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20.09.2007
Ségolène Royal à l'Université de Montréal (2)
C'était donc bien une confirmation. Je suis atterré, et vraiment je n'étais pas venu dans l'esprit de l'être. 45 minutes d'attente, que la Diva se fasse désirer, avant qu'elle arrive finalement dans un amphi de 800 places bondé (la queue pour entrer faisait le tour de l'étage!). Le conférence porte sur la francophonie. C'est un enchaînement de citations, avec quelques mots qui n'ont aucun sens au milieu. Elle a pillé la page "francophonie" du dictionnaire de citations, sans peut-être d'ailleurs toutes les comprendre (notamment une référence à Edouard Glissant sur la "Mondialité" sur laquelle je veux bien des éclaircissements, j'y reviendrai).
Au menu de cet exposé à peine digne d'un étudiant de première année de Sciences Po qui a brodé son boulot en trois heures la veille de le présenter, des citations de Boutros Boutros-Ghali, de Champlain, de Senghor, de Fernand Braudel... Elle n'en a raté aucun. Allant jusqu'à détourner (et c'est là que je veux bien un éclaircissement sur la pensée de Glissant) le concept de "mondialité" d'Edouard Glissat (écrivain Créole très à la mode en ce moment, qui aimerait bien être le Senghor des Îles) en (accrochez-vous) "Mondialité juste".
Comme le discours n'avait aucune ligne directrice, à part quelques messages un peu classiques type défense de la langue Française, dialogue des culture et développement, et qu'en plus il était mal lu, avec des ponctuations aux mauvais endroits(vidéo ci-dessous), je me suis juste attaché à noter les citations les plus drôles.
"Il faut saluer aujourd'hui Québec ton courage!"
"Il faut dans ce monde une solidarité vraie et une mondialité juste!"
"Les artistes sont les fantassins de ce lien francophone"
et autres platitudes sur ce "XXIe siècle, cimetière des langues" et clichés sur l'esprit de la mondialisation, cette "concurrence du tous contre tous", etc. Sans jamais aller plus loin que la succession de slogans pondus par une équipe que je suspecte d'être des bras cassés.
Bref, c'était d'un ennui extrême, et même le type venu en t-shirt rouge "Avec Ségolène Royal, l'égalité des droits!" avec un drapeau des MJS se faisait chier. Les questions? Au nombre de trois, pas plus. Sur la deuxième sur l'autorisation de traduction des brevets déposés en Français, elle répond ce qu'attend son interlocuteur, visiblement souverainistes Québécois: "mais oui monsieur, c'est une question très importante qui fait débat en France. Ce serait dommage d'affaiblir la langue Française dans les brevets face à l'anglais". Je rappelle que deux minutes avant elle parlait de dialogue des cultures et de cette mondialisation et de "son esprit de concurrence du tous contre tous". Ne riez pas. Elle est comme ça Ségolène.
Au final j'aurai tout de même été d'accord avec elle sur un point: "c'est en ouvrant ses fenêtres sur l'intelligence des autres que le PS va pouvoir se réformer". Et, qui sait, en observant l'intelligence des autres, oublier la vacuité de la Jeanne d'Arc de service.
04:30 Publié dans Idées, opinions, propositions | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Royal, PS, politique, démocratie, francophonie



















Commentaires
Quel ton engagé et politique... Oratrice, oratrice ! Tu auras au moins la chan ce de pouvoir faire une sieste !
Ecrit par : Seb | 20.09.2007
"c'est en ouvrant ses fenêtres sur l'intelligence des autres que le PS va pouvoir se réformer"
ah ! c'est donc ça que Hollande est allé faire à la fête de l'Huma...
Ecrit par : valéry | 20.09.2007
tu le veux sur ton blog ou en privé l'éclaircissement sur la nouvelle notion du "philosophe de la créolité"?
Ecrit par : asophie | 20.09.2007
ici bien entendu!!
Ecrit par : Pierre C | 20.09.2007
Alors, je n'ai même pas pris la peine d'aller vérifier chez l'auteur (il pond des concepts en vexu-tu en voilà), mais à mon avis et sans surprise, elle a fait un contre-sens.
Dans "mondialité", tu entends "monde" et plus précisément "qualité de ce qui est du monde". D'un point de vue politique, celui de Royal ou du mec qui lui a écrit son discours, tu y vois aussi un concurrent de "mondialisation", d'où "mondialité juste".
Sauf que chez Glissant c'est pas ça du tout: Glissant est un auteur martiniquais qui a à faire face à une violence linguistique à savoir la domination du français et par le français. C'est ce qu'on appelle une situation de diglossie, typique des zones jadis colonisées: tu as deux langues en présence, ici le français et le créole, dont l'une est la langue du pouvoir et l'autre une langue de communication. Pour t'en sortir dans la vie, et souvent de manière illusoire, tu t'acharnes à maîtriser la langue du pouvoir censée te conférer un certain statut social. En réalité, le système est inique et, si tu perds ta caractéristique, attachée à ta langue maternelle (culture, mémoire et surtout conception du monde, on y vient), en général tu ne gagnes rien.
Pour illustrer ce propos Glissant utilise souvent le personnage de l'instituteur, qui pratique avec foi l'hyper-correction (=prononciation et grammaire plus que parfaites) jusqu'au jour où il débarque en métropole et s'aperçoit qu'il est autant méprisé que les autres insulaires, ce qui le rend fou.
