19.02.2008
Kosovo, à quoi ça rime?
Voilà un sujet que j'avoue ne pas trop maîtriser, je me bornerai donc à des questions, de bon sens, évidemment.
J'ai reçu coup sur coup sur facebook deux invitations, une pour accueillir un nouvel Etat européen, le Kosovo, une autre pour refuser l'indépendance de l'ancienne province Serbe, à minorité musulmane Albanaise. J'ai donc prudemment refusé les deux invitations.
Je me demande comment le Kosovo, qui n'a aucune ressource propre, qui n'a pas d'administration durable, et qui vit sous perfusion internationale, peut proclamer son indépendance. En vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes?
Comment peut-on concevoir une simple proclamation d'indépendance sur un coup de tête, parce que l'on s'est auto-proclamé "nation" kosovare?
Dans quelle mesure cette indépendance peut-elle être durable, sachant la proximité du Kosovo avec l'Albanie, et le dénuement économique total de la région?
Dans quelle mesure le gouvernement indépendantiste Kosovar est-il uniquement l'heureux objet d'une lutte entre Etats-Unis et Russie?
Dans quelle mesure cette indépendance sortie du néant peut-elle destabiliser l'UE, notamment ses pays membres balkaniques à forte minorités (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie), ou bien pays au régionalisme très important (Espagne)?
Comment les Serbes vont-ils ressentir cette humiliation? Cela va-t-il vraiment aider à assumer les horreurs serbes des quatre guerres de Balkans?
En d'autres termes, à part une pagaille noire, qu'est-ce qu'un Kosovo indépendant peut bien nous apporter?
Si vous avez des réponses...
20:15 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : kosovo, balkans, europe, UE, USA, russie







Commentaires
D'un point de vue géopolitique, la guerre du Kosovo était très importante : c'est la première fois que l'OTAN décide une guerre malgré l'opposition du Conseil de Sécurité de l'ONU. Ca a permi de créer un précédent historique. Et dans le même temps ça permet d'achever le démentellement de la Yougoslavie, et son éclatement en une myriade de petits états qui n'ont aucun poids politique/économique.
Un truc intéressant à lire : le débat qui a opposé Noam Chomsky et Yves Laplace à propos du Kosovo :
http://www.alencontre.org/EdPage2/chomsky/p2_debat.html
L'intérêt d'un Kosovo indépendant pour les trafiquants de drogue, c'est d'en faire la plaque tournante du traffic en Europe :
http://www.humanite.fr/2000-02-14_International_-La-guerre-du-Kosovo-a-declenche-un-cataclysme-criminel
Ecrit par : Fares | 20.02.2008
Dans un ensemble de louanges, ç'est agréable d'entendre un autre son, et des questions que je me pose un peu. Même si la joie d'un peuple, ça me touche toujours.
Je ne connais pas suffisament la question. Je me demande aussi, quand je vois la misère de l'Albanie de chez mon copain Lorik Cana, si c'est bien la peine de faire deux pays difficiles et misérables. Mais là encore, la joie du peuple Kosovar m'a vraiment touché, et me perturbe un peu ma réflexion...
Enfin, l'Europe que des gens comme toi, Pierre, appellent de leurs voeux, sera difficile à faire si tous les ans on crée un nouveau pays... Mais là encore, comment aller contre le désir des peuples ?
Pleins de questions pour un mercredi matin, bouh. Bonne journée à toi et à tes gentils copains
Ecrit par : Falconhill | 20.02.2008
Pour completer ta remarque sur les pays qui ont refuse de reconnaitre l'independance du Kosovo (Roumanie, Chypre, Slovaquie..): je crains qu'il n'y ait pas eu beaucoup de reflexion sur le bien-fonde de l'autonomie pour le Kosovo, il a uniquement ete question des risques de contagion!
En ce qui concerne la Roumanie, les arguments n'ont rien a voir avec la situation du peuple kosovar, ses aspirations, l'arbitrage couts/avantages d'une telle independance etc...
La seule preoccupation du regime Roumain est d'empecher qu'un tel precedent puisse servir de legitimation a une Transylvanie independante.
(Le Conseil National des Sicules de Roumanie, auto-proclame, a mene plusieurs referendums pour l'independance du "Pays Sicule" - constitue d'une population majoritairement hongroise. Ces consultations organisees hors de tout cadre legislatif ont jusqu'a present ete ignorees par les pouvoirs publics, mais le CNS a organise ces jours-ci une nouvelle manifestation apportant son soutient au Kosovo et reclamant un referendum d'auto-determination en Roumanie, ce qui risque de poser probleme..)
Voila - je trouve, pour ma part, decevant que meme les pays de l'Europe Centrale et Orientale, censes etre familiers de la situation dans les Balkans, soient incapables de mener un debat de fonds sur le Kosovo et ne se preoccupent que de questions de politique interne...
Ecrit par : mara | 20.02.2008
Je rejoint Fares sur son commentaire, je me pose encore plus la question sur ce qu'il advient du trafic d'armes...
Pour côtoyer des Kosovars, nombreux à Strasbourg, cette indépendance est purement symbolique à leurs yeux, mais les symboles peuvent avoir bien plus de valeur que des considérations de relations internationales, de diplomatie et plus généralement juridiques. Je me demande si le Kosovo ne deviendrait pas un nouveau petit paradis fiscal...
Ecrit par : Paul | 21.02.2008
Bravo Pierre. Loin des poncifs unanimistes sur la question qu'on lit dans la presse francaise (en gros : enfin un Etat pour un peuple opprime), tu ne poses que de pertinentes questions...auxquelles tu peux ajouter la jeunesse du peuplement albanais du Kosovo (meme si les albanais revendiquent une anciennete de peuplement qui n'a jamais vraiment ete verifiee par aucun historien si je ne m'abuse). Sans aucun populisme, imagine 2 secondes ce qu'on penserait d'une proclamation d'independance d'une region anglaise dont le peuplement serait devenu majoritairement "etranger" (paki ou indien, par exemple; je prends l'exemple anglais pour depassionner le debat, mais on pourrait aussi faire de la science-fiction appliquee a Marseille, par exemple)...
C'est du grand n'importe quoi, alimente par quelques considerations qui n'ont rien a voir avec la situation de la region:
- Evidemment, Milosevic et ses atrocites; face a des europeens dont certains sont encore traumat' par leur attitude lors de la 2eme GM, il s'agissait aussi de prendre des postures virginales.
- Milosevic encore : apres avoir ete infoutue de proteger les populations qu'il attaquait, l'Europe peut se "racheter" en se montrant du cote des "opprimes" par le soutien a l'independance du Kosovo.
-Aussi et surtout, tu le sais, le Kosovo represente une formidable opportunite pour que les USA disposent d'une base avancee tant proche du monde arabe que de la sphere d'influence russe. Et puis en ces temps de "choc des civilisation", soutenir une population musulmane n'est pas malvenu en termes d'image...
Etant en Macedoine, je commence a mieux comprendre les enjeux. Ok, en France, on tend a assimiler -depuis Milosevic surtout- les Serbes au mechants sanguinaires. Facile posture francaise. Mais regarde la situation concrete, avec des Albanais majoritaires dans tout l'Ouest du pays -mitoyen de l'Albanie- : avec l'independance du Kosovo, il devient chaque jour plus envisageable de voir cette partie ouest de la Macedoine revendiquer son independance. Et des guerres encore.
Tu te rends compte que pour des atrocites commises par un homme, on ampute un Etat d'une partie de son territoire, qui constitue le coeur meme de son histoire?
Bonne conscience (Kouchner style) + realpolitik (USA staile) = serbes completement meprises.
