08/06/2009

7 enseignements de la campagne européenne en France


1/ La Présidence Française de l’Union européenne n’a eu absolument aucun impact sur la mobilisation des Français aux urnes. L’abstention à frôlé les 60% malgré un deuxième semestre 2008 extrêmement prolixe en communication sur l’Europe.


2/ L’UMP a mobilisé son camp, sans prendre de position trop clivante, à l’exception de l’opposition à l’entrée de la Turquie. Comme le disait Michel Barnier lors d’une sympathique rencontre mercredi soir :  « pourquoi vouliez-vous que l’on parle de fédéralisme ? Nous cherchons à rassembler notre camp ! ».


3/ A l’inverse de l’UMP, on s’est rendu compte de l’extrême volatilité de l’électorat socialiste, qui dispose d’une base électorale très faible. Illustration dans ma ville à Boulogne-Billancourt, où le PS est habitué à des résultats entre 18 et 25%, et qui a fait hier 9% des votes.


4/ Le grand succès de cette élection reste celui de la liste qui a réussi à réunir 2 concepts auacieux : Europe et Ecologie. Et qui a réussi à aller au-delà de la compréhensions désuette et galvaudée de « l’écologie » pour faire passer le message de « l’écologie politique » (avec ses pans environnemental, social, macroéconomique). Un élément important de son très grand succès: Europe-Ecologie est deuxième dans les grandes villes de France: Bordeaux (22,34%), Lyon (23,7%), Paris (27,46%), Marseille (16,3%), Toulouse (22,05%), Nice (15,83%)... Exceptions pour Dijon (19,19% pour EE contre 19,99% pour le PS) et Strasbourg (21% contre 23,36% au PS).


5/ Le MoDem s’est absolument trompé de campagne, et François Bayrou peut le prendre personnellement : mis en avant partout, le leader MoDem a sans doute voulu rejouer la présidentielle. Las, depuis 2007 le nouveau parti démocrate n’a mis en avant absolument aucune tête nouvelle. C’était l’occasion de montrer un parti prolixe grâce à Sylvie Goulard, enivronnemental avec Corine Lepage. Mais elles furent inaudibles, écartées des télévisions au profit des vieux de la vieille : François Bayrou et Marielle de Sarnez. Par ailleurs, le dérapage de l’Arbitre des Elégances Bayrou sur le plateau de « A vous de Juger » lui a fait perdre une grande crédibilité.


6/ Les électorats socialiste et démocrate se sont donc répartis vers Europe-Ecologie, grâce à 3 positionnements principaux :

-    Europe-Ecologie a réussi à ringardiser les partis classiques. L’état d’esprit de gauche étant plus volatile que l’électorat de droite très mobilisé, l’aspect mi-ONG, mi-parti politique a rencontré un grand succès.
-    Europe-Ecologie a réussi à incarner un projet fort autour duquel se rassembler, et l’a bien matérialisé autour de l’étrange tandem Bové/Cohn-Bendit ; si deux personnalités si éloignées pouvaient s’entendre, c’était bien autour d’un contenu fort, et qui nous dépasse.
-    Europe-Ecologie a réussi une campagne positive qui a parlé de grandes ambitions vers lesquelles tendre, et notamment une ambition à l’échelle européenne, sinon mondiale : l’environnement et le changement d’un système qui ne semble plus crédible. Or, selon OpinionWay, 29% des électeurs ont voté en tenant compte de l’environnement, 25% en tenant compte des inégalités.


7/ Les extrêmes n’avancent pas. Avec 6,3% le Front de Gauche fait à peine mieux que les 5,9% du Parti Communiste en 2004. NPA et Lutte Ouvrière cumulent ensemble 5% des votes, contre 2,6% en 2004 mais n’obtient aucun élu. Le FN baisse encore à 6,5% contre 9,8% en 2004. Et Libertas recueille 4,8% des voix contre 8,4% en 2004 (MPF+CPNT).
C’est bien la preuve que l’opinion anti-européenne (et encore, peut-on classer le Front de Gauche là dedans) ne progresse pas, et que la critique systématique (et systémique) radicale envers l’UE ne fait plus recette.

Commentaires

Merci pour cette analyse qui est à mon avis bien plus juste et construite que celles de la plupart des éditorialistes et journalistes des grands médias! (qui se contentent souvent de dire qu'Home et l'effondrement du PS ont suffit au succès d'Europe Ecologie alors qu'on peut observer la progression dans les sondages au fil de la campagne (sur le terrain et sur le web)).

Écrit par : Cédric | 09/06/2009

Bonjour, vous oubliez la candidature d'éva joly, pressentie au Modem l'an dernier et qui complétait la "panoplie EE" avec un volet "justice" notamment dans le milieu de politico-financier.
Au dela de questions techniques de mobilisation d'électorat, l'élection ne montre donc-t-elle pas que les 3 attentes des français sont 1) sortir de la crise (et donc créer de la richesse avant de la partager, d'où vote UMP ), 2) sauver la planète (EE - Cohn-Bendit / J. Bové), et 3) plus de justice (EE - Eva Joly ) ?

Écrit par : weirdman | 09/06/2009

Un bon nombre d'adhérents PS (adhérents et pas seulement électeurs) en ont profité pour faire passer un message.
A mes yeux EE a réussit à rassembler les trois vraies nouveautés clivantes de ces dernières décénies, nouveautés à même de reconstruire une gauche (au sens large): écologie politique, altermondialisme, lutte contre la corruption et les parads fiscaux (et indirectement la financiarisation).
Cela nécessite de tirer la pelote et d'en faire un ensemble cohérent porteur d'un changement de société. A suivre !

Écrit par : erasme de metz | 09/06/2009

Alors, cet article sur le referendum irlandais? et sur Klaus?

Écrit par : asophie | 04/10/2009

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