26/02/2009
Benoît Hamon, Sisyphe ou Bousier?
Jules m'a donc proposé de venir poser une ou deux questions à cet espèce de noniste, petit homme ténébreux et joyeux comme un croquemort pétri de vanité. Ben évidemment, oui. D'autant que j'apprenais par la même occasion que j'y retrouverait l'ami Junkie et l'ami Eric, de touteleurope.fr.
Tout d'abord, je dois m'excuser. Benoît Hamon en vrai, n'est pas un croquemort pétri de vanité aussi drôle qu'une porte de prison birmane. C'est à vrai dire un type souriant, charmant et charmeur, qui apprécie la bonne vanne et qui tourne peu autour du pot. Il se contredit beaucoup (nous y reviendrons), il est assez approximatif sur le fonctionnement des institutions, mais franchement, il m'a plu.
Ce qui est un gros choc pour moi.
Contexte pré-électoral favorable au PS
Pour Benoît, les Français continuent de rejeter la construction européenne. La crise économique donne au PS l'enviable statut de la valeur refuge, et le rejet de Sarkozy jouera sans doute en faveur. En plus de ça, le PSE est prêt à en finir avec le "compromis social-démocrate/démocrate-chrétien" pour faire vivre "normalement" le clivage droite/gauche au Parlement européen.
Alors je ne sais pas où Benoît est allé pécher ses statistiques. Je le lui ai d'ailleurs demandé, et il n'a pas répondu. Parce que les Eurobaromètres qui mesurent l'adhésion des citoyens à l'UE n'ont pas encore fait paraître le rapport du Printemps 2009 (basé sur les sondages de l'automne 2008), donc on a assez peu d'idée du rejet - ou non - de la construction européenne en France. Les seules mesures dont on dispose, c'est effectivement, l'impressionnante chute de la confiance dans l'Union entre septembre 2007 et mars 2008. Et une étude BVA de la fin de la PFUE qui démontre que les Français ont été très satisfait du rôle de leur pays dans l'UE en 2008. Plus cette étude médiascopie de décembre 2008 qui donne le mot "Europe" comme l'un des trois mots magiques qui rassurent les Français.
Ensuite, sur le PSE, Benoît développe: "nous nous sommes dotés d'une charte, mais le PS français ira beaucoup plus loin". Je bondis, et EuroJunkie aussi. Comment peut-on dire à la fois "Le PSE est plus cohérent que jamais et prêt à faire vivre un vrai clivage gauche/droite au parlement européen", et en même temps admettre que la Charte électorale du PSE n'est qu'un consensus a minima qui contraint le PS français à aller "bien plus loin"? C'est plutôt l'aveu d'une faiblesse...
Il y aurait enfin beaucoup à dire sur la formule de Benoît: "faire vivre normalement le clivage droite/gauche au Parlement européen". Le seul fait que le Modem soit membre du groupe des Libéraux me semble douteux sur la cohérence des groupes politiques. Le PPE est composé aussi bien d'UMP comme Barnier que de PiS (Droit et Justice, le parti des frères Kaczynski) eurosceptique. Le PSE est composé aussi bien de travaillistes que de socialistes comme Hamon...
D'ailleurs, Benoît l'admettra lui-même plus tard sur chacun des sujets que nous avons abordés avec lui: le SPD "fait des complications sur le plan de relance automobile", les Travaillistes et les Sociaux-démocrates portugais "ne sont pas chauds pour Rasmussen à la présidence de la Commission"... Bref, le PSE est loin de cliver.
Il semblerait par contre que le PSE ait son candidat à la présidence de la Commission. Le PPE a affiché unanimement son soutien à la reconduction de Jose Manuel Barroso, et le PSE a brillé par son atonie. Harlem Désir évoquait dernièrement dans le Taurillon la candidature de Rasmussen, l'ancien premier ministre danois, Président du Parti Socialiste Européen... Hamon le soutient de même si c'est un social-démocrate ("si vous connaissiez Poul Nyrup, vous vous rendriez compte qu'il est tout sauf gauche molle!" répond-il à Eurojunkie)
Le Parti Socialiste Européen a une excellente carte à jouer à porter une partie du débat des européennes sur la personnalité à nommer à la présidence de la Commission européenne. Barroso est l'objet d'un rejet massif de la plupart des défenseurs de l'intégration européenne, de droite comme de gauche, et objectivement, je doute que Barnier, Lamassoure ou Grossetête soient ravis d'avoir à traîner ce boulet pendant la campagne.