Mais peut etre aussi tout simplement l'Europe a-t-elle acte l'impossibilite de la cohabitation. Ce me semble neanmoins etre a courte vue (et totalement anti-europeen comme mode de pensee) et porteur de tres graves dangers pour la region (effets dominos).
Tiens, pour continuer sur une note positive : http://umpboulogne.blogs.com/92/2007/05/thierry_solere_.html
Ecrit par : carolus | 27.02.2008
Passant sur ton site à l'occasion du projet de tunnel de PCB, j'ai lu tes interrogations sur le Kosovo. Tu pars d'une hypothèse tout à fait fausse (ou une coquille) : Les albanais ne sont pas minoritaires au Kosovo mais ils représentent 90 % de la population!
Merci de corriger ton texte et/ou ton interprétation.
Sur le sujet, je recommande le livre : http://balkans.courriers.info/article_boutique.php3?id_article=6610
et plus généralement le site des courriers des balkans.
Ecrit par : Remi L. | 01.03.2008
Arf, désolé, en effet, coquille, je voulais dire peuplé majoritairement par la minorité musulmane de Serbie.
Enfin bref, bien d'accord avec toi.
Ecrit par : pierre catalan | 01.03.2008
Article paru dans l'hebdomadaire moscovite Profil et écrit par Xenia Fokina :
"L'évolution du conflit au Kosovo a rarement été rapportée à la problématique de l'Union européenne. Il est pourtant évident que la prochaine éventualité d'un diktat imposé par les extrémistes islamiques au Kosovo révèle l'inaptitude de l'Europe à résoudre ses problèmes internes.
A la fin des années 1990, le Kosovo a été pour l'OTAN un moyen de contrer l'Union européenne et ses vagues tentatives de constituer son propre système de défense. Et ce sont les Européens eux-mêmes qui ont obligeamment fourni cette arme à Washington. Bruxelles, tout à ses soucis de préparation de l'élargissement, à ses dissensions budgétaires et à ses affaires de corruption, n'avait aucune envie d'aller s'empêtrer dans les Balkans. L'UE a refusé de régler le conflit, "laissant", selon les termes du parlementaire belge Armand De Decker, "les Américains venir nettoyer la boue devant notre propre porte". Le Kosovo a été le premier galop d'essai de l'OTAN après l'effondrement du pacte de Varsovie et la fin de la guerre froide. Au cours de son sommet de 1998, l'Organisation s'était solennellement proclamée "unique garant de la sécurité sur le continent européen", avec une totale indépendance par rapport aux institutions telles que l'ONU, ce qui n'a pas tardé à trouver sa confirmation sur le terrain.
Pour Natalia Narotchnitskaïa, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères de la Douma, "le Kosovo fait partie intégrante de la stratégie militaire et politique eurasienne des Etats-Unis, et l'opération visant à détacher des provinces de la Serbie sert leur volonté d'atlantisation de tous les processus européens ; leur objectif est de faire de l'Europe une tête de pont des intérêts américains". Si, pour la Serbie, le Kosovo représente - avec le champ de bataille des Merles - son coeur historique et culturel, il n'est pour l'OTAN qu'une zone stratégique idéale, la seule plaine naturelle des Balkans, par laquelle les chars peuvent atteindre sans encombre Thessalonique et la mer Egée. D'ailleurs, dès que le Kosovo a été pris par les troupes de l'OTAN, il est devenu le siège de sa plus importante base militaire en Europe, Bondsteel.
Clinton a ainsi brisé deux tabous : l'OTAN n'était encore jamais intervenue dans des conflits intérieurs et jamais depuis la Seconde Guerre mondiale l'Occident n'avait engagé d'action militaire sans le vote d'une résolution de l'ONU. Pour éviter un veto russe au Conseil de sécurité, les Américains ont forcé leurs alliés à ignorer la procédure. L'ONU a été court-circuitée, et tous les discours sur le monde multipolaire se sont réduits à de simples voeux pieux de Moscou. En 1919, la Russie aurait pu être la seule force capable de stopper cette folie. Elle ne l'a pas fait, par peur des mesures de rétorsion du FMI. Moscou voulait absolument se montrer très comme il faut, aller dans le sens de la politique "occidentale". Ce qui n'a pas empêché la presse occidentale de se moquer ouvertement du Kremlin, qui protestait contre les bombardements mais n'entreprenait rien pour les empêcher. Pis, Moscou est devenu la cible de toutes les railleries lorsque Evgueni Primakov, alors ministre des Affaires étrangères, s'est rendu à Belgrade afin de demander à Milosevic d'accepter les conditions du Groupe de contact et de retirer ses troupes du Kosovo. Affront supplémentaire, les bombardements ont commencé dans la nuit du 24 au 25 mars 1999, au moment où Evgueni Primakov, investi des pouvoirs nécessaires pour négocier, se trouvait dans l'avion qui l'emmenait à Washington. Ce vol n'est resté dans les mémoires que pour son spectaculaire demi-tour au-dessus de l'Atlantique.
Désormais, tout ce que Moscou peut espérer, c'est le règlement de la question kosovare traîne en longueur. Si la stratégie américaine réussit, l'Europe sera à la merci du contrôle de la région par Washington. Depuis que les forces de sécurité et la police serbes ont été chassées du KOsovo, l'héroïne transite par tonnes vers l'Europe, franchissant des frontières devenues perméables. Après les bombardements de Belgrade, les journaux européens ont évoqué la complicité de la CIA dans ce trafic, ainsi que dans la fournitures d'armes aux combattants kosovars. Le Kosovo n'est qu'une étape.
La Macédoine s'embrasera à son tour, et elle ne sera pas la seule. La "poudrière des Balkans" est prête à exploser, et les forces de l'OTAN vont avoir du pain sur la planche. Boris Chmelev, expert des Balkans reconnu et directeur du Centre d'études politiques comparées de l'Académie des sciences, voit l'avenir ainsi : "reconnaître l'indépendance du Kosovo va freiner l'évolution démocratique de la Serbie, influencer les séparatistes basques, ceux de la Transylvanie roumaine et de l'espace postsoviétique. Cela creusera encore le fossé entre la Russie et l'Occident, et contraindra Moscou à des choix politiques vis-à-vis de plusieurs républiques non reconnues. Les Tatars de Crimée sont d'ailleurs très attentifs à la manière dont progresse la situation au Kosovo."
Ecrit par : marc | 09.04.2008
Et maintenant voici ce qu'en pense le New York Times :
"Les Balkans ont la fâcheuse habitude de coller à leur stéréotype de région prise dans de vieilles querelles inextricablement liées et insolubles. Ce mois de novembre était censé être celui où la question du Kosovo serait enfin réglée. Maintenant que les Russes s'en mêlent activement, cela semble improbable et, de surcroît, les Serbes menacent de provoquer de nouveaux troubles en Bosnie-Herzégovine si le Kosovo déclare son indépendance. Le moment est venu pour les grandes puissances de faire preuve d'urgence et de créativité diplomatique.
En février dernier, un émissaire des Nations unies avait présenté un plan raisonnable qui accordait au Kosovo une indépendance limitée, sous la supervision de la communauté internationale, et prévoyait une protection et une certaine autonomie pour la minorité serbe. Toutefois, après les protestations énergiques de la Russie et de la Serbie, le Conseil de sécurité a appelé à la poursuite des pourparlers en fixant comme date butoir le 10 décembre. Les Kosovars se sont dits disposés à attendre jusque-là, mais pas plus longtemps. Les Etats-Unis et l'Union européenne devraient être du même avis.
