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01.06.2008
Semaine française sur CNN
CNN lance une semaine sur la France, à partir de lundi. Je dois dire que je regarde peu CNN, mais la chaîne a lancé un appel à contribution, et après tout, c'est l'occasion de se poser des questions amusantes. Et puis c'est surtout l'occasion de suivre la ligne éditoriale d'un média américain qui parle de la France, et qui essaie de faire l'échos d'avis différents.
Allez, passons aux questions.
1) Pensez-vous que la France ait changé d'image? Comment définiriez-vous ce nouveau visage? S'agit-il pour vous d'un concept médiatique ou d'une réalité?
L'image me semble par nature un concept médiatique. Néanmoins, je pense qu'il y a un réel changement entre la France de 2002 qui écarte Jospin de la course à la présidentielle et qui porte Le Pen au second tour, et celle de 2007, qui vote avec un taux de participation de 85%, et pour plus de 75% en faveur des trois principaux candidats démocrates (Bayrou, Royal et Sarkozy). Il y a aussi un changement entre la France de 2005 qui s'étripe sur le sujet européen, et celle d'aujourd'hui, qui n'a jamais témoigné plus de confiance et d'intérêt pour l'action de l'Union européenne.
Mais ce visage n'est pas non-plus celui de l'appaisement, il me semble. On a beaucoup trop cru et misé sur l'action de Nicolas Sarkozy, qui aujourd'hui déçoit. Il ne faut pas non-plus que la critique soit caricaturale et uniquement source de rejet systématique. Les expériences de 2002 et 2005 étaient l'expression d'une grosse caricature de la politique, de la façon de régler les problèmes. Il ne faudrait pas que la déception soit source d'un nouveau cycle de ce type. Dans ce contexte, les médias français ont un vrai rôle un jouer. De manière générale, tous les acteurs du débat en France (politiques, journalistes, intellectuels). Or, j'ai l'impression que leurs réactions sont très peu mesurées. Se vautrant dans une complaisance à la limite de l'insulte à l'intelligence, ou bien systématiquement critique et pessimiste, à l'encontre parfois du bon sens.
Ce visage n'est en tout cas pas stabilisé.
2) Comment voyez-vous la France dans 10 ans? Pensez-vous que le pays jouera un rôle prépondérant sur la scène internationale ou qu'il sera amené à s'effacer?
La France seule ne jouera évidemment qu'un rôle à la marge sur la scène internationale dans 10 ans. Posséder l'arme nucléaire et un siège au Conseil de Sécurité de l'ONU ne fait pas une autorité dans la diplomatie internationale. Il y a la puissance économique, la puissance à faire partager ses valeurs, à les sauvegarder aussi. La France seule en sera parfaitement incapable, comme elle l'est d'ailleurs depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Alors de temps en temps, pour sauvegarder les apparences, la "patrie des Droits de l'Homme" fait des effets de manche. Mais cela n'a rien à voir avec de la diplomatie. La seule condition pour la France de participer au jeu international et à la résolution des crises mondiales (qu'elles soient politiques, culturelles, ou bien alimentaires), c'est de le faire au sein de l'Union européenne. De jouer le jeu du Haut Représentant à la politique étrangère prévu par le traité de Lisbonne, de participer pleinement à l'établissement d'une puissance économique européenne, en respectant la stratégie de Lisbonne, et d'oeuvrer à une défense européenne. Tout en continuant à construire l'Europe en tenant compte de cette dimension unique, celle d'un laboratoire de la sagesse, de l'humanisme, et de la mesure.
3) Pensez-vous que la culture française soit encore vivante et dynamique? Certains commentateurs ont souligné récemment la mort de la culture Française, cela est-il justifié?
La "culture française", je serais bien incapable de la définir. Comment se manifeste t-elle? Est-ce la "french touch" de Wax Tailor, ou Daft Punk, en électro? Sont-ce les films d'Arnaud Desplechin? Ou bien cette pratique générique dans l'art d'une mise en situation sociale, intellectuelle?
Il y a une culture de consommation et de masse, dans laquelle la France à sa part. Et dans cette culture de masse, il y a une façon française de produire de la culture. Pour autant, le France aurait bien tort de s'attribuer la palme de ce genre de culture, à la marge d'une culture "américaine" honnie. C'est Lars Von Trier qui a créé Dogme95, et c'est aujourd'hui à New-York que se fait l'art (si vous y passez, faites un tour au PS1). Et non à Paris, comme dans l'entre-deux guerres. Ce que je veux dire par là, c'est que l'on est bien incapable de définir une culture française. Et même sans doute une culture européenne. On peut en dégager des spécificités. Et décrocher une palme d'or à Cannes n'est pas l'expression la plus probante d'un leadership de l'art.
4) Quels sont à vos yeux les Français les plus influents?
J'aimerais bien dire que ce sont des hommes politiques. Dominique Strauss-Kahn parmi eux évidemment. Nicolas Sarkozy aussi, ainsi que Pascal Lamy. J'espère que les Français les plus influents ne sont pas ceux que l'on entend le plus. J'espère parmi eux le Prix Nobel Jean Jouzel ou bien Jacques Delors. Mais je vois aussi bien Christophe de Margerie (PDG de Total), Anne Lauvergeon (Areva), ou bien Henri Proglio (Veolia).
En France, on pourrait citer Olivier Besancenot, José Bové. Mais il y a aussi un bon nombre d'acteurs de la société civile, ou bien de fonctionnaires, français, qui jouent un rôle considérable. Dans leur poids pour l'élaboration des livres blancs qui annoncent des textes législatifs européens. Dans leur action au sein de la Direction Général "commerce", "élargissement", de l'Union Européenne.
5) Que signifie pour vous être Français?
Je n'aime pas du tout ceux qui prétendent à une spécificité d'être Français. La France n'est pas la "Patrie des Droits de l'Homme", mais la patrie où ils ont été rédigés. J'ai des valeurs que j'espère universelle, et sur lesquelles je n'ai aucune prétention et aucun regard tutorial. Il y a aussi la question du patrimoine, architectural par exemple. Cet héritage est typiquement national, et fait partie de mon identité et me distingue, parce que j'aime cette façon de concevoir la ville. J'ai bien conscience de la chance que j'ai eue de naître Français, pour autant je n'en tire aucun sens profond, ni aucune fierté particulière. Même si je n'échappe pas, ponctuellement, aux accès de chauvinisme qui nous étreignent quand Tsonga est en finale à l'Open d'Australie, ou quand l'équipe de France de football/rugby fait un beau parcours en coupe du monde.
C'est l'une des forces de la construction européenne d'avoir réussi à faire partager aux populations de plusieurs dizaines de pays (ceux de l'UE avant tout, mais aussi les membres du Conseil de l'Europe) des valeurs profondes et structurantes. Je me sens à l'évidence plus proche d'un Tchèque ou d'un Portugais que d'un Américain. Et lorsque je voyage, comme récemment au Canada ou bien en Chine, c'est à l'Europe que je me réfère, plutôt qu'à la France.
Il y a sur le sujet une très bonne étude de l'Eurobaromètre.
21:07 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cnn, france, culture, influence, sarkozy, dsk, europe







Commentaires
1) Pensez-vous que la France ait changé d'image? Comment définiriez-vous ce nouveau visage? S'agit-il pour vous d'un concept médiatique ou d'une réalité?
Il y a une différence entre l’image que la France pense avoir et l’image qu’elle a dans le monde. Les Français ne mesurent pas l’impact des décisions diplomatiques de leurs dirigeants. Certains Français pensent que la terre tourne autour de l’hexagone, c’est cette France vindicative que l’on retrouve dans la rue au moindre changement. L’autre France est convaincue de ne plus rien représenter sur l’échiquier mondial et que cela s’accentuera avec la montée en Puissance des pays émergeants qui se développent à vitesse grand V.
Mais si le monde s’intéresse à la France, c’est qu’elle ose parler et donner son avis, allant parfois à l’encontre de celui de ses alliés.
De la même manière qu’il y a plusieurs France, il y a plusieurs mondes. Une partie du monde se désintéresse de la France parce qu’ils n’aiment pas être contrariés par ce qu’ils estiment être des coqs. Une autre partie du monde en veut structurellement à la France pour son passé colonial. Les nouvelles lois françaises sur l’immigration choisie n’aideront sans doute pas à dissiper cette fracture. Enfin, la dernière partie du monde admire la France pour ses valeurs et son héritage. Parfois cet amour est possessif et ces pays n’acceptent pas que la France ose contrarier ses dirigeants. Mais c’est qu’ils oublient que la France, malgré toutes les gestes d’amitié qu’elle véhicule, estime avoir le droit fondamental de s’exprimer librement. Elle ne s’en séparerait pas pour tout l’or du monde.
À travers le monde, la France est vue comme une femme occidentale qu’il ne faut pas trop contrarier. Il n’est pas évident de la charmer mais si ses faveurs sont acquises, elles le sont pour longtemps.
Depuis quelques années, la France change. Elle se libéralise bon gré mal gré. Ce ne sont pas tant ses habitants que le monde qui s’en aperçoit. La dernière preuve en date, après la nomination d’un socialiste français à la tête du FMI, est la révélation du Maire de Paris de sa conviction qu’il faut accepter le libéralisme.
La France chercherait-elle à se masculiniser ? Le nouveau Président contribue à donner à la France une image plus virile. Sa détermination est appréciée de certains alliés occidentaux mais pourrait nuire aux relations très complexes construites avec d’autres alliés de longue date. Les pays du Moyen-Orient sont très sensibles aux relations d’amitié qu’ils ont noué avec la France par le passé. Une image très positive de la France pourrait être en train de se reconstruire dans cette région du monde.
Les médias internationaux véhiculent l’image d’une France qui veut changer car c’est une réalité. Le monde a de nombreuses attentes, il s’agit maintenant de ne pas le décevoir !
2) Comment voyez-vous la France dans 10 ans? Pensez-vous que le pays jouera un rôle prépondérant sur la scène internationale ou qu'il sera amené à s'effacer?
La France de 2018 sera devenue plus attractive pour les entreprises internationales si le Président réussi son pari. Londres joue aujourd’hui un rôle que Paris pourrait partager. Cette puissance financière sera une condition nécessaire à l’instauration d’une France influente.
Mais ce qui compte avant tout, ce sera sa capacité à oublier ses discordes passées avec l’Amérique avec qui elle partage bien plus qu’elle ne le pense actuellement. L’Europe ne doit pas se créer en opposition à une Amérique superpuissante mais dans l’optique de pouvoir mener des actions de concert avec son allié historique. L’enjeu de l’Occident est la répartition de la production mondiale. Un mauvais positionnement pourrait lui être fatal. C’est à cela que l’Europe et l’Amérique doivent réfléchir ensemble pour compter sur la scène mondiale.
3) Pensez-vous que la culture française soit encore vivante et dynamique? Certains commentateurs ont souligné récemment la mort de la culture Française, cela est-il justifié?
La culture française est encore vivante de la même manière que la culture anglaise est encore vivante. Elle tend à se fondre dans une culture mondiale, mais nous en sommes encore loin. Les divergences culturelles entre la France et l’Angleterre, pays voisins, en sont la preuve.
La culture française se nourrit des cultures étrangères comme elle l’a fait tout au long de son histoire. La vitesse est sans doute vertigineuse pour certains, elle n’en demeure pas moins à échelle humaine.
4) Quels sont à vos yeux les Français les plus influents?
Le Président est écouté dans un certain nombre de pays et est reconnu pour son dynamisme. Le fait que pour son premier voyage officiel en tant que Premier Ministre, l’ancien Président Russe soit venu rendre visite au Président français montre l’influence qu’il a aujourd’hui.
Le Ministre des Affaires Étrangères est un grand diplomate que la France compte.
M. Trichet, par sa position « centrale » exerce un rôle prépondérant dans l’économie mondiale.
5) Que signifie pour vous être Français?
Être Français signifie partager le destin de la France, pour le meilleur et pour le pire !
Cyrille Flichy
Ecrit par : cyrillef | 04.06.2008
Si le gouvernement français continue de rogner sur les droits des travailleurs comme le gouvernement allemand, il va faire renaitre le communisme. Pour info, en Allemagne le nouveau parti communiste Die Linke est maintenant à 15 % des intentions de votes.
Ecrit par : unionsbuerger | 05.06.2008
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