03.12.2007
Le colonialisme "profondément injuste"
Cela fait du bien, une visite en Algérie. Pas parce que, comme au Gabon d'ailleurs, le chef de l'Etat y est plus petit que notre Président. Mais voici enfin un changement de discours de Sarkozy à l'égard de l'Afrique. Adieu la France éternelle et irréprochable, vous savez, cette France idéalisée dans le cerveau tourmenté d'Henri Guaino, celle qui n'a rien à se reprocher parce qu'elle n'a pas "inventé la solution finale", elle. Adieu ces prétentions et ces mots condescendants et douloureux sur "l'Homme Africain".
Certains diront que le Maghreb ce n'est pas l'Afrique. Pourquoi pas.
Mais toujours est-il qu'on dirait que l'Algérie tient sa revanche, puisque pour une fois, un Président est venu reconnaître la totale antithèse entre ce que fut la colonisation et la devise de notre République: Liberté, Egalité, Fraternité: «Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République: liberté, égalité, fraternité [...] Mais il est aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter. Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long de la guerre d’indépendance, qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés»
Je dis l'Algérie parce que ce travail d'honnêteté ne sera peut-être pas fait pour chacun des pays à qui, dans un souci de "diffusion de la civilisation", nous avons fait du mal. D'ailleurs, la Cité de l'Immigration n'a je crois toujours pas été inaugurée proprement. Mais l'Algérie est un grand fournisseur de gaz, a des accords avec Gazprom, et devient un partenaire stratégique pour l'Europe, et la France, dans leur pari à une plus grande indépendance énergétique par rapport à la Russie.
Je vois les choses comme ça, je suis peut-être un peu trop cynique. En même temps, tous les événements politiques depuis 6 mois, tant intérieurs qu'extérieurs (Infirmières Bulgares, Conseil des ministres des finances de la zone euro, remise en cause absurde du Pacte de stabilité et de croissance, recherche de stratagèmes constitutionnels pour financer le Nouveau Centre, etc), tous les événements politiques, dis-je, me semblent emprunts d'un grand cynisme.
D'ailleurs, le jour où les Français auront intériorisé ce cynisme dans l'un des nombreux changements de paradigmes qui forgent une société, le rapport entre pouvoir et administrés sera intéressant, tiens.
21:40 Publié dans Sur le monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Bouteflika, Algérie, Europe, gaz, colonisation







Commentaires
Salut Pierre, salut tout le monde
Je rejoins ton analyse concernant la motivation du discours de Sarkozy.
Jusque là, nous demeurions dans la position d'un pays un peu fier d'avoir "apporté la civilisation à des populations indigènes sauvages".
MAis aujourd'hui ces pays détiennent des ressources indispensables à notre survie de consommateurs. Ils deviennent alors stratégiques.
On observe depuis au moins 10-15 ans la concurrence de nombreux pays : Etats-Unis en tête pour qui l'Algérie était un pays terroriste (je me souviens encore d'un film "Delta Force" avec Chuck Norris - je sais ce n'est pas une référence - où l'Algérie était considéré avec la Lybie et je ne sais quel autre pays comme un pays ennemi des Etats-Unis), l'Italie, l'Espagne, mais également la Chine et le Japon qui attaquent durement les "partenarias économiques" françaises dans les anciennes colonnies.
Et bien, les représentants politiques de tous ces pays, jouent avec cette position désormais avantageuse pour assoir leur position en flatant l'égo et la fierté de leurs électeurs.
Ce discours de reconnaissance n'est pas dénué d'une stratégie économique.
Il faut certainement flater le corbeau pour qu'il lache le camember "économique".
Mais ce discours, risque de ne pas être le dernier. Nous l'entendrons probablement lors de prochains voyages de notre président dans les pays anciennement colonisés et pour lesquels nous avons à y défendre une position stratégique tant sur le plan économique que militaire.
A+
Ecrit par : Taf | 04.12.2007
oui enfin, ça va être drôle. je vous rappelle la sortie ô combien appréciée d'un certain ministre de l'intérieur l'année dernière: "l'afrique a besoin de la france, la france n'a pas besoin de l'afrique".
ni scrupule, ni vergogne...
Ecrit par : asophie | 05.12.2007
L'Algérie tient sa revanche. Ah c'est vrai je n'y avais pas pensé. C'est être revanchard que d'exiger la reconnaissance de l'occupation et des crimes commis par l'état français.
Une autre perle que j'ai relevée dans cette note. Selon le catalan, le discours de Sarkozy serait un travail d'honnêteté. Je reconnais bien le néo-révisionniste des temps modernes qui, faute de ne pouvoir nier l'évidence de l'oppression, tente de la relativiser à l'aide d'une lecture biaisée de l'histoire.
Ce néo-révisionnisme ne s'attaque pas tant aux faits mais surtout à leur interprétation. Ainsi il résume l'histoire à des faits secondaires qu'il met en avant dans le but de noyer, diluer ou pire faire oublier l'essentiel.
Ce discours consiste à établir une co-responsabilité entre français et Algériens ce qui est bien entendu totalement faux.
Il y a eu certes des victimes des deux côtés mais les motivations étaient bien différentes. Il y avait d'un côté ceux qui combattaient pour l'indépendance et contre l'oppression et de l'autre ceux qui commettaient des crimes gratuitement et même lorsque ce n'était pas le cas, ils défendaient de toute façon une cause totalement injuste, la conservation de l'Algérie française.
Des actes répréhensibles et condamnables ont pu en effet être commis par tous mais il faut rappeler que les Algériens disposaient de peu de moyens et que le rapport de forces était profondément déséquilibré. Donc dans le désespoir, certains ont eu tort dans la forme et non dans le fond.
Mais cela ne change rien au fait que l'origine de tout ce gachi est la colonisation et la guerre, et de cela seules la france et les colons sont responsables. Mettre tout le monde dans le même sac est abominable.
Entre ceux qui ont résisté en état de légitime défense et combattu la colonisation et les autres qui ont pris parti pour l'oppression, ce sont les premiers qui ont eu raison, les seules victimes du drame Algérien et les autres coupables d'avoir soutenu de plein gré ou non une idéologie anti-démocratique quelles que soient les méthodes utilisées.
Sarkozy est tout bonnement en train de faire un rappel ou une variante de l'article 4 de la loi sur la colonisation abrogé il y a quelques temps. Il le fait de façon tellement subtile que le critiquer devient un exercice compliqué. Tout est dans la manière de présenter les choses.
Je ne parle même pas de ces propos ridicules sur l’amour patriotique et la souffrance des rapatriés. C'est comme si on nous parlait de la souffrance des nazis à la fin de la guerre ou de celle des négriers lors de l'abolition de l'esclavage.
Je précise d'avance que je ne compare pas tous ces crimes. Je dis seulement que le raisonnement est le même, celui d'isoler les faits de leur contexte, juxtaposer des éléments sans importance afin de relativiser l'oppression et c'est exactement ce raisonnement qu'on applique aujourd'hui au conflit Israelo Palestinien.
Ecrit par : babeil | 14.12.2007
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