Ce qu'il faut retenir c'est que pour Glissant et, plus globalement pour les créoles et un certain nombre d'auteurs africains, la langue française fait problème: autant au Québec on cherche à la défendre tout en dénonçant la "tyrannie du centre" i.e. la France, autant en Martinique et ailleurs on la met en question, au nom de cette violence plus que symbolique dont elle est porteuse.
Il y a différentes façons de faire: certains auteurs, plus jeunes que Glissant, vont adopter un porte-à-faux plus ou moins radical et plus ou moins systématique. Ils vont publier "Les lettres créoles" par exemple, pour se recréer un patrimoine linguistique et littéraire avec une origine différente du nôtre (en l'occurrence les pétroglyphes caraïbes), ils vont introduire du créole dans leurs textes, beaucoup (Confiant avant qu'il ne s'aperçoive que ce n'était pas vendeur) ou à certains niveaux seulement pour suggérer que le français est travaillé (au sens presque de torture) par cette parole qu'il cherche à étouffer (typiquement les récits d'enfance de Chamoiseau avec deux niveaux de parole, pleine page en français et délire créolisant en bas de page, selon un imaginaire dont je pourrai te parler une autre fois).
Glissant va procéder autrement, il va écrire en français des oeuvres qui illustrent les ravages de l'inhibition verbale et les effets de la violence symbolique (motif récurrent: l'esclave qui avale ou dont on arrache la langue, qui n'est autre que le siège de cette parole qu'on lui dénie), et parallèlement, il va chercher à théoriser un phénomène linguistique qui n'est pas propre aux îles même si, de par leur situation, il y est exemplairement à l'oeuvre.
Il s'agit de ce qu'il a appelé la "créolisation", à savoir qu'au contact les unes des autres, les langues s'interpénètrent. Il est loin le temps de l'impérialisme linguistique, car les langues dominées/opprimées sont en train de prendre leur revanche en destabilisant le vainqueur/l'oppresseur.
Oui, c'est un peu dialectique, et Glissant en vient à dire que l'on n'écrit plus jamais "qu'en présence de toutes les langues du monde", parce que le monde devient en tous points solidaire. C'est ce qu'il appelle le "tout-monde", avec des lignes de force qui partent dans tous les sens et des effets ici de phénomènes impulsés ailleurs, comme une espèce de chaos vertueux qui succéderait à l'odre arbitraire et voué à l'échec des colonialistes.
Et là encore un motif revient chez lui, celui de colons rendus fous parce que les prises de paroles alentour, dans les récits aux parties éclatées par exemple, défient leur ordre et qu'ils ne parviennent pas à restaurer cet ordre.
Alors si tu veux la "mondialité juste" c'est tout simplement n'importe quoi. Si j'étais désagréable, je soulignerais que c'est de nouveau, par l'arbitrage équité/iniquité, une tentative d'instauration de l'ordre propre, comme je l'ai dit, aux impérialistes.
Or la qualité de ce qui est du monde s'applique partout, plus ou moins, au français comme à toute autre autre langue, et Glissant ne défend en aucun cas la francophonie. Il rompt au contraire avec une vision des années 70 qui perdure quelque peu au québec c'est vrai, et qui pourrait s'intituler "si tous les francophones du monde pouvaient se donner la main". Des intellectuels québequois (et quelques français, et quelques autres) s'attachent toujours à ça, une éminente universitaire, Lise Gauvain, a même parcouru le monde pour réunir en un ouvrage des entretiens avec tous les écrivains francophones qu'elle a pu rencontrer, sous-entendant par là qu'ils ont quelque chose à voir, qu'ils ont en partage leur rapport au français et sont donc à même de fonder "la république des lettres" (autre livre).
Dans son discours de bric et de broc, Royal sert la soupe à cette idéologie, mais ce faisant, elle accumule les contre-sens.
Ecrit par : asophie | 30.09.2007
Je viens de lire aujourd'hui et avec du retard ton commentaire qui semble "facile" et prétentieux.
Tout d'abord ce discours portait sur la francophonie, il ne me semble donc pas absurde que ce discours porte là-dessus. Et tu parles de généralités, il me semble qu'elle a fait plusieurs propositions, comme l'Erasmus francophone ou la création d'une Université francophone.
C'est très facile ensuite d'extirper l'une ou l'autre citation d'un discours pour les rendre ridicules. Dans ce genre de discours, ce type de platitudes (tu n'as qu'à lire les discours à l'ONU, le dernier de Sarkozy en étant la quintessence) pour t'en convaincre.
Ensuite, elle n'a pas parlé que de cela, évoquant aussi bien les "accomodements raisonnables" que l'"économie sociale", évoquant l'expérience menée par Desjardins par exemple.
Donc tu venais avec un a priori énorme, tu es reparti avec. Ouais, et alors ? Cela n'empêche que le voyage de Royal a bien été perçu au Québec et que son discours n'était pas de si mauvaise tenue que cela.
Ceci étant, bon séjour à Montréal.
Ecrit par : Jonathan_G | 01.10.2007
C'est compliqué... Est-ce moi qui suis plein d'a priori, ou toi qui es un groupie à oeillères?
Ecrit par : Pierre Catalan | 03.10.2007
Groupie non, mais énervé au plus haut point par les attaques répétées et infondées, oui.
Elle a des faiblesses, notamment en matière de mise en cohérence de ses idées et de travail en collectif mais je suis l'un de ceux, qui comme Claude Allègre, ne la prennent certainement pas pour une "conne".
Ecrit par : Jonathan_G | 04.10.2007
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