc été selon moi pris en otage par la phrase qui vous accueille sur ce blog, mais surtout le concept qui se cache derrière: "Comment gouverner les démocraties s'il faut être populaire pour être élu et impopulaire pour réformer?"

  

 Et ce parce que même si c'est complètement indigne d'un démocrate de mentir aux électeurs (je déteste et méprise assez les extrêmes en France pour imaginer faire deux poids, deux mesures pour un homme politique envers qui j'ai plus de sympathie), je me contenterais tout de même de soulever trois questions:

 1) Ferenc Gyurcsany avait-il le choix de mentir ou pas? Le pays aurait-il été en de bonnes mains avec Viktor Orban, ex-premier ministre du FIDESZ de droite ultra-conservatrice et eurosceptique?

 2) Viktor Orban n'a-t-il pas lui non-plus menti pendant la campagne, sachant pertinemment la situation économique du pays et développant les mêmes images d'avenir doré à la Hongrie?medium_ferenc_pancho.jpg

 3) Dans quel genre de démocratie vit-on, où les hommes politiques doivent mentir aux électeurs pour espérer une élection? Ne sommes-nous pas déjà entrés de plein pied dans une "démocratie populiste", pour reprendre l'idée chère à mon coeur d'Aristote?

 

 Voilà en tout cas de quoi nous faire réfléchir, alors que nous allons en novembre entrer de pleins pieds dans la campagne de l'élection présidentielle...

16/09/2006

De l'avenir de l'Europe

 

 Sur son blog, Cédric nous fait un compte-rendu des propositions de Nicolas Sarkozy lors de son voyage à Bruxelles il y a quelques jours. Il nous fait aussi le rapport des non-propositions de Ségolène Royal au même endroit. Je dois dire qu'au sujet de l'Europe, j'aurais tendance encore une fois à largement faire plus confiance au programme et à l'unité de l'UMP sur le sujet, plutôt que du PS, qui ne semble toujours pas avoir déterminé une position un peu ambitieuse, mais surtout incontestée, au sujet de l'Europe. On peut croire que le sujet sera déterminé par le désir du candidat nommé par ses pairs de faire de l'Europe un sujet important ou non des prochaines années.

 Comme je l'ai déjà exposé auparavant, l'Europe n'est pas aujourd'hui dans l'impasse uniquement à cause de la mauvaise volonté des dirigeants Européens, mais surtout parce qu'aucun traité digne de ce nom n'a accompagné l'élargissement de 2004, dont la portée a été beaucoup plus importante que prévue par Nice, ce traité mou et pas courageux qui n'a que compliqué le système décisionnel sans le rendre plus efficace.

 Ce que propose Nicolas Sarkozy, et qui réjouit assez mon sentiment fédéraliste, c'est de faire signer par les citoyens Européens en 2007 un Traité institutionnel basé sur les parties 1 et 2 du TCE, qui n'étaient critiquées par personne, et qui permettaient réellement au Conseil des ministres de l'Union européenne de simplifier leurs prises de décision, qui permettaient aussi plus de démocratie participative, de transparence, et de progrès concernant le rôle de l'UE sur la scène internationale. Il propose aussi qu'on détermine quelles sont les frontières de l'Union européenne, en incluant la problématique posée par la Turquie dans cette réflexion.

 Il propose par ailleurs qu'en 2009 on puisse relancer la rédaction d'une Constitution pour l'Europe, pourquoi pas sous forme d'une Assemblée constituante hybride, mêlée au principe de la Convention, qui permet une meilleure représentation des citoyens grâce à la présence de responsables de syndicats et d'associations dans les débats.

 

 Je ne comprends pas comment Pierre Moscovici, Président du Mouvement européen, peut avoir une réaction aussi hostile à ces initiatives du président de l'UMP. Après le 29 Mai 2005 on ne peut plus avoir une ambition aussi déconnectée de la réalité, comme celle qui anime Moscovici.

 J'ai pour ma part compris que donner une fin à ce que doit être l'Union européenne est une réflexion déterminante à mener pour redonner confiance aux citoyens en l'Europe. Ce n'est pas en continuant d'élargir sans rien approfondir, que ce soit au niveau des institutions ou au niveau de la pédagogie aux citoyens, que l'UE s'améliorera. J'ai vu comme chacun les clips de campagne du MPF pendant les débats portant sur le référendum. Ce sont des clips mensongers, qui jouent sur les peurs des Français par rapport à une Europe qui n'arrive pas à se définir. Peut-on avoir légitimement confiance en quelque chose qu'on connaît mal, mais qui en plus ne semble pas savoir où elle va?