Le problème, dans ces conflits, c'est qu'il n'y a pas de "bons" et de "méchants", et très peu d'esprit de compromis. Les Serbes refusent d'admettre que la répression de la majorité albanaise menée par Slobodan Milosevic leur a fait perdre le Kosovo, administré par les Nations unies depuis l'intervention de l'OTAN, en 1999. Les Albanais du Kosovo ne sont malheureusement pas préparés pour l'indépendance qu'ils réclament. La Commission européenne indiquait dans un récent rapport que l'administration du Kosovo était rongée par la corruption, le népotisme et le crime organisé.
Comme si ça ne suffisait pas, la Russie soutient la Serbie et, ensemble, ils poussent les Serbes de Bosnie à menacer de rompre la quasi-fédération créée par les accords de Dayton si le Kosovo devenait indépendant. Voilà la situaition à laquelle devront faire face les Etats-Unis, la Russie et l'UE lorsqu'ils se retrouveront pour la prochaine - et peut-être dernière - série de pourparlers avec la Serbie et les Albanais du Kosovo. Une proclamation d'indépendance unilatérale de la part du Kosovo, qui serait reconnue par les Etats-Unis et par une partie de l'Europe, mais ni par les Nations unies, ni par la Russie, ni par la Serbie, n'est pas une solution satisfaisante ; une reprise du conflit en Bosnie serait une véritable catastrophe. Mais laisser les Serbes et leurs alliés russes semer la zizanie ne fait que différer la seule solution viable, qui est de faire adhérer toutes les nations balkaniques en conflit à l'Union européenne et à l'OTAN, cadre dans lequel l'on peut espérer que les problèmes de souveraineté, de frontières et de griefs historiques disparaîtront.
C'est ce que l'Union européenne doit faire comprendre à toutes les parties. Et c'est pour cela que Washington doit faire tout son possible pour convaincre les Russes que leurs petits jeux de néo-guerre froide sont dangereux, peu judicieux et finalement vains."
Ecrit par : marc | 09.04.2008
Article de Donika Sallova, paru dans l'Express de Pristina :
" L'enlisement des négociations sur le statut final du Kosovo et la pénible crise économique ont conduit notre société vers le délitement et la désocialisation, un processus favorisé par l'incapacité institutionnelle à produire des cadres professionnels et l'impasse actuelle où se trouvent nos élites. Pour les sociologues, ce processus - qui est une régression - est à l'oeuvre lorsque les membres d'une société commencent à perdre leurs qualités civiques.
L'impasse actuelle, à la fois économique, politique et sociale, a rendu les Kosovars plus pauvres, mais aussi plus méchants. Paupérisés ou sans travail, la plupart d'entre eux se sentent privés de leur dignité. Le recul de l'horizon de l'indépendance, qui nous semblait à portée de main au début de l'été, n'est pas la seule raison de la déprime actuelle. Elle est aussi le résultat du comportement de notre classe politique, qui a créé un immense vide dans ses relations avec le reste du peuple. C'est l'autre signe révélateur du processus de délitement actuel : la formation d'une élite politique et sociale constituée d'un petit groupe de gens isolés dans la société. Une nomenklatura qui se maintient au pouvoir sans égard pour ses concitoyens et qui, en se démarquant du reste de la société, se comporte comme une puissance divine. Et pour cause : malgré ses échecs et son arrogances, le peuple n'a jamais demandé de comptes à cette classe de privilégiés qui nous gouverne.
La modernité est souvent liée au progrès et à la prospérité, qui n'ont de sens que s'ils rendent meilleure la vie du peuple. Chez nous, hélas, ce n'est pas le cas. Au Kosovo, seule l'élite peut goûter aux joies du progrès et de la prospérité. Ainsi, nous ne sommes pas une société moderne, notre système politique n'est pas démocratique, et nous sommes sous la coupe de la tyrannie et de l'aristocratie.
L'unique sortie de cette situation serait que chaque individu se révolte, car ceux que nous avons mandatés pour penser à notre place n'ont pensé qu'à eux-mêmes - et ce à notre détriment. Continuer à les soutenir n'a plus aucun sens. La solution de nos problèmes passe par le choix d'une nouvelle génération d'hommes politiques."
Ecrit par : marc | 09.04.2008
Voici encore un article tiré de l'Express de Pristina, rédigé cette fois-ci par Artan Mustafa :
"Vous souvenez-vous du retour de Vienne, hautement médiatisé, des négociateurs pour le Kosovo, au début de l'année 2006, quand des observateurs enthousiastes déclaraient qu'ils avaient pris l'avantage sur la Serbie ? A l'époque, on pensait que l'indépendance était inéluctable et que nos soutiens internationaux ne cherchaient qu'à faire passer la pilule à la Serbie pour qu'elle accepte de perdre son 'berceau culturel'.
Mais, chers négociateurs, laissez-moi vous rappeler que, vu de l'extérieur, le score est désormais de 0 à 2 pour l'équipe adverse. L'approbation du plan Ahtisaari par l'Assemblée du Kosovo a été le premier but que nous avons encaissé. Le deuxième a été l'adoption de la liste des quatorze points de la 'troïka' dont vous avez accepté le principe à Vienne, début novembre.
Les quatorze points proposés par la troïka visent à créer un Etat interdépendant extrêmement complexe. Est-ce réaliste ? En 1999, l'ambassadeur des Etats-Unis Richard Holbrooke déclarait que, si l'ex-Yougoslavie avait déjà connu des guerres entre peuples quasiment frères à cause de dirigeants racistes et démagogues, le conflit albano-serbe ne faisait pas partie de cette catégorie. Serbes et Albanais ont une religion, une langue, une culture et une histoire différentes et se vouent une haine inextinguible.
Naturellement, chers négociateurs, vous vous êtes certainement souvenus à la table des négociations que la Serbie a longtemps occupé le Kosovo et ne l'a gardé sous sa coupe que par la violence. Au cours du siècle passé, nous n'étions qu'une minorité ethnique défavorisée. Nous n'avions même pas droit à l'éducation. Peuple ignorant, nous ne connaissions rien à la politique, et notre économie périclitait alors que Belgrade exploitait le Kosovo sans faire le moindre investissement en retour, par exemple dans le secteur de l'énergie, ce qui explique pourquoi la Compagnie d'électricité du Kosovo (KEK) continue de couper le courant à l'heure même où vous élaborez votre prochaine stratégie.
Avec un tel retard culturel et économique, nous n'avons donné que des criminels à l'Europe durant ce siècle. C'est pourquoi un Etat du Kosovo devrait garantir l'accès à l'éducation, permettre le développement économique du pays et favoriser les initiatives populaires pour que nous puissions enfin être les acteurs de notre propre histoire.
Mais, chers négociateurs, comment pourriez-vous me persuader que les quatorze points de la troïka jettent les bases de ce nouvel Etat ? Vous pourrez toujours me répondre que le plus important est de créer notre Etat et que nous pouvons assurer certaines responsabilités en partenariat avec les Serbes. Je crains qu'une telle méthode ne fasse que cristalliser les tensions et que celles-ci ne se perpétuent indéfiniment. Comment pourrions-nous déterminer notre politique fiscale en collaboration avec Belgrade ? Comment pourrions-nous surveiller les frontières ensemble ? L'indépendance financière suffit-elle ? Vous, messieurs les négociateurs, vous garderez vos postes car vous savez manier l'arme rhétorique, mais c'est la mafia qui régnera dans la région et le chaos dans nos vies.
Il est temps de prendre conscience que vos concessions provoquent l'émoi dans toute la population et que vous pourriez perdre le contrôle de la situation. Ce genre de concessions est généralement le produit de votre manque d'imagination et de votre incapacité à faire face à l'agressivité du camp adverse. Vous pensez gagner parce que vous faîtes confiance à l'arbitre, mais vous avez gravement déçu le peuple."
