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11.06.2008
Et après un Non irlandais?
Il y a des points communs entre les campagnes du NON d'Irlande cette année, et la campagne du NON français il y a 3 ans. Il y a déjà une situation similaire, même accentuée: en 2005, il était déjà évident que la place de l'UE dans le monde se faisait rogner tranquillement. Depuis, Mittal a racheté Arcelor, depuis, la diplomatie européenne a eu l'occasion de se faire humilier sur des dossiers comme ceux de l'Iran, des rapports avec la Russie... Depuis, il est devenu évident que sans poids politique il sera difficile de faire valoir les domaines où l'UE nous place en pointe, comme la lutte contre le réchauffement climatique.
Il y a aussi cette évidence, accentuée: nous sommes dos au mur. Les Etats n'arriveront pas, à moins de partager des politiques plus intégrées (en passant par un nouveau traité, justement) à respecter les objectifs de la stratégie de Lisbonne, qui tend à faire de l'Europe l'économie la plus compétitive du monde dès 2010 le plus tôt possible.
Quelle suite, donc, à un éventuel NON irlandais?
Je ne vois que quatre possibilités, et l'une d'entre elle me semble particulièrement improbable, c'est la première.
1. Comme pour le Traité de Nice en 2001, et parce que c'est un traité négocié en conférence intergouvernementale (à l'inverse du processus démocratique qui a accompagné le Traité Constitutionnel), on pourra demander aux Irlandais de voter une seconde fois le texte.
2. Le Traité est rejeté, et l'Europe est dans l'impasse: comment faire? Le Conseil européen des Chefs d'Etats et de gouvernements est politiquement encore plus bridé qu'il n'est, aucune orientation d'envergure ne peut être donnée. L'Europe continuera à fonctionner cahin-caha de façon normative grâce au trio Commission - Parlement européen - Conseil des ministres de l'UE. Mais aucune mesure et aucune perspective de portée importante ne pourra être prise: on pourra par exemple dire adieu à une défense commune ou bien à une renégociation satisfaisante de la PAC.
3. Le Traité est rejeté en Irlande, les ratifications des autres pays européens sont annulées, mais il nous reste une façon de le faire ratifier en respectant les Constitutions de tous les pays (en effet, le référendum est obligatoire en Irlande): on fait ratifier le Traité de Lisbonne par référendum paneuropéen (tous les citoyens d'Europe votent le même jour), et cette ratification est validée par les pa
rlements nationaux.
Evidemment, cette façon de faire relativise les résultats nationaux par rapport au résultat global: mais cela reste la démocratie, non?
Comme j'ai cru comprendre que les nonistes étaient rarement des anti-européens mais surtout des Européens peu satisfaits de leur situation matérielle du moment, ou bien du cadre de leur démocratie nationale (bref, que des sujets de préoccupation importants, mais plutôt à côté de la plaque), je ne pense pas que cette troisième situation les dérange.
En attendant, en Irlande, les résultats sont serrés. On va suivre les résultats de près: premiers résultats provisoires vers 23h jeudi. Les résultats définitifs dans la matinée de vendredi.
Lire le blog "Ca Réagit"!
08:05 Publié dans Parlons d'Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : traité de lisbonne, europe, ue, irlande, référendum, démocratie, démagogie








Commentaires
C'est pire que Kiwis cette Europe... Il faut croiser les doigts, j'ai peur que le traité de Lisbonne soit abattu par la crise mondiale...
Encore une fois le projet Europe se heurtera aux questions nationales...
Ecrit par : Seb | 11.06.2008
Et si les Irlandais disent non, et bien il faudra que l'Europe fasse preuve d'encore plus de persuasion.
Parce que si les peuples disent non, peut être n'ont ils pas tout à fait tort, ou peut être que ceux qui défendent la construction n'emploient pas forcément la bonne solution.
On a pas forcément raison contre les peuples...
Bonne journée à toi
Ecrit par : Falconhill | 11.06.2008
@ Falcon Hill: Badinter avait-il raison contre le peuple ? Je ne te cites que lui pour pas surcharger le commentaire...
Ecrit par : Seb | 11.06.2008
Je ne sais pas Seb, une simple question que je pose. Mais pas sur qu'une poignée de personnes, aussi intelligente soit elle, aient plus raison que des peuples qui se posent des questions...
L'humilité, dans tout, surtout en politique, ce n'est pas un défaut... Surtout quand il s'agit de faire adhérer les peuples à une idée aussi belle que l'Europe...
Enfin, peut etre que l'exercice consistant à esayer de convaincre est plus compliqué que celui qui consiste à contraindre... ON verra ce que ça donne plus tard. On verra.
(mais je pense quand même qu'entre la peine de mort, et la construction de l'Europe, il y a quelques différences : toujours mettre Badinter en avant pour faire passer tout et n'importe quoi, ça me parait un peu spécieux comme argument, non ? dans ce cas, plus besoin de faire des élections...)
Ecrit par : Falconhill | 12.06.2008
L'Irlande a donc voté NON,
les mêmes causes produisant les mêmes effets.
D'un côté les partisan du OUI, qui développent des arguments de raison, et doivent défendre un texte immangeable.
De l'autre les partisans du NON, dans ce même discours amalgame de mensonges et de mauvaise foi, avec des slogans simples et compréhensibles.
Nos gouvernants portent une responsabilité lourde et historique, qui ont méprisé les NON déjà exprimés en France et en Hollande, probables ou annoncés dans d'autres pays,
et décidé de passer ce texte en force, malgré tout.
La dissertation sur la légitimité du vote parlementaire par rapport au suffrage universel était obscène: Le peuple s'était exprimé par référendum, la dissertation était une bien pauvre justification.
Falconhill a raison: On n'a pas raison contre les peuples.
Le rôle d'un politique, Pierre, ne se résume pas au courageux combat de Badinter contre la peine de mort.
En l'occurrence il fallait convaincre, et on a méprisé
il fallait expliquer, et on a accumulé arrogance et menaces.
Les irlandais ont cédé aux sirènes des nonnistes, mais qu'ont fait les ouistes sinon les y encourager.
Jusqu'à l'insulte proférée par Kouchner appelant les irlandais à la gratitude!
Si l'Europe n'est plus celle des peuples qu'est-elle devenue?
D'après les sondages, la presque totalité des opinions des 27 est au mieux eurosceptique jusqu'à europhobe.
A qui la faute?
Je suis accablé, et je ne leur pardonne pas.
Ecrit par : jlouis | 13.06.2008
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