 

 Rappelons-nous: les "petits pas"....

 

13/09/2006

La campagne Française vue de Pologne

medium_parade1.jpg

 Vous pourrez retrouver sur PAGE 2007 mon article sur la campagne électorale, les candidats à l'élection, vus de Pologne. Alors quela Pologne vait jusqu'à maintenant toujours considéré la France comme son ami et son protecteur, les rapports de confiance changent de camp, l'intérêt aussi... Toutefois, cet interview nous présente deux visions contradictoires de la campagne sur l'intérêt que les Polonais portent à la France. medium_parade2.jpg

 Je suis allé l'année dernière à Wroclaw, à Cracovie et à Varsovie. J'ai été étonné à chaque fois de pouvoir démolir mes clichés sur les Polonais, leur soit-disant nationalisme associé à un sentiment religieux trop fort. S'il y a certes une grande conscience d'appartenance à une nation que les souffrances medium_cross.jpget l'Eglise ont soudé, je n'ai jamais au grand jamais vu autant d'enthousiasme pour l'Europe qu'à Varsovie lors de la grande Schuman Parade, organisée (tenez vous bien) pour la TREIZIEME fois cette année. Invité par la fondation Robert Schuman à Varsovie pour des journées de rencontre entre les jeunes, j'avais du répondre à d'innombrables questions des participants sur la France, sur Chirac, ou sur Sarkozy. Sur le CPE et le TCE aussi. L'inquiétude des Polonais et leur curiosité pour l'Europe et ses membres, si antipathiques qu'ils puissent être (on ne rappellera pas la "ils ont perdumedium_parade3.jpg une bonne occasion de se taire" de Jacques Chirac...) me donne vraiment envie: pendant la campagne du TCE, je n'ai entendu aucun Français s'inquiéter de ce que représentait e traité pour les autres pays de l'Union.

(Les photos que je vous propose sont celles de la Schuman Parade de Mai 2006)

 

 L'interview ici.

 

05/08/2006

Au revoir Monsieur Dehaene

 Un grand monsieur de la scène européenne a décidé de la quitter incessemment. Jean-Luc Dehmedium_Dehaene.jpgaene, ancien premier ministre Belge, vice-président de la Convention pour l'avenir de l'Europe (celle qui a établi le texte du Traité Constitutionnel Européen), élu en 2004 dans le groupe PPE du Parlement européen a confié "s'ennuyer" dans la fonction: "Je n'ai plus envie de m'investir dans des dossiers techniques, et j'ai peu de prise sur les choses, cela ne me va pas."

 Il faut dire que l'Union européenne traverse des temps morose, d'incertitude, et l'on se demande bien qui pourrait reprendre la barre du bâteau, avant de rencontrer un iceberg... Les responsables de cette morosité ne sont pas à chercher bien loin: c'est nous, peuple Français, qui avons tout arrêté. Jean-Luc Dehaene était considéré comme l'un de ceux qui pouvaient relancer l'idée de la construction européenne. Il s'en va combattre l'extrême droite et agir enfin les mains libres dans la ville Flamande de Vilevorde. 

 L'homme ne semble donc plus croire au projet qu'il avait intelligemment défendu, bec et ongles (contrairement à l'Ex), allant jusqu'à proposer un referendum européen en 2009 pour enfin trancher et rééquilibrer l'injustice qui a fait que deux pays ont pu gâcher l'approbation de 15 autres.

 Jean-Luc Dehaene était un farouche opposant du referendum, que je défendais à l'époque, pensant qu'on ne pouvais plus appeler à une Europe politique, mais bouder l'avis des citoyens européens. Peut-être n'avait-il pas tort lorsqu'il disait que "le débat finit toujours par porter sur autre chose." Comme beaucoup d'Européens convaincus, Dehahene s'est laissé désabuser par le résultat et de cette si épuisante et vaine campagne en France. Il reste persuadé que ce fut un non de méconnaissance, de crainte, d'un peuple vaniteux qui ne cherche même pas à connaître ses voisins; il a raison: nous avons voté en 2005 tardivement sur l'Elargissement de 2004, mais en aucune façon sur le TCE.