Ecrit par : marc | 09.04.2008
Et voici maintenant ce qu'en pensait l'hebdo british The Economist au mois de décembre, à la veille de l'arrivée de la Slovénie à la présidence tournante de l'UE :
"Sur le papier, c'est aussi joliment symétrique qu'un conte moral. Dans moins d'un mois, la présidence tournante de l'Union européenne reviendra à la Slovénie, première république de l'ex-Yougoslavie à avoir acquis son indépendance il y a seize ans. Ce sera donc bientôt au tour des Slovènes de présider les sommets et les conseils ministériels de l'UE, mais le plus grand défi qu'ils auront à relever consistera à superviser ce qui pourrait être le dernier chapitre du démantèlement de la Yougoslavie. Entre janvier et le printemps prochain, le province à majorité albanaise du Kosovo devrait proclamer son indépendance vis-à-vis de la Serbie, contre la volonté de la Russie, alliée de Belgrade, mais avec la bénédiction des Etats-Unis et d'une grande partie de l'UE.
Dans un conte pour enfants, l'unité européenne, mise à rude épreuve par le Kosovo, serait sauvée par la Slovénie, courageuse nouvelle venue. En tant que premier pays ex-communiste à occuper la présidence de l'UE et unique fragment de l'ancienne Yougoslavie à avoir rejoint le club des vingt-sept nations, Ljubljana pourrait user de son statut pour rappeler à l'UE le coût terrible de ses désaccords, qui ont eu pour effet de prolonger les guerres civiles yougoslaves dans les années 1990. Plus que tout autre pays de l'UE, la Slovénie préférerait ne pas avoir à choisir entre le Kosovo et la Serbie. Conformément à la position officielle de l'UE, la Serbie ne pourra pas être totalement acceptée tant qu'elle n'aura pas livré certaines personnes recherchées pour crimes de guerre, en particulier le général Ratko Mladic. Mais, aux yeux de nombreux Slovènes, les choses ne sont pas aussi simples. Les hommes d'affaires locaux 'aiment travailler avec la Serbie', concède Dimitrij Rupel, ministre des Affaires étrangères slovène. Le marché est intéressant, et il existe bon nombre de liens linguistiques et 'nostalgiques' entre les deux pays.
Au sein de l'Union, le consensus est sans ambiguïté. Il faut au plus vite envoyer au Kosovo, pour se substituer à la mission des Nations unies, des 'missions d'Etat de droit' comprenant des conseillers dans les domaines policier, judiciaire et politique et bénéficiant d'un soutien substantiel. Cependant, plusieurs pays de l'UE refusent de reconnaître le Kosovo en tant que nouvel Etat. A l'instar de la Slovaquie et de la Roumanie, ils craignent qu'une sécession n'encourage leurs propres minorités. Chypre estime, avec le soutien de la Grèce, que les Chypriotes turcs du nord de l'île pourraient profiter du précédent créé par le Kosovo. Certains, dans l'UE, sont tentés de déployer leur mission sur place sans prendre de décision définitive sur le statut légal de la province. Ce qui risque de plonger durablement le nouvel Etat dans l'instabilité. D'aucuns considèrent que, face à un litige d'une telle importance, dans lequel la Russie, les Etats-Unis et le Conseil de sécurité de l'ONU sont parties prenantes, le poids de la Slovénie est 'négligeable'. La petite Slovénie dispose de si peu d'ambassades que dans 110 pays sa présidence de l'UE sera représentée par des diplomates français. Pour citer un responsable européen méprisant, les Slovènes présideront peut-être les réunions de l'UE en 2008, mais ce n'est pas leur président qui parviendra à 'convaincre Poutine' de changer d'avis sur le Kosovo... Mais tout n'est pas négatif. La Slovénie apporte à l'UE une connaissance exceptionnelle de la région. Comme le rappelle un diplomate, quand les responsables slovènes et serbes se rencontrent, les Slovènes 'savent quand les conneries commencent'. Un talent qu'il ne faudrait pas sous-estimer. La SLovénie a aussi l'avantage de la crédibilité. Quand elle affirme vouloir que le KOsovo et la Serbie entrent dans l'Union, elle dit la vérité (contrairement à l'attitude hypocrite de certains membres plus anciens, qui soutiennent l'intégration à l'UE tout en redoutant de devoir présenter cet élargissement à leur électorat). Il est après tout dans l'intérêt de Ljubljana d'avoir des voisins riches et respectueux des lois. A elle seule, la Slovénie ne pourra pas résoudre la crise du Kosovo. Mais le symbolisme de sa présidence est important. Il arrive à point nommé. La nette asymétrie du succès slovène est un vigoureux camouflet pour les Serbes et les Kosovars, qui continuent de camper sur des positions fermement nationalistes et favorables à un isolement ethnique. S'ils parvenaient à comprendre ne serait-ce qu'imparfaitement cette morale, peut-être l'histoire de la Yougoslavie connaîtrait-elle une fin plus heureuse."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Un point de vue venu d'outre-Rhin, par Eric Bonse (qui semble sur la même longueur d'onde que Victor Vogt à propos de la politique étrangère de l'UE) et pour le très sérieux quotidien économique Handelsblatt :
"L'UE a-t-elle une politique extérieure commune ? On peut en douter. Alors que certains Etats membres, dont l'Allemagne, ont opté pour la reconnaissance du Kosovo, six pays, dont l'Espagne, s'y sont strictement opposés, et les autres attendent que la tempête se calme pour se prononcer. Pendant ce temps, les Etats-Unis donnent le ton.
L'Europe a passé les neuf dernières années à somnoler. Depuis la guerre du Kosovo, en 1999, on aurait eu largement le temps de tendre la main aux Serbes et de les arrimer définitivement à l'Europe. Au lieu de cela, l'UE a laissé les choses aller leur cours et a fait affaire avec des politiciens kosovars douteux. Des ententes ont été secrètement conclues sur la question de l'indépendance, des projets mis en oeuvre en secret pour une mission de police de l'Union. Résultat : les Européens se retrouvent les mains vides. Leurs relations avec la Serbie ? Elles sont fondamentalement compromises et courent probablement le risque d'être gelées pendant des années. Leur rapport avec le Kosovo ? Il est ambivalent, ce qui ne devrait pas changer dans l'immédiat. Car, au bout du compte, le Kosovo ne respecte pas, même de loin, les principes et les valeurs qui devraient aller de soi en Europe. Or, après la déclaration d'indépendance et la reconnaissance des Etats-Unis, l'UE ne dispose pratiquement plus d'aucun levier pour faire pression sur les Albanais du Kosovo.
Certes, d'une façon ou d'une autre, cette crise-là finira par être surmontée. L'UE parviendra à s'entendre sur des formules de compromis. Elle investira des milliards en espérant une amélioration. Mais on a définitivement raté l'occasion de mettre en place une politique balkanique cohérente et autonome. L'UE s'est laissé entraîner par Washington - et a fait fausse route. Cela va lui coûter cher."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Erratum : il n'y a pas de Victor Vogt sur le blog de Pierre ! Je me suis trompé et j'ai cliqué trop vite. Il faut supprimer la phrase entre parenthèses, pour davantage de compréhension. Le reste est valable quand même, naturellement.
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Et voici un autre article écrit de la plume de Veton Surroi, repris par Global Viewpoint. Il date de novembre dernier.
