03.06.2008
Le dogme et la méthode
"Tiens, Luc, je pense qu'il y a un problème avec le pouvoir d'achat. J'ai même vu un reportage à la télé qui montrait des gens qui travaillaient plus pour gagner plus qui n'avaient pourtant rien à bouffer, et qui faisaient même les poubelles des invendus de Monoprix. Agis, c'est pour ça que je te fais croire que tu as une chance de devenir Premier Ministre un jour."
Ainsi parla Nicolas Sarkozy. Bon, le problème évidemment après, c'est d'agir. Fort heureusement, un loi de modernisation de l'économie est prévue, et le bon monsieur Chatel n'a qu'à y ajouter un petit article spéciale dédicace à l'approvisionnement du garde-manger.
Comment faire?
Là, dans le Figaro, on vous explique que Sarkozy et Chatel ont eu une idée géniale: plus de supermarchés = plus de concurrence = baisse des prix = consommateur qui gagne du pouvoir d'achat. Il y a assez de mots-clés, ça passe.
Dans la vie réelle, les lobbys et notamment les grands groupes de distribution, font le siège du ministre Chatel et des membres de la Commission des finances de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et même de quelques autres membres influents de ces nobles institutions, parce que plus un amendement est soutenu, plus il a de chances de passer.
Alors voici ce qu'il en sort. On va préparer une loi qui:
- Va protéger les producteurs en leur garantissant le même prix d'achat
- Mais va favoriser la concurrence entre distributeurs
- Et va permettre aux consommateurs de gagner du pouvoir d'achat en vendant les mêmes produits moins chers.
Je l'avoue, je n'ai jamais été une flèche en économie. D'ailleurs, en deuxième année de Sciences Po, j'avais pris pour habitude à chaque examen d'éco de prendre exemple dans Obélix et Compagnie pour étayer mes thèses, plutôt qe dans le Sitglitz. J'ai néanmoins compris une chose. Le système fait que le distributeur achète un produit 60 et le vend 100. Le système de la LME veut que le distributeur continue d'acheter un produit 60, mais le vende désormais 80. Parce que la concurrence, vous comprenez.
Où un distributeur gagne-t-il de l'argent? Dans ses marges, et par les intermédiaires. Imaginez-vous un instant Charles-Edouard Leclerc acheter le même prix un produit pour le vendre moins cher, et renoncer ainsi à ses marges?
J'ai du mal. Surtout quand je le vois ravi de la LME sur le plateau du Grand Journal de Canal+.
Deux scénarios, donc:
- Soit il va falloir acheter le produit vendu en grandes surfaces moins cher, et à ce moment-là le producteur français sera obligé de baisser encore ses prix pour soutenir les fournisseurs de pays à main d'oeuvre agricole moins honéreuse.
- Soit cette loi marche et je fais complètement fausse route sur la bonne volonté des distributeurs, et ce sont les artisans, les petits commerces, qui seront totalement étouffés par ce nouveau système. Et non seulement le fossé entre la liberté de chox des riches et celle des plus pauvres sera plus profond, mais en plus les riches ne pourront même plus aller chez le maraîcher ou le fruitier du coin.
La concurrence débridée, dans certains domaines, n'est effectivement pas la meilleure solution. Mais ce n'est pas un problème de "concurrence libre et non-faussée": ce dogme des interdictions d'entente ou d'aide sectorielle est pour la plupart des cas fondé. Mais là, nous touchons à un marché qui connaît une crise qui touche tous ses maillons... sauf celui qui y a le plus de pouvoir: le distributeur.
Pour élargir les horizons (et les angles), lire Authueil.
23:29 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : lme, chatel, sarkozy, modernisation de l'économie, économie, agriculture







Commentaires
Billet malin et pertinent... Bonne journée
Ecrit par : Falconhill | 04.06.2008
Sur la LME, plus particulièrement ce qui est dit (et attendu) des grandes surfaces
Rappel de l’objectif
1. Réduire le prix public
2. Ne pas réduire le prix de vente des producteurs
Les marges des grandes surfaces sont constituées
3. De la marge commerciale (différence entre le prix de vente et le prix d’achat)
4. Les marges arrières (réduction du prix d’achat qui n’apparaît pas dans le calcul du prix de revient)
Rapprochement de l’objectif et des marges
5. Les grandes surfaces vont donc réduire leurs marges.
Il suffit de les écouter préparer avec gourmandise « les négociations directes avec leurs fournisseurs » pour comprendre à quel point on se moque de nous.
