12/06/2008

Une diplomatie sans queue ni tête?

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  Libération m'apprend que l'invité du 14 Juillet, devant lequel l'armée française va défiler, et qui est invité à la fête de la Prise de la Bastille, et de ce qui l'a accompagné: fin des privilèges, déclaration des droits de l'Homme, sera Bachar El-Assad. Nicolas Sarkozy a manifestement envie de jouer un grand rôle dans la reconstruction politique et matérielle du Liban. Après avoir rencontré les élus du Hezbollah à Beyrouth, Nicolas Sarkozy invite donc le dictateur syrien qui soutient le terrorisme au Liban, et principal instigateur des drames de la région. 

Syria.BasharAlAssad.01.jpg Manifestement, le fait que Kadhafi lui ait fait dans les bottes sur l'Union pour la Méditerranée n'aura pas suffit à Nicolas Sarkozy: il persévère dans son idée que le meilleur moyen de se mettre un dictateur dans la poche, c'est de s'humilier et d'humilier son pays et ses valeurs devant lui. Bon, ça n'était pas efficace pour Kadhafi, peut-être cela le sera-t-il pour Bachar El-Assad?

 Mais voilà. A partir du 1er juillet, Nicolas Sarkozy n'est pas que Président de la République française. Il est aussi chef de l'exécutif de l'Etat qui préside l'Union européenne. Il avait d'ailleurs déjà dit l'année dernière après le succès du défilé des troupes des 27 sur les Champs Elysées, que les armées de chaque pays de l'UE seraient représentées dans cette fête nationale 2008 très symbolique pour l'identité européenne de la France.

 La question est: comment donc les pays des 27 prendront-ils que Nicolas Sarkozy fait défiler leurs représentants (et pas n'importe lesquels: pas des diplomates, mais des militaires!) devant un dictateur envers qui il n'y a que très peu de consensus au sein de l'Union?

 En un mot, nom de Zeus, quand donc Nicolas Sarkozy comprendra-t-il que tout n'est pas communication?!

- Inviter El-Assad a un joli défilé et à une garden party, ce n'est pas faire de la diplomatie.

- Inviter une personne aussi controversée quand on est Président de l'Union européenne, et ce sans concertation avec ses partenaires européens, ce n'est pas responsable. 

- Privilégier l'effet d'annonce avant tout travail de fond et de concertation, c'est de la bêtise, et de la bêtise dangereuse qui compromet nos valeurs, et notre diplomatie européenne (qui est déjà si faible). C'est par ailleurs incohérent, et cela annule toute volonté de diplomatie.

- Privilégier un dictateur sur des partenaires démocrates avec lesquels on a des politiques en commun et des ambitions (politiques, économiques, diplomatiques) est outrageant pour ces partenaires.

 

 En un mot simple: comment Nicolas Sarkozy peut-il prétendre engager une présidence de l'Union ambitieuse, et commencer par un symbole (et plus qu'un symbole: les conséquences seront désastreuses) si désastreux et si controversé?

Ce président est un guignol. Il n'est pas digne ni de nous, ni de l'Europe.  

 

Dessin: Stavro, dans le Courrier International, 27/06/2001 

Commentaires

Tiens, je n'étais pas au courant. Ca promet pour le 14 juillet.

Écrit par : Eric | 16/06/2008

La Syrie, certainement une des pires dictatures du monde... Il me semble que j'ai déjà eu l'occasion et l'écrire et je le répète à l'occasion de cette note : parfois, j'ai vraiment honte d'être Français ! Encore une grosse erreur diplomatique. Encore un dictateur qui sera reçu avec les honneurs, sous les lambris de la République et tapis rouge déployé, par le président Sarkozy. Encore une provocation supplémentaire, au nom de la realpolitik nous dit-on. Ou au nom du dialogue pour la paix. Il est vrai que les el-Assad père et fils ont toujours été de grands pacifiques et de grands démocrates... Les organisations de défense des droits de l'homme vont protester et elles ont raison de le faire. Mais cela va encore plus loin ; je pense aux relations de notre pays avec l'Etat hébreu et avec le Liban. D'ailleurs, Fouad Siniora a fait savoir que si l'homme fort de Damas était invité, il considérerait cela comme un affront. Le problème, c'est qu'il a déjà reçu son carton d'invitation.

A part ça, cher Pierre, j'ignorais que tu lis Libé ! Moi aussi ça m'arrive parfois. Mais ce n'est pas comme ça que j'ai appris cette triste nouvelle.

Écrit par : marc | 16/06/2008

Sauf qu'a priori Fouad Sinioria devrait aussi être invité, puisqu'il semble que tous les chefs d'Etats conviés à la conférence sur l'union pour la Méditerranée (et qui ont accepté de venir, ce qui nous dispense de Kadhafi) sont invités.

Sinon oui, je lis Libé, Le Monde, et quand je peux, le Courrier International.

Mais ça s'arrête à peu près là.

Écrit par : pierre catalan | 16/06/2008

Ah bon, je ne le savais pas. Tu me l'apprends. Tous ces Etats seront invités pour le défilé ? D'habitude, il n'y a qu'un seul pays invité par la France pour le 14 juillet. Si je me souviens bien, l'année dernière c'était l'émirat du Qatar.