 Cette frustration est double: selon lui, le résultat des referenda Français et Hollandais ne permet même pas de comprendre ce qu'il faudrait faire pour voir le oui l'emporter.

 

 


 "Je suis un homme politique d'un autre siècle", conclut M. Dehaene. Alors même que la construction de l'UE doit rester le défit des années à venir. 

 

 

25/07/2006

"Un alcoolique, un menteur, un populiste"

 

 "Un alcoolique, un menteur, un populiste" (dans l'ordre de la photo, Slota du SNS, Meciar du HZDS, et Fico du SMER). C'est ainsi que le chroniqueur du quotidien Pravda (Slovaquie, aucun rapport avec le Pravda soviétique) a défini les trois personnages qui forment l'alliance gouvernementale sortie des urnes en Slovaquie en juin dernier.

 En effet, les élections Slovaques auraient du mieux se terminer... Six partis se partagent désormais les sièges au Parlement: 

- Le Parti de la Coalition Hongroise (forte minorité Hongroise en Slovaquie), le SMK

- Les nationalistes Slovaques, le SNS

- Le parti Social-Démocrate, le SMER

- Le Mouvement chrétien-démocrate, KDH

- L'Union des Chrétiens-démocrates SDKU (mené par Dzurinda et au pouvoir les 8 dernières années.)

- Le Mouvement pour une Slovaquie démocratique, HZDS, dirigé par Vladimir Meciar (premier des dernières élections mais parti d'opposition), qui a mené avant 1998 la Slovaquie à l'isolement. 

 

 Le Parti Social-démocrate après ces élections sur un scrutin proportionnel a rassemblé le plus de suffrages, avec 29,14% des voix exprimée. Le parti du premier ministre sortant Dzurinda a lui rassemblé 18,35% des voix, alors qu'il n'était crédité par les sondeurs que de 12% des suffrages. Les partis d'extrême droite SNS et HZDS ont recueilli respectivement 11,73% des voix et 8,79%. Le parti de la minorité hongroise a totalisé 11,68% des voix.

 

Toutefois, les élections étant proportionnelles, il n'y a pas de grosse prime au vainqueur, et SMER a n'a donc totalisé que 33% des sièges, ce qui ne lui était pas suffisant pour gouverner. Son leader Robert Fico, s'est alors tourné vers les seuls partenaires susceptibles de partager avec lui l'anti-libéralisme et la crainte de l'Europe: les deux partis d'extrême droite: un alliance rouge-brun.

 

Les partis d'extrême droite en Slovaquie n'ont pas le même caractère que les partis d'extrême droite de la "Vieille Europe" ancienne colonisatrice. Son électorat est surtout conditionné par les partages de territoires passés et les dominations qui en ont résulté. C'est pourquoi les Magyars, minorité hongroise qui représente tout de même 10% de la population Slovaque, est l'objet de déclarations racistes violente de la part du leader du SNS. En effet, pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Hongrie n'a pas été particulièrement tendre avec les Slovaques. Elle ne l'avait d'ailleurs jamais vraiment été, et le redécoupage des territoires, les déplacements de population de l'après-guerre ont laissé des pièces du puzzle de l'Europe centrale coincées entre deux territoires.

 

Une alliance avec eux reste tout de même honteuse, et le Parti Socialiste Européen a réagi en bannissant ses membres Slovaques. Mais Fico entend bien défaire tout ce qui a été bâti par son prédécesseur libéral de centre-droit, et qui a mené la Slovaquie à une croissance de 8% (avec l'aide de l'entrée dans l'UE, évidemment).

L'Union européenne n'a quant à elle seulement exprimé son inquiétude face à cette alliance qui nous prouve que le spectre politique est plus proche du cercle que de l'arc de cercle.  En effet, cette alliance, au vu de ce que l'on a pu observer en France pendant le Traité Constitutionnel Européen n'est pas tellement aberrante: On a bien vu Marie-Georges Buffet et Marine Le Pen s'inquiéter toutes deux de l'arrivée de travailleurs étrangers en France... et militer pour le même NON.

 

Ce mouvement de l'extrême droite et des partis populistes en Europe est maintenant un mouvement fort et généralisé, c'est une certitude. De Jörg Haider en Autriche à ce gouvernement Slovaque, on a vu Jean-Marie Le Pen, Pim Fortuyn aux Pays-Bas, l'extrême droite Polonaise au gouvernement, et la Ligue du Nord en Italie devenue le premier partenaire de Berlusconi. 

