28.08.2008
Mosco a-t-il la win?
J'ai pu entendre un bout de Moscovici à la radio ce matin. Une prestation qui manquait de Nicolas Demorand, mais globalement franchement bonne.
Ce que j'aime chez Moscovici:
Il aborde les questions de positionnement idéologique et politique du PS, et il est le seul à le faire. Comme le soulignait Pierre Weill, il n'y a pas franchement de grande différence entre Royal, Delanoë, Aubry et Moscovici. Politiquement et économiquement, s'entend. Dans leurs stratégies pour le Congrès pourtant, on remarque que à l'exception de Moscovici, tous les candidats jouent la carte du positionnement personnel:
- Delanoë rejette la gauche du PS et refuse tout accord avec les fabiusiens et avec Ségolène Royal. C'est appréciable. Il jouit d'une image et d'une réputation qui lui permet de construire une histoire, qu'il entretient depuis quelques années, à coup de "les parisiennes et les parisiens", à chacune de ses interventions. Il a choisi délibérément d'assumer le libéralisme et son acceptation, tout en continuant à bercer les socialistes d'idées genre "moi Delanoë, je pourrai maîtriser le libéralisme si jamais je suis en situation".
- Ségolène Royal joue la carte du hors-parti. Normal: elle a perdu presque tous ses soutiens à l'intérieur de celui-ci. Malgré une année de déchéance politique, elle réussit le tour de force de toujours jouer la carte de "la principale opposante au président Sarkozy", ce qui, sans être membre du parlement, est plutôt fort. Cela souligne le conservatisme de l'opinion, qui n'aime pas tellement changer une tête dont elle est déjà habituée (d'où ses 28% d'opinion favorable pour devenir secrétaire nationale du PS).
- Martine Aubry, si quelqu'un savait ce qu'elle faisait à part dire qu'elle accepte l'aide d'où qu'elle vienne (y compris de Fabius), ça m'aiderait.
Moscovici lui, joue une triple carte. Une carte générationnelle, avec Montebourg, une carte locale avec son accord sur la "ligne claire" avec Guérini et Colomb, une carte idéologique assumée, avec Cambadélis et les Strauss-Kahnien. Il n'a pas à justifier son positionnement politique: il est assumé. Moins populaire parce que moins intéressé par les médias sans doute, que ses concurrents, il dispose de la latitude suffisante pour assumer l'indécision: Moscovici veut que son parti décide d'une ligne idéologique. En cela, il est aussi dans la tradition d'un PS globalement beaucoup plus démocratique que l'UMP.
Ce que je n'aime pas chez Moscovici:
Les velléités d'entrée dans la démocratie d'opinion. Lorsqu'il parle d'ouvrir les primaires du PS à l'ensemble des sympathisants de gauche, que favorise-t-il, sinon le pouvoir des sondages sur le fond?
On peut se demande pour quelle raison le candidat qui porte le plus haut la question de l'identité et du positionnement politique du PS se prononce aussi fortement pour une telle mesure. On en saisit d'ailleurs la limite lorsque sur France Inter ce matin, il dit: "il n'y a pas de leader qui se détache et qui rassemble les militants". Weill lui répond: "tout de même, Delanoë 31%, Royal 28%... et vous 9%". Moscovici trouve alors le moyen de lâcher que les sondages n'est-ce pas, ça ne fait pas tout.
Malgré tout, la candidature de Moscovici semble être la seule qui présente une méthodologie pour le PS. Positionnement idéologique, incontestable, démocratie interne tournée vers l'extérieur et les attentes des Français (la désignation du candidat PS par des primaires ouvertes aux sympathisants a aussi des avantages), puis ensuite, désignation du candidat.
C'est aussi un coup de poker. La sociale-démocratie peut-elle gagner si la forme et l'opinion est plus puissante que le fond et l'identité politique? On voit comment Nicolas Sarkozy a gagné, depuis 2004: comment il a gagné l'UMP, comment il a gagné au sein de l'UMP, et comment il a gagné la présidentielle.
Voyons-nous une quelconque vertu et quelconque démocratie dans cette succession de victoires?
En gros, Moscovici, cela me plaît. Mais cela peut-il gagner?
19:05 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : moscovici, delanoe, ps, royal, aubry, sarkozy, gauche







Commentaires
Tu changes de chapelle ?
Ecrit par : Seb | 28.08.2008
Tu traines trop avec certaines personnes et pas assez avec d'autres!
Martine Aubry propose une alliance Delanoë-Moscovici-Fabius (Ligne claire et d'autres en prime) autour de sa personne. c'est pour l'instant ce qui en ressort. Par ailleurs quand on lit les contributions, les textes sont assez proches pour qu'il y ait alliance. Seules les problèmes d'égo posent problème.
Ecrit par : abadinte | 29.08.2008
La désignation du candidat par l'opinion n'a de sens que s'il s'agit de désigner un candidat commun à la gauche démocratique(Verts-PS-PRG), pas vraiment s'il ne s'agit que de désigner le candidat du parti.
Il est vrai que le positionnemetn d'Aubry ne me semble pas très évident. Le fait de vouloir s'associer à Fabius est déjà une idée bizarre pour former une majorté alors que ce dernier a fait campagne en 2005 contre la position du parti. Je ne vois pas bien en quoi il est un personnage de confiance.
La position de Pierre Moscovici consistant à refuser la présidentialisation du parti est la bonne. Accepter uen telle dérive c'est cautionner la Ve République alors qu'il faut la changer.
Ecrit par : valery | 29.08.2008
C'est marrant que tu aies supprimé la rubrique sur le MODEM 92.
Ca faisait de la peine?
