16.01.2008

Feuilleton politique Boulonnais - une partie de campagne, 1997

 Les élections municipales avaient eu lieu juste après les présidentielles, en 1995. Jean-Pierre Fourcade avait réussi en quelques mois à redresser le gros de finances et de contentieux financiers de la ville, laissés par Paul Graziani, et son équipe s'était attelée au chantier du centre-ville (les maires-adjoints à l'urbanisme, au commerce et à l'artisanat, et aux finances en tête).

 Vint l'idée funeste de la dissolution. Le député de Boulogne-Billancourt était encore l'ancien maire, Georges Gorse, qui avoisinait les 80 ans. Il était évident qu'il aurait du mal à prétendre une nouvelle fois à son poste, mais Georges Gorse jouissait d'une certaine popularité, plus grande et plus respectée que celle du premier adjoint Pierre-Christophe Baguet.

 Si l'on parle des législatives de 1997, on peut les décrire comme l'apparition du véritable visage de Pierre-Christophe Baguet. Jusqu'alors, Pierre-Christophe Baguet était à mes yeux d'enfants un type sympathique. Il avait globalement tout pour gagner cette élection, qui était la première dans laquelle il s'engageait en son nom propre et sur sa seule figure. Il avait jusqu'alors gagné sa place au sein de l'équipe municipale par des scrutins de listes, et en renversant en court de mandat le maire Georges Gorse, en 1991, avec la complicité du désastreux Paul Graziani.

 Baguet, 42 ans, qui a cessé depuis deux ans toute activité professionnelle pour ne vivre que de ses mandats d'élu (travailler moins pour gagner plus), un jeune homme très bien mis avec un belle raie sur le côté, contre Georges Gorse, 80 ans, qui mettait encore en avant sur son affiche sa qualité de Compagnon de la Libération. Georges Gorse ne voulait à vrai dire pas vraiment se représenter, mais la désignation de Pierre Christophe Baguet comme "candidat UDF-RPR-DL-RPF-DVD" (des mauvaises langues ajoutaient "et abonnés au gaz") l'avait mis hors de lui: il était clair pour Gorse que le mandat de député n'était pour PC Baguet qu'un levier pour accéder à la mairie rapidement par un autre putsch, et il ne pouvait pas le tolérer.

 En effet, trois ans plus tard, Pierre-Christophe Baguet a tenté un puputsch contre J-P Fourcade.

 Lequel Jean-Pierre Fourcade s'est bien gardé de prendre position contre l'ancien maire qui l'avait soutenu, et le nouveau démagogue aux dents longues. Tout juste avait-il envoyé une lettre aux Boulonnais pour souligner le passé glorieux de l'un, et l'avenir de la jeunesse de l'autre.

 

 Quand je dis que cette campagne a dévoilé le vrai monsieur Baguet, je veux parler de ce niveau de caniveau. Les blagues des affidés de Baguet, qui faisaient courir des bruits sur l'âge de Gorse, ses "incontinences", sa "sénilité", et bien entendu, surfaient (déjà!) sur l'impopularité d'Alain Juppé pour dénoncer la proximité entre le suppléant de Georges Gorse, Guy Sorman, et le premier ministre. Il y avait déjà là une espèce de haine invraisemblable envers l'énarque Sorman. Haine dont personnellement je ne peux trouver les origines que dans l'absence total de réussite académique de M. Baguet.

 Face à ces insultes, l'équipe de Gorse a voulu réagir avec humour, et a créé alors une petite bande dessinée: "Les avantures de Baguiznogood", qui voulait être Calife à la place du Fourclife (avec l'aide de Sultan voisin d'Issy les Moulineaux, Santini). Cette bande dessinée était vraiment délicieuse, et je ne désespère pas de la retrouver et le scanner pour vous le faire partager. Mais un épluchage en règle des archives de l'Express pourrait permettre de la retrouver. Un numéro de l'Express qui n'a d'ailleurs, étonnamment, pas été distribué à Boulogne-Billancourt cette semaine-là.

 La campagne faisait rage, mais l'issue faisait peu de doute. C'est d'ailleurs pourquoi encore aujourd'hui je m'interroge sur la méchanceté de la campagne de PC Baguet. Cela doit être sa vraie nature, après tout. Un tracteur de la petite bande dessinée est plaqué au sol et menotté par la police au marché, mon frère, qui distribuait la même BD est molesté par les gouapes de Pierre-Christophe Baguet...: la démocratie fait rage.

 Le soir du premier tour, Georges Gorse est éliminé de la course. Il y aura second tour contre le candidat PS Pierre Gaborit. Lequel a en ce 1er juin 1997 (second tour) établi le record toutes élections confondues du score du Parti Socialiste dans l'histoire récente de Boulogne.

Commentaires

L'ambition dévorante et l'opportunisme est finalement le même à Boulogne, à Roquemaure, à Etamples dans le Nord où ça parachute à donf', et ailleurs.

J'aime bien ces petites histoires. Une grosse part de subjectivité eu égard à ton point de vue, ce qui est normal. Mais bien agréable à lire.

Ecrit par : Falconhill | 16.01.2008

Pourquoi s'interesser a la politique ancienne quand l'actuel a deja ses failles...?

Ecrit par : Valerie | 18.01.2008

peut-être parce que l'une découle de l'autre?
les gens qui ont des choses à se reprocher aiment bien que leurs concitoyens aient la mémoire courte, tandis que d'autres n'ont pas peur de regarder leur passé en face: c'est encore la meilleure façon d'aborder l'avenir!

Ecrit par : asophie | 18.01.2008

Cela peut aussi servir aussi au boulonnais de fraiche date comme le troisiéme candidat au poste de délégué de circonscription! En espérant que cela ne soit chez lui que de l'ignorance du passé.

Ecrit par : goery.92 | 18.01.2008

Idem à l'histoire, pourquoi s'y interresser alors que le présent est plein de choses bizarres ? Mais comme disait mon prof d'histoire de l'époque, le passé nous permet de comprendre le présent, parait il...

Bon weekend

Ecrit par : Falconhill | 19.01.2008

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