26.11.2007

Que faire des extrêmes?

 Un thème commun de Kiwis, proposé par notre cher Toréador (dont la concision me déçoit un peu sur ce sujet), repris par Bastogi, Odanel et Frednetick. Que faire des extrêmes en démocratie?

 Pfffiou... Des articles sur la démocratie, il y en a déjà eu un paquet sur ce blog. Citons en vrac celui-ci, sur le Bayrouisme présidentiel et la démocratie, citons celui-là, sur la démagogie, citons celui sur l'idée de gouvernement d'union nationale. Et puis ce dernier sur la démocratie et les débats de la société. Cela fait un paquet d'articles.

 Mais parlons des extrêmes en démocratie, et parlons-en alors que Pierre Miquel a rejoint aujourd'hui René Rémond au paradis des honnêtes hommes. Toréador nous rappelle que deux pays sont sous la menace de coups d'Etat en ce moment. Il y en a vraisemblablement plus, mais il prend le Vénézuéla et la Russie pour symboliques, d'une extrême gauche et d'une extrême droite, qui conquièrent le pouvoir dans une pseudo démocratie en rendant progressivement le régime anti-démocratique.

 Rappelons que la Russie n'a en vérité pas connu la démocratie. Jamais. Que 10 ans d'histoire démocratique est un peu faible pour qualifier une pays de démocratique. Rappelons que les écarts de richesse dans la population Vénézuélienne, ainsi que l'exploitation du sol par des compagnies privées alors que la population crève de faim, sont des terreaux plutôt favorables au populisme. Je dirais de Chavez qu'il est plutôt un populiste de gauche. Contrairement à Poutine, je ne crois pas qu'il emprisonne ses opposants. Il a juste perverti le système démocratique à sa botte.

 Tout ce préliminaire pour dire que je trouve le parallèle de Toréador hasardeux, entre Chavez et l'extrême gauche Française, et entre Poutine et une certaine extrême droite. Nous vivons en France en démocratie depuis 1848, avec des interruptions passagères plus ou moins longues: le Second Empire et l'Etat de Vichy principalement. Je crois qu'il serait tout de même difficile à nos extrêmes de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et arriver au pouvoir.

 Mais quand bien même, je crois que la question ne se situe pas au niveau de la pratique, mais de la théorie. La question est: voulons-nous des extrêmes en démocratie? Et surtout, avons-nous les moyens de nous en passer en France? Les moyens politiques, mais aussi démocratiques: après tout, Le Pen rassemblait encore le 22 avril 4 millions d'électeurs. Et les différents candidats d'extrême gauche additionnés n'en étaient pas loin.

 L'Allemagne a interdit les extrêmes juste après la guerre, on le comprend. Il serait aujourd'hui un peu tard pour écarter institutionnellement les extrêmes en France. Il est en revanche toujours temps d'amenuiser considérablement leur pouvoir, et leur échos auprès de la population.

 Il est commun de dire qu'il n'y a pas en France 4 millions de racistes et 2 millions de trotskystes. Mais plutôt bien près de 6 millions de mécontents et/ou malheureux. A peu près 6 millions de gens qui ne croient plus vraiment que la démocratie sage puisse résoudre leurs conflits. La démocratie, c'est résoudre par le dialogue et les politiques concertées les conflits de la société. Pour 6 millions de gens, leurs conflits ne sont plus résolus par la démocratie en France.

 

 Alors là on se dit soit que ces gens sont des gros enfants gâtés, soit que en effet, le pouvoir n'est pas à la hauteur. Je crois qu'il y a des deux. Auquel j'ajouterais le problème de l'instruction publique.

 Nous autres vieux démocrates Français sommes en effet des enfants gâtés, et parfois je m'offusque que l'on moque ou stigmatise les Polonais, par exemple, pour leurs comportements électoraux: la Pologne n'est une démocratie que depuis 1991, elle... Nous faisons à peine mieux que les Polonais question puissance des partis populistes. Regardons l'Espagne aussi, qui semble n'avoir pas d'extrêmes (du moins pas au niveau fédéral) et qui pourtant est une démocratie très jeune aussi.

 Nos dirigeants n'assurent pas. Un premier ministre de notre connaissance a écrit un livre récemment pour expliquer que les Français peuvent accepter la vérité. Pour autant, la façon dont Sarkozy a récupéré les électeurs du FN et une partie des abstentionnistes n'est pas rassurante: plutôt que de leur dire la vérité, les polémiques de campagne ont été portées sur la BCE, l'euro (la sortie de l'euro est une constante du FN), l'identité nationale exclusive, l'immigration... Un cocktail identité nationale, immigration, inné et acquis. Peu rassurant. Où est le devoir de vérité?