Crise économique et protectionnisme
Benoît n'est pas très à l'aise avec le PS, le PSE, les institutions européennes... Alors à chaque fois qu'il le peut, il digresse vers la crise économique, le protectionnisme européen à adopter. Le garçon insiste sur quelques points:
- Clause de sauvegarde sociale pour les industries en difficultés
- Défense des règles de l'Organisation Internationale du Travail auprès de l'OMC
- Contraindre les groupes internationaux à capital européen, dont les marchés sont en Europe, mais qui ont délocalisé leur production, à une politique de relocalisation de l'activité
Bon... On en pense ce qu'on veut, mais à part la deuxième proposition, c'est un peu compliqué tout ça. D'autant que je saisis mal la cohérence entre la clause de sauvegarde pour les industries en difficulté, et le développement des industries des pays en développement. Surtout que les clauses de sauvegarde, l'UE est capable d'en invoquer auprès de l'OMC (cf. l'ouverture du marché européen au tissu chinois en 2004, qui s'est fini en clause de sauvegarde ardemment négociée auprès de l'OMC).
Avec ces quelques arguments massue: "on parle de l'économie de l'intelligence, mais nos ordinateurs sont fabriqués en Inde!". Bon, euh... Benoît, comment t'expliquer que l'ordinateur, c'est effectivement la préhistoire de l'innovation technologique?
Un impôt européen
Benoît est en faveur d'une augmentation conséquente du budget européen. Par un impôt additionnel à l'impôt sur le revenu. Ce ne serait que justice, je le soutiens à 100%. Se voyant d'ailleurs soutenu, Benoît s'enflamme!
Benoît aborde une fiscalité commune! Un "serpent social européen"! Eric le recadre prestement "oui, enfin il faut l'unanimité au Conseil (des ministres) pour ce sujet..." Benoît "oui, oui, effectivement..." Eric en rajoute une couche: "pour sortir de l'unanimité, il faudrait un nouveau traité" Benoît "oui, oui..." (Eric a la mansuétude de ne pas revenir au TCE, qui permettait d'éviter un nouveau traité pour le passage de tel ou tel sujet de l'unanimité à la majorité qualifiée). Enfin, Eric enfonce une dernière fois le clou "Et puis c'est à Nicolas Sarkozy d'en parler. C'est le Conseil européen qui définit ce genre de priorités".
Benoît abandonne la partie. En déplorant tout de même sa situation: être socialiste en Europe, c'est être comme Sisyphe, condamné à pousser son caillou jusqu'à ce qu'il retombe. Que Benoît prenne garde, afin qu'on ne transforme pas Sisyphe en bousier (ce petit scarabé sympathique).
Secret bancaire et fraude fiscale
Il est néanmoins des sujets sur lesquels l'unanimité semble commencer à se faire, et pour lesquels un accord intergouvernemental semble proche. Notamment la levée du secret bancaire. Puisque, selon Benoît, même pour Juncker "le statu quo est intenable".
Cela donne l'occasion à Benoît d'insister sur son travail de parlementaire et sur son rapport à venir. Un rapport fleuve sur la fraude fiscale.
"Certaines commissions produisent 100 rapports. D'autres 2500"
Le malheureux. Il évoque son travail de parlementaire. Il est temps de ressortir nos statistiques!
8 questions, 6 propositions de résolution (la dernière en mai 2008), juste une seule fois rapporteur (février 2006), 19 interventions en plénière... Et 2 rapports, dont un sur le FMI, et l'autre comme recommandation avant 2eme lecture en commission parlementaire.
Je le félicite donc: "nous attendons impatiemment le 4eme! En cinq ans c'est bien le moins!"