 

Toutefois, cette montée des extrêmes, dans des pays de la Vieille Europe qui ont du mal à se réformer peut s'expliquer: peu de croissance, beaucoup de chômage, manque de confiance en soi, finalement. Mais dans les nouveaux pays qui attirent toujours plus d'investisseurs étrangers, la crainte est autre. J'ai compris l'un de ses paramètres à Varsovie, invité par la Fondation Robert Schuman à une conférence-débat sur les jeunes et le vote. Ces citoyens nouvellement entrés en UE ne veulent pas devenir des citoyens de seconde zone.

 

Cette peur explique en partie les choix des électeurs d'Europe centrale lors des dernières élections nationales en Europe centrale: Kaczynski en Pologne, l'ODS de Vaclav Klaus en République tchèque (motivée aussi par des réels problèmes économiques), et maintenant cette coalition Slovaque. Quels peuvent être les autres paramètres et comment l'UE peut-elle prévenir ces réactions qui portent des populistes au pouvoir, alors même qu'elle semble en panne? Le fait qu'elle soit en panne est-il une cause ou une conséquence de ce phénomène?

 

Pour finir, une petite blague Slovaque trouvée sur internet:

An American is talking to a Slovak. The American says::
- We have George W. Bush, Stevie Wonder, Bob Hope and Johny Cash....!
The Slovak replies:
- We have Robert Fico, no wonder, no hope, no cash.... 

 

19/07/2006

L'importance de réformer les institutions européennes

De temps en temps, j'espère assez fréquemment, je parlerai d'Europe sur ce blog. C'est sans doute le plus important défi que nous ayions à relever depuis des années. Après avoir échoué à donner à sa construction un caractère politique, avec la Communauté Européenne de Défense avortée par le Parlement français en 1954, voici venu le temps depuis 1992 de rendre l'Union Européenne toujours plus intégrée, et plus politique.
 
Hélas, si jusqu'à présent nous avions réussi à adapter à chaque élargissement une réforme institutionnelle permettant un fonctionnement sain et efficace de la communauté, ce n'est aujourd'hui pas le cas.
 
En 1986, l'Acte Unique allait de pair avec l'entrée de l'Espagne et du Portugal. Mais bien plus que l'Acte Unique Européen, c'est le livre blanc sur l'achèvement du marché intérieur, publié par la Commission européenne qui est important.
 
En 1990, un élargissement qui n'est pas comptabilisé s'opère. Pourtant il bouleverse la donne européenne: c'est la réconciliation des deux Allemagnes, et l'entrée dans la Communauté d'un pays pauvre. Cet imperceptible élargissement va redéfinir l'engagement de l'Allemagne au sein de la Communauté Economique Européenne, et va fortement influencer le traité de Maastricht de 1992, qui prépare aussi l'Elargissement de 1995, le dernier élargissement à des pays riches, dans une Europe homogène.
 
Dans le même temps, il devient évident que les anciens pays satellites de l'Est de l'Europe de l'URSS ont vocation à faire partie de la cosntruction. Les critères de Copenhague sont définis en grande partie par rapport à ces élargissements à prévoir.
 
Depuis 1997, ces pays candidats à l'adhésion savent que l'entrée est proche. Cependant la Commission européenne (qui n'a qu'un avis consultatif sur les Elargissements, ceux-ci restant décision du Conseil européen) propose différentes façons de faire entrer ces 10 candidats. Premier arrivé, premier servi, petits groupes, ou bien tous ensemble, solution finalement adoptée par le Conseil européen.
 
Tous ensemble, c'est à dire le plus gros élargissement de l'histoire, à des pays qui ont une autre culture politique, un autre passé, un autre intérêt citoyen à la politique, et surtout, des clivages socio-politiques différents, qui changent indéniablement la perception des partis politiques de l'Est par rapport à l'UE. Le clivage "jeune" contre "vieille" Europe de Rumsfeld n'était en fait pas si faux. Ces pays ont goûté à la protection Américaine et ont vécu comme leur véritable intronisation dans le monde libre leur accueil au sein de l'OTAN. Ils ne voient pas pourquoi l'UE devraient se construire en contradiction, ou bien à côté des USA.
 
