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20.03.2008
"Respecter la vie"
"Les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit". Je pense que la loi devrait leur permettre de déterminer ce qui devait être leur dignité jusqu'au bout de leur vie. Il n'y a pas de honte à vouloir mourir lorsque la vie n'est plus digne. Et la position de gens comme la ministre du logement des solidarités est honteuse. Christine Boutin, sur un antenne radio, a dit ceci au sujet de Chantal Sébire (avec propos indignes en gras): "Mais pourquoi veut-elle mourir? Parce qu'elle dit qu'elle souffre, mais il y a les médicaments, qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme, mais la dignité d'une personne va au-delà de l'esthétique de cette personne."
C'est une grande hypocrisie, surtout quand on est bien-portant, de refuser l'euthanasie sous prétexte de "respecter la vie". On relèvera la petite perfidie dans la tournure des phases: "parce qu'elle dit". Sous-entenu, "elle vous prend par les sentiments. Avoir une tumeur grosse comme un pamplemousse dans la tête, ce n'est pas si terrible". Et ça, c'est digne, madame le ministre?
Respecter la vie, ce devrait être en respecter tout le déroulement, et surtout la fin. Or, si la fin de la vie est trop pénible, c'est la respecter aussi, que d'autoriser ceux qui en souffrent de l'abréger.
Restent évidemment à savoir dans quelle mesure on peut changer d'avis. Dans quelle mesure on peut dire un jour, bien-portant, "si ça devient trop pénible, aidez-moi à mourir", et devant le fait accompli, vouloir faire marche arrière. Mais Chantale Sébire avait toutes ses facultés mentales, toutes ses capacités d'élocution. Elle avait en revanche une tumeur dans le visage si grande, que les battements de son coeur résonnaient chaque seconde dans sa tête, comme une torture que seul l'arrêt du coeur pouvait arrêter.
Du haut de mon petit blog, je suis profondément heureux pour Chantal Sébire et sa famille, qu'elle ait pu décider elle-même hier soir de mourir. Sans hypocrisie, libre de ses choix, pas enfermée dans les dogmes de tel ou tel.
Pour en savoir plus, le site de l'ADMD.
16:21 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : chantal sébire, boutin, euthanasie, france







Commentaires
Rien d'autre à ajouter ... tout est dit avec justesse
Très bon post Pierre ...
Ecrit par : Laureen | 20.03.2008
"especter la vie, ce devait être en respecter tout le déroulement, et surtout la fin. Or, si la fin de la vie est trop pénible, c'est la respecter aussi, que d'autoriser ceux qui en souffrent de l'abréger."
Où places tu la limite? Peut-on accepter par exemple de suicider quelqu'un qui souffre morlement? peut-on étendre le concept de "fin de vie".? Tu admettras qu'on peut se poser de légitimes questions à ce sujet...
Ecrit par : le chafouin | 20.03.2008
Je partage ton opinion, cher Pierre. Il est certain qu'il ne faut pas prendre le sujet de l'euthanasie est délicat et il faut le prendre avec des pincettes, tant les risques de dérives sont grands. Le cas de Madame Sébire est éloquent et, je pense, il a ému la France. Quiconque n'a pas vécu cette souffrance extrême ne peut pas se mettre à sa place et, a fortiori, lui donner des leçons de morale. J'ignorais totalement l'odieuse réaction de Christine Boutin mais cela ne m'étonne pas venant de ce personnage que je méprise au plus haut point. Ultra-catho assumée, homophobe multirécidiviste, éternelle militante "provie" et donc indécrottable anti-avortement, anti-divorce, anti-remariage et tout le toutim, indéracinable grenouille de bénitier, représentante de la radicalité chrétienne dans ce qu'elle a de plus inhumaine, madame Boutin est l'intolérance incarnée et elle nous avait habitué à de telles déclarations. Comme tu le dis, elle est en bonne santé et donc, elle ne peut en aucun cas émettre de jugement sur cette pauvre femme atteinte d'une maladie incurable qui l'a vraisemblablement poussé à mettre fin à ses jours. Elle devrait avoir honte et moi aussi j'ai parfois honte d'être Français quand je vois qu'une personne aussi intolérante et qui vénère la rigidité de dogmes d'une autre époque fait partie du gouvernement de la République. Qu'on la nomme ambassadrice au Saint-Siège (si ça existe ?), si ça lui chante, et qu'elle foute la paix aux Français qui attendent autre chose de leurs responsables politiques ! De tels propos ne la grandissent pas, au contraire. J'ai bien peur que la Boutin, on ne la changera plus car à cet âge-là, même un voyage à Lourdes ne pourra pas la faire réfléchir davantage...
