05.02.2008

Sarko syndicaliste

 "Monsieur le Président, tout de même, vous avez perdu 13 points en moins d'un mois... C'est pas brillant, je suis navré de le dire et je ne voulais pas vous froisser mais il faudrait réagir..."

 "Bien Troufion n°1. Je vais demander à Troufion n°2 de me trouver un petit déplacement dans la France qui se lève tôt et qui est dure à la peine qu'affectionne Guaino, et ça va marcher comme toujours; un petit mot et hop, emballé c'est pesé. Bon, là je te laisse, j'ai un shooting pour Paris Match. Tu as vu mes Ray-Ban Aviator?"

 

  Ce qui est rigolo avec notre président, c'est que non seulement sa vie privée est affichée de manière super caricaturale, mais même ses interventions publiques le sont devenues. A Gandrange, en Moselle, c'est la meilleure caricature de démagogie qu'on ait vu depuis longtemps (enfin depuis la semaine dernière). Une usine emploie 1100 salariés dans l'acier. L'acier n'est à vrai dire pas un secteur d'avenir, dans un pays qui plonge de plein pied dans le tertiaire, et qui songe même à se lancer avec un peu plus de volonté dans l'économie numérique. Sur ces 1100 salariés, 600 sont menacés de chômage forcé, et a priori durable, l'acier n'étant pas un secteur d'activité où la qualification soit particulièrement élevée, et si elle l'est, c'est, encore une fois, pour des métiers qui n'ont plus d'avenir en France.

 Que ferait un homme politique normal dans cette situation? Il dirait comme Jospin que l'Etat ne peut pas sauver une usine menacée de fermeture. Surtout si cette usine est partie d'une industrie qui n'a strictement aucun avenir en Europe. Il dirait que si l'Etat doit verser de l'argent, ce n'est pas pour racheter des parts de l'usine et la soutenir peine perdue, mais plutôt pour payer des formations aux salariés mis à la porte, histoire qu'ils s'adaptent à un marché du travail qui évolue plus vite que l'acierie. Ce serait expliquer bêtement comment l'économie fonctionne: aujourd'hui, la Chine a un avantage comparatif bien plus grand que la France dans l'industrie de l'acier, et nous devrions lui laisser cette industrie pour consacrer notre argent à la formation tout au long de la vie, et à une économie plus moderne.

 Que fait un homme politique comme Sarkozy? Il prétend que l'Etat peut faire "comme Alstom", investir et racheter beaucoup de parts de l'entreprise pour lui permettre de durer. Alstom n'est pas une acierie de Moselle. C'est une entreprise qui produit des trains et des véhicules de relativement haute technologie.

 Et donc voilà, un discours qui doit sans doute rendre l'ouvrier heureux quelques jours, quelques semaines, avant qu'il se rende compte qu'il a été cocufié, et qui n'a rien d'une rupture, ni d'un sens des responsabilités.

 C'est du mensonge, du maquillage, des mots. Et des mots qui prétendent faire croire que l'acier a encore un tantinet d'avenir dans un pays comme le nôtre. A force de promesses intenables, de promesses non-tenues, et de discours qui prennent délibérément les Français pour des cons, Sarkozy va chuter lourdement.

 Bien, ce n'est pas pour me déplaire. Mais Sarkozy a aggripé tellement de choses avec lui, la Commission, sa Présidence de l'UE, nos partenaires Européens, des grandes entreprises publiques, que ce n'est pas lui seul qui va chuter. Mais bien plus que ça.

 A quoi cela sert-il de faire voter le Traité de Lisbonne par le Parlement si à côté on dit n'importe quoi et on continue à alimenter cette phobie du libéralisme, par lâcheté. Parce que ce genre de discours accrédite l'imbécilité selon laquelle l'Etat peut tout.

 c'est faux, au cas où certains ne s'en seraient pas aperçus. L'Etat ne peut pas tout. Tout juste peut-il permettre à Sarkozy de faire joujou. Et encore, plus très longtemps...

Commentaires

article courageux! j'ajouterai juste que Mital s'étant engagé à ne pas supprimer d'emplois en France c'est à lui qu'il devrait revenir de payer les formations des ouvriers sinon à quoi servent les beaux engagements dans ces plans de reprise rarement suivis d'effets?

Ecrit par : rickyny | 05.02.2008

Bon alors ce n'est pas pour défendre Sarkozy (mais alors pas du tout, et je pense que la dose de démagogie dans son déplacement atteint des sommet, même si je pense que Yasmina Réza a raison lorsqu'elle dit qu'il n'est pas cynique, et qu'il a juste des convictions successives).