"J'ai participé, aux Nations unies, à une rencontre surréaliste sur le statut final du Kosovo, qui réunissait de hauts représentants kosovars et serbes. Nous tentions de faire revivre l'esprit des pères de l'Europe moderne, Robert Schuman et JEan Monnet, qui avaient voulu créer un partenariat entre d'anciens ennemis. La délégation de Belgrade tentait, elle, de faire revivre l'esprit de Slobodan Milosevic, dont l'offre d'autonomie substantielle, formulée les armes à la main, avait conduit 1 million de Kosovars à fuir de chez eux et causé la mort de plus de 10000 d'entre eux.
Comme en sont désormais pleinement conscients les Etats-membres de l'UE, toute tentative de compromis est vouée à l'échec. La raison en est que, dans son processus d'élargissement, l'Union n'accepte comme partenaires que des Etats pleinement souverains et que le Kosovo comme la Serbie ne pourront être candidats à l'entrée dans l'UE qu'une fois qu'ils se seront mis d'accord sur le statut final du Kosovo.
De plus, en vertu des recommandations de Martti Ahtisaari, l'envoyé spécial des Nations unies pour les pourparlers sur le statut final du Kosovo, l'UE doit succéder à l'ONU dans le rôle de 'superviseur' de l'indépendance de la région. Reste que l'approbation du plan d'Ahtisaari est bloquée par la Russie au Conseil de sécurité : ce veto opposé de facto par la Russie à la politique étrangère européenne ébranle tout le continent.
Manifestement, ce refus de Moscou relève plus globalement de la nouvelle posture péremptoire adoptée par la Russie, qui considère le moindre aspect de ses relations avec les pays occidentaux à travers le prisme d'une nouvelle géopolitique. Au cours de l'année qui vient de s'écouler, tous les signaux venus de Russie (de la colère face au démontage de monuments de la Seconde Guerre mondiale à Tallinn à l'opposition à l'installation d'un système de radars en République Tchèque, en passant par l'hostilité aux aspirations de la Géorgie à entrer dans l'OTAN) ont été négatifs. Et rien ne porte à croire que l'état d'esprit des Russes aura changé d'ici au mois de décembre. Sur la question du Kosovo, la Russie souhaite un retour au 'bon vieux temps'. Aux yeux de Moscou, les deux parties devraient certes trouver un accord, mais il n'y a pas de date butoir en la matière et aucune décision ne peut être prise en dehors du Conseil de sécurité. Pour parler dans un langage moins abscons, la position russe est qu'aucun accord n'est possible sans le consentement de Belgrade ; en d'autres termes, la situation peut perdurer indéfiniment.
Cette méthode qui rappelle la guerre froide a déjà fait des ravages : les autorités serbes se sont prévalues du soutien des Russes pour empêcher toute évolution positive sur le terrain, au Kosovo. Ainsi, le gouvernement de Belgrade aussi bien que son président, Boris Tadic, implorent les Serbes du Kosovo de ne pas participer aux élections législtavies et municipales de novembre.
Au cours des huit dernières années d'administration sous mandat international, les autorités serbes ont alimenté un 'conflit gelé' dans la zone nord du Kosovo, tactique qu'ils ont apprise de la désintégration de l'Union soviétique. Cette tactique a pour but d'empêcher l'accession du Kosovo à l'indépendance ou bien - une fois que nous aurons déclaré notre indépendance - de déstabiliser le nouvel Etat et son superviseur européen.
Les dirigeants kosovars, eux, ont une obligation envers leur peuple. Nous avons participé aux négociations (soutenues par Martti Ahtisaari) et fait en matière de droits des minorités et de décentralisation des concessions qui vont au-delà des normes et pratiques européennes actuelles. Et nous participons aujourd'hui à ces nouvelles négociations sous l'égide de la troïka.
Mais cette situation ne peut durer éternellement, comme le suggèrent les Russes ("Regardez les Palestiniens, cela fait soixante ans qu'ils attendent..."). Un Etat du Kosovo indépendant doit être proclamé et sa reconnaissance demandée, en tenant compte des engagements pris lors des délibérations avec Ahtisaari quant au respect des droits des minorités. En 1999, le front uni présenté par les Etats-Unis et l'Union européenne avait permis d'éviter un génocide au Kosovo en passant outre aux objections des Russes. C'est cette même autorité soudée qu'il faut aujourd'hui, dans ce contexte nouveau, pour résister à une Russie péremptoire."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Et pour équilibrer le tout, je ne pouvais pas ne pas ajouter un deuxième papier tiré d'un hebdomadaire russe : Ogoniok (et donc anti-indépendance, cela va de soi). Il a été rédigé par Vladimir Ovtchinski, ancien général de police. Il est un peu plus long que les autres mais il demeure tout de même intéressant.
"Force est de constater que l'indépendance du Kosovo nage dans le politiquement correct. Parmi tous ceux qui s'occupent, à un titre ou à un autre, de cette question complexe, personne ne se décide à appeler les choses par leur nom. Qu'oublient-ils donc de dire ? En tant qu'expert en criminologie et ancien directeur du bureau russe d'Interpol, je peux l'affirmer sans détour : nous sommes en réalité face à un Etat mafieux en plein coeur de l'Europe.
En octobre 1997, je dirigeais le Bureau central national d'Interpol en Russie, et, dès la mois de novembre, le secrétariat général international adressait à l'ensemble des pays membres un rapport spécial qui demandait à toutes les polices de concentrer leur attention sur les clans mafieux d'Albanais du Kosovo, alors en plein essor. Ce document soulignait qu'ils avaient pris le contrôle de 60 % à 80 % du trafic d'héroïne en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, en République Tchèque, en Suède et en Norvège. Il montrait que ces structures mafieuses assuraient le transit de la drogue par les Balkans, faisant passer en Europe occidentale, selon un itinéraire établi dès la fin du XIXème siècle, l'opium puis l'héroïne en provenance du Pakistan, d'Afghanistan, d'Iran et de Turquie.
A la suite de ce rapport, une opération coordonnée d'Interpol dans plusieurs pays d'Europe permit de démanteler d'importantes organisations criminelles d'Albanais du Kosovo. En 1999, les agents de l'unité spéciale anti-mafia de la police italienne arrêtaient le chef de l'une de ces bandes, Agim Gashi, qui vivait à Pristina, la capitale du Kosovo. Plus de 120 personnes étaient appréhendées lors du même coup de filet, en majorité des Albanais du Kosovo.
Pendant son enquête, la police italienne apprit que, entre 1991 et 1999, la mafia kosovare et ses antennes de la diaspora avaient offert au mouvement séparatiste du Kosovo quelque 1,5 milliard de mark, de l'argent essentiellement en provenance du trafic de drogue.
Après 1997, une fois légalisées, avec la bénédiction des Etats-Unis, les bandes criminelles réunies dans l'Armée de libération du Kosovo (UCK), la mafia albanaise instaura un impôt de 3 % sur les revenus des foyers albanais de l'étranger et du Kosovo. Les sommes ainsi extorquées servirent à armer et à faire fonctionner l'UCK - qui, fin 1998, comptait déjà plus de 20000 combattants.
Dans le même temps, l'UCK et les chefs des clans mafieux se répartissaient le travail dans les filières de production et de transport de drogue. Ils en tirèrent des revenus particulièrement énormes après les raids de l'OTAN sur l'ex-Yougoslavie. Selon Interpol et Europol, en 1999 et 2000, les bandes mafieuses des Albanais du Kosovo auraient engrangé quelques 15 milliards de marks.
Durant la même période, cette mafia s'est diversifiée, se lançant dans la traite des êtres humains et la prostitution. Elle débuta avec le contingent des soldats du maintien de la paix de l'OTAN, au profit desquels fut mise en place une 'industrie des loisirs'. Le Kosovo et les territoires serbes attenants furent alors frappés par une vague d'enlèvements de jeunes femmes, qui furent contraintes de se prostituer aux endroits où étaient stationnés les hommes de la KFOR.