J'aime aussi pas mal Courrier international. Je ne veux pas faire de pub - cela ne me ressemblerait pas - mais d'après moi, en toute objectivité, il s'agit très probablement de l'hebdomadaire hexagonal le plus intéressant, même s'ils reprennent des articles sélectionnés dans la presse étrangère.

Écrit par : marc | 16/06/2008

Je me suis un peu mal exprimé dans la dernière phrase : je voulais dire même s'ils reprennent des articles provenant de divers titres de presse étrangers et qu'ils ne les rédigent pas eux-mêmes (mis à part l'édito et parfois certaines exceptions). Naturellement, je n'ai absolument rien contre la presse étrangère, au contraire.

Écrit par : marc | 16/06/2008

"D'habitude, il n'y a qu'un seul pays invité par la France pour le 14 juillet"

En l'occurrence, ils ne sont pas invités POUR le 14 juillet.
Ils seront là, en France, pour la conférence sur l'union des pays de la Méditerranée.
Alors on en fait quoi des chefs d'Etat le 14 juillet ?
On les prie de rester dans leur chambre d'hôtel parce qu'ils n'ont rien à faire à une cérémonie tricolore ?
Ou alors on les invite tous sauf un ?
Qu'est-ce qu'on fait concrètement ?
Vous avez une idée intelligente et concrète ?

Écrit par : Théodore Michel | 17/06/2008

Monsieur je-sais-tout, Fouad Siniora n'est pas un chef d'état...

Écrit par : Paul Basque | 17/06/2008

Monsieur je-sais-tout, Fouad Siniora n'est pas un chef d'état...

Ecrit par : Paul Basque | 17.06.2008


Fouad Siniora est le premier ministre du Liban, comme Gordon Brown est celui de Grande Bretagne.
Le président du Liban est aussi honorifique que la Reine d'Angleterre, bien que cette fonction soit plus symbolique dans la sir=tuation du Liban.

Fouad Siniora est bien un chef d'Etat.

Écrit par : JLOUIS | 17/06/2008

D'après la constitution libanaise (lien via wikipedia) :

Le Président de la République est le Chef de l’Etat et le symbole de l’unité de la Partie.
Il veille au respect de la Constitution et à la sauvegarde de l’indépendance du Liban, de son unité et de l’intégrité de son territoire conformément aux dispositions de la Constitution. IL préside le Conseil Supérieur de Défense.
IL est le commandant en chef des forces armées lesquelles sont soumises à l’autorité du Conseil des ministres.

Le Président de la République négocie les traités et les ratifie en accord avec le Chef du gouvernement

Le Président de la République préside le Conseil des ministres lorsqu’il le désire

Le Président de la République nomme le Chef du gouvernement désigné

Le Président de la République nomme et révoque les ministres parmi lesquels il désigne un president du Conseil des ministres; il nomme une partie des sénateurs conformément à l’article 22 ; il nomme à tous les emplois pour lesquels le mode de nomination ne sera pas autrement determiné par la loi ; il preside aux solennités nationales.

Le Président de la République peut, par décret motivé, pris sur l’avis conforme du Conseil des ministres, dissoudre la Chambre des députés, avant l’expiration légale de son mandat

(...)

Écrit par : Paul Basque | 17/06/2008

Cette démonstration est inutile.
Il faut transcrire "chef d'Etat" en "représentant du pays" et basta !
Et le fond reste le même.
A part ça, Paul Basque, vous n'avez pas parlé de votre solution intelligente. Qu'est-ce qu'on fait des représentants des pays présents le 14 juillet ?

Écrit par : Théodore Michel | 17/06/2008

Par exemple, on aurait pu y penser avant et ne pas organiser la conférence le 13 juillet...
Mais bon, y penser avant, c'est pas si évident pour notre brave gouvernement et son gourou (ah, Eric Woerth se plaignant que en fait leur super bonus/malus a marché et que maintenant y a pu d'sous).

Écrit par : Emmeline | 17/06/2008

C'est en effet une distinction d'ordre terminologique sans grand intérêt. Il n'empêche que si on est un minimum pinailleur, il faudrait reconnaître que Paul Basque a raison : les chefs de gouvernement du Liban et du Royaume-Uni ne sont en aucun cas les chefs d'Etat de ces deux pays. Le chef d'Etat du Liban est le président fraîchement désigné, Michel Sleiman. Quand aux britanniques, leur chef d'Etat est bel et bien la reine Elizabeth II, même si elle n'a aucun pouvoir politique.
La question posée par Théodore Michel n'est pas dénuée de sens, loin de là. Mais parlons en en-dessous de la nouvelle note rédigée par Pierre : à quoi servirait une union méditerranéenne ? Est-ce que cette union voulue par Sarko aurait pour conséquence de concurrencer l'UE, qui existe depuis plus de 50 ans même si elle n'a pas toujours porté le nom d'union ?

Écrit par : marc porta | 18/06/2008

Aux dernières nouvelles, Jacques Chirac va boycotter la cérémonie du 14 juillet en raison de l'invitation du dictateur syrien. Sage décision.

Écrit par : marc | 22/06/2008

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