 Et auparavant, à force de remettre à plus tard les réformes et ne pas se décider, dans une présidence mollusque, entre libéralisme ou pas, conservatisme ou social-démocratie, on a glandé, sans donné aucun résultat. Il est probable que si la réforme Juppé était passée en 1995, Nicolas Sarkozy ne serait d'ailleurs pas président de la République. Idem pour le TCE.

 Ils n'assurent pas, et cela crée des déceptions. Un moment on a pu penser que Nicolas Sarkozy s'en était aperçu. Il le disait tellement souvent. Il a donc couru partout, sur les lieux des drames, à l'étranger, partout. Avec plein de discours et de mots. A remettre la politique dans la quotidien des Français et Rachida Dati chez Drucker. Mais voilà, on va bientôt se rendre compte que depuis 6 mois il n'y a rien eu de vraiment concret envers ces gens insatisfaits de la démocratie pour régler leurs problèmes mais qui, dans un élan d'optimisme, ont tout de même voté pour un candidat républicain aux dernières élections. 

 Et alors là, les manipulateurs d'opinion et de déceptions que sont l'extrême gauche n'en repartiront que de plus belle. Et on a de la chance que le FN soit occupé par une guerre de succession et que l'extrême gauche soit moins audible. Car à force en plus de monter les Français les uns contre les autres (grévistes et courageux travailleurs, par exemple), les bonsvieux réflexes du conflit et de la haine de l'autre matérialisé dans les urnes va revenir.

 Face à cela, sans doute une seule solution de fond et de long terme. Réformer l'éducation nationale. Revenir entre autres, sur cette absurdité qui veut que l'on fasse de la biologie de la 6eme à la 1ere (minimum), mais que l'on puisse obtenir son baccalauréat sans avoir fait une petite heure d'économie.

Commentaires

Enfin, c'est important la biologie aussi ! ;-) Ne serait-ce que pour contrer les thèses fumeuses des créationnistes qui reviennent en force...

Ecrit par : Criticus | 26.11.2007

Salut Pierre,

1/ J'ai fait exprès de limiter mon propos car je voulais lancer le débat et non pas le clôre. En revanche, en lien, tu trouveras justement depuis ma banderille un texte très long qui résume exactement ma pensée.
2/ Je n'ai pas fait de parallèle hasardeux : je n'ai pas dit que Poutine était Le Pen. Simplement, j'ai démontré qu'il existait toujours en démocratie un risque lié aux extrêmes, et que l'échiquier politique français contenait lui-même des risques. D'où l'ouverture : faut-il aller plus loin ?
3/ Contrairement à ce que croit Bastogi, je suis celui qui était pour l'ouverture de Kiwis à tous, y compris aux extrêmes. J'aurais donc tendance à répondre non à ma propre question...
4/ La fin de ton billet est pour moi disgressive !

Ecrit par : Toréador | 27.11.2007

je n'ai jamais compris ce que tu rangeais sous le vocable "économie".

Ecrit par : asophie | 27.11.2007

>> Toréador : Autant pour moi si je me suis mal exprimé, mais je ne crois pas du tout que tu étais pour le principe de refus des extrêmes puisque tu nous l’avais toi-même déjà dit par mail : c’est Nico qui avait insisté pour et, je tiens à le redire, j’approuve complètement.
>> Pierre : Je suis d’accord avec toi, les extrêmes (notamment la droite) risquent fort de revenir au devant de la scène aux prochaines élections présidentielles si le gouvernement actuel déçoit… Et il est clair que Nicolas Sarkozy aura sa part de responsabilité là-dedans.
Mais je ne pense pas qu’un extrême soit capable de passer le second tour, sauf s’il se retrouve contre l’extrême de l’autre bord… Croisons les doigts !

Ecrit par : Bastogi | 27.11.2007

Désolé, je n'ai pas eu trop de temps pour traiter ce sujet... Mais le point de départ, ne serait-ce pas de définir les etxrêmes? C'est quoi pour toi une extrême Pierre? Quelque chose qui sort de ce qui est traditionnellement admis par tous? Un discours violent? Un dicours raciste? Un discours politiquement incorrect du point de vue économique?
A mon avis, la difficulté de ce thème est justement qu'il est très difficile de répondre à cette première question. Un peu comme quand on évoque la différence entre sectes et églises.

Ecrit par : le chafouin | 29.11.2007

Salut Chafouin,

Pour moi les extrêmes sont ceux qui veulent sortir du cadre de la démocratie représentative pour régler avec violence les conflits de la société. Ni plus, ni moins. Ils sont généralement doublés de populisme.
Lorsqu'un homme politique s'accomode du système mais flatte les bas instincts des électeurs, j'appelle ça de la démagogie.

@Asophie
Comment te dire... l'économie, l'histoire économique, de Adam Smith à Keynes. Histoire de savoir mettre en abîme une décision politique dans son enjeu économique.

Ecrit par : Pierre Catalan | 29.11.2007

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