Et Benoît de répondre "Vous savez, c'est facile de faire des rapports sur rien pour faire du nombre. Et puis il y a des commissions parlementaires qui publient 100 rapports par mandature, et d'autres qui en publient 2500!".
Bon, on l'aura compris, Benoît n'aime pas qu'on le titille là-dessus.
En off, après le débat, il confie que c'est la foire à l'empoigne pour choper un rapport au Parlement européen, et qu'il faut se battre, et que Pervenche Beres et lui font de leur mieux. Ben on est rassuré.
Bon, en conclusion, il est quand même sympa. Et puis il veut dépasser le clivage pro/anti européens, ce qui devient un signe de fédéralisme. Il avoue également avoir été agréablement surpris par la capacité des Européens à sortir du cadre des traités (et du coup, on le soupçonne de regretter un peu sa campagne pour le non au TCE, pépère).
Et puis il a rigolé à mes blagues sur le modem, alors forcément, cet homme est fréquentable.
On regrettera qu'il ne soit pas resté plus longtemps pour discuter avec les autres blogueurs, frustrés d'un débat au format un peu "conférence de presse"... Mais Benoît Hamon est un homme comme les autres, avec des enfants et une femme danoise.
17:16 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : benoît hamon, republiquedesblogs, république des blogs, europe, parlement européen, élections européennes, ps, pse







Commentaires
une bonne soirée apparemment; c'est bien de recevoir des chocs de temps en temps, histoire de se rappeler que rien n'est jamais ou tout blanc ou tout noir (ou tout bleu avec des étoiles autour)!
Écrit par : asophie | 26/02/2009
Benoît Hamon, Sisyphe ou Bousier?
En fait ta description de Benoit Hamon m'évoque un élève, pas trop brillant, pas trop intéressé par ses cours, mais qui veut paraître (au PS)et souhaite redoubler.
Le Parlement Européen lui a servi de marche-pied et lui a servi un salaire.
Il a pris l'argent, il a instrumentalisé le job, il n'a rien appris et n'a pas fait grand chose,
sauf une campagne noniste, toujours la stratégie nationale, dans une ignorance crasse des enjeux.
Avec Peillon, son jeu de mandats musicaux, et ce qui ne peut être que parfait mépris pour les électeurs et un vrai déshonneur,
et quelques autres de tous bords,
Benoit Hamon est parmi les recasés parlementaires européens, au titre de sa vie apparatchik.
Les élections européennes (en France) servent aux partis à caser leurs inutiles et leurs vaincus, l'idée européenne piétinée par ceux la même qui devraient la promouvoir.
Sébastien S. a raison sur un point: il faut en finir avec le cumul des mandats.
Je pense que nous parlerons des élections européennes dans les semaines qui viennent, et des VERTS, menés par un vrai européen Cohn Bendit, avec un bien curieux attelage Bové-Joly.
Écrit par : jlouis | 27/02/2009
La photo que vous utilisez a un auteur, c’est à dire moi,
merci de me citer, si possible,Raphaël MICHEL, ça serait sympa.
Quand on récupère des photos sur internet, on essaye de s’informer de son origine afin de ne pas commettre d'impairs.
Écrit par : Raphaël MICHEL | 15/02/2010
thanks for sharing.
Prefabrik
Écrit par : Prefabrik | 27/01/2011
Pour rebondir sur la Bourse et en particulier le CAC40, après avoir tenté une initiation, je n'ai pas continué plus loin. Le système de spéculation est attrayant et prenant en soit, mais l'attrait du profit rend la chose malsaine à mes yeux. Je ne serais pas surpris d'apprendre que la bourse entraine une dépendance chez certaine personne. C'est un peu comme le joueur de casino, attiré et pris par le jeu d'argent, ayant du mal à décrocher...
Écrit par : torrent | 20/05/2011
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Écrit par : Übersetzer Italienisch | 21/06/2011
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Écrit par : Eva Long | 22/06/2011
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Écrit par : specialvacances.com | 28/11/2011
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