17.05.2007

L'ouverture, enfin!

 Nicolas Sarkozy et François Fillon peaufinent leur équipe gouvernementale. J'imagine les choix cornéliens dont on a eu quelques retours dans la presse: privilégier la compétence, promouvoir l'ouverture, ça fait forcément des déçus, et j'ai d'ailleurs l'impression que pour ce premier gouvernement, Patrick Devedjian a été sacrifié sur l'autel de l'ouverture. Le bon pendant, c'est que Douste-Blazy et Hortefeux ont eux été sacrifiés sur l'autel de la compétence.

medium_kouchner.2.jpg Je disais au cours de la campagne en plaisantant que j'étais un UMP tendance Kouchner, et je suis ravi de voir que les yeux se sont tournés vers lui pour un éventuel ministère des Affaires Etrangères. Je suis d'ailleurs plutôt content qu'on se soit rappelé des compétences d'Hubert Védrine, par la même occasion. Qu'est-ce que cette ouverture à la gauche moderne veut dire?

 C'est la preuve que Nicolas Sarkozy privilégie les compétences au système du copinage, de la "République des Copains" qui a montré son inefficacité et ses désastres. C'est d'autant plus étonnant, cette rupture radicale, que pendant la campagne, et encore aujourd'hui au sein de l'UMP, le clanisme et la valeur de la meute uniforme ont beaucoup été privilégiés. D'ailleurs, à ma connaissance seul Charles a relevé le verrouillage de l'UMP au lendemain de l'élection, en changeant soudainement les statuts, sans doute afin de ne pas voir l'UMP se transformer en machine de guerre pour un concurrent, comme cela l'a été pour lui face à Chirac.

 L'ouverture est aussi la preuve que Sarkozy veut profondément faire bouger les lignes et obliger le PS a faire de même. Il compte clairement sur un système bipartiste qui puisse fonctionner au mieux avec des gens de valeur et de courage. La composition d'une majorité et d'une opposition constructives, qui s'opposent de façon responsable.

 Il faudra veiller à ne pas être trop agressif avec le PS, afin qu'il réussisse à vraiment tourner le dos à leurs extrêmes anti-libéraux. Et il faudra à François Bayrou bien du courage pour constater que ce que le centre ne peut pas construire, les deux grands partis Français peuvent le faire.medium_blair.jpg

 J'ai lu avant-hier le discours d'Adieu de Tony Blair, qu'il a prononcé à Sedgefield. J'ai été frappé par l'honnêteté et la responsabilité qui marquent ses propos. Par l'immense respect que l'on tire de ses mots. J'ai aussi été frappé par cette phrase, qui est un constat de l'état du Royaume-Uni en 1997, quand il devient Premier Ministre:

 "I looked at my own country - a great country, wonderful history, magnificent traditions, proud of its past, but strangely uncertain of its future, uncertain about the future, almost old-fashioned. All of that was curiously symbolised in its politics. You stood for individual aspiration and getting on in life, or social compassion and helping others. You were liberal in your values, or conservative. You believed in the power of the State, or the efforts of the individual. Spending more money on the public realm was the answer, or it was the problem. None of it made sense to me. It was 20th century ideology in a world approaching a new millennium."

 Aujourd'hui en France, en 2007, alors que nous avons toujours reculé pour froidement analyser que nous avons besoin d'une troisième voie, d'une rénovation dans notre façon d'aborder les problèmes, ce discours nous met face à nos reculades successives. Cette troisième voie a été abordée par le Parti Travailliste de Blair, il peut l'être en France par la présidence de Sarkozy.

Commentaires

"Cette troisième voie a été abordée par le Parti Travailliste de Blair, il peut l'être en France par la présidence de Sarkozy."

Restons terre à terre. Normalement, si j'ai bien suivi, la privatisation de GDF (via la fusion avec Suez) devrait se faire dans les prochaines semaines.

Qu'en pense M. Kouchner ?

Ecrit par : Nicolas J | 18.05.2007

Tiens! Quand on parlait de coalition, tu trouvais ça très dangereux! Maintenant que Sarkozy parle d'ouverture, ça devient génial. Boujour l'objectivité!

Ecrit par : Eric | 18.05.2007

ça n'a rien à voir, Eric.
Nicolas Sarkozy ne compte pas à ma connaissance sortir du débat droite/gauche et aménager une coalition consensuelle par le centre!

Ou alors on n'a pas lu la même chose...

Ecrit par : Pierre Catalan | 18.05.2007

Je susi tout à fait prêt à croire les vélléités d'ouverture de M. Sarkozy, tout prêt à croire que ces gens vont pouvoir travailler ensemble. JE toruve dommage cependant ce verrouillage de l'UMP. On prive les militants du droit de voter pour leur chef! Ce n'était pourtant pas très compliqué de favoriser la candidature d'un fidèle ou quelqu'un de "sûr" pour tenir le parti... Prend-il l'UMP pour un nouvel ennemi? Là, Nicolas Sakrozy est bien placé pour savoir qu'un concurrent peut émerger de son propre camp...

Ecrit par : le chafouin | 18.05.2007

@Pierre,

D'accord avec toi!
Mais l'ouverture c'est aussi pernicieux que la coalition que tu dénonçais alors: ça brouille le clivage. A moins d'admettre que Kouchner n'est pas de gauche, ce qui est peut-être le cas!


Cela dit, pour être cohérent (puisque je t'accusais de ne pas l'être), je ne peux pas critiquer la volonté d''ouverture de Sarkozy.
Et ce n'est pas ça que je critique. C'est toi que je critique, sur ce point précis.

Mais l'ouverture sarkozienne ça n'est que de la poudre aux yeux. Bien joué l'artiste! Grâce à Kouchner personne n'a vu que les 2/3 des ministres faisaient déjà partie des gouvernements Villepin et Raffarin. Et quant à Juppé...

Ecrit par : Eric | 18.05.2007

Comme on dit, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Après avoir mené une bonne campagne à droite, ricané à la barbe de Bayrou et de son gouvernement d'union nationale, voilà que l'UMP retourne sa veste avec un panache qui n'a d'égal que celui de Ségolène Roayl qui disait que jamais oh grand jamais elle ne travaillerait avec le centre avant de penser à Bayrou comme Premier Ministre...

Pierre, je pense comme toi que tout ceci est très bien. Il faudrait juste rappeler la démagogie de Sarko et de bien d'autres dans cette histoire. Il y a vraiment de quoi sourire! En politique il serait bon de remplacer les mémoires flash de certains par des disques durs. Heureusement qu'Internet et les blogs sont là pour rappeler les piques gratuites et les promesses d'antan.

Ecrit par : cédric | 20.05.2007

Ce n'est pas l'UMP qui ironisait sur le gouvernement d'union nationale de Bayrou il n'y a pas si longtemps?

Ecrit par : cédric | 20.05.2007

Encore une fois cédric, je continue à être persuadé que la gouvernement de coalition par le centre, c'est dangereux et ce n'est pas souhaitable, vu la fragmentation et les fractures que l'on voit dans la société Française.

Là ce n'est pas un gouvernement de coalition, mais un gouvernement d'ouverture. Quant on a gagné à 53% on est un peu obligé de le faire.

Et ce gouvernement n'empêche pas au PS de se moderniser et de collaborer au gouvernement en décidant une opposition moderne et constructive.

Tandis que dans le système de Bayrou, de la grosse coalition par le centre, les oppositions auraient été de facto conservatrices et de mauvaise foi (leadées par Fabius et Dupont-Aignan... Magnifique!)

Ecrit par : Pierre Catalan | 20.05.2007

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