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09.01.2008

Les caractères - Pépète

 Je vous l'avais dit, avec quelques joyeux lurons de mes amis, nous nous lançons dans une petite galerie de portraits. Les happy fews reconnaîtront sans doute le personnage Boulonnais ou alto-séquanais que nous prenons pour modèle à chaque nouveau caractère. Pour les autres, je ne me fais pas trop de souci: nos caractères ont sans doute des sosies de par chez vous. Place à Pépète, qui, selon la chanson de Java, "était fraîche et bien roulée, maintenant [elle est] fade et fardée".

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  Un dernier coup d’œil languide à son miroir de poche, et Pépète est prête pour sa séance d’UV. Depuis le vestibule, elle entend les ronflements de l’autre : c’est quand même embêtant que les hommes n’arrivent jamais à être riches et beaux à la fois ! Enfin, avec un peu chance, elle n’en a plus pour longtemps avec celui-là. Pépète soupire et claque la porte, il n’est que onze heures mais elle a une journée chargée.

 Après les UV, elle a rendez-vous au studio, pour renouveler ses photos officielles. Elle ne peut tout de même pas paraître dans le prochain numéro avec cette tunique, c’est d’un ringard! et puis il y a quand même cette lumière, on a l’impression qu’elle a des poches sous les yeux, comme avant l’intervention. Il faudra qu’elle redemande à Jacques-Alain si une exposition prolongée à la lumière des spots peut faire fondre la silicone. Ce serait embêtant. Ensuite, elle passera à la Mairie, consulter son agenda.

 Elle réfléchit : l’entrée par le parvis a plus d’allure, à chaque fois qu’elle gravit les marches, son porte-feuille sous le bras, elle se sent portée vers son destin. Mais treize heures, c’est une heure creuse, le passant sera rare. Alors que si elle passe par derrière, elle a toutes chances de croiser des groupes de fonctionnaires de retour de la cantine…

 Elle tranchera plus tard, on arrive. Elle se demande bien ce que le chauffeur peut faire en l’attendant. Elle n’aime pas ce chauffeur, aucun chauffeur d’ailleurs, mais c’est un insolvable inconvénient : le fonctionnaire préposé aux voitures de fonction prétend qu’on ne peut vraiment pas condamner le rétroviseur intérieur, c’est sûrement faux mais elle n’a pas eu le temps d’aller au fond de cette affaire. S’il fallait corriger toutes les inepties de ces gens, elle n’aurait plus du tout de temps à consacrer aux questions très importantes.

 Seize heures, Pépète sort épuisée de l’Hôtel de Ville : tous ces parapheurs, tous ces gens qui ne comprennent rien et qui prétendent vous donner des leçons, et puis ces hôtesses… c’est embêtant, on devrait les interdire et s’en tenir aux huissiers. Elle en fera la proposition lors du prochain Conseil, mais pour l’heure, elle a juste le temps de rentrer se changer avant sa réunion sur « Chaussures à pointe : le tribut phallique de la femme moderne ? ».

 Avant de repartir, elle va tout de même se servir un verre, elle meurt de faim depuis ce matin. 

 Plus elle y pense, plus elle trouve la salle ridiculement petite. Combien de fois devra-t-elle répéter au fonctionnaire des salles que ce qui compte, ce n’est pas l’affluence, mais la stature de la conférencière ? Celui-là, avec son air désapprobateur, il ne veut jamais rien comprendre, mais elle s’en moque : il y a longtemps qu’elle a jeté son serre-tête par-dessus les moulins.

 Vingt-et-une heures : rafraîchie, à l’aise dans sa robe griffée, Pépète a renvoyé le chauffeur, à tout hasard. Elle s’assure, avant de quitter le bar, que le journaliste a bien pris sa carte. Puis elle assure son pas sur le tapis aux motifs incertains et pénètre dans la salle de réception. Eblouissement ! Il y a beaucoup de monde, la plupart ont l’air très importants, mais sans ses lunettes elle a du mal à les identifier. Les gens se retournent sur son passage, c’est bon signe. Un larbin manque la bousculer : ils ne peuvent donc pas marcher droit ?! Elle pose sa coupe et en prend une autre, ça donne une contenance.

 Ah ! cet attroupement, c’est la suite du ministre, pas de doute. La grosse à gauche, ça doit être sa femme. Quand même, on ne devrait pas tolérer que des femmes pareilles aient un rang quelconque, elles déparent la fonction. Pas d’autre créature en vue, tous ont l’air attirés par un mouvement vers le fond, c’est le moment.

 Le cœur battant, Pépète se lance. Elle a la pratique des hommes de pouvoir : ce sont avant tout des hommes, mais, à chaque fois, sous les ors de la République, il y a un petit côté romanesque qui efface toute nuance sordide.

-     Bonsoir, Pépète Léchalas, je suis charmée de vous revoir… 

Deux heures : Pépète se demande où elle est.

Commentaires

je ne sais pas qui est Pepete mais c'est drolement bien imité...

Ecrit par : Gérald | 19.01.2008

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