Le soutien offert par les Etats-Unis et l'OTAN à l'UCK et aux clans mafieux imbriqués dans sa structure ont permis aux bandes criminelles d'Albanais de développer rapidement leurs activités en Europe occidentale, en Italie surtout. Un rapport d'Europol établi en 2006 constatait ainsi que les structures mafieuses des Albanais du Kosovo, avec leur souplesse, leur violence et leur cruauté, avaient étendu leur domination à plusieurs domaines du business criminel. Tant et si bien que fin 2007, d'après certaines informations de la police italienne, confirmées par le sénateur Emiddio Novi, les trois plus importantes organisations mafieuses d'Italie - Cosa Nostra, la Ndrangheta et la Camorra - auraient mené des pourparlers entre elles afin de créer un cartel unifié mieux à même de résister à la mafia des Albanais du Kosovo.
En Allemagne, la situation est tout aussi critique, car les 'réfugiés' albanais du Kosovo ont fait entrer des kalachnikovs en quantités industrielles et se sont attelés à la fabrication de faux billets. Leur mafia a également conquis les Etats-Unis. Un réseau nommé 'la Corporation' a pris le contrôle des jeux clandestins dans près de la moitié de la ville de New York. En 2006, lorsque le FMI a entrepris de liquider cette structure criminelle, il a découvert que les machines à sous permettant de jouer au poker rapportaient à elles seules plusieurs millions de dollars par an à la Corporation.
Les législatives kosovares du 18 novembre dernier ont vu la victoire du Parti démocratique du Kosovo (PDK) dirigé par Hashim Thaçi. Cet homme n'est pas n'importe qui. Diplômé de l'université de Pristina, il s'est entiché de marxisme radical et de socialisme nationaliste alors qu'il était étudiant dans l'Albanie voisine. Lorsque la Yougoslavie a éclaté, il s'est engagé dans les premières formations armées clandestines d'Albanais du Kosovo, où il a aussitôt réalisé l'union des nationalistes et des mafieux.
Fin 1993, ses amis et lui commettaient leur premier attentat contre des policiers serbes, et il participait également à l'assassinat de plusieurs personnes. Après ce 'baptême du feu', Thaçi intégrait l'entourage de la famille mafieuse Jashari, spécialisée dans le trafic de drogue ainsi que dans la prostitution.
Les clans mafieux l'ont envoyé se former à Zurichk, mais cette 'session de perfectionnement' était surtout une couverture pour se livrer à du trafic d'armes et récolter des fonds pour le mouvement séparatiste. Au printemps 1997, Thaçi revenait au Kosovo et organisait une série d'attentats contre des policiers serbes. Selon l'organisation internationale de protection des droits de l'homme Human Rights Watch, la bande qu'il dirigeait est responsable d'au moins cinq meurtres et de plusieurs dizaines d'enlèvements.
Durant l'été 1998, de petites bandes faisant partie de l'UCK, soutenues financièrement par des structures mafieuses locales et de la diaspora, enrôlent d'un seul coup plus de 10000 combattants. Leurs armes proviennent essentiellement d'Albanie, où, pendant les émeutes de 1997, de nombreux dépôts de l'armée ont été pillés. Thaçi est alors l'un des plus jeunes chefs de l'UCK. Surnommé 'le Serpent', il connaît son heure de gloire lorsque la secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright déclare qu'il est, 'parmi les Albanais du Kosovo qui luttent pour la démocratie, le leader qui a le plus d'avenir'. Ce soutien des responsables successifs de la politique étrangère américaine ne se démentira pas. Tout cela permet de dire que l'indépendance kosovare a une face sombre, d'autant plus que tous les faits que je viens d'évoquer ne représentent que le sommet de l'iceberg".
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Un autre avis plutôt proeuropéen, très critique à l'égard de la Serbie et favorable à l'indépendance kosovare est donné par Mirko Tepavac, ancien ministre des Affaires étrangères de Tito, dans une tribune publiée dans le mensuel serbe Republika :
"Je doute que, parmi nos hommes politiques, beaucoup croient sincèrement que le Kosovo puisse un jour redevenir 'serbe'. Tous leurs espoirs reposent sur le veto russe et les dissenssions au sein de l'Union européenne. Le problème du Kosovo a ainsi été arraché des mains de l'Etat serbe et de sa diplomatie, réduits désormais à n'être qu'un figurant impuissant dans le bras de fer où s'affrontent Washington et Moscou. Même si la Russie recourt au veto, elle ne le fera certainement pas dans l'intérêt de la Serbie. Le veto peut provisoirement rendre plus compliquée l'indépendance du Kosovo, voire la reporter, mais il ne peut en aucun cas 'rendre' le Kosovo à la Serbie. D'ailleurs, les Russes non plus ne l'ont jamais promis aus Serbes.
La pensée unique nationaliste a entraîné la Serbie dans une situation où elle n'est plus 'le facteur de la solution', mais un valet de la diplomatie russe, prête à lui payer des dividendes pour son action, peu importe le résultat. C'est un étrange retournement historique : au milieu des années 1950, la Yougoslavie communiste est entrée en résistance au sein du camp communiste face à l'hégémonie soviétique, en choisissant la 'troisième voie' des pays non alignés. Aujourd'hui, à cause du Kosovo, la Serbie nationale-orthodoxe remet sa souveraineté entre les mains de la Grande Russie de Poutine, dans une logique de plus en plus évidente de confrontation avec l'Occident. MAis, plutôt qu'empêcher l'indépendance du Kosovo, ce choix risque d'imposer une 'indépendance surveillée' de la Serbie. De ce jeu de dupes seule la Russie est certaine de sortir gagnante. La Serbie, elle, peut tout perdre. Vu l'engagement inconsidéré pris par le gouvernement de Vojislav Kostunica de 'sanctionner' les pays prêts à reconnaître l'indépendance du Kosovo (hormis les Etats-UNis, on retrouve presque tous les pays européens, y compris ceux de la région), il faut tout faire, même au prix d'un sacrifice, pour que la décision concernant l'indépendance du Kosovo passe par le Conseil de sécurité, sans le veto russe. Car la question du Kosovo n'est pas un problème russo-américain, mais serbo-albanais et européen. A plusieurs reprises, Belgrade et Bruxelles ont démenti que le rapprochement avec l'Union européenne soit conditionné par la résolution de la question eu Kosovo. Cependant, qu'on le veuille ou non, pour nous, le dilemme se pose en ces termes : soit le Kosovo, soit l'UE.
On n'en serait pas là si les dirigeants successifs de la Serbie n'avaient pas privilégié leur bien-être personnel au détriment de celui de leurs concitoyens. Alors, oui, on aurait pu garder le Kosovo. Imaginons, une Serbie prospère, pacifique et démocratique, libérée du poids de la violence du régime de Milosevic et des crimes de guerre, une Serbie qui serait le champion des réformes et 'le leader des Balkans' (dixit le président Boris Tadic), qui coopérerait avec ses voisins et l'UE, portée par un bon taux de croissance économique. Avec cette Serbie-là, les Albanais auraient pu déduire que leur opposition à toute forme de vie commune avec les Serbes les éloigneraient de l'Europe (ce qui est d'ailleurs arrivé à la Serbie), sans forcément renoncer à l'idée d'indépendance. Une illusion ? Non. Au contraire, il est illusoire de croire que l'on aurait pu garder ces deux millions d'Albanais, à qui l'on a brutalement supprimé toute autonomie, en revendiquant la sacro-sainte souveraineté et l'intégrité territoriale ! Car il n'y a pas d'Etat dans le monde, et certainement pas dans l'Union européenne, qui puisse garder dans son giron deux millions de personnes qui ne veulent pas rester. Une fois libérés de ces mythes et illusions, pourquoi ne pas nous dire, que le Kosovo accède à l'indépendance, s'il le désire autant, qu'il porte le nom qui lui chante, pourvu qu'il soit tolérant, démocratique, ouvert et amical envers tous ceux qui y vivent ou qui souhaitent s'y installer. Certes, les dirigeants kosovars auraient pu nous faciliter la tâche si, au lieu de faire preuve d'autant de sectarisme envers les non-Albanais, ils avaient été plus tolérants. Mais, au contraire, ils ont amnistiés leurs pires extrémistes et s'en sont remis à une Amérique de Bush de plus en plus arrogante, quoique affaiblie.