Pour Moscovici, tu oublies sa tactique de positionnement
"le premier secrétaire doit être un élu du Parlement, là où se joue la Démocratie"
Du coup, il ne resterait plus que Julien Dray dans cette définition
Royal et Aubry n'étant pas parlementaires
et Delanoe ne l'étant plus.
Ecrit par : jean louis | 29.08.2008
Et bien pour l'instant, il reste ma préférence à moi, comme le chantait Julien Clerc. Mais je dois bien avouer que c'est plus un choix par élimination qu'un véritable vote d'adhésion. Ca peut encore changer d'ici novembre.
Petite question pas indiscrète : alors c'est vrai ? tu as vraiment pris une carte au PS ou bien alors je n'ai rien compris une fois de plus ? parce qu'il est vrai qu'on n'a pas besoin d'être adhérent pour s'intéresser au congrès du principal parti d'opposition.
Ecrit par : marc | 29.08.2008
Jean-Louis, Pierre Moscovici est également considéré comme parlementaire. Mais parlementaire européen, pas parlementaire français. Alors, est-ce dans sa phrase il incluait aussi les eurodéputés ou bien il parlait uniquement du Parlement français ? Il est vrai que dans le second cas, sa candidature serait quelque peu contradictoire avec ses propos. Mais qui n'a jamais été contradictoire (en politique comme dans la vie) ?
Ecrit par : marc | 29.08.2008
Marc, Pierre Moscovici a été élu député à l'AN en juin 2007! Il a donc quitté le parlement européen (l'un de mes regrets, d'ailleurs).
Non, je n'ai pas pris ma carte au PS, mais je m'y intéresse. Je ne pense pas qu'il faille nécessairement avoir un intérêt personnel et/ou idéologique dans un parti pour souhaiter qu'il soit bien diriger. La démocratie n'en est plus une à partir du moment où les leaders d'opinion sont médiocres, ou préfèrent contourner la démocratie par des méthodes et stratégies fallacieuses.
Tout ce que je sais, c'est que le PS a besoin d'une méthode, et de sortir définitivement les dinosaures idéologiques (et non générationnels) type Fabius ou Mélenchon, qui l'empêchent d'avancer.
En gros, là où Delanoë me séduit, c'est que j'en ai marre du consensus.
Ecrit par : pierre catalan | 29.08.2008
vu de loin:
fabius et aubry revendiquent de représenter la "gauche authentique" (= la vieille garde idéologique), celle qui ne transige pas, celle qui assume le progrès social des 35 heures et rejette l'intégration européenne parce que c'est une option trop libérale (bouh! le vilain mot!). leur rapprochement n'est donc pas inconcevable même si j'en connais un que ça doit désoler.
moscovici, en guignant sur le vote des sympathisants, confirme son positionnement: par définition, un sympathisant est plus modéré qu'un militant, il se retrouve donc mieux dans le discours social-démocrate d'un mosco.
delanoë joue effectivement la carte de la présidentialisation, et ça peut payer après ces années de primaires et de luttes intestines, soldées par des échecs électoraux à répétition à vous dégoûter de votre parti. il représente, d'une certaine façon, l'alternative à la vieille garde, en jouant sur le même paradigme, celui de l'identification: soit on s'identifie à un homme forte, soit on s'identifie à de vieilles valeurs bien de chez nous.
royal rêve.
quoi qu'il en soit, je souhaite bon courage au PS: c'est malheureux à dire, mais ce parti pêche par excès de démocratie interne, du moins dans la forme qu'il a adoptée. Depuis l'hiver 2004 et le débat interne sur le traité constitutionnel, le PS est allé de charybde en scylla. On a tous besoin à présent qu'il mette un terme à ces démêlés
Ecrit par : asophie | 29.08.2008
Oui, tout à fait, je n'étais pas du tout au courant à vrai dire. Il est donc revenu à l'Assemblée et, pour cause d'incompatibilité, il a dû démissionner de son mandat de député européen. Donc, il correspond au critère qu'il a lui-même formulé, du coup tout mon commentaire est erroné et, par la même occasion, caduc.
Comme je l'ai écrit la denière fois, il vaut mieux ne pas appartenir à un parti plutôt qu'être encarté dans un parti qui défend des idées différentes. Mais bien entendu, cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas s'y intéresser si on n'est pas encarté. Personnellement, je suis au PS depuis cinq ans maintenant et j'y reste. "L'union fait la force", comme on dit. Je m'y sens bien et pour l'heure, je ne suis pas prêt de partir, même si c'est parfois la cacophonie et les guerres de chapelles et même si, bien évidemment, je ne suis pas d'accord avec tout de A à Z.
Il y a une chose dont je suis certain pour le congrès : je ne voterai ni pour Delanoë ni pour Royal.
Ecrit par : marc | 29.08.2008
"un homme forte" - tu l'as fait exprès?
Sinon, je suis d'accord avec toi. Si seulement le PS pouvait devenir un parti clairement social-libéral à identité européenne (avant d'être internationaliste), cela permettrait de vraiment séduire. Et pas que moi. Je pense que beaucoup de libéraux pro-européens ont voté Sarkozy par dépit du discours brouillé du PS (on parle de valeurs à défaut de pouvoir parler de sujets clivant).
Par ailleurs, quelle est la contribution du PS à l'opposition? Franchement, 2 discours de Montebourg sur la carte judiciaire ici, un mot ou deux sur la politique de la ville là, un esclandre pas toujours bienvenu sur la diplomatie, et une floppée de bons mots lapidaires et sans intérêt.
On attend mieux d'un parti qui prétend contribuer à la démocratie et au débat; et surtout qui prétend incarner une alternative.
Ecrit par : pierre catalan | 29.08.2008
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