17.01.2008

Les caractères - Phtirius

Son attaché lui tient la portière tandis que son secrétaire se rue sur la porte. Pressé, affairé et jovial, Phtirius monte l’escalier une marche devant ses sbires. On vient à sa rencontre, il distribue les accolades avec bonhomie, sûr que les timorés n’hésiteront pas longtemps : il a prévenu qu’il saurait se souvenir, et son secrétaire est un bon aide-mémoire. Il est content de sa recrue, la première qu’il choisit lui-même : visage d’ange et esprit patibulaire, de bonnes manières aussi, c’est important, et pas de mauvaises manies, il a décidément su faire preuve de discernement.

 Les salons sont déjà bondés, comme toujours pour ce grand pince-fesses annuel. Il frissonne : Pince-fesses. Si jamais l’Autre le touche, il lui écrasera les cors !

 Comme toujours aussi, il a préféré entrer par le fond, ça lui permet de remonter la foule et d’éviter les mauvaises surprises une fois parvenu sur l’estrade. Pour plus de sûreté, il envoie son attaché en reconnaissance, histoire aussi de se réserver une place dans l’angle des objectifs. Ainsi, il a le temps de faire le tour et ne s’en prive pas, réprimant toutefois des coups d’œil vers l’avant : il n’a pas que des amis ici, il le sait, et ses dernières apparitions publiques l’ont mis sur ses gardes. Il se défend bien, le mollusque, mais patience : bientôt c’est lui qui tiendra tout ça et alors tous les autres n’auront pas assez de leurs yeux pour pleurer.

Mais d’ici-là, gare aux impairs, surtout ne pas reproduire l’humiliation de la semaine dernière !

Une petite vieille l’accapare, souriante et babillarde, il l’écoute avec une attention étudiée, sans cesser pour autant d’échanger sourires et hochements de tête avec tout ce qui passe. Cette vieille lui est acquise, elle a beaucoup d’influence dans ses cercles de vieux, et il est bon qu’on les voie ensemble, ça rabattra le caquet des seniors réfractaires. Faudrait pas que ça dure trop non plus, il y a bien 2 000 personnes ici, qui en représentent bien 50 000 autres, s’agit de pas les rater. Tiens, le président de l’A27 le toise : il a toujours pas compris, celui-là ! Bah, trop tard et tant pis pour lui, il a déjà été assez bon d’insister.

 Souriant toujours, il progresse, s’enquérant à droite de la santé de la petite Mathilde et félicitant à gauche le cousin du champion d’escrime. On le prend à parti aussi, et il abonde alors sans réserve dans le sens escompté : Oui, cette histoire de banc est un véritable scandale, et pourquoi pas des rayures tant qu’on y est ! Il va écrire une lettre dès demain, il ne peut pas laisser faire ça, mais ce ne serait pas mal de l’appuyer d’une petite pétition, il faut que les habitants sachent... Non, jamais il n’aurait cru que les élus de cette ville seraient si indifférents au sort des joueurs de belote, entre nous la réponse de l’adjoint est intolérable, mais, pardon de le dire, il est coutumier du fait. Voilà ce que c’est que de nommer des … Comment, vous ne saviez pas que… ? Tout à fait entre nous, n’est-ce pas, pauvre homme, c’est suffisamment triste ! Oui, tout à fait, absolument, oui.

 Le voici aux abords de la tribune, apparemment, rien à craindre. Non ! IL est déjà là, et sous les flashs, bien sûr, impossible de figurer sur une photo sans s’approcher. La crapule le sait, non mais regardez-le, et ceux-là autour, qu’est-ce qu’ils espèrent, hein ?

 Phtirius essaie de se contrôler, mais il sent battre ses tempes. Pourrait pas crever, cette fripouille ? Disparaître une fois pour toutes de sa vie et de sa ville ? Tout son passé afflue soudain, incontrôlable tandis qu’il s’appuie contre une colonne.

 L'Autre l’a tiré du ruisseau, c’est vrai. Ironique, déjà : « Et où est ton petit bouquet de sédums ? ». Il l’entend encore. Puis c’est allé très vite, il l’a éprouvé, initié, poussé, installé, consolidé, il lui a tout appris, oui, et il lui a tout fait. Un pli amer tord un bref instant  ses traits réguliers: Tout.

 Mais c’est fini ça maintenant, il est devenu quelqu’un par lui-même, il siège tout seul, c’est lui qui les fait tous trembler maintenant, c’est lui qu’on vient voir, c’est lui qui mène les tractations maintenant, c’est lui qui protège et qui couvre –ou non. Il est devenu un enjeu, lui, un homme que l’on recherche et que l’on souhaite s’attacher. Et il ne pue pas le soufre, lui ! il n’a aucune envie de tomber foudroyé en pleine gloire par la mise en lumière de compromissions nauséabondes.

 Phtirius ravale sa haine, ce n’est vraiment pas le moment de craquer. Et toute cette cour autour ! Peuvent donc pas comprendre, ces connards ? Ca y est, il a été vu, s’il ne fait pas le premier pas, ça va se remarquer. Ordure. Pourriture. Salaud, salaud, salaud. Le voilà qui humecte ses lèvres visqueuses : il est vraiment repoussant, mais impossible d’y couper.

 Phtirius se raidit, compose son visage et tend la main tandis que Jabba, le regard brillant, lui sourit en susurrant : « Bonne année, mon cher collègue. »

Commentaires

sans du tout le connaître autrement que par ce blog... c'est l'Abominable Baguet des Neiges boulonnaises ?

Ecrit par : Emmeline | 17.01.2008

Sans aucun doute, c'est PCB, alias Hamster Jovial.

Ecrit par : goery.92 | 18.01.2008

C'est curieux sur le dernier document " Ensemble" de notre nouvel ami Mr Baguet, il n'y a aucune mention de l'UMP et en plus il demande des fonds alors qu'il est déjà financé par l'UMP et nos cotisations, aurai-t-il, lui aussi, rendu sa nouvelle carte?

Ecrit par : goery.92 | 18.01.2008

@ tous: ce sont des caractères voyons! des archétypes! Ils n'ont pas de modèle concret unique et leurs traits peuvent évoquer bien des personnalités, de manière purement fortuite bien sûr...

@ goery: je ne pense pas que notre député rende sa carte si tôt. Certes, ça fait plus d'un an qu'il l'a, presque un record de fidélité pour lui, mais il n'est apparemment pas encore opportun de changer.

Ecrit par : pierre catalan | 18.01.2008

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