Il faut tirer une leçon de l'expérience amère des dernières décennies : c'est en s'âbimant dans les guerres et la destruction que la Serbie a perdu le Kosovo. Même après la chute de Milosevic, Belgrade n'a jamais osé condamner fermement les crimes commis contre la population du Kosovo - quitte à en payer toujours le prix et à continuer de sombrer dans l'imposture et l'hypocrisie.
Même aujourd'hui, Belgrade ne facilite pas la vie des Serbes du Kosovo en leur demandant de ne pas participer aux élections législatives du 17 novembre. Ainsi, la Serbie ne permet pas aux Serbes d'entrer au Parlement de Pristina et n'appelle pas les Albanais à entrer au Parlement de Belgrade. Comme si la préoccupation de Belgrade était avant tout le territoire, et non les Serbes qui y vivent. On pourrait également formuler des reproches aux Albanais : pendant des années, vous avez vécu et prospéré en tant que minorité dans la Yougoslavie de Tito. Pourquoi est-il aussi impensable pour vous de vivre en paix avec les Serbes alors que vous êtes majoritaires au Kosovo ?
'Nous sommes prêts à donner notre vie, mais pas le Kosovo', disent aujourd'hui les acolytes de Milosevic et de Seselj, ceux-là mêmes qui ont le plus contribué à nous faire perdre le Kosovo. Grâce à eux, ce n'est plus la Serbie qui détermine l'avenir du Kosovo, mais le Kosovo qui détermine l'avenir de la Serbie en l'empêchant de prendre le chemin de l'Europe.
Pour qu le malheur de 2008 ne soit pas plus grand que celui de 1389, la vraie question n'est pas ce que deviendra le Kosovo, mais où va la Serbie".
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Autre pays concerné par la question de l'indépendance du Kosovo : la Macédoine. Voici un article écrit par Atanas Kirovski pour l'hebdomadaire libéral de Skopje, Forum :
"Les Macédoniens accueillent cette année cruciale avec scepticisme. Pourtant, le sommet de l'OTAN qui aura lieu ce printemps à Bucarest sera réellement capital pour notre avenir. Si la Macédoine manquait de nouveau le coche, cet échec ferait fuir les investisseurs étrangers, nuirait à nos relations déjà distendues avec l'UE et constituerait un sérieux défi pour la sécurité du pays.
Les analyste fondent leur optimisme sur la volonté stratégique des Etats-Unis de stabiliser la région en intégrant les trois pays du groupe adriatique à l'OTAN, dans un contexte de tensions accrues autour du Kosovo. Cette adhésion serait retenue comme un résultat positif du gouvernement Bush, qui entre dans sa dernière ligne droite. Certes, la Grèce a plusieurs fois menacé d'opposer son veto à l'entrée de la Macédoine dans l'organisation atlantique si un compromis n'était pas trouvé sur le nom du pays.
Si les relations avec la Grèce sont exécrables, le véritable défi pour la sécurité de la Macédoine se situe plus au nord. Le noeud kosovar est en train de se dénouer et, sauf miracle, Pristina déclarera ce printemps, avec l'accord des Etats-Unis et de l'Europe, son indépendance. Les experts s'attendent à une instabilité de courte durée maintenue sous contrôle, avec quelques incidents de-ci de-là et une petite vague de réfugiés serbes fuyant des enclaves du sud de la province vers le nord. Toutefois, ils excluent toute confrontation entre la Serbie et les Albanais du Kosovo ou les forces de la KFOR et de l'OTAN. La Macédoine soutient inconditionnellement le plan Ahtisaari et elle a déjà annoncé son intention de reconnaître l'indépendance du Kosovo dès que ses alliés occidentaux l'auront fait. A cause de cela, les autorités macédoniennes s'attendent à une nette détérioration des relations entre Belgrade et Skopje, mais espèrent que les ponts diplomatiques ne seront pas coupés. Si l'on tient compte de l'émotivité des hommes politiques serbes, rien n'est impossible. Rappelons les menaces des généraux serbes qui, lors des bombardements de l'OTAN au Kosovo et en Serbie, en 1999, apostrophaient la MAcédoine, qui autorisait le survol de son territoire par les avions de l'Alliance. Il n'est pas prévu que la Serbie, profondément offensée par la perte du Kosovo, cherche - faute de pouvoir punir les responsables - à s'en prendre à quelqu'un de plus faible qu'elle."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Article écrit par Petre Munteanu, journaliste à Adevarul, quotidien roumain :
"Pour l'Union européenne, 2008 commence péniblement dans les Balkans, où une ex-fédération européenne continue à s'émittier. La situation en Serbie et au Kosovo remet en effet en question ce principe fondamental de l'identité européenne : l'abolition des frontières. Dans les semaines qui viennent, les Albanais du Kosovo déclareront très probablement leut sécession de jure (de facto, c'est déjà fait).