Je reviens juste sur ta position sur l'avenir de l'aciérie de Gandrange.
Ma position est que l'aciérie électrique peut avoir un avenir dans la mesure où c'est un mode de production fondé sur le recyclage de déchets (les ferrailles) ... les usines ont tendance a se rapprocher des matières premières (aciérie à haut fourneaux au Brésil près des mines; textile en Chine près des champs de coton...)... et nous avons un gisement énorme de "matières premières" tout nos déchets.
C'était même la position de Dollé (l'ex patron d'Arcelor) si j'ai bien compris (un avenir pour les aciéries électriques en Europe pas pour les hauts fourneaux)

Autre point que je voudrais souligner, mon expérience professionnelle m'a fait croiser des sites qui fermaient non par absence de compétitivité absolue, mais parce qu'ils n'étaient pas prioritaire pour son actionnaire. Ce dernier préférait le fermer plutôt que de le céder à un concurrent potentiel.
Dans un contexte purement libéral, ceci m'a toujours choqué (comme quoi la logique patrimoniale capitaliste est parfois en contradiction avec un réel libéralisme).

Tout ça mêlé me fait penser qu'il nous manque des outils au niveau français et surtout européen pour faciliter l'anticipation et la cession de sites ou d'entreprise pour donner leur chance aux entrepreneurs de terrain et à la concurrence contre des stratégies patrimoniales.

Or donc, pour résumer ma pensée confuse, j'ai peur que l'agitation sarkozienne ne plombe une vraie question, qui mériterait de vrais débats et de vraies réponses pour l'avenir industriel de notre pays...que j'espère un peu plus tonique que toi .... mais bon, d'un autre côté je suis ingénieur; j'ai peut-être une vision partiale :-)

Ecrit par : erasme de metz | 05.02.2008

Ce qui est encore plus étonnant, scandaleux, c'est de voir les syndicalistes CGT se prêter à ce jeu et faire les clown en parlant à la télé d'Etat en exhibant leur casque CGT. Qu'est-ce qu'on leur a promis? Ou alors ils sont vraiment cons?

Ecrit par : Eric | 06.02.2008

je ne sais pas si c'est une explication, mais c'est la CFDT qui est majoritaire à Gandrange :-)

Ecrit par : Erasme de Metz | 06.02.2008

Tu as raison l'Etat ne peut pas tout et personellement je desespere que ce president se dise encore de droite...

Ecrit par : Seb | 06.02.2008

tiens le dernier article de l'intersyndicale de Gandrange:
http://ensemblepourgandrange.blogspot.com/2008/02/aprs-sarko-super-zorro-sarko-super-dlgu.html

Ecrit par : erasme de metz | 06.02.2008

Je ne suis pas toujours d'accord avec ton anti-sarkozysme mais là, je commence à saturer, j'en ai vraiment marre, marre...

Les journalistes ont bien sûr leur part de responsabilité, mais là il nous prend pour des cons... Et ça m'énerve...

Le pire fut la fin de son discours dans l'usine, qui m'a profondemment outré...

"Gandrange, comme voyage de noce c'est pas mal du tout"

RRRrrrrrrhhhhhhhh

Ecrit par : Sébastien Lagorce | 06.02.2008

Seb, je ne crois pas que le populisme et le protectionnisme soient de gauche. Dupont-Aignan, De Villiers sont indéniablement de droite, et ils sont protectionnistes et anti-mondialisation.

Sarko est juste beaucoup moins libéral que DSK, au cas où on en douterait encore.

@ Sébastien Lagorce
Tout à fait d'accord avec toi, c'est grand-guignolesque. Il se fiche de la gueule des gens sns vergogne. Mais il va le payer cash très vite.

Ecrit par : Pierre Catalan | 07.02.2008

Un homme politique courageux dirait que pour permettre à Daussault et Co. de se faire un max de blé à l'export, il faut sacrifier l'industrie et saborder toute la capacité de production de notre pays. Il dirait également que s'engager dans "l'économie numérique", c'est faire du vent, et que lorsque la bulle éclatera, sans tissus industriel on n'aura plus que les yeux pour pleurer. Un homme politique courageux dirait également que ce n'est aucunement une fatalité, mais que cette situation résulte de choix effectués dans le cadre des accords internationaux, qui consiste à sacrifier les PME du secondaire pour permettre à une poignée de potes des Hi-Tech de se faire des couilles en or. Même si c'est un choix inique, ça n'a aucune imoprtance, étant donné que ce sont ceux-là même qui ont la mainmise sur les médias, c'est eux qu'il faut favoriser pour se faire élire.

Ecrit par : Fares | 14.02.2008

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