"Les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit" : tout à fait, c'est l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cet article diffère quelque peu de l'article premier de la Déclaration de 1789 : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."
Cet article est très important et il se saurait être résumé à un principe abstrait. Pour avoir été dans un autre pays non européen très récemment, qui n'est pas vraiment un modèle de démocratie, je peux vous dire que je suis bien content de vivre en France (patrie autoproclamée des droits de l'Homme), même avec Sarko au pouvoir ;-)
A cette article, je serais quand même tenté d'ajouter "...et ensuite ils se démerdent" mais c'est seulement pour contraster avec le sérieux de la note en ajoutant une touche d'humour à la fin de mon post. Ce n'est pas de moi, je n'arrive plus vraiment à me souvenir du nom de la personne qui a sorti ça la première.
Ecrit par : marc | 22.03.2008
Monsieur, peut-etre devrait-on aussi se demander si votre texte n'est pas aussi idéologisé.
Voyez vous, un truc me gène:moins de 24h après le décès de Chantal Sébire, une proposition de loi est déjà déposée pour abattre les mourrants légalement, y compris s'ils sont incapables d'en formuler la demande...
Je me dis aussi qu'avec le veilliessement de la population et bientôt les problèmes de financement des soins, l'euthanasie sera une bonne mesure de substitution.
Mais revenons au seujet: à ce que j'ai compris, ce que les défenseurs de l'euthanasie défendent, c'est l'alternative exclusive entre soins curatifs efficients et mise à mort des malades incurables.
Le "droit de mourrir dans la dignité", c'est la négation de ce qui existe entre les deux : les soins palliatifs, l'analgésie médicamenteuse, l'accompagnement. A ce que j'ai compris, ce que Mme Sébire refuse, ce n'est pas tant la douleur, que l'idée de mourrir de sa tumeur.
Je me dis que mourrir n'est pas un droit, mais une fatalité. ne pas le comprendre amène à pleins de contresens.
Dès lros que mourir est un droit l'euthanasie est inéluctable ... ce qui montre que l'on a perdu tout repère et tout sens des responsabilités.
Madame Sébire était tout à fait capable de se suicider ais elle n'en n'a pas le courage et veut qu'on la tue...
Pourquoi? Peut-être parce que les gens qui veulent l'euthanasie s'estiment lésés par rapport à ceux qui "meurrent bien" sans euthanasie...
SI telle est la raison j'y vois le refus de l'inadéquation du réel au désir un peu comme des adolescents. Le monde est injuste car il ne colle pas au désir de bonne mort, au désir d'enfant ou au désir de sexualité sans conséquence. Votons donc une loi pour corriger l'iniquité du monde.
Morano, à peine nommée au gouvernement, profère déjà une ânerie. Elle veut crééer une commission d'exception. Certes. Ca reviendrait, dans le cas de la peine de mort, à expliquer qu'elle est juste quand elle est prononcée par un jury, et injuste quand elle est prononcée par un magistrat. Idiot.
L'euthanasie est condamnable par ses dérives potentielles (l'abattage systématique, en instaurant un chantage émotionnel sur ceuxqui sont contre) que sur son principe (tuer les incurables ou les vieux que l'on ne pourra pas soigner convenablement par manque d'argent plutôt que de les accompagner dans leurs derniers moments).