Une deuxième approche avec deux propositions
6. La France est le pays de l’UE dans lequel les grandes surfaces ont la part de marché la plus grande.
7. La France est le pays de l’UE dans lequel les prix sont les plus élevés
8. Conclusion : il est urgent de donner plus de pouvoir aux grandes surfaces et de les multiplier.
jlouis
Ecrit par : jlouis | 04.06.2008
L'UMP ne peut que défendre le pouvoir d'achat de la classe qu'elle défend : la bourgoisie.Le reste est de la manipulation.
La nature de la politique de Sarkozy avait été dévoilée par un idéologue du MEDEF : défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance. Pas l'actualiser aux enjeux de l'époque ni le mettre en oeuvre : le défaire.
Revoir à ce propos : http://rupturetranquille.over-blog.com/article-7195117.html
Or c'est, fort opportunément, le 14 juillet que j'ai reçu ce message :
"Nous sommes toutes et tous le Conseil National de la Résistance.
On ne peut pas attendre que l'inspiration vienne. Il faut courir après avec une massue. (Jack London)
Que faire, aujourd'hui, pour donner un coup d'arrêt à la liquidation, par Sarkozy et le Medef, de notre République et de son modèle social hérité du CNR?
Ce coup d'arrêt ne peut être donné que par une très large mobilisation populaire dans tout le pays et au même moment...
La capacité de révolte de notre peuple est intacte, comme le montrent, partout en France les foyers de résistance qui se développent sous des formes différentes (collectifs, associations, fondations...).
Les conflits sociaux se multiplient. Mais ne convergent pas...
L'alternative politique au capitalisme sauvage se dessine peu à peu. Mais pas assez vite...
Le mouvement social manque de cohésion et de puissance, faute d'une perspective politique réelle.
Il est morcelé et les états-majors syndicaux, ont choisi d'engager, entre eux, une course à la représentativité qui les éloigne de leur base et les fragilise.
La perspective politique, elle, tarde à prendre forme car la réflexion est menée sans l?adhésion des masses populaires.
Les divisions intestines, le culte de l'individualité et des appareils ont détourné trop de citoyens du terrain politique.
Convergence des luttes ET irruption citoyenne du peuple dans le champ politique doivent être obtenues. Maintenant?
Or situation dans laquelle se trouve notre pays nous offre cette possibilité dans les semaines à venir!
L'initiative d'une Grève Générale Reconductible, le 10 novembre 2008 doit être relayée dans tout le pays pendant les congés d'été.
La rentrée de septembre sera l'occasion de la décider partout et deux mois de travail permettront encore d'en assurer le succès.
Sa réussite repose, sur l'engagement, immédiat des forces de chacune et chacun d'entre nous.
Elle donnera une cohésion au mouvement social en donnant l'impulsion indispensable à la mise en place d'un cadre commun de discussions pour coordonner les luttes, organiser la résistance et reprendre les conquêtes.
L'intervention populaire pourra aussi imposer un cadre de réflexion unitaire et attractif qui pourra facilement être élargi aux citoyens, pour la création d'une vraie alternative aux politiques actuelles.
Elle pèsera sur les rassemblements des organisations politiques de fin d'année et aura comme prolongement la nouvelle séquence électorale qui s'ouvre avec les élections de 2009, 2010 et 2012.
Ce camouflet sera enfin un signal très fort en direction des autres pays de l'Union Européenne que Sarkozy préside jusqu'en décembre...
Diffusez cet appel par tous les moyens possibles et imaginables :
Soyons le Conseil National de la Résistance
Résister, c'est créer. Créer, c'est Résister.
www.conseilnationaldelaresistance.fr "
"Le choix est aujourd'hui plus que jamais pour chaque profession de perdre séparément en plongeant pour longtemps dans l’enfer de l'exploitation sans limite, ou de construire démocratiquement et d’urgence une action « tous ensemble et en même temps » pour gagner et ré-ouvrir enfin des perspectives progressistes".
Tous ensemble et en même temps : la question du 10 novembre est donc posée.
http://tous-ensemble.dyndns.org:80/
Ecrit par : Frédéric Maurin | 27.07.2008
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