Quoi qu'il arrive, les Kosovars sont encore loin de former un véritable Etat : le Kosovo reste à ce jour un conglomérat d'individus animés par des passions locales et des ambitions personnelles, de militaires étrangers, de miliciens autochtones et de mafieux balkaniques. L'indépendance de cette province ne manquera pas de donner des idées à d'autres groupes ethniques, faisant craindre un effet domino jusqu'aux confins de l'Europe. Les Albanais de Macédoine mais aussi les Serbes de Bosnie-Herzégovine pourraient emboîter le pas aux Kosovars. Chypre craint de perdre à tout jamais la moitié de son territoire sous souveraineté turque. La Slovaquie, la Roumanie ou encore la Serbie craignent des revendications magyares. Mais c'est dans les enclavec sécessionnistes ex-soviétiques, comme l'Abkhazie ou la Transdniestrie, que l'on suit avec le plus d'intérêt l'évolution du Kosovo. Car, dans ces régions de l'est de l'Europe, d'autres principes fondamentaux de l'euroatlantisme sont allégrement bafoués : les droits des minorités, la tenue d'élections libres et honnêtes, la liberté d'expression. La vie politique y est souvent réduite aux activités d'un parti 'présidentiel'. Autrefois chouchou des occidentaux, Mikheïl Saakachvilia montré à Tbilissi un tout autre visage en faisant réprimer les foules contestataires et en fermant une chaîne de télévision d'opposition. Selon le modèle russe, le président arménien Robert Kotcharian s'est choisi pour successeur le Premier ministre Serge Sarkissian, lui aussi originaire de l'enclave du HAut-Karabakh, que l'Arménie réclame à l'Azerbaïdjan. Dans ce dernier pays, le président Ilham Aliev, qui a succédé à son père, se maintient au pouvoir grâce à la rente pétrolière et à la faiblesse d'une opposition durement réprimée. Quant au bloc constitué au sein de l'OSCE par la Russie, l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, il fait un intense lobbying pour limiter l'envoi d'observateurs internationaux aux élections locales."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Et l'on reparle de la situation de la petite république de Macédoine, déjà évoquée plus haut, avec Venco Donev, toujours pour Forum :
"L'ajournement de la solution au problème du statut final du Kosovo a fait monter d'un cran la fièvre qui régnait à Belgrade et à Pristina. Serbes et Kosovars clament haut et fort que cette situation risque de déstabiliser leurs voisins macédoniens. Les Kosovars affirment que, à défaut d'une reconnaissance rapide de l'indépendance, l'instabilité provoquera, à terme, une séparation des zones majoritairement albanophones de Macédoine et leur rattachement au Kosovo. La thèse serbe n'est guère plus optimiste. Selon Belgrade, le Kosovo indépendant chercherait inévitablement à s'emparer de territoires macédoniens. De plus, les Serbes dénoncent le protectorat, qui 'demeure une source d'instabilité dans la région'. Le président de la Serbie, Boris Tadic, a récemment déclaré qu'un nombre important de terroristes albanais, dont les évadés de prison kosovares, se regroupent dans le nord de la Macédoine. Selon lui, ils sont répartis dans des camps d'entraînement et s'apprêtent à attaquer la Serbie. Si ce scénario se réalisait, la Macédoine serait considérée par son voisin du nord comme uyn pays agresseur. Alors que Tadic a situé l'origine des problèmes en Macédoine, la première chaîne de télévision kosovare a diffusé des images des membres de la nouvelle armée nationale albanaise (ANA) procédant des contrôles d'identité près de Podujevo, à la frontière entre la Serbie et le Kosovo. La MINUK a aussitôt qualifié l'ANA d'organisation terroriste. Lors d'entrevues avec les journalistes, les maquisards cagoulés ont cherché à justifier leur regroupement par les menaces de guerre proférées régulièrement par les groupes paramilitaires serbes et par le risque d'une invasion du Kosovo par la Serbie. D'autres structures illégales sont présentes au Kosovo et dans le sud de la Serbie. L'Armée nationale du Kosovo (ANK), dont le chef est vraisemblablement Emrush Xhemaili, n'est pas satisfaite du déroulement des pourparlers sur le statut final de la province. Ses représentants pensent que Pristina n'arrivera jamais à obtenir une indépendance totale pour le Kosovo et que les hommes politiques, sous la pression des Etats-Unis et de l'Union européenne, accepteront une indépendance au rabais. D'autres paramilitaires albanais se sont regroupés dans la Nouvelle Armée du Kosovo (NAK), basée à Gnjilane, qui projette des opérations terroristes à Presevo, Medvedje et Bujanovac. La NAK est composée de vétérans de l'ancienne Armée de libération habitant Presevo, Medveda et Bujanovac, qui ont été obligés de quitter cette région. Les paramilitaires de Ramush Haradinaj - qui a été provisoirement mis en liberté par le Tribunal de La Haye en raison de la mort de son frère - collaborent étroitement avec ces deux 'armées'. Un camp d'entraînement de recrues kosovares a été installé à Vaksince. Selon certaines sources, deux autres camps, où l'entraînement serait assuré par d'anciens officiers de l'armée albanaise, existent près de Prizren et de Gnjilane.
Côté serbe, les forces paramilitaires sont regroupées à Mitrovica. Les principaux groupes sont kes 'Défenseurs des ponts' et la 'Garde des volontaires du roi Lazare', renforcés dernièrement par des Serbes de Bosnie. En cas de conflit militaire, deux autres brigades de Serbes bosniaques sont prêtes à intervenir au Kosovo. Environ 40 membres des forces spéciales serbes sont répartis dans les bureaux de police de Kosovska Mitrovica et 800 autres le long de la frontière entre le Kosovo et la Serbie."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
Outre la Macédoine, il y a un autre Etat qui est directement intéressé par la question de l'indépendance du Kosovo : il s'agit de la Bosnie-Herzégovine. Analyse avec le journaliste William Montgomery, pour le quotidien de Serbie Danas :
"Cela fait plus de quinze ans que la communauté internationale tente de faire face aux conflits de l'ex-Yougoslavie. Des milliards de dollars d'aide ont été dépensés, des milliers de soldats déployés, des légions de diplomates et de bureaucrates y ont été dépêchés dans le but de renforcer la sécurité de la région et de tenter de remettre celle-ci sur le chemin de l'Europe.
Malgré tous nos efforts, la situation reste instable, voire incertaine. Le statut du Kosovo n'est pas réglé et les scénarios sur son avenir proche restent sombres. En Bosnie-Herzégovine, les trois communautés ethniques ont arrêté la violence, mais n'ont pas renoncé à leurs objectifs de guerre, encore moins à leurs préjugés. La Bosnie se trouve actuellement dans l'antichambre d'un enfer économique et politique. La Macédoine est confrontée à un conflit potentiel entre ses populations albanaise et slave. Les tensions montent aussi au Sandjak, au sud de la Serbie, où deux communautés musulmanes rivales se battent pour le pouvoir, leur conflit étant alimenté par une ingérence possible d'éléments extérieurs. Pourquoi tous ces échecs ?
Les raisons sont multiples, mais une partie de la réponse est certainement dans la stratégie de la communauté internationale dans la région, qui s'est révélée un étonnant mélange d'idéalisme et de naïveté. De surcroît, toutes les organisations internationales (MINUK, KFOR, EUFOR, Bureau du haut représentant de l'ONU en Bosnie, missions de l'OSCE, TPIY) ont travaillé chacune dans son domaine, dans une sorte de bulle et sans tenir compte des conséquences de leurs actions sur l'ensemble de la région.
Que la communauté internationale le veuille ou non, les Balkans fonctionnent comme un système de vases communiquants. La Bosnie et le Kosovo en sont les exemples les plus parlants. Pour la communauté internationale, il s'agit de deux situations distinctes, dont la gestion a été confiée à deux organisations et à deux administrations différentes. Les diplomates répètent comme une sorte de mantra que les problèmes n'y sont pas les mêmes. Pour les Serbes, ce n'est pas le cas. Ils trouvent que leurs intérêts sont menacés ici comme là par les agissements des "internationaux" : au Kosovo par le processus de l'indépendance, en Bosnie par la remise en question de l'autonomie qui leur est garantie par les accords de Dayton. Comme les récents évènements l'ont prouvé, les deux foyers de crise s'alimentent mutuellement, avec des conséquences de plus en plus imprévisibles. L'opposition du gouvernement de Banja Luka aux récentes mesures prises par le représentant de l'ONU en Bosnie, Miroslav Lajcak, n'exprime pas seulement le mécontentement et la frustration des Serbes de Bosnie dont on a tenté de réduire l'influence à Sarajevo. Ces agissements sont également la conséquence du conflit de plus en plus ouvert des Serbes avec les représentants de la communauté internationale à propos de Pristina. Lorsque Dodik a cité pour la première fois l'exemple du Kosovo comme base d'un éventuel référendum sur l'indépendance de la Republika Srpska, il n'a fait que tester cette idée en donnant libre cours à son mécontentement. La dernière tentative du haut représentant de réduire ses pouvoirs a probablement changé les choses. Si l'on ne parvient pas à calmer tout de suite les tensions en Bosnie, il est très probable que les Bosno-Serbes emprunteront la voie envisagée au mois de décembre par les Albanais du Kosovo. Avec des conséquences qui seront tout sauf anodines. La communauté internationale doit sérieusement réfléchir à la façon de répondre à ce genre d'actions, ou plutôt à la façon d'agir pour les empêcher."
Ecrit par : marc | 10.04.2008
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