En 2000, sans être conscients de ces différences, ou du moins de leur impact, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne signent le Traité de Nice, qui complique encore le processus décisionnel au sein du conseil des ministres de l'UE.
 
Le fonctionnement institutionnel de l'Union européenne est complexe, et ce n'est pas pour rien si Jacques Delors l'a comparé à un OVNI. Les pouvoirs exécutif et législatif sont partagés entre trois institutions: le Parlement européen qui n'a qu'un pouvoir législatif, ainsi qu'un pouvoir de contrôle sur la Commission, la Commission, qui fait office de gouvernement, et qui dans cette optique légifère (directives ou réglements), et le Conseil des Ministres de l'Union européenne, qui n'est contrôlé par personne puisqu'il est composé des ministres de chaque pays européen.
 
Le Conseil des ministres concerne tous les ministres des gouvernements de l'UE. Il n'y a pas UN conseil des ministres, mais plusieurs. De l'agriculture, des affaires étrangères, de l'économie et des finances, de la justice... A chaque fois les 25 ministres se réunissent, et lorsqu'ils prennent une décision (en votant), celle-ci entre en action.
 
C'est justement cette prise de décision qui est changée par le Traité de Nice, alors qu'elle était déjà bien complexe auparavant. Il y a au Conseil des ministre trois façons de prendre une décision.
La majorité simple
L'unanimité (pour des questions telles que les taxes ou la politique étrangère)
La majorité qualifiée. 
 
La majorité qualifiée est utilisée pour environ 80% des décisions qui sont prises lors des Conseils des ministres de l'Union européenne. Voici comment on peut l'expliquer;
 
Avant Nice

Jusqu’au 1er novembre 2004, date à laquelle sont entrées en vigueur les dispositions du traité de Nice concernant la prise de décision au Conseil, le seuil de la majorité qualifiée était fixé à 71% des votes. Le vote des États membres était pondéré sur la base de leur population et corrigé en faveur des pays les moins peuplés.

- Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie : 10
- Espagne : 8
- Belgique, Grèce, Pays-Bas, Portugal : 5
- Suède, Autriche : 4
- Irlande, Finlande : 3
- Luxembourg : 2
- Total : 87

Pour arriver à la majorité qualifiée, il fallait obtenir au moins 62 voix sur 87.

Après Nice


Suite à la conférence intergouvernementale de 2000 et au Traité de Nice, le nombre de voix attribué à chaque État membre a été revu. Il faut maintenant que deux conditions soient réunies pour obtenir la majorité qualifiée. La décision doit recueillir un nombre déterminé de voix mais doit recueillir également un vote favorable de la majorité de la population (62%).

- Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie : 29
- Espagne, Pologne : 27
- Roumanie : 14
- Pays-Bas : 13
- Grèce, Tchéquie, Belgique, Hongrie, Portugal : 12
- Suède, Bulgarie, Autriche : 10
- Slovaquie, Danemark, Finlande, Lituanie, Irlande : 7
- Lettonie, Estonie, Slovénie, Chypre, Luxembourg : 4
- Malte : 3
- Total : 345

232 voix sur 345 sont nécessaires pour atteindre la majorité qualifiée. Mais il faut également que cette majorité comprenne au moins 62% de la population totale de l’Union. Si cela n’est pas le cas, la décision ne peut être adoptée.

Ce qu’a proposé la Convention

Dans son projet de Constitution, la Convention rompt avec le système de pondération des voix. Ce qui aurait évité de trop longues négociations concernant la pondération des voix et l’établissement du seuil de la majorité qualifiée lors des prochains élargissements. Deux conditions pour atteindre la majorité qualifiée : - Rassembler la majorité des Etats membres
- Représenter au moins les 3/5 de la population de l’Union.
 
 
 
Nous fonctionnons aujourd'hui, par la faute de certains qui ont parfaitement réussi à désinformer sur l'Union européenne pendant la campagne référendaire, avec les institutions données par le traité de Nice, que tout le monde s'accorde à dire insuffisantes et frustrantes.
 
Voilà donc pourquoi il est fondamental d'arriver à réformer les institutions. Parce que pour un élargissement à 10 en 2004, nous n'avons pas eu de réelle réforme institutionnelle pour donner un pendant à cet équilibre widening/deepening sur lequel le fonctionnement de l'UE est posé.