L'euthanasie est en plus la négation même de la pensée médicale : le refus de la fatalité et du tout ou rien. La vraie médecine humaniste consiste à prendre conscience de la nécessité de soigner (et non pas traiter) même les incurables. Incurable n'est pas insoignable. Quand on pense que tuer les incurables vaut mieux que les soigner palliativement, on sort de l'humanisme, on entre dans la médecine sociale et hygiéniste.
Finalement moi, j'aurai évité de ne pas me dire heureux que quelqu'un meure.
Je me suis relu et je dois préciser:
Etre opposé à l'euthanasie active directe ne signifie pas le moins du monde être favorable à l'acharnement thérapeutique ou au maintien de la vie à tout prix. Je suis gêné par:
1. Les méthodes employées par le lobby pro-euthanasie, entre coups médiatiques et manipulation
2. les arguments utilisés pour légitimer l'euthanasie active directe, reposant sur des concepts erronés et une vision incorrecte des droits de l'homme et de la dignité humaine
3. l'euthanasie active directe elle-même et aussi le suicide assisté (avec lequel on entretient la confusion à dessein)
4. qu'on présente la fin de vie comme une alternative entre soins curatifs désespérés (acharnement thérapeutique) et euthanasie active directe : l'accompagnement de fin de vie est une chose sérieuse, comportant aussi bien des soins palliatifs que de l'accompagnement psychologique.
L'euthanasie active directe est la négation de cette démarche, et une démission face à la souffrance de la fin de vie .
Je suis pour la lutte active contre la douleur au prix d'un décès éventuel.
Le mot "éventuel" a toute son importance. Dans l'euthanasie active directe, la mort est érigée comme seule réponse acceptable à la souffrance. Non seulement c'est inacceptable moralement, mais c'est rigoureusement faux du point de vue médical. Des malades en fin de vie correctement pris en charge ne demandent presque jamais qu'on les euthanasie. Cette réalité qui infirme toutes les imbécilités sur "l'impuissance de la médecine et les insuffisances de la loi" est délibérément occultée par les média, qui se gardent bien d'inviter des professionnels de ce secteur (infirmiers ou médecins) et n'interrogent que des lobbyistes forcenés.
Finalement ne me prenez pas pour un catholique militant: je suis athée et do'irgine turque par mes deux parents et vraiment pas musulman.
Malgré tout je me demande qu'elles sont vraiment les motivations de certains pro euthanasie. Ainsi un médecin se vantait sur France Inter que l'euthanasie était une "victoire de la laïcité et de la libération des sociétés du transcendant".
Comprennez : pour eux, la liberté consiste à faire l'inverse de ce qui est écrit dans la Bible. Or ce n'est pas ça la laicité: c'est la neutralité face à la religion et pas nécessairement contrevenir à un texte religieuxou etre anti catho.
Voilà j'espère avoir été assez clair.
Ecrit par : raph | 25.03.2008
Je suis allé sur le site de l'ADMD
Le comité de parrainage de l'ADMD est extrêmement maigre en compétence médical : on y trouve des chanteurs, des journalistes, des politiques, des écrivains, des comédiens... Le bureau de l'ADMD est certainement composé de personnes très actives mais aucune ne semble avoir une compétence médicale ...
http://www.admd.net/structure/instances.htm#cp
Ecrit par : raph | 25.03.2008
voici un autre article qui résume très bien ma pensée.
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/03/24/01005-20080324ARTFIG00299-euthanasieun-debat-suicidaire.php
Ecrit par : raph | 26.03.2008
Pierre,
pour un avis différent du tien mais très réflechi et dépassionné, je te conseille de lire :
"Existe-t-il un droit à la mort ?, par Bernard Beignier"
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/26/existe-t-il-un-droit-a-la-mort-par-bernard-beignier_1027496_3232.html
Ca rejoint tout à fait ma pensée.
Ecrit par : Romain G